La fin des start up ?

La start up est une innovation de Goldman Sachs. 

Goldman Sachs a été le grand Satan de la spéculation de 29. On dit que toute la législation qui en a résulté a été écrite pour lui. 

Goldman Sachs était, depuis, devenu une banque triste. Elle s’occupait de faire entrer en bourse des entreprises qui avaient fait leurs preuves. Mais la bulle internet a réveillé son démon. Elle a eu une idée géniale : et si, au lieu de donner une valeur à une entreprise en fonction de son histoire, on le faisait en fonction de ses perspectives ? La banque ne prend aucun risque, puisqu’elle prélève une commission lors de l’entrée en bourse ! La start up était née. 

Elle a tué l’innovation organique, et peut-être même la recherche publique. En effet, à quoi sert-il de subir les coûts de la recherche, alors que le marché est prêt à les payer très cher ? D’ailleurs, que ces entrepreneurs sont séduisants quand on les compare aux entrepreneurs et aux scientifiques traditionnels ! 

Les sphères de la pensée ont nommé ce phénomène « open innovation », sans plus réfléchir à ses conséquences. 

Comme le disait un précédent billet, la fin du « quantitative easing » des banques centrales devrait retirer à la spéculation, et donc à la start up, son énergie. Il va falloir en revenir aux moyens d’innover anciens. 

L’ère du rêve est fini, travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ?

(L’édifiante histoire de Goldman Sachs.)

Open innovation

Nos gouvernants ont sur nous le regard de l’entomologiste. Ils nous mettent en équations. Et ils prétendent mieux nous connaître que nous mêmes… Ce qu’ils disent (cf. « Vers la renaissance industrielle ») :

Pendant des décennies la croissance mondiale a été portée par le « commerce ». Entendre par là, les délocalisations. En 2008, stop. En parallèle est apparue « l’open innovation ». Elle consiste, pour une grande entreprise, à faire sa recherche et développement à coups d’achats de start up. La « French tech » expliquée ?

Nos entomologistes pensent que c’est l’alpha et l’omega des affaires. Et la fourmi ? 

  • Jadis, la recherche et développement était faite, d’abord par l’Etat, et, ensuite à l’intérieur de l’entreprise. C’était efficace, parce qu’il y avait toutes les compétences à portée de la main, et pas besoin de faire des danses du ventre pour lever des fonds auprès d’investisseurs qui ne suivent que des modes. Mais le « marché » voit cela comme un coût, alors qu’il donne des valeurs invraisemblables à la start up qui ne fait que des pertes ! 
  • En fait, il y a une forme « d’open innovation » qui a toujours existé, et qui est toujours pratiquée, en particulier, par le GAFAM : il s’agit d’éliminer un concurrent dangereux. 

L’entomologiste gagnerait-il à apprendre l’humilité ? 

Révolution industrielle

On parle beaucoup de « réindustrialisation ». Mais le mot « réindustrialisation » n’est pas correct. Il donne l’impression d’une réaction défensive, d’un rattrapage. Or, le monde vit une nouvelle révolution industrielle. 

Elle est l’antithèse de la précédente : elle est « biosourcée, circuits courts et transitions diverses ». Mais elle est aussi industrielle au sens où elle demande d’utiliser des procédures rationnelles, hyper efficaces, de production. Il se pose alors un problème compliqué :

Outre que, comme l’explique N.Dufourcq dans son dernier ouvrage, nous avons perdu notre savoir-faire industriel, ce mouvement est emmené par des « start up ». Pour avoir un espoir de ne pas se faire balayer par la concurrence, et nous donner une chance de « souveraineté nationale », elles doivent s’imposer sur le marché mondial. Ce qui signifie souvent construire des infrastructures de production qui valent des centaines de millions d’euros, et ce sans espoir de revenus avant longtemps. On est à des années lumières des problèmes qui se posent aux start up numériques. 

