Après 9 juin

L’Europe de l’après 9 juin est donc placée face à son destin. Elle a le choix entre rester un peuple hédoniste de consommateurs béats s’abrutissant devant Netflix ou Tiktok, se déplaçant en vélos ou en voitures électriques chinoises. Ou de se retrousser les manches pour redevenir une Europe de la production ce qui nécessitera plus que des moyens financiers et budgétaires, une vision, du leadership et la remise en cause des dogmes du passé.

disait Philippe Mabille, de la Tribune, dimanche matin

Pour le moment, l’Europe est le dindon de la farce, certes. Elle a besoin de trouver une « anxiété de survie » partagée. Et, surtout, un cap. Une vision. Mais, par définition, une vision, ce n’est pas faire ce que font les autres ! Combler un retard par rapport à telle ou telle mode, ce n’est pas une vision. Et ce n’est même pas conforme avec l’orthodoxie de l’économie, qui ne parle que d’échange. Or, on n’échange avec l’autre que ce qu’il ne produit pas.

Un professeur d’entrepreneuriat du MIT, rencontré il y a longtemps, disait que seulement 3% de la création d’entreprises du MIT provenaient de la recherche et des dernières technologies. Tout le reste consistait à faire d’une nouvelle façon ce que l’on faisait depuis la nuit des temps. Et si, au lieu d’absorber les dernières modes spéculatives, l’on se demandait si nous n’avons pas un « potentiel ignoré » ?

L'art de la communication

Je devrais lire mes livres ! 

La désindustrialisation de la France m’a fait comprendre que j’avais commis une erreur que je dénonce : j’ai incorrectement interprété l’action du gouvernement Hollande. 

J’ai décrypté le présent en fonction du passé. Or, le gouvernement a changé de cap, à 180°. Il l’a dit. Je n’ai rien entendu. J’ai été victime de mes a priori. En fait, il a anticipé Trump et le Brexit de 5 ans ! Il n’aurait jamais dû y avoir de Gilets jaunes. (D’un seul coup, ce que M.Hollande dit du « jugement de l’histoire » s’éclaire.) 

Grande leçon de communication. Le gouvernement a cru que l’on déduirait son intention de ses actes. Il a même, probablement, jugé bon de ne pas s’exprimer trop clairement, de façon à ne pas susciter l’ire de dangereux activistes. Il espérait que ceux dont il servait les intérêts le comprendraient à demi-mot. C’est tout le contraire qui s’est passé. Ses alliés en puissance l’ont torpillé. M.Macron persévère dans l’erreur. 

Qu’est-ce qu’une bonne communication ? La technique du « stretch goal ». C’est américain, simple, en trois points, et jamais appliqué :

  • Il faut partir d’une analyse de la situation, telle que perçue par le peuple, exprimée avec ses mots. Il doit comprendre qu’on l’a compris. 
  • Ensuite, il faut expliquer pourquoi on en est là où on en est, et vers où l’on veut aller. C’est, à proprement parler, le « stretch goal ». Un objectif quantifié, bête mais inattendu, qui frappe les esprits. 
  • Finalement, il faut dire pourquoi l’on va réussir. D’une part, parce que l’on joue sur les forces culturelles, uniques au groupe, elles aussi évidentes a posteriori. En quelque sorte, « on l’a déjà fait ». D’autre part, parce qu’il faut des moyens, et qu’on se les ait donnés. 
Tout cela doit se dire en quelques mots. Seulement, ils doivent être bien choisis, car, comme moi, l’être humain a une interprétation excessivement biaisée de ce qu’il entend. Ils ne peuvent être trouvés, si j’en crois mon expérience, que par essais et erreurs. 

France 2030

 

Comme beaucoup, j’ai pensé : le plan passe, le Français reste. Aucun intérêt. Ce qui est, au fond, honteux. 

Que dire de France 2030 ? Si on le juge selon les standards des sciences du management (définition d’un « stretch goal »), c’est zéro. Cela ne parle pas de nos préoccupations. Cela ne pose pas de problème. C’est une série de thèmes à la mode, qui peuvent très bien être les conséquences de l’influence d’un habile marketing de tel ou tel lobby. Si le gouvernement ne connaît pas les techniques de l’entreprise, il peut être victime d’un de ses maux : « management fad » en anglais, « mode de management », en Français. 

