La Suède et le coronavirus

Discussion avec un Suédois. La Suède est, en quelque-sorte, l’anti-France. Elle est à nous ce que la fourmi est à la cigale. En termes économiques tout les chiffres qui sont mauvais chez nous sont bons chez elle.

Et pourtant, dans l’affaire du coronavirus, nous en sommes arrivés au même point. Elle n’a pas procédé au confinement de ses citoyens, car elle comptait sur leur discipline. Seulement, elle avait deux failles : ses EHPAD et ses immigrés. Et elle dépend beaucoup plus que la France des exportations. Bref, autant de morts, en proportion, et une crise économique de même ampleur.

France Suède

Ce matin, France Info enquêtait en Suède. L’affaire Fillon y serait-elle possible ? Non. Tout le monde sait tout sur un homme politique. Y compris les SMS qu’il envoie ! Il n’a pas de vie privée. Trouvent-ils révoltant, ces Suédois, le comportement de M.Fillon ? Non, pour eux il représente la culture française. 
Il y a deux jours, je déjeunais avec un ami suédois. Il me disait la même chose. Au premier article du Canard enchaîné, un Fillon suédois aurait démissionné. Mais la femme de mon ami, française, l’a convaincu que tous les hommes politiques français étaient des voleurs. Et donc qu’il ne fallait pas s’arrêter à si peu. 
Qui veut émigrer en Suède ? 

Carl Larsson

Afficher l'image d'origineJ’ai découvert Carl Larsson par hasard. C’était un peintre suédois. Il a connu les impressionnistes mais a choisi un style proche de la bande dessinée moderne, ou des arts décoratifs. Mais peut-être n’était-ce pas aussi surprenant que cela : il était contemporain des préraphaélites, des symbolistes, de la peinture académique, ou de Klimt. 
Il a peint le bonheur familial qui vit de petits riens. Et la Suède, la maison, son confort, et sa chaude protection l’hiver, et la nature, luxuriante et sauvage, l’été.

Spécial indépendance écossaise

Indépendance écossaise. La classe politique anglaise veut refaire le coup du Québec, en 1995 : on promet à l’Ecosse que, si elle reste, elle aura plus d’autonomie que si elle part. Mais les Ecossais semblent amalgamer les Anglais de tous bords à des Conservateurs, qu’ils exècrent. On n’est plus dans le domaine de la rationalité. Curieusement, étant un réservoir de votes pour les Travaillistes, l’indépendance de l’Ecosse signifierait que l’Angleterre deviendrait durablement conservatrice. Par ailleurs, même si l’Ecosse ne fait pas sécession aujourd’hui, elle pourra la faire demain. Cette perspective affaiblira considérablement l’Angleterre. Quant à dire ce que serait une Ecosse indépendante… Beaucoup de dettes, une population vieillissante, un poids économique démesuré de grandes banques qui pourraient être tentées de partir… Et probablement la nécessité d’inventer une nouvelle monnaie. Une union monétaire avec l’Angleterre étant presque plus compliquée que l’équilibre périlleux de la zone euro. En fait, l’Angleterre va vraiment très mal. Après les eurosceptiques de droite, voici les écologistes de gauche. Le pays semble se disloquer…
L’UE est aux mains de Mme Merkel, comme le prouve la composition de Commission. En Suède, le centre droit, libéral, devrait perdre les élections. Croissance, mais inégalités et chômage. Le nouveau gouvernement devrait être fragile. Mais moins belliqueux à l’endroit de la Russie que son prédécesseur. Ukraine : trêve. Visiblement les efforts de M.Abe pour sortir l’économie japonaise de sa torpeur sont en train d’échouer.
M.Obama forme une coalition hétéroclite pour lutter contre l’Etat Islamique. Son opinion publique est à nouveau favorable à une guerre. Problème : la dite coalition ne tiendra pas plus longtemps que le dit Etat Islamique. Si l’on veut éviter des troubles continuels dans la région, il faudrait veiller à ce que des Etats s’y installent qui satisfassent toutes les communautés locales. M.Obama ne semble pas intéressé par ce travail. En Afrique du sud, les services d’espionnage sont à la solde du gouvernement.
On disait que les pays émergents allaient rapidement rattraper les pays riches. Ce n’est plus le cas. Leur croissance accélérée venait de la facilité moderne de construire des chaînes d’approvisionnement qui exploitaient leur main d’œuvre et leurs matières premières. Mais ils n’ont pas su se créer une capacité de production autonome. A l’exception de la Chine. Chine qui aurait acquis un savoir-faire remarquable pour accélérer le cycle de développement des produits. En copiant le plus rapidement possible les innovations des autres nations.
Apple le « world leading gadget maker » change d’identité. D’une entreprise refermée sur elle-même, il devient un écosystème. Publicité et Internet. Tout ce que l’on fait sur Internet est enregistré. Qu’on le veuille ou non. Puis on est mis dans des catégories de comportements pathologiques. Vide juridique total. Solution ? Un Internet payant qui serait non policier. Ou un mouvement populaire qui forcerait le législateur à intervenir. Netflix attaque le marché français. Mais ne compte pas y payer ses impôts. The Economist lui promet le succès de McDo. 
Les entreprises achètent leurs actions pour en augmenter le prix, quitte à s’endetter (en outre, la dette réduit l’impôt). Du coup, elles n’investissent plus. Mais, il semblerait que, sous la pression des fonds de pension, la mode change. Les banques émettent un nouveau type d’obligations. Leur particularité est de perdre toute leur valeur dès que la banque a des ennuis. Ce qui pourrait produire quelques effets pervers.

