Colossal start up

Colossal Biosciences veut remettre le mammouth en circulation. Et Colossal Biosciences est une start-up. Et elle vaut 10 milliards de dollars.

Qu’est-ce que peut trouver un investisseur dans une telle entreprise ? Reconstituer Jurassic Park ? Ce que je lis n’est pas très clair. Il y aurait effectivement cette possibilité. Il y aurait aussi des sous-produits de la recherche qui donneraient d’autres start-up, qui elles-mêmes lèvent des fonds…

A moins que la start-up ne soit une sorte d’artefact de la culture américaine. Certains ont le talent d’inventer des idées qui plaisent à d’autres (de grands enfants qui ne savent quoi faire de leur argent ?). Sans trop se préoccuper de leurs conséquences ?

Pivotons

Il y a une dizaine d’années, j’ai découvert « pivoter ». Il vient probablement de l’anglais de la start-up. Elle doit, sans arrêt, changer de cap. Si vous n’avez pas cette capacité à « pivoter », oubliez vos rêves d’entrepreneuriat.

En cherchant à extraire une épine d’un doigt, je constate que « pivoter » est le propre de la vie. Ce qui signifie la même chose que la devise de ce blog : « j’ai toujours tort ». Ma première impulsion est presque toujours mauvaise. Son seul intérêt est d’être une impulsion, une envie. Ce qu’il faut, c’est « tenir la distance ». Essai et erreur. Jusqu’à trouver une solution. Curieusement, elle est évidente « a posteriori ».

D’où une idée fausse : croire que l’on aurait dû immédiatement trouver la solution finale. Eh bien non. Ce que l’on a fait, c’est explorer la complexité du monde. Elle était inconcevable, initialement.

Et, pour cela, cela demande un « certain état d’esprit », à la fois optimisme et in quiétude. Pivot ?

Start up d’Etat

Naissance de la SUE. L’Etat veut encourager ses agents à créer des sociétés qui pallient ses faiblesses :

« construire des services numériques utiles, simples, faciles à utiliser afin d’améliorer le quotidien des citoyens, des entreprises et des agents tout en répondant à un haut niveau de standards techniques (impact, transparence, accessibilité, design, sécurité frugalité) ».

Voilà qui me plonge dans un abîme de réflexions :

  • L’Etat suit, avec beaucoup de retard, une mode générale : innovation = start up ? (A moins que ce ne soit « l’enrichissez-vous » du PC chinois d’antan à ses citoyens ?)
  • Je discutais avec un spécialiste de l’aide à la recherche de subventions, qui a pas mal de succès, mais qui constate que les procédures administratives sont kafkaïennes (l’un étant peut-être lié à l’autre ?). Une réponse ? Mais comment résoudre le problème au coup par coup, alors qu’il est général et que c’est tout l’Etat qui est victime d’un vice de forme ?
  • Etat d’apprentis sorciers, qui ont démoli leur outil de travail, et qui espèrent que les « mécanismes du marché » vont leur sauver la mise ?

PS. Souvenir de mon passé d’ingénieur. Un constructeur espérait que la robotique allait lui permettre d’assembler automatiquement les portes de ses voitures. Réponse des roboticiens : quand la conception est mauvaise, on ne peut rien faire. (De mon temps, on parlait de « design for manufacture »…)

Avion électrique

Je découvre l’avion électrique. Beaucoup de start up se sont lancées. Et certaines ont déjà réussi de grosses levées de fonds.

L’avion électrique a de grands intérêts. Paradoxalement, il pourrait être moins cher que le TGV, pour les lignes intérieures – actuellement il aurait environ 500km d’autonomie. Avec l’avantage de pouvoir se poser sur n’importe quel aérodrome près de chez vous, y compris en tout terrain, et en hydravion. Ce qui, même si on se limite au conventionnel, multiplierait par 10 le nombre d’aérodromes utilisables par ce type d’appareils aux USA.

Il y aurait plusieurs segments. L’aviation d’affaire et les lignes intérieures, donc, et le taxi aérien. Peut-être aussi y a-t-il des applications militaires. Et on est proche des drones. D’ailleurs, il semble plus facile de mettre au point un avion autonome qu’une voiture.