Mais il y a aussi du bien. Car, contrairement à ce que l’on a longtemps dit, le marché et la concurrence qui lui est propre ne créent pas le meilleur des mondes. L’entreprise a besoin de lignes directrices, d’une forme de protection, mais surtout d’un objectif. Même si celui-ci n’est pas très pertinent, au moins, il existe. Et, qui sait ?, il arrive qu’en cherchant quelque-chose on trouve autre chose, mieux. Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ! 

M.Macron : le défi de l'optimisme ?

Où est passé le peuple de gauche ? (plus exactement : comment expliquer et prévoir le vote des Français ?) se demande un article dont est tiré ce diagramme, qui rappelle les « perceptual mappings » des études de marché. 
Selon ce diagramme, le vote (de 2017) serait structuré par deux « perceptions » : la satisfaction vis-à-vis de sa vie, et la confiance en l’autre. Encore plus simplement dit, plus vous avez une vision optimiste de l’existence, plus vous tendez à voter pour M. Macron. C’est l’inverse pour Madame Le Pen. Cette analyse place M.Macron devant ce que les théories du management appellent un « stretch goal » : transformer le Gaulois en optimiste. 
Pour la psychologie, l’optimiste est celui qui est stimulé par l’aléa. (On comprend ce que stretch a de stretch quand on prend conscience de ce que signifie cet objectif !) Or, nous sommes dans une crise quasi séculaire, et c’est dans les crises que change ce type de perception. Ce qui va faire bouger l’opinion est la perception de la façon dont elle va traverser les événements à venir. 
Dans ces conditions, quelle est la meilleure stratégie ? « Etat paternaliste » ou « on s’y met tous ensemble » ?

Le Français n'est pas un suiveur

Je me souviens d’une émission qui parlait d’associations de protection des oiseaux, je crois. En France il y en avait des nuées, en Angleterre une ou deux ! Chaque Français veut avoir « son » association. Idem pour les journaux. Déjà Tocqueville parlait de ce phénomène à l’époque de l’Ancien régime. Pas neuf.

Comment gouverner un tel pays ? En lui proposant un projet dans lequel il trouve sa place, unique. C’est pourquoi, sans doute, le pays a une vocation à l’universalisme et au prosélytisme.

Objectif Trump

Plus l’objectif est difficile, plus le changement est facile. La raison en est simple : il est difficile d’améliorer un peu ce que l’on fait déjà bien. En revanche, pour changer radicalement, il faut chercher des idées totalement nouvelles, ce qui est relativement facile. Dans le domaine des sciences du management, la technique qui en résulte s’appelle le « stretch goal » (changement systémique).

Et si M.Trump était notre stretch goal ? Si nous croyons réellement au changement climatique, il va falloir compenser le manque de vertu américaine. Ce sera même bon pour les Américains. Car, si nous y parvenons, ils pourront nous imiter.

C’est, d’ailleurs, une autre technique de conduite du changement. Tout le monde n’avance pas à la même vitesse. Une dynamique de groupe se lance par l’exemple du succès. Il déclenche une concurrence, qui amène chacun à vouloir dépasser l’autre. Louons Trump ?

Chronique / Comment communiquer sur le changement ?

Principe. Tout d’abord, ce sont les actes qui parlent, pas les paroles. La communication du dirigeant est systématiquement interprétée à l’envers de ses intentions. Ce qui fait foi, c’est le bouche-à-oreille. Il est alimenté par quelques leaders d’opinion qui se méfient de la direction.

Exemple d’application pratique
Les livres de management appellent généralement la technique que j’emploie, la méthode du « stretch goal ». Il faut une bonne compréhension de la façon dont l’organisation perçoit sa situation, et en parle. Ensuite, on exprime le changement de manière indirecte, quantifiée, et hautement symbolique. Puis l’on doit laisser entendre pourquoi on va réussir. D’abord, parce que l’on a déjà fait des changements de cette difficulté. Et ensuite parce que l’on s’est dotés des moyens de conduite du changement adaptés.