Qu’est-ce qui fait une éducation nationale efficace ? Ni le salaire, ni la taille des classes. La compétence de l’enseignement, et le dispositif qui le soutient. 

Pourquoi le Suédois est-il malpoli ?

Il y a quelques temps, j’ai été frappé par la conduite grossière de touristes suédois. Je me demandais quelle pouvait en être l’explication culturelle. J’ai peut-être trouvé. Voici ce que l’on me dit sur l’Allemagne :

Cette rigueur se voit sur le poste de travail et sur les méthodes de management où l’on n’hésite pas à montrer du doigt (dans le sens « humilier ») les dysfonctionnements. Cela a un impact sur la qualité, la propreté du poste de travail…

Tout ceci vient de ce que l’Allemand voit le monde comme un système. Alors que nous le voyons fait d’hommes. Montrer un défaut n’est donc pas insultant. Sauf, si l’on ne le corrige pas.

J’imagine que si ce qui va à l’Allemand va aussi au Suédois, le Suédois trouve normal de dénoncer, en France, ce qui en Suède ne serait pas bien.

Changement en Suède

Comment se passe le changement en Suède, est-il plus facile qu’en France ? Voici la question que j’ai posée à Thomas Krän, spécialiste du management interculturel et Suédo-Américain, marié à une Française…
Ce qui domine la Suède c’est la nécessité du consensus. Les idées viennent de partout, beaucoup d’en bas, et sont appliquées par tous impeccablement du fait de ce consensus. Nos grèves, nos manifestations de rue, nos insultes, le comportement de notre ministre du redressement productif… laissent le Suédois perplexe.
Comme en Allemagne, les syndicats ont une influence importante dans l’entreprise. Ce qui a l’avantage, sur le modèle français, de produire une culture de responsabilité, et un large partage des réalités de l’entreprise et de son environnement concurrentiel.
Ce modèle, cependant, n’est pas d’origine. Il a été adopté dans les années trente, pour mettre un terme à une lutte des classes violente. Après guerre la Suède s’est refondée sur le principe que l’homme est bon, et que l’on peut lui faire confiance. Dans les années 90, elle a constaté que cette hypothèse était erronée, et qu’elle l’avait conduite « droit au mur« . Elle a donc dû en changer. La Suède est mieux gérée et moins généreuse pour sa population qu’elle ne l’a été.

Alors, le changement se fait-il sans heurts en Suède ? Il tend, surtout, à ne pas se faire. Lorsqu’il s’agit de se réinventer, les entreprises suédoises ont beaucoup de mal à se transformer. Et c’est souvent le marché et sa destruction créatrice qui est l’agent du changement. Faute de pouvoir évoluer, l’entreprise suédoise disparaît. Et elle est plus souvent la cible d’une acquisition qu’elle n’acquiert.