Aujourd’hui, quasiment le seul moyen de ce faire, est, essentiellement à coup de fonds publics (la BPI, et de multiples subventions), puis par passage par la bourse, qui permet d’entrer dans le monde des fonds « à impact », qui n’interviennent qu’à ce niveau. 

Que faire ? Il est difficile d’envisager une autre solution que l’augmentation de l’investissement public, permettant de construire les premières usines. Si l’Etat veut, comme il le dit, construire 100 usines par an, cela signifie un investissement de l’ordre de 10md par an. Ce qui doit correspondre à à peu près 100 fois ce qui est disponible…

(Illustration.)

La start up : l'invention qui a changé le monde

La start up est un phénomène dont on n’a pas compris la signification. C’est peut-être la plus grande innovation des 50 dernières années ! 

J’ai lu l’histoire de l’industrie en France. On y disait que les premières générations d’entrepreneurs s’étaient ruinées. Il est extrêmement coûteux de mettre au point une innovation et, peut être encore plus, de convaincre le marché de changer ses habitudes. Or, l’entrepreneur, par définition, n’a pas d’argent. Il doit vivre d’expédients. Ce qui lui est, bien souvent, fatal. 

Mais tout a changé avec la bulle Internet. D’un seul coup, le marché s’est mis à financer le rêve. L’entrepreneur est devenu un formidable bateleur. Certes, c’est fatigant d’être un bateleur, mais, avec un peu de technique et de conviction, cela permet de trouver rapidement de l’argent, et de vivre ensuite confortablement, comme un Elon Musk aux USA. 

La bulle Internet nous a aussi appris que la vaste majorité (je ne serais pas surpris que ce chiffre soit supérieur à 99,9%, pour la bulle Internet) de ces entreprises n’était pas viable et n’apportait rien à la société. 

Seulement, ces entreprises qui « ne créent pas de valeur » en ont une. De même que le diamant n’a pas d’utilité, mais une valeur sociale, il y a tout un marché de la start up. Les banques centrales, à chaque bulle, impriment de l’argent, qui est capté par une partie de la société, qui a besoin ensuite de l’investir. Cet argent va, par le biais de fonds ou en direct, vers les start up. Ainsi un fonds va investir dans une start up, puis revendre ses parts à un autre fonds, qui a besoin de mettre son argent quelque part, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’une grande entreprise achète la start up. 

En effet, dans ce modèle, l’entreprise n’a pas intérêt à supporter les coûts de l’innovation, alors qu’elle pourrait les faire assumer par le marché. Elle achète l’innovation avec la start up. 

La beauté de ce mécanisme est que, au moins en théorie, l’on a trouvé un moyen de financer l’innovation, et, en même temps, d’éviter l’inflation. Il prouve que la spéculation est un phénomène rationnel. Et le métier d’entrepreneur devient quasiment aussi sûr, mais bien plus rémunérateur, que celui de fonctionnaire. Reste à savoir ce que ce type d’innovation de bateleurs peut produire… 

La recette de la licorne

On se plaignait que la France n’avait pas de licornes. Il en pleut !

Comme quoi, le Français finit toujours par comprendre. Il a longtemps cru, bêtement, qu’une « licorne » était une entreprise qui gagnait beaucoup d’argent, ou, au moins, qui se développait très fort, avec une grosse rentabilité. Pas du tout. Une licorne est une entreprise qui lève beaucoup d’argent !

Dans le monde des licornes, plus que le plumage, c’est le ramage qui compte. Et les temps sont favorables : il y a une montagne de cash qui ne parvient pas à se placer ! Bienvenue dans le « Magic quadrant » du Gartner, qui porte bien son nom : c’est le monde de l’illusion. Comme « licorne », d’ailleurs.

Pour que la French Tech décolle, enfin ?

Comme la femme, la start up française a son plafond de verre. Elle ne semble pas parvenir à dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires. La Licorne française serait-elle une chimère ?

