Souveraineté

Curieusement, cela n’a pas profité au FN. Tout le monde parle maintenant de « souveraineté », comme s’il était à l’origine de l’idée.

Mais qu’est-ce que la souveraineté ? Est-ce l’autarcie, comme semblent le penser le FN et nos hommes politiques ?

Et si c’était, au contraire, exploiter ce que nous avons en propre ? Autrement dit prendre le contre-pied du mimétisme qui a tenu le haut du pavé ces derniers temps ?

Souverainisme et économie

Immigration ? Souverainisme ? Petit à petit l’Europe met en application le programme du FN ?

En tous cas, la question du « souverainisme » apporte une complication aux traités d’économie.

Il y a certaines techniques qu’une nation doit maîtriser, et d’autres qui participent à l’économie de marché. Les premières creusent les dettes, dans la logique de l’armée, et du service public, les secondes permettent de les rembourser.

A moins que les premières aient aussi, comme le service public, des bénéfices, à long terme, cachés ? Les guerres, dont elles semblent partager l’esprit, ne sont-elles pas de grands moments de créativité, qui rejaillissent ensuite sur la société ?

Dette et souverainisme

L’Europe fait face à un problème complexe, elle est terriblement endettée, alors qu’elle a un retard colossal en ce qui concerne les techniques qui font et défont les nations. Echec et mat ?

Dans un précédent billet, je disais qu’il n’y a aucune raison économique d’investir dans le rattrapage d’un retard. (Pure orthodoxie économique !) En effet, ce faire conduit à un retour sur investissement négatif. C’est l’envers de la logique du marché, qui consiste en un échange de « différences ». Bref, on investit à fonds perdu, et on creuse la dette. Ce qu’il va finir par falloir faire payer par ceux qui n’en ont pas les moyens, et dont on a besoin pour relancer l’économie.

Il vaudrait mieux investir dans notre « potentiel ignoré », ce pour quoi nous avons un savoir-faire unique, traditionnel, qui a été délaissé ce dernier demi siècle. En particulier, il est préférable d’investir dans la « bioéconomie » (le remplacement du pétrole par des déchets de l’agriculture) que dans « l’énergie renouvelable ».

Mais le souverainisme a une raison d’être : la Chine. Comme la Russie, elle a exposé ses plans. Dans son cas, il s’agit d’acquérir le monopole de savoir-faire critiques de façon à imposer au monde son modèle de société. (C’est une forme de perversion narcissique : renverser la logique de l’économie de marché pour servir ses intérêts !)

Alors, comment faire ? C’est peut-être ce que pense M.Draghi : aucune nation européenne ne peut faire seule face à la Chine ou aux USA, mais l’Europe unie, elle, en aurait les moyens. Pour le moment, ses nations ne l’ont pas compris.

Souveraineté

Le mal de la France, c’est la souveraineté.

La France est dépendante de tout le monde, pour tout. Des ex pays « low cost », pour ses biens matériels, des USA pour le numérique. Elle a détruit son industrie. Or, la « supply chain » mondiale est devenue un outil de géopolitique.

Mais surtout, la France est lourdement endettée. Comme d’habitude, le danger de la dette n’est pas celui qu’ont dit les économistes, il y a quelques décennies. Il vient de ce que nous sommes entre les mains des marchés financiers, irrationnels par nature. Ce qui nous pend au nez, c’est ce qui est arrivé à Liz Truss : une politique qui inquiète les marchés… et les institutions financières (les fonds de pension dans son cas) s’effondrent en dominos…

Une personne que j’ai interviewée, et qui vit ce type de situation dans les entreprises, me disait que, dans ces moments, ceux qui sont payés pour faire marcher l’entreprise jugent qu’il y a risque pour leur carrière et deviennent passifs. Le salut ne peut alors venir que de l’extérieur…

Vive le logiciel libre ?

Le numérique est la colonne vertébrale de l’humanité, or, la France, dans ce domaine, est totalement dépendante des USA. Seul moyen de se tirer d’affaires : le « logiciel libre ».

Etrange phénomène ? Les meilleurs logiciels mondiaux, les plus fiables, systèmes d’exploitation en tête, sont gratuits. Pourtant, ils sont développés par des « communautés » des meilleurs informaticiens de la planète.

Une des raisons pour cela est, justement, qu’il n’y a que les virtuoses qui soient à la hauteur de la tâche. Il est glorieux d’appartenir à ces communautés, comme il est glorieux de faire avancer les mathématiques. Et tout ce qui est essentiel et glorieux ne rapporte pas d’argent. Le monde du « libre » a retrouvé l’esprit de la recherche, qui a déserté le CNRS ou le CEA.

C’est un écosystème très curieux, d’ailleurs. Les communautés se font et se défont. Si bien que, si vous n’y prenez pas garde, vous pouvez vous retrouver avec un logiciel obsolète. En conséquence, c’est la jungle : il faut être en permanence sur ses gardes. Et le risque est opportunité. Si une nouvelle communauté se crée, c’est qu’elle a du nouveau à apporter. Il faut en profiter.

Paradoxe ? Le logiciel libre génère une kyrielle de licornes aux USA. Leurs valorisations se mesurent en dizaines de milliards d’euros. Comment gagner de l’argent, avec quelque-chose qui est gratuit ?