The Economist contre Internet

Qu’arrive-t-il à The Economist ? La semaine dernière il reconnaissait qu’avoir donné le pouvoir aux hommes d’affaires était une erreur. Cette semaine, trois articles s’en prennent à Internet.
On y lit que l’usage de Facebook cause la déprime chez les adolescents : chacun n’y parlant que de ses triomphes cela renvoie le lecteur à sa médiocrité. (« L’émotion la plus fréquemment suscitée par l’usage de Facebook est l’envie. ») La relation directe, au moins, nous met en face des hommes tels qu’ils sont. On y lit aussi qu’Internet produit stress et désorganisation, avec pour premières victimes les créatifs. Tout d’abord parce que le traitement des mails prendrait un quart de la journée, en moyenne. Mais surtout parce que l’homme vit en permanence son travail. Bref, on pensait utiliser Internet au service de l’homme, et c’est le contraire qui s’est produit. « Il y a certainement des raisons d’en faire beaucoup moins – de rationner les emails, de réduire le nombre de réunions, de se débarrasser de quelques dirigeants excessivement zélés. Depuis quelques temps s’impliquer dans son travail a un retour sur investissement négatif. Il est temps d’essayer une stratégie bien plus radicale : prendre du recul. » Mais ce serait surtout en dehors de l’entreprise que la perte de productivité produite par Internet serait la plus violente. Internet a remplacé l’emploi fixe traditionnel, par un emploi précaire, peu productif. « Les auto-entrepreneurs (40% de la création d’emploi en Angleterre) travaillent plus longtemps – 6 % de plus que les employés – mais leurs revenus horaires moyens sont moins de la moitié de ceux des employés. » Internet a aussi « transformé certaines branches de l’économie – la vente de détail, la musique et l’édition, par exemple -, en grande partie en détruisant des modèles économiques existants. » « Internet, par opposition (à l’usine), semble atomiser la force de travail. En donnant un plus grand contrôle au possesseur de capital, il pourrait expliquer pourquoi les profits aux USA sont au plus haut depuis l’après guerre. »
Pour le reste, pas grand-chose de neuf. L’Egypte semble partie pour un scénario algérien. Que ce soit du côté des frères musulmans ou de celui de l’armée, l’affrontement stimule, en quelque sorte, les forces du mal. Des composants extrêmement dangereux, masqués jusque-là, s’affirment et s’affrontent. Inde / Pakistan. L’économie pousse les deux pays à s’entendre. Mais c’est tout. L’avenir ? Peut-être des « décennies de troubles – « une série de crises ponctuées par l’apathie » ». En attendant, l’Inde construit une marine de guerre moderne avec porte-avion, et sous-marins nucléaires. Israëlmodifierait sa politique d’implantation. De la Cisjordanie, elle irait vers le Néguev. Mais, une fois de plus, c’est au détriment des populations locales (Bédouins). Israël, par ailleurs, relâche une poignée de prisonniers, en signe de bonne volonté. Ce qui n’est pas suffisant pour les Palestiniens, pour qui les prisons israéliennes ont quelque-chose d’un rite de passage (« 750.000 Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes (depuis 1967) » « 5071 Palestiniens seraient derrière les barreaux, pour des actes de violence ou de subversion à motivation politique. »). Pour sa part, l’Amérique, est le premier incarcérateur mondial, loin devant la Chine. « Un Américain sur 107 était derrière les barreaux, en 2011 – le taux le plus élevé au monde – et un sur 34 était sous « surveillance correctionnelle » (soit sous les verrous, soit sous probation, soit en liberté conditionnelle). Un noir a 3,6 fois plus de chances d’aller en prison en Amérique qu’en Afrique du Sud, en 1993, juste avant la fin de l’Apartheid. » Mais le pays a décidé de se réformer. « Le coût élevé de la prison a attiré l’attention à la fois de la gauche et de la droite. » La vertueuse Suède pourrait passer à gauche. Le parti au gouvernement est pris entre une montée du chômage (8%) et un mouvement anti immigration.
L’industrie des médias commencerait à profiter d’Internet. Les revenus passeraient de « produits physiques » au numérique, téléchargement et streaming, de la vente à la location. (Remarque : aux USA, les livres électroniques représenteraient 30% des ventes totales.) Aussi, l’industrie sortirait de ses activités traditionnelles. « Les journaux entrent dans de nouveaux métiers tels que le marketing et les conférences. » Quant aux fonds activistes ils en ont après les entreprises de haute technologie, comme Apple. Pourquoi ? Parce qu’elles sont remplies d’un argent qu’elles ne savent pas utiliser. Et qu’elles ont du mal à changer assez rapidement (cf. Microsoft). Qui a tué par le glaive… ? L’Europe cherche à développer le fret ferroviaire. Pour cela, il s’agit d’aménager des « corridors » aux travers de l’Europe. Mais cela coûte cher, demande des collaborations entre Etats, et, de toute manière, le rail est moins flexible que la route. En tout cas, il semblerait que ce marché doive-t-être dominé par les chemins de fer allemands. Pour sa part, un entrepreneur américain envisagerait de construire des trains sous vides.
Et les groupes d’oiseaux n’entreraient pas en collision en se posant, parce que, grâce à leur capacité à repérer le champ magnétique, ils adoptent tous le même angle d’atterrissage. 

