Tour du monde

La réalité dépasse la fiction ? A l’époque où l’on a commencé à parler du dopage des cyclistes du Tour de France, j’avais suggéré que les équipes de coureurs portent les noms de laboratoires pharmaceutiques (blague de potache qui avait peu de succès). Je me demande si l’on n’a pas fini par m’entendre. Depuis quelque temps, je lis que l’on envisage de faire des jeux olympiques du dopage.

Et en plus, on les financerait en capital-risque…

La culture des USA à son meilleur ?

‘Steroid Olympics’ organiser to go public in $1.2bn Spac deal
The Enhanced Games has been criticised for encouraging athletes to take performance-enhancing drugs.

Financial Times 26 novembre

Christian d’Oriola

L’escrime est un sport éminemment complexe, ai-je pensé. La victoire se joue au « vingtième de seconde ». Elle demande un étrange équilibre entre opposés : volonté implacable de vaincre, engagement total, mais aussi jeu et plaisir. Et c’est un artisanat ! Il faut, longuement s’entraîner et, en quelque sorte, « faire » son matériel…

Le champion comme « juste milieu » dirait Aristote ? « Juste milieu » qui est un « je ne sais quoi » miraculeux et incompréhensible, enchaînerait Jankélévitch ?

Les victoires de Christian d’Oriola, en une émission.

Histoire du sport

La série de la BBC dont je parle dans un billet précédent retrace l’histoire du sport moderne, invention anglaise.

Illustration de la « complexité » du monde : une idée originale, qui est tournée dans les sens les plus imprévus ?

A l’origine, il y a l’enrichissement massif de la haute société anglaise. Elle n’a plus rien à faire. Comme toute classe oisive, semble-t-il, elle s’invente un art de l’inutile : le sport. Au début, ce sport est le cricket. Puis elle en vient à penser que le sport est l’école du leader.

Elle croyait affirmer sa supériorité. Mais elle suscite l’envie, pas l’admiration. Le sport devient l’outil d’ascension sociale du parvenu. Le peuple s’en empare, et, faute d’avoir les moyens de le pratiquer en amateur, en fait une profession, et l’amène à des sommets. Ce faisant dissipant les illusions qu’avait, sur sa supériorité génétique, la haute société. Et le sport devient un moyen de revendication pour tous les asservis de l’ordre social : colonisés (à commencer par ceux des îles britanniques), pauvres, femmes, etc.

Cette invention a eu des effets étonnants. Au lieu de les justifier, elle n’a pas arrêté de se heurter aux divisions de classes, propres à l’Angleterre, et, au lieu d’être noblesse, « fair play » et désintéressement, elle a révélé ce qu’il y a de pire dans la nature humaine : pari, tricherie…

Jeux Olympiques

A l’occasion des Jeux Olympiques de Londres, la BBC avait consacré une série d’émissions au thème du sport comme invention anglaise.

Il y est dit que Coubertin s’est inspiré de l’enseignement donné à l’élite anglaise, essentiellement sportif, à l’époque, pour concevoir les Jeux Olympiques. Le problème qu’il voulait résoudre est peut-être aussi celui auquel nous sommes confrontés : qu’est ce qui rend un peuple sain ? Sa réponse : la culture physique.

Ce que l’on a oublié est que les Jeux auraient pu mal tourner. Initialement c’était un travail d’amateur. Ce n’était pas des nations qui s’affrontaient, mais des individus, qui se trouvaient être là. Et les épreuves se déroulaient un peu n’importe quand. Les Jeux grecs furent un premier pas. Ceux de Paris un début de succès, mais tenus en même temps qu’une exposition universelle, et éparpillés. Les Jeux de Saint Louis aux USA furent si mal organisés et ridicules qu’ils faillirent être les derniers. C’est l’Angleterre, en 1908, qui les aurait sauvés en leur donnant leur forme moderne.

Comme quoi. On ne se souvient souvent que de celui qui a été à l’origine d’une invention. On oublie tout ce qui s’est passé ensuite. Et que son succès a pour beaucoup tenu au hasard.

D’ailleurs fut-ce un succès ? Coubertin voulait que nos corps soient sains. Or quel fut le résultat de l’olympisme ? Des professionnels sous perfusion pharmaceutique qu’observent des obèses vautrés sur un canapé ? Contre histoire de la conduite du changement ?

Uncanny

« Ghostly » disaient les nouvelles de la BBC, ce matin. Paris ressemble à une ville fantôme. Est-ce que les 600.000 tickets qui n’ont pas été vendus ne vont pas se voir à la télévision ? s’inquiétait-elle, en outre.

