Le prince des artistes

M.Mitterrand était « le prince des artistes ». C’est ce que quelqu’un disait dans une émission que France Culture consacrait aux célébrations de la Révolution, en 1989.

Ce qui m’a frappé dans cette émission, c’était ce qu’elle signifiait du Parti Socialiste. Effectivement, M.Mitterrand se comportait comme un monarque, entouré de l’obséquiosité des courtisans. Mais, surtout, il s’adresse, pour organiser son défilé, à un publicitaire. C’est à dire à l’épitomé du capitalisme ! Et cela produit, si j’entends bien le reportage, une mascarade, un pied de nez à ce qui compte pour beaucoup de gens, en particulier les joueurs de musique traditionnelle que l’on fait défiler.

« L’univers est né d’un éclat de rire de l’infini » disait Proudhon. La gauche socialiste (ou démocrate) serait-elle à l’image de Dieu ?

Le paradoxe de Hollande

Le paradoxe de Cournot, vous connaissez ? Prenez des triangles rectangles ; la moyenne des dits triangles, n’est pas un triangle rectangle. Par là il voulait se moquer du concept « d’homme moyen », de la théorie d’un de ses collègues.

Cournot s’est trompé. En effet, il existe un espace des triangles rectangles : le cône x2 + y2 = z2. Et faire la moyenne de points appartenant à ce cône a un sens : c’est un point du cône, donc un triangle rectangle. Par son erreur, Cournot a apporté une contribution à la science : il a donné un exemple de « problème mal posé ».

Le Parti socialiste est victime d’un problème mal posé, me disait un ami : la synthèse. Car, la synthèse résulte en des leaders qui ne sont pas socialistes, comme MM.Hollande et Mitterrand. Un problème bien posé commencerait par définir la qualité de « socialiste ». Ensuite, il posséderait une métrique qui permette de déduire de l’ensemble des socialistes celui qui les représente le mieux. Cette métrique n’est probablement pas la « synthèse », qui est un renoncement. Mais, au contraire, un « système », qui englobe la totalité par transcendance.

Complot

France Culture s’interrogeait (samedi) sur le désarroi du PS. Il serait dû à une erreur stratégique. Le Think Tank Terra Nova lui a suggéré une tactique électorales s’appuyant sur les immigrés, les femmes et les jeunes. Le président de Terra Nova reconnaissait que cela avait été bête. Si cette information n’était pas venue de France Culture, j’aurais cru à des fake news du FN, financées par Poutine ! Sans parler de la stupidité mathématique de ce raisonnement, et de son invraisemblable ignorance des réalités, je me suis demandé ce que le PS comptait faire des Français de souche. Et, comment peut-on s’appeler « socialiste » quand on hait une partie de la société ? Et le dirigeant de Terra Nova, vieux Français de souche, comme les prétendants à la direction du PS, était-il suicidaire ?…

Y a-t-il une théorie psychologique pour expliquer ce fatras d’irrationalité ? J’y perds mon latin. Le mieux que j’ai trouvé, c’est Paul Watzlawick, et son « jeu sans fin« . L’homme construit des systèmes intellectuels, faux par définition puisque représentations de la réalité (pas réalité elle-même). Des contradictions apparaissent fatalement. Au lieu de voir que le système nie la réalité, l’homme renie la vérité pour le système. Pris dans son délire, il devient fou.

(PS. Depuis, j’ai retrouvé l’étude dont il est question ici. Et j’ai compris pourquoi elle ne m’avait pas frappé. Elle date de 2011. On y disait que les immigrés tendaient à voter massivement pour la gauche, et que les jeunes et les femmes avaient des sensibilités qui lui étaient favorables. L’étude semblait ressortir au cynisme politique ordinaire, qui consiste à se faire élire en jouant une partie des citoyens contre l’autre. C’est la tactique qui a réussi à M.Obama. Seulement, peut-être que, pour M.Obama, il s’agissait effectivement d’une tactique, alors que pour Mme Clinton et le PS, c’était leur intime conviction ? Le peuple ne s’y est pas trompé ?)

Socialisme

Comment refonder le socialisme ? se demandait France Culture. On débattait du texte d’un penseur allemand (Axel Honneth).

