Pression sociale

Je ne peux travailler que pendant les vacances et le week-end. Les tâches ménagères en souffrent.

Ce n’est qu’alors que mon cerveau se met à fonctionner. Le reste du temps, il obéit aux injonctions de son environnement. (De l’importance du Sabbat ?)

Suis-je unique ? Il me semble que la société exerce sur nous une pression dont nous sommes les esclaves. Impossible de lui échapper ?

(Même les aristocrates d’antan en ont été victimes : ils prétendaient être au dessus des conventions, mais ils en ont inventé d’autres, dont ils ont été prisonniers et qui les ont détruits ?)

Batellerie

Les nuits de France Culture rediffusent plusieurs heures d’émissions consacrées à la batellerie (« Les mariniers« ) et enregistrées en 1987. Le marinier était alors en voie de disparition. Les Bobos s’emparaient de ses péniches pour en faire des appartements de luxe.

Les mariniers étaient heureux. Ils n’avaient jamais de vacances, ils étaient toujours sur le pont, mais ils n’étaient jamais fatigués. Et ils ne prenaient leur retraite que le plus tard possible. Ce qu’ils aimaient ? La liberté, être son propre maître, les voyages, avec sa maison sur le dos, et les amis que l’on se fait et que l’on retrouve à chaque étape.

Etrangement, le progrès n’a pas été un bien. Jadis, c’était les chevaux qui tractaient les péniches. Et même le propriétaire, quand il n’avait pas de chevaux. Mais on progressait lentement et dans la joie. Plus les écluses ont été aménagées et automatisées, plus la navigation est devenue industrielle. Et l’homme un rouage.

Une des « pathologies » de la société est qu’elle tend à nous embrigader, ce faisant, elle nous retire notre joie de vivre ? Il faut veiller à « organiser l’autonomie » ?

Bon sens collectif

Tout cela se passe dans une ambiance pré-révolutionnaire inédite. Les quelque 100 élus Renaissance revenus des enfers de la dissolution n’ont plus envie, mais plus du tout, de se faire dicter leur loi. Ni par le parti, ni par l’Elysée.

“Désormais le top-down, c’est terminé, on passe au bottom-up“, se marrait un cadre de Renaissance au téléphone hier avec Playbook (…) Autrement dit, finies les décisions prises d’en haut et qui s’imposent à tous.

Politico Playbook Paris, hier

Le secret de l’esprit d’équipe et de coalition ? Se débarrasser des grands fauves, aveuglés par leur ambition personnelle ?

(Et c’est aux sans-grades de nommer leur chef : quelqu’un qui ne veut pas l’être ?)

Homme et société

La conjonction des oeuvres de Iain McGilchrist et Henri Suhamy me fait m’interroger sur l’influence de la société sur l’homme. Et si la société avait pour objet de décérébrer l’individu ? Et si elle le faisait par le biais de la raison ?

Paradoxalement, la liberté serait dans l’irrationnel, le gratuit, la culture.

J’interprète le libéralisme de ce dernier demi-siècle comme une révolte contre le modèle bureaucratique d’après guerre. Mais cette révolte a mal tourné. Elle a renforcé ce qu’elle dénonçait.

A moins que ce ne soit qu’une première étape de la libération. Peut-être que, comme pour toute innovation, ce sont les usages destructifs qui sont premiers. L’erreur est humaine, dis-je souvent. Au sens où le propre de l’homme est de commencer par se tromper. Erreur qui le met dans une situation désespérée, qui lui donne le génie du désespoir ?

Musicoliers

Un de mes premiers souvenirs. Un groupe de musiciens vient faire découvrir la musique à ma classe de maternelle.

Je pense que, comme tous les enfants, j’avais un sentiment aigu de la justice. En tous cas, le souvenir que j’ai retenu de cette présentation est qu’avant de sévir ailleurs, le colon s’est exercé sur son peuple.

Lorsque les musiciens eurent joué, ils ont sollicité les questions du public innocent. Lourd silence. Un camarade, gentiment, veut dissiper le malaise. Il pose la première question qui lui passe par la tête : combien coûtent vos instruments ? Les bons sentiments ne sont jamais récompensés.

L’enfant naît intelligent. La société l’abêtit. Dans le meilleur des cas, il lui faut 60 ou 70 ans pour remettre son cerveau en marche. Confucius a raison.

Paresse mentale

« Nous avons plus de paresse dans l’esprit que dans le corps » (La Rochefoucauld).

Le professeur Cialdini dit même que l’homme utilise son cerveau le moins possible. Son idéal : un encéphalogramme plat ?

Je me suis toujours demandé si cette caractéristique était innée ou acquise.

Après tout, l’homme dans la nature doit être sur le qui-vive. Son cerveau doit être en marche permanente. Idem, d’ailleurs, pour l’alpiniste ou le navigateur en solitaire.

Métro, boulot, dodo ? Serait-ce la société qui nous aliène ?

A moins que le cerveau ne fonctionne qu’en réaction à son environnement, et que notre environnement soit conçu pour qu’il ne soit pas stimulé ? (Théorie du complot.)

A noter, que je cite un neuro scientifique qui estime que ce manque d’activité du cerveau, contre nature, pourrait être cause d’Alzheimer.

Inégalités criantes

L’enfant est une victime. Obligatoirement, il sera défavorisé par rapport à ses semblables mieux nés.

Voilà ce que l’on nous raconte tous les jours.

Mais cela signifie qu’il n’y a qu’une façon de mener sa vie ! Et qu’elle nous est imposée de l’extérieur.

Et s’il n’y avait pas de « sotte famille » ? Et si chacune apportait à ses enfants une sorte d’idéal. Et si, ensuite, ceux-ci cherchaient un bonheur à leur mesure, en fonction de ce que peut leur apporter la société, mais sans obéir au diktat d’un modèle unique ?

En fait, s’il y a quelqu’un qui a intérêt à l’égalité des chances, est-ce l’individu, ou la société ? Une société stratifiée est une société de faible intelligence ? D’Ancien régime ?

Innovation

My word is my bond, dit la bourse de Londres. Ce n’est plus le cas de beaucoup de monde. 

Ne pas tenir parole est un avantage quand les autres la tiennent. Innovation ? 

Petit à petit les lois sociales deviennent une seconde nature. Cela nous rend faciles à manipuler. C’est un moyen de faire fortune. Ce blog cite, par exemple, l’histoire des retraites américaines. Des entreprises s’étaient engagées à verser des retraites à leurs salariés. Des entrepreneurs ont compris que ces retraites étaient de simples dettes. Il suffisait de mettre les entreprises en faillite, pour ne plus avoir à les payer. 

Notre société s’en prendrait-elle, ainsi, à elle-même ? En tous cas, c’est peut-être un sain exercice. Aucun avantage n’est définitivement acquis. Et, il n’y a rien de plus dangereux que notre inertie intellectuelle.