Comme avec les mathématiques. Par leur application. Le principe même de la fortune, dans ce monde, est que le logiciel n’est que pour les héros, par pour les PDG ou leurs informaticiens. Il faut donc à ces derniers des intermédiaires. Ceux-ci, venus du Walhalla, ont développé des outils qui permettent de tirer le meilleur du logiciel libre et de profiter de ses mouvement telluriques. C’est, plus ou moins, ce que l’on appelle « open core ». On profite de la dynamique des communautés, tout en développant des outils et un savoir-faire dit « propriétaire ».

Dernière curiosité, la France serait en pointe dans l’adoption du logiciel libre, en Europe. Et la demande y serait tirée par la commande publique. Kafkaïenne, comme d’habitude, mais tout de même agissante. Enfin une raison d’espérer ?

La souveraineté commence par la pensée ?

Nicolas Dufourcq, dans son dernier livre, observe que notre “élite” est facile à manipuler. 

En se limitant au domaine que je connais le mieux, il est effectivement frappant de constater à quel point elle absorbe aisément ce dont l’entreprise a fini par se méfier, ce qu’en anglais on nomme les “modes de management” (management fads), que l’on retrouve sur la “hype curve” du Gartner group. 
Depuis la “bulle internet”, et ses “autoroutes de l’information”, et son “c’est le débit qui va créer l’usage”, elle paraît curieusement sensible aux campagnes de marketing des grandes sociétés étrangères. Bien souvent, elles semblent avoir écrit les rapports que publient ses hauts fonctionnaires. 
Pourquoi ? Cela tient probablement en grande partie à ce que nous n’avons plus qu’un “exécutif”. Cet exécutif n’a, par définition, pas de capacité de traitement de l’information. 
On a découvert que notre pays était dépendant du reste du monde, pour les biens essentiels. Et si la première souveraineté à retrouver était celle de la pensée ? Nous devons réapprendre à penser par nous-mêmes ?
Et cette pensée, si elle veut être la nôtre, ne peut venir que de l’intérieur du pays ?
(Le rôle du « législatif » est de capter cette pensée. Parce que l’on jugeait qu’il ne fonctionnait pas bien, on l’a éliminé, au lieu de chercher à comprendre la cause du mal…) 

Guerre de Taiwan

Mme Pelosi rend visite à Taiwan. La Chine laisse entendre que son avion pourrait être abattu. (Politico.eu, hier matin.)

La probabilité d’invasion de Taiwan par la Chine grandit dangereusement. Que fera l’Ouest, si c’est le cas ? 

Encore plus de sanctions ? Cette fois, il n’y a plus de supply chain mondiale. La Chine fabrique tout. (Et, accessoirement, l’Allemagne est en faillite.) 

Et si l’on envisageait sérieusement cette question de « souveraineté » ? 

Conseil national de la résilience alimentaire

L’autre jour, j’ai découvert le « conseil national de la résilience alimentaire » (CNRA). 

Son idée est que nous ne faisons rien pour assurer notre souveraineté alimentaire, au contraire. (En dehors, bien sûr, d’en parler.) Ce groupement des « parties prenantes » de l’agro alimentaire a pour mission d’amener les territoires français à passer à l’action, en leur apportant stimulation et méthodes, simples et de bon sens. 

Voilà qui est nouveau ! Car le travail que je mène depuis trois ans montre que notre pays n’est qu’initiatives intattendues. Il semble, quelle que soit la question, même la plus complexe, qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui, dans son coin, l’a résolue. Et même lui a trouvé une solution étonnamment élégante. Or, tout ceci ne fait pas « boom ». Nous ne sommes qu’idées disparates qui ne se diffusent pas. 

Pour une fois, il semble qu’il y ait ici un désir d’action systémique. 

(A suivre.)

Qu'est-ce que la souveraineté ?

On parle de souveraineté. Qu’entend-on par là ? Comme souvent tout est une question de définition. 

On entend parfois que souveraineté signifie autarcie. Etre auto suffisant. Mais peut-on être auto suffisant dans un monde qui change ? Les Chinois furent auto-suffisants, ainsi que les Indiens d’Amériques. Mais comme ils ne participaient pas au changement mondial, ils ont été balayés. 

La souveraineté c’est donc, probablement, pouvoir dévaler le torrent du changement, sans boire la tasse. C’est à dire tenir sa place dans l’écosystème des nations. J’ai besoin de l’autre, et il a besoin de moi, c’est pour cela qu’il ne peut pas me couper les vivres. Peut-être mieux, toujours dans la logique d’écosystème naturel, c’est pouvoir remplacer un maillon défaillant par le reste de l’écosystème ?

Réindustrialiser la France

Dans les années 70, que l’avenir soit au service faisait consensus parmi les élites occidentales. La France s’est désindustrialisée. Et elle est allée, dans ce domaine, beaucoup plus loin que des pays comparables. 

Les conséquences de cette politique étaient visibles depuis longtemps, en termes de chômage, des malaises sociaux associés, de désertification rurale, et de déficit du commerce extérieur. Mais, apparemment, il a fallu l’épidémie, et les failles béantes qu’elle a révélées (santé, télécom, numérique…), pour que nos gouvernants prennent conscience que le pays avait perdu sa « souveraineté ». 

D’où des propositions d’économistes pour « réindustrialiser » le pays. 

Bonnes idées ? Le changement est un processus long, qui commence par une prise de conscience. C’est elle qui compte…