Intelligemment, à mon avis, Stellantis a investi dans une de ces start-up taxis. Stellantis fabriquera le taxi, et la société le fera voler.

L’aviation électrique est aussi un enfant de notre temps. Il faut beaucoup d’argent et d’années pour mettre au point un prototype, le faire certifier et le vendre. Mais ce n’est rien pour Airbus. Pourquoi Airbus ne travaille pas sur ce sujet ? Parce que ce n’est plus à la mode. Aujourd’hui innovation = start up.

Le monde a changé. Les USA, en particulier, on distribué beaucoup d’argent à certains de leurs citoyens, en leur donnant, implicitement, la mission de l’investir dans la nouveauté. La France doit apprendre à jouer à ce jeu. En se rappelant que ce sont les meilleurs canassons, qui ont les plus gros handicaps… L’espoir fait vivre.

(Détail amusant : on peut imaginer que ces start ups finiront par être achetées par les constructeurs. Ils auront payé des milliards, ce qu’ils auraient pu développer, chez eux, pour quelques dizaines de millions d’euros. Seulement, pour cela, il aurait fallu avoir des compétences qu’ils ont perdues ?)

Admirable France

Inattendu. L’Angleterre loue la France. Cette dernière aurait un programme d’aide à l’entreprise innovante extrêmement efficace. La première perdrait pied, et ferait bien de réagir.

C’est ce que j’ai entendu l’autre matin dire par une interviewée des informations de BBC 4.

De tels propos ne seraient pas acceptables d’un Français ?

Greed and fear

Hier, j’entendais que les start up anglaises en appelaient à l’aide de l’Etat. Elles ont été victimes de la faillite de la banque de la Silicon Valley.

Etrange. Ceux qui hier étaient les champions du libertarisme, qui rejetaient toutes les lois comme contraires à l’intérêt général, appellent à l’aide.

Leur argument ? Menace de disparition du secteur technologique. Est-ce pertinent ? Le malheur des uns pourrait bien faire la bonheur des autres, avec élimination au passage des canards boiteux. C’est du moins se qu’auraient dit nos naufragés, si l’accident avait concerné un autre secteur que le leur.

Aucun sens de l’honneur ? Alors, « greed and fear », comme disent les Anglos-saxons ? Ce type d’entrepreneur n’a pour seul moteur que son intérêt ? C’est un primitif, au sens, probablement, où ne le fut jamais homo erectus ?

Le délicat art de la levée de fonds

Depuis fort longtemps, je suis concerné par des entreprises qui cherchent de l’argent. Et c’est de plus en plus le cas.

La levée de fonds est l’art de la complexité.

Le conseil que l’on donne toujours est : ne chercher de l’argent que lorsque l’on n’en a pas besoin !

Le conseil que l’on donne plus rarement est : penser à l’après levée.

Il faut que vous et votre investisseur soyez d’accord sur un plan d’action que vous êtes assez certain de pouvoir réaliser. Il est courant qu’investisseur et « investi » n’aient pas parlé de la même chose au moment du contrat, et que les affaires tournent ensuite au vinaigre, ce qui est difficilement supportable pour l’entrepreneur, qui doit « gérer » son investisseur, et n’a plus de temps pour son entreprise. (Il arrive fréquemment d’ailleurs que, croyant à la belle histoire qu’on lui a racontée, l’investisseur pense que l’entrepreneur n’est pas à la hauteur de la tâche, et le remplace. Ce qui est généralement une solution pire que le mal.)

En revanche, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. L’investisseur, s’il est expérimenté, sait que l’entrepreneuriat est une navigation dans l’incertain. Il s’attend à des aléas et à des « pivots », et même à devoir réinvestir. Il faut trouver le bon équilibre entre pas assez ambitieux, et irréaliste…

Finalement, il faut choisir son investisseur. Se demander ce qu’il doit apporter (par exemple avoir des poches suffisamment profondes, pour pouvoir accompagner la société dans son évolution) et surtout si, imaginons que l’on réussisse, l’on sera heureux alors de l’avoir à côté de soi.

Gérontopole

On m’envoie une vidéo traitant d’innovation. Elle parle de « gérontopole »… « banalité du mal » ? me suis-je demandé.

Le gérontopole ? Faire le bien du « grand âge », grâce à la « recherche ». C’est bon pour l’économie : entrepreneurs, pensez « silver économie » !