L’astuce du stretch goal
Paradoxalement, plus un changement paraît difficile, plus il a de chances de réussir. C’est de là que vient le mot « stretch » : il s’agit d’un changement systémique.

Programme Macron

Une militante d’En Marche. Je vais comprendre le programme de M.Macron, sans me fatiguer ! Première étape : je reçois une bonne dizaine de liens vers des documents qui expliquent que des gens importants pensent comme M.Macron. Plus simple ? Le programme est en ligne. Plein de transparents, plein d’idées éparses. Elles ne semblent aller nulle part. C’est le type même de la fausse démarche démocratique. On a discuté avec 30.000 personnes, et il en est sorti une liste à la Prévert d’idées, sans fil conducteur, et surtout sans quantification. C’est efficace ou non ? M.Macron sera-t-il capable de le mettre en oeuvre ? Effets pervers ?… Comment voulez-vous qu’on le sache.
Bonne méthode ? Notre problème c’est x, voilà comment nous allons le régler. Illustration du procédé. Imaginons que Mme Aubry ait formulé son programme ainsi : le problème de la France c’est le chômage ; je vais l’éliminer en partageant le temps de travail. Il y a dix pourcentage de chômeurs en réduisant de 10% le temps travaillé, c’est fait. Et qu’elle ait mis en place un processus de négociation salariés / employeurs qui s’assure qu’elle atteignait bien son objectif. Voilà qui aurait eu de la force et de l’efficacité.
Il reste peut-être des choses à apprendre à M.Macron. Espérons que, contrairement à Mme Aubry, il n’en sera pas rendu incapable par ses certitudes. 

Projet d'entreprise : cet incompris

Vous n’avez pas de projet d’entreprise dit-on à un patron de PME. Il ne comprend visiblement pas. C’est vrai : projet d’entreprise, qu’entendre par ce terme ? De belles paroles afin de mener l’entreprise par le bout du nez ? Un travail d’homme de pub ou de théoricien de Harvard ?…
Pas du tout. C’est le moyen que tout grand général utilise pour motiver ses troupes. Cela s’exprime en quelques mots de tous les jours, et parfois, seulement, par une action. C’est une façon de dire à tous que l’on fait, ensemble, quelque chose dont on sera fier. Et que le général y croit, plus qu’à sa vie. L’exemple extrême est Napoléon à Arcole, ou Cortès brulant ses bateaux.

Le projet d’entreprise est l’assurance sur la vie du changement. L’antidote au risque majeur : l’intérêt individuel, le calcul médiocre, qui prend le pas sur l’intérêt collectif. Et qui produit le KO par zizanie. 

Le repos du guerrier

L’idée (moderne) de progrès, de course en avant, de croissance… nous vient des trente glorieuses. Or les circonstances d’après guerre furent exceptionnelles. Il fallait reconstruire le monde, et tirer parti d’une foule d’innovations issues de la guerre. Aujourd’hui, il n’y a ni l’un ni l’autre. Désespoir ?

Notre époque a une richesse dont elle n’a pas conscience. Elle n’a pas innové technologiquement, mais socialement. Nous avons fait beaucoup de choses bien. Et quelques ratés. (68 a probablement indiqué les failles du système.) Or ce que nous voulons, ce n’est pas de la croissance, c’est être heureux.

Comment l’exploiter ? Évitons les erreurs de nos politiques : nous ne retrouverons pas les conditions d’après guerre ; nous ne devons pas chercher de solutions à l’extérieur de la France. Elles ne sont pas adaptées à notre culture. Or, il y a dans notre histoire culturelle de quoi faire bien. Que signifie faire bien ? Justice à l’intérieur, et efficacité à l’extérieur.

  • Justice : traiter tous les individus comme des êtres humains, et n’en exclure aucun.
  • Efficacité : une société juste ne peut exister si elle est écrasée par les forces externes. Nous devons chercher dans notre culture ce qui permet de résoudre les problèmes mondiaux. En particulier : ceux du marché et des crises qu’il ne cesse de provoquer ; la globalisation ; les guerres et conflits qui font de l’humanité une poudrière.