Staline et Poutine

Il y eut un différend entre Staline et Lenine, disait une émission de France Culture.

Lenine pensait attirer les nations dans une union, certainement mondiale. N’était-ce pas le destin que lui avait fixé Marx ? Staline, voulait les acquérir, faire une grande Russie et non le paradis sur Terre. D’où la question de l’Ukraine.

Aussi, Staline était géorgien. Pour être un dirigeant russe légitime, il lui fallait que la Géorgie fasse partie de la Russie. La Géorgie a donc fait les frais de sa volonté de puissance. En revanche, il semble avoir imposé à la Russie la cuisine géorgienne. Paradoxalement, les Caucasiens seraient perçus comme des « culs terreux » par les Russes.

Poutine serait du côté de Staline. Qu’en déduire ?

La mort de Staline

Staline est mort prématurément. Il eut un AVC. Seulement, il faisait une telle peur à son entourage qu’il a fallu un temps interminable pour que l’on prenne une initiative : on avait peur de le déranger, elle devait être collective, et il avait procédé à une purge de la profession médicale, et une purge de ses proches s’annonçait. Sa mort arrangeait tout le monde.

L’histoire de Staline ressemble à beaucoup d’autres. Il doit son succès à ce qu’il paraissait médiocre à ses collègues. On croyait le manipuler aisément. Et, il avait un talent utile, rarement présent chez le révolutionnaire intellectuel : il était travailleur et ce qu’il entreprenait réussissait.

Etait-il un monstre ? N’est-ce pas, plutôt, un exemple de servitude volontaire selon La Boétie ? Dans certaines conditions, les cultures créent des totalitarismes ? Comme le pensait de Gaulle, qui, d’ailleurs, décrit fort bien Staline, c’était un Tsar ?

Fait surprenant : même ceux qu’il avait condamnés au Goulag et que sa mort a sauvés ont cru que la terre s’écroulait. Il est remarquable, alors comme aujourd’hui, à quel point le libre arbitre est une illusion ?

Devenir Staline, remarquable série de France culture !

Yalta

Les dessous de l’histoire sont effrayants, quand on les découvre. A Yalta, le sort du monde est entre les mains de trois personnalités affligeantes.

Roosevelt est au bout du rouleau. C’est un dangereux innocent, qui veut balayer une culture européenne obsolète et installer un ordre mondial américain d’un simplisme consternant. Il croît que Staline, contre quelques concessions, va marcher dans sa combine. Mais Staline est une sorte de paysan madré, un genre de Trump qui fonctionne à l’instinct (et recule devant la force). Il le roule dans la farine. Quant à Churchill, il est vieux, et, contrairement à de Gaulle, il ne croit pas en son peuple. Celui-ci, au mieux, ne peut que résister héroïquement face aux Huns, en attendant les Américains. Il est entre les mains de Roosevelt. Et il se désole de son aveuglement.

(Réflexions venues de La conférence de Yalta racontée par les Dossiers de l’histoire. France Culture.)

The Stalin Affair

Hitler attaque Staline. Quel est le moindre des deux maux, se demandent Churchill et Roosevelt ? Ils choisissent Staline. Un Staline qui, un moment, est prostré tant il est pris par surprise.

On l’a oublié, mais les USA ont apporté une énorme quantité de matériel à l’URSS. Aurait-elle pu résister sans cela ?

La BBC consacrait une série d’émissions aux relations personnelles qu’ont eues Staline, Roosevelt et Churchill, et leurs proches. Cela ressemble étonnamment à ce que dit de Gaulle dans ses mémoires. On est en face de simples mortels. Mais, ce que ne dit pas de Gaulle, probablement parce qu’il est trop bien élevé pour cela, est à quel point ils sont en mauvaise santé. Roosevelt est moribond, Churchill, alcoolique, donne des signes de sénilité. Staline, physiquement, a quelque-chose d’un monstre. Mais c’est le plus habile de la bande.

Sa stratégie est celle de Poutine, et des Tsars : s’isoler en asservissant les nations limitrophes. Roosevelt, que l’émission qualifie régulièrement de « naïf », le laisse faire en échange de son appui contre les Japonais (dont il n’aura pas besoin). Churchill comprend qu’il va se retrouver seul face à Staline. C’est la raison pour laquelle il milite pour que la France de De Gaulle retrouve sa place, et pour que l’Allemagne reprenne rapidement forme.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne fait pas preuve d’un rien de perfidie. Comme l’avait vu de Gaulle, il essaie de négocier avec Staline le maintient de l’influence de l’Angleterre sur l’Europe du sud.

L’histoire ne tient pas à grand chose ?

Le tzar Staline

Napoléon a été fatal à la Russie. Lorsque les officiers russes ont envahi la France, après sa défaite, ils ont découvert la liberté. Cela en a fait des « décembristes ».