Il était question d’une grande « surprise. On parle aussi de jeux écologiques pour la première fois dans l’histoire, et une autre émission de nouvelles de la BBC expliquait que les champions n’auraient pas droit au fast food, mais à la cuisine Michelin. (Ce qui était annoncé du menu m’a soudainement fait trouver des vertus au MacDo…)

M.Macron et Mme Hidalgo retrouveraient-ils la tradition de MM.Louis XIV et de Gaulle ? Ils veulent faire ces jeux à leur image, divine ? Et changer leur nature (qui est celle de jeux !) ?

L’émission commençait par une Marseillaise étrange. Elle m’a fait penser à la « uncanny valley » dont on parle en robotique : lorsque la ressemblance entre l’homme et le robot est presque parfaite, mais pas tout à fait, le robot prend une allure inquiétante. M.Macron et ses jeux ne s’aventureraient-ils pas dans cette « uncanny valley » ?

(Je ne sais pas traduire « uncanny ». Y a-t-il un équivalent en français ? J’ai l’impression qu’on l’emploie au sens d’inquiétant et peut-être même de surnaturel… Ce qui rend mal à l’aise l’étranger, lorsqu’il rencontre un président français, c’est que celui-ci n’est plus tout à fait humain ?)

Trêve olympique

J’ai toujours vu les Jeux Olympiques de Paris d’un mauvais oeil. Je soupçonne que Madame Hidalgo les a voulus par amitié pour M.Delanoë, à qui ils avaient été refusés : ce qui est un motif malsain. Ils risquent fort d’être un gouffre financier, en outre. (Je suis heureux de m’être extrait de Paris. Pour autant, si les jeux sont déficitaires, il est certain qu’on demandera aux pauvres de faire preuve de solidarité avec les paniers percés…) Et depuis qu’il y a guerre en Ukraine, ils semblent fournir à M.Poutine et ses alliés l’occasion rêvée de faire un mauvais coup, bien sanglant.

Bizarre. Jadis les Jeux Olympiques étaient une trêve. Maintenant, c’est le contraire.

En fait, c’est le paradoxe de la société. L’homme « fait société » pour se protéger, et la protection qu’apporte la société crée l’irresponsabilité, l’attentat et l’instinct de mort.

Fameuse « énantiodromie » de la systémique ?

Echecs et discrimination

Pourquoi y a-t-il un championnat du monde des échecs pour les hommes et un autre pour les femmes ?

Il y a eu la mode des films qui parlaient de femmes qui boxaient des hommes, et pouvaient être aussi violentes qu’eux. Il semble désormais que l’on accepte qu’il y ait une différence physique entre l’homme et la femme. En revanche, en termes d’intellect, on semblait d’accord pour dire que le sexe ne comptait pas. C’est pour cela que l’école et les examens scolaires sont mixtes.

Les réponses que m’a données mon moteur de recherche affirment soit une différence entre les cerveaux des deux sexes, soit un désir de « discrimination positive ». Comme les études d’ingénieur, les échecs attirent peu les femmes. De ce fait, elles seraient perdues, au milieu de tant d’hommes.

Et si, contrairement au poste de PDG ou de président de la République, il n’y avait aucun prestige à être champion du monde d’échecs ?

Gros bras

Finale des championnats de France universitaires d’aviron. Le directeur de thèse d’un rameur du bateau numéro un de notre équipe lui refuse de décaler un rendez-vous, pour y participer. (En France, le sport n’est pas sérieux.) On le remplace en prenant le meilleur rameur de notre bateau. Que l’on remplace avec quelqu’un que nous n’avions jamais vu. Un spécialiste de l’escalade à mains nues. Le type de gars qui fait deux cents pompes. Tout en muscles. 

Résultat ? Outre que nos deux bateaux font des contre-performances, l’alpiniste nous déclare, à la fin de la course : l’aviron, c’est facile : je ne suis même pas fatigué. A quoi le rameur qui était derrière lui lui répond : c’est normal tu ne mettais pas ta rame dans l’eau. 

Je me demande si nous ne sommes pas un pays de gros bras. Diplômes ou autres, nous ne sommes que gens aux capacités exceptionnelles. Mais les utilisons nous ? 

Marchandisation du sport

Sous le titre « entreprises », le Financial Times déclare : « Manchester United under pressure to perform on and off the pitch ».

Les clubs sportifs sont devenus des entreprises comme les autres, ou plutôt comme des multinationales. C’est peut-être pour cela que les nouveaux riches les aiment tant. L’amateurisme, l’acte gratuit, était un plaisir d’aristocrate ?