Bizarrement, ce qui n’a pas été dit dans ce débat, c’est que quand le socialisme gouverne, cela ne donne rien d’enthousiasmant (je ne parle pas du communisme). Il produit même des effets inattendus. En particulier, il y a une sorte de paralysie du pouvoir (Munich) et une instabilité chronique. Plus étrangement, il coïncide avec des phases de corruption (Panama, etc.). Curieusement, le socialiste qui arrive au pouvoir tend à être un hypocrite : ses propos ne correspondent pas à son comportement, notamment vis-à-vis de l’argent. La SFIO, par exemple, était vue comme un (infect) parti de droite par beaucoup. La grande déréglementation actuelle, c’est Clinton, Blair et Schröder, elle est de gauche. Si elle a produit un Trump, c’est parce que le petit peuple constate que la gauche n’est pas bonne pour sa santé.

Un des invités de l’émission a exécuté sommairement le « pragmatisme » de M.Macron. Il avait peut-être raison. Mais le problème du socialisme est que c’est une idéologie inopérante. C’est peut-être cela son vrai problème : il cherche une formule mathématique pour la bonne marche de l’univers. Stresemann, qui a failli sauver la République de Weimar, et nous éviter Hitler, était un pragmatique. Dans les situations difficiles, il n’y a pas de bonne solution préécrite : il faut l’inventer, en se gardant au mieux des idées reçues. C’est cela le pragmatisme.

(Ce qui ne signifie pas que M.Macron est dans le vrai. Ce que lui reprochait l’invité était, justement, d’avoir une idée préconçue, d’être un faux pragmatique.)

Sociale démocratie

Il y a eu le tournant « social démocrate » de M.Hollande. Qu’entendait-il par là ? Je l’ai interprété comme un tour de passe-passe, qui annonçait la déréglementation pour tous. Virage Blair. 
En fait, Michel Winock (dans son François Mitterrand) explique que les socialistes sont, depuis toujours, des crypto socio démocrates. La sociale démocratie, qu’est-ce ? Pour Michel Winock c’est un concept qui veut que l’on n’ait pas besoin de Marx pour être socialiste. Pas de révolution et de dictature du prolétariat. C’est, simplement, le capitalisme à visage humain. 
Le problème s’est posé à Blum et à Mitterrand. Tous les deux étaient par tempérament des socio démocrates. Mais il y avait les communistes, et les communistes étaient marxistes. Et les communistes avaient beaucoup de succès auprès de l’électorat populaire. Et les socialistes étaient supposés représenter le peuple. Donc les socialistes devaient être marxistes, et révolutionnaires. 
Et c’est ainsi que la France a acquis son image effrayante ? 
Toujours est-il que cela semble montrer la faille du parti socialiste : il est coupé de la population, parce qu’il ne la comprend pas. C’est un parti d’intellectuels. Pour eux, la politique c’est un brassage d’abstractions. Ils ont une tête mais pas de coeur ? 

Le socialisme peut-il entraîner le capitalisme dans sa chute ?

M.Clinton démantèle le New Deal et la réglementation qui protégeait son pays d’un retour de 29. M.Schröder liquide l’héritage de Bismarck, et M.Blair l’Etat providence anglais, le modèle de l’Europe d’après guerre. Le socialisme français est postmoderniste donc ouvertement « anti Lumières ». En quelques décennies, le socialisme s’est suicidé. Conséquences ?

L’histoire mondiale de ces derniers siècles pourrait s’expliquer par l’affrontement de deux idées concernant l’homme. (Thèse de Marshall Sahlins, ici.)

  1. Il existe deux types d’hommes. Les vrais et les animaux. L’Angleterre le pense. Et ce dès que ce pays prend sa forme moderne, au Moyen-âge. Le capitalisme, vu comme la concentration de ce que la vie a de bon entre quelques mains, en découle. C’est explicitement la doctrine du néoconservateur moderne. 
  2. L’homme est un. Il partage une qualité commune : « l’humanité ». Idée des Humanistes puis des Lumières et des radicaux, qui gouvernent la 3ème et 4ème République. Concept central : « liberté ». L’homme est libre lorsqu’il pense par lui-même. Ce qui signifie qu’il se dégage de l’obéissance aveugle à des « coutumes ». Car leur objet est généralement de lui faire servir des intérêts qui ne sont ni les siens, ni ceux de l’humanité (« aliénation »). 
Le socialisme sauve le capitalisme
Le socialisme (Marx) est un détournement de la seconde idée selon le principe de la première. C’est celui qui produit, qui crée. Le propriétaire est un parasite. D’où une « lutte des classes ».

Il semble que notre société, nos « acquis sociaux », résulte de cette idée :

  • Bismarck, pour museler le risque insurrectionnel, invente les régimes sociaux. 
  • Les USA, pour endiguer la tentation soviétique, vont faire profiter le peuple d’un cocon de protection et de prospérité. 