Voilà ce que j’ai retenu d’une émission consacrée à Eugène Onéguine de Pouchkine (In our time, de BBC4). J’ai aussi pensé que Staline a dû apprendre de l’histoire : il a expédié au Goulag celles de ses armées qui avaient connu l’Occident.

La comparaison ne s’arrête pas là : comme les tzars, il s’occupait personnellement de la carrière de quelques artistes. Ce qui leur a évité, eux, de finir au Goulag.

La raison est incompatible avec l’âme russe ? Le Russe est un « slave », un esclave par nature ? Une inspiration pour M.Poutine ?

Staline, tsar comme les autres ?

On décrit Staline comme un ogre. Mais n’était-il pas, plutôt, un genre de tsar ? Solution de continuité ?

J’entendais, il y a déjà pas mal de temps, que le Goulag pourrait avoir remplacé le servage. Le pays ne pouvait pas vivre sans main d’oeuvre gratuite. En lisant Boulgakov (un billet précédent), j’y vois, aussi, une société qui collabore activement. D’ailleurs, comment un homme seul pourrait-il diriger tout un pays, sans collaboration enthousiaste ? Pas besoin d’être La Boétie ou Hannah Arendt pour se poser la question. Quant aux millions de morts, n’était-ce pas, tout simplement, un résultat normal de ce type de système ? La politique de Mao, elle-aussi, a tué en grand. Et les guerres napoléoniennes ont ravagé l’Europe, dans la joie et la bonne humeur. D’ailleurs, cela n’a jamais gêné personne que les guerres fassent des millions de morts, et de blessés.

Arrêtons d’attribuer les maux de l’humanité à des boucs émissaires, et considérons notre responsabilité collective ? 

Le Maître et Marguerite de Boulgakov

Chef d’oeuvre de Bougakov, dit-on. De quoi s’agit-il ? 

De deux histoires entremêlées. Le drame de Ponce Pilate est dans l’une, et les farces du diable à Moscou sont dans l’autre. Et c’est peut-être, dans les deux, l’histoire de Boulgakov. 

Car ce que fait le diable, agent des basses oeuvres de Dieu, c’est de venger Boulgakov de ceux qui ont rendu sa vie misérable, l’intelligentsia moscovite, et de lui apporter la paix. Le Maître, écrivain malheureux, c’est lui, et Marguerite, réincarnation de la reine Margot d’Alexandre Dumas, c’est sa dernière femme. 

Le plus surprenant, c’est l’Union soviétique, sous Staline, dans les années 30. Elle n’a rien à voir avec ce que l’on nous en a dit. Elle ressemble à la Vienne de la fin du 19ème siècle. Elle est prospère et cultivée. On y emploie du personnel de maison. Seulement, petit à petit, on remarque que l’on s’y appelle « citoyen », comme après la Révolution française. Puis qu’elle n’est que calomnie, envie et délation. Chacun n’a qu’un mot à la bouche : « appeler la milice ». Milice qui est, d’ailleurs, fort honnête. 

Boulgakov a écrit sur Molière. A-t-il pensé être le Molière russe ? Corriger les moeurs par le rire ? Et qui est ce Ponce Pilate qui a de la sympathie pour Jésus, mais est contraint par son devoir, les usages et le peuple, de le condamner ? Staline ? Avec Boulgakov en Maître mais aussi en Jésus ? 

Instabilité de la démocratie ?

Jusqu’à très peu j’estimais la démocratie comme un bien absolu. Petit à petit je me suis mis à douter.
  • La démocratie grecque d’Aristote est éminemment inégalitaire. Elle a besoin pour se nourrir d’une masse d’esclaves. Il en a été de même de l’Angleterre, fondement de la démocratie moderne.
  • Il me semble maintenant que notre amour de la démocratie est le résultat d’un lavage de cerveau, fait des élites anglo-saxonnes. (Il n’y a que les Français pour penser qu’ils ont inventé la démocratie !). La démocratie bénéficie massivement à celles-ci, intellectuels ou barons de l’économie. Si les leaders d’opinion anglo-saxons ont fait de tels bogeymen de Mao, Staline ou de Gaulle, n’est-ce pas parce qu’ils défendaient une vision non démocratique du monde, favorable au peuple (cf. les purges d’intellectuels des deux premiers) ?
  • Dès que les oppositions aux démocraties se sont effondrées, celles-ci ont été emportées, comme la démocratie romaine, dans une lutte fratricide pour se partager leurs richesses. D’où dislocation et dictature. La chute de l’URSS a eu un effet curieusement similaire sur l’Amérique (Le développement durable contre les pauvres). La démocratie future pourrait ne pas être aussi aimable que celle que nous avons connue…
Tocqueville disait que chaque régime avait un vice, par construction, et que le rôle du législateur était d’en prendre le contre-pied…