Mais en quoi cela résulte-t-il ? Des légumes qui nourrissent l’industrie pharmaceutique, en aspirant les fonds publics. L’homme comme chose. Le mal absolu selon Kant.

Et si l’humanité se remettait à penser ? A dire ce qu’elle juge digne d’elle ? Peut-être est-ce ce qui est en train d’arriver. La quête de sens, dont il est tant question, serait-elle le rejet de l’aliénation de l’homme par sa « raison » ?

Les meilleurs restent

Quels arguments pour retenir un jeune qui souhaite quitter la France pour créer son entreprise ailleurs ?

Une question qui m’est posée. Ma réponse, qui résume mes impressions du moment, et plus d’une vingtaine de discussions avec des « start-up », ainsi que quelques séances d’aide et pas mal de temps d’accompagnement d’entrepreneurs :

Un argument totalement égoïste. L’aide à la start-up en France est sans commune mesure avec ce que l’on trouve ailleurs ! Notre pays est devenu extraordinairement généreux pour ses entrepreneurs, ne serait-ce que grâce au chômage, qu’ils peuvent toucher pendant le lancement de leur entreprise. Et, en plus, on peut recevoir des prix, des prêts d’honneur, avoir des financements en fonds propres locaux, régionaux, nationaux, de “business angels”, de plates-formes de crowd funding, être hébergé par un accélérateur… Les montants levés sont considérables et étaient proprement inconcevables il y a encore quelques années.

Le danger est là : lancer son entreprise en France et partir ailleurs ensuite. En effet, la seconde phase de son développement fait rencontrer “l’irrationalité qui rend fou” de notre pays. Aussi bien en ce qui concerne l’Etat et le secteur public que le secteur privé, en particulier les fonds d’investissement. Mais “qui veut peut”. L’expérience montre que celui qui persévère réussit. Et que l’épreuve le rend particulièrement fort. Car notre pays a beaucoup d’atouts : en dépit des délocalisations, il a gardé énormément de savoir-faire et la force du Français est la réelle innovation : faire ce qui fait peur à l’Allemand et aux autres nations. Et le faire avec étonnamment peu de moyens. C’est le “système D”.  

Danger start up ?

C’est curieux à quel point le monde change vite.

J’ai passé quasiment toute ma vie à accompagner des entrepreneurs. (J’ai un rôle bizarre. J’appartiens à l’équipe de départ, tout en voulant m’en extraire le plus vite possible. Par nature, je suis un « donneur d’aide » !)

Au début, il semblait illusoire de chercher de l’argent. Puis, il y a eu les « start up ». Trouver des fonds est devenu possible, mais uniquement pour les bateleurs virtuoses.

Dernièrement, j’ai découvert que des projets fort modestes, eu égard à ce à quoi j’étais habitué, parvenaient à lever des sommes qui, hier encore, auraient semblé colossales (de un à plusieurs millions d’euros, en partie en dette).

Il y a de nouveaux outils d’investissement, comme l’investissement participatif, qui donne de très bons résultats. (Autre illustration de la vitesse du changement : j’ai donné un coup de main, il y a vingt ans, à un des premiers projets de ce type : ce fut un flop !) Il y a aussi la BPI, qui a un effet d’accélération stupéfiant. A tel point que je me demande s’il n’y a pas qu’en France que puisse exister une BPI.

Mais, surtout : phénomène de société ? Tout le monde est devenu entrepreneur, tout le monde est investisseur ?

Cela pose d’ailleurs des problèmes nouveaux. Car la start up se retrouve bien vite à la fois sans argent et sans revenus. Que faire ? C’est la traversée du désert. Cette fois-ci, il faut de gros investisseurs, mais il demandent des résultats probants pour risquer leur argent. « Je meurs de soif à côté de la fontaine », aurait dit François Villon.

Nouveau rebondissement. Lorsque l’on gratte un peu, on constate que beaucoup de start up ont des compétences dont elles n’ont pas conscience. Elles n’auraient peut-être pas besoin d’investisseurs ! Seulement, elles ont acquis le réflexe « start up ».

Leçon de changement ? Nous obéissons d’abord aux modes sociales, avant que notre esprit ne se remette en marche ?