Edouard Plus, qui dirige un accélérateur, a peut-être trouvé une solution à ce problème.

  • Il choisit des hommes capables de faire croître une entreprise, plutôt qu’une idée. 
  • Il leur trouve un marché : leurs premiers clients sont dans l’accélérateur !
Un modèle à copier ? 

Licornes : attrape nigaud ?

Ah, si nous avions des licornes ! disent nos gouvernants. La France serait une grande puissance économique. 

Le Français est-il incapable de créer des licornes ? Un collègue d’un ami est à l’origine d’une société américaine, qui a connu la plus grosse entrée au NASDAQ de tous les temps. Il ne la dirige pas. Son rôle est « d’industrialiser » une innovation mathématique. 

Et c’est ce qui fait la force du capital risque américain. Aux USA, quand vous avez une bonne idée, les fonds d’investissement sont capables de la reconnaître, tout simplement parce qu’ils ont une expérience que nous n’avons pas. Ensuite ils construisent l’équipe autour de vous. Car, ils savent qu’un innovateur n’est pas un entrepreneur, et où trouver les compétences dont a besoin une société en développement. Nous n’avons pas de professionnels de la vente, de la communication, ou même de la direction générale.

Et, quand nous les avons, ils viennent les chercher chez nous (celui qui a développé Moderna est français).

Voilà pourquoi, lorsque quelqu’un semble avoir une idée qui peut avoir un gros marché, je lui suggère d’aller aux USA. Non par manque de patriotisme, mais parce qu’en France, elle ne donnera rien.

Et voilà pourquoi notre avenir n’est pas une question de licorne, mais de PME. 

Délocalisation de la recherche

Depuis quelques temps j’évolue dans le monde de la recherche.

Ce qui me frappe, c’est que ce que l’on considère comme start up ne l’est pas. Le temps de maturation de la technologie et du marché est beaucoup trop long pour qu’une entreprise normale puisse parvenir à survivre aussi longtemps, même avec l’appui d’investisseurs.

Elle se maintient grâce à une fiction. Crédits d’impôts et budgets de recherche. Mais c’est tout de même bancal. Comment piloter un projet qui ne débouchera que dans vingt ans, lorsque l’on n’a aucun espoir de ventes, entre-temps ?

Que les choses ont changé depuis mes débuts. J’ai lancé à l’époque des projets qui, probablement, n’ont commencé à trouver leur marché que dix ans plus tard, voire plus. Mais c’était la règle du jeu. Les bénéfices de la société permettaient, très largement, de financer sa recherche. En outre, il était autrement plus facile de monter ce genre de projet qu’avec une start up. En quelques rendez-vous, entre collègues, l’affaire était réglée. Le dirigeant de start up doit faire preuve de talents extraordinaires, et a très peu de temps à consacrer à ce qui fait la réelle nature de son entreprise.

Ce que j’en déduis est que l’entreprise a réussi à se débarrasser de son activité de recherche et développement et à la faire financer par la collectivité. Mais c’est très inefficace.

(Je comprends mieux, maintenant, pourquoi à une époque, il y avait tout un discours sur le fait que la grande entreprise « ne pouvait pas » être innovante. Seule la start up l’était.)

Le crash de la licorne

Les start up du numérique ont des problèmes. La bourse américaine n’en veut plus.

Les investisseurs privés ont énormément d’argent. Grâce à eux, les start up acquièrent rapidement des valeurs colossales, et ce sans devoir se soumettre aux lois du marché (être rentables). Une nouveauté est que l’enthousiasme de l’investisseur privé ne parvient plus à convaincre la bourse. Faute de pigeons, l’investisseur privé risque d’y laisser une (petite) partie de sa garde-robe.

Le phénomène ne toucherait encore que le « BtoC » (Uber, etc.). Mais il peut poser un problème gênant : des masses d’argent risquent de ne plus savoir où aller. Et que dire des « start up nations » ? Quelqu’un aurait-il une idée ?

(Article du FT.)