Suède en flammes

Les Suédois ont quelque chose d’extrêmement désagréable. C’est le mépris qu’ils affichent vis-à-vis de nous. Pour eux, nous sommes des malpropres. La Suède est un modèle. D’ailleurs, la confiance est une attitude qui est naturelle à ses habitants, me disent les Suédois que je connais.

Aujourd’hui, la Suède est en flammes. On découvre qu’elle parque ses immigrés dans des ghettos. Des ghettos très propres, c’est vrai. Mais il n’y a pas que la propreté qui compte, il y a aussi le respect. Le modèle français a beaucoup de défauts, mais, au moins il n’a pas pour ambition de faire de ses immigrés des citoyens de second ordre. Peut-être pourrions-nous apprendre les uns des autres ?

France, dialogue social et réformes

Un meilleur dialogue social faciliterait-il les réformes françaises ? La Fabrique de l’industrie semble le croire :

Comme le souligne une note de La Fabrique à paraître le 12 juin 2013 sur les transformations du modèle économique suédois, la qualité du dialogue social a joué dans ce pays un rôle capital dans la mise en œuvre réussie de réformes ambitieuses. La concertation entre les élites dirigeantes et l’ensemble des acteurs économiques a permis d’assurer la pertinence et l’acceptation de changements profonds, sur les plans économique, politique, fiscal et social. La Suède est aujourd’hui, avec l’Allemagne, l’un des rares pays au monde à présenter une croissance durable et une base industrielle robuste et compétitive. (Pour s’inscrire : lien.)

Un ami suédois reconnaît qu’en Suède la confiance est de mise. Mais il propose une autre explication au redressement de son pays : une dévaluation de sa monnaie de plus de 25% et une économie mondiale qui était prête à absorber les exportations suédoises. Mais pourquoi ne pas essayer de reconstruire les relations sociales en France, sur le modèle suédois ? Après quelques centaines, voire quelques milliers, d’années de tensions et de guerres civiles ne serait-il pas temps qu’elles cessent ?

Peut-on imiter les pays du nord ?

The Economist donne en exemple l’Europe du Nord.
Dans les années 80/90 elle aurait eu sa crise. Son Etat était devenu trop gros. Elle l’a réformé. Comme la Chine ?, elle a libéré un peu son entreprise. Maintenant ses pays sont au sommet de tous les classements.
Peut-on imiter l’Europe du Nord ? Difficile à dire. Ce sont de petits pays (26m en tout). Avec le cas particulier de la Norvège, membre de l’Opep. Beaucoup dépend de sa culture, de la confiance et du consensus. Son modèle d’entreprise est proche de l’allemand : niche, innovation, long terme (fondation et famille), culture et forte automatisation. Peut-être aussi internationalisation. Et capacité à « s’ajuster aux règles dictées par les grands pays ».
En tout cas, le système éducatif finlandais semble mériter un examen. Ce serait le meilleur au monde. Et pourtant, il serait économe. On y encouragerait la créativité et l’apprentissage de groupe. Il se caractériserait par des enseignants compétents et modestement payés, et à qui on laisse la possibilité « d’expérimenter de nombreuses techniques d’enseignement ». Ils sont attirés par les caractéristiques du système finlandais : « confiance et stabilité ». Et surtout, le « respect » que l’on a pour eux.
Leçon ? Peut-être qu’un pays en difficulté doit se demander quelle est, au fond, sa mission (« la capacité d’investir dans le capital humain et de protéger le peuple des perturbations qui font partie du système capitaliste » pour les pays du nord). Et, ensuite, comment la mener à bien avec les moyens du bord. Et ce, avec pragmatisme. Et en évitant avec soin les idéologies.