Pour Donald Sassoon, sans le socialisme le capitalisme n’aurait pas vécu. Et il semble effectivement vrai qu’en le forçant à distribuer, un peu, ses gains, il a créé un marché colossal et multiplié les capacités productives du monde. Et il lui a épargné des révoltes. 

La fin du capitalisme ?
La petite entreprise face à la grande, le travailleur précaire face au CDI, le subalterne face au supérieur, le malade face au bien portant, le jeune face au retraité, n’importe quelle nation face aux USA… Quasiment tout le monde est faible par rapport à quelqu’un. Et, il n’y plus personne pour défendre leur cause… Comment cela va-t-il se finir ?
Retour au modèle anglais féodal, ou athénien, ou même américain des origines ? Modèle « Mad Max » : îlots d’humanité décadente entourés de barbarie ? Ou, plus simplement, le capitalisme a tué ce qui lui permettait de vivre ?
(SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New Press, 1998. Par ailleurs, l’émergence des « deux idées » est peut-être liée à l’invention de l’individualisme. Auparavant les sociétés étaient « holistes », probablement. Au sens où l’homme se voyait comme membre d’un tout, et pas comme une entité autonome. C’est plus ou moins l’idée de Marshall Sahlins, qui, en outre pense que notre modèle culturel est fondé sur l’idée que l’homme est porteur du mal.)

La logique de l’intellectuel

La logique de l’intellectuel (de gauche ?) serait que l’opprimé est fatalement un juste. J’ai saisi cette idée au hasard d’une émission de France Culture dont j’ai attrapé une minute, dans la confusion, d’où l’approximation de la citation. Entout cas, la modélisation semble étonnamment puissante.

Elle pourrait expliquer bien des paradoxes. Par exemple, pourquoi le Juif est-il un bon quand il est dans un camp nazi, et un mauvais quand il est Israélien ? Pourquoi la famille Rom peut-elle être l’antithèse des droits de l’homme mais aussi l’image du bien absolu ? Pourquoi a-t-il fallu les printemps arabes pour que l’on découvre qu’il y avait oppression et misère au Maghreb, sinon parce que d’anciennes colonies ne peuvent qu’être le bien ?
Où est l’intellectuel dans tout ceci ? Il combat du côté des opprimés. Mais alors en opprimant les oppresseurs, il en fait des justes, et est le mal ? Ne serait-il pas plus logique de périr en martyr non violent ?
Et si la nature de l’homme était d’opprimer quand il le peut ? Le bien n’existerait pas ?
Question finale : l’intellectuel en est-il un ? En effet, penser est le contraire d’obéir mécaniquement à des règles sommaires. Défaite des Lumières, des philosophes, de la Révolution, de la 3ème République, des instituteurs, des radicauxpuis du socialisme de Jaurès, dont le combat a été justement de nous apprendre à penser par nous-mêmes, en dehors des coutumes et autres règles qui nous préexistent ? 

Gouvernement silencieux

Depuis que M. Hollande est arrivé, le pays est étrangement calme. Et c’est reposant. Décidément Hollande est l’anti Sarkozy ! M.Sarkozy voulait donner l’illusion de l’action par l’agitation frénétique, M.Hollande semble croire qu’il ne sert à rien de masquer son impuissance.

Mais pourquoi cette impuissance ? Plus d’idéologie ? Le sentiment que la dette de la France retire à son gouvernement ses moyens d’action ? Pourquoi ne s’inspire-t-elle pas de l’entreprise qui sait se transformer justement lorsqu’elle n’a plus de moyens ? N’est-ce pas de ce type de changement, structurel, dont a besoin le pays ?
La presse prévoit des mouvements de mécontentement. J’en doute. Il me semble qu’il n’y a que la gauche qui ait une capacité d’agitation.
Et elle le démontre. Elle chasse les Roms, elle abaisse le prix du pétrole, elle parle favorablement de l’énergie nucléaire. Demain elle autorisera l’exploitation du gaz de schiste et les OGM ? Et voilà que le président, socialiste, du Sénat défend le cumul des mandats. (Mais Ségolène Royal l’avait précédé : n’a-t-elle pas dit qu’une ministre devait son poste à son origine ?)
Le socialisme est-il un égoïsme, voire un sophisme ? Un opium du peuple qui permet de prendre le pouvoir, de museler le mécontentement, et de satisfaire ses ambitions personnelles ?

Nos socialistes sont-ils révolutionnaires ?

J’entendais ce matin Henri-Gérard Slama dire que, probablement seuls au monde ?, nos socialistes rêvent de renverser le capitalisme. Seraient-ce les derniers des Marxistes ? En tout cas, ce dogmatisme antédiluvien est un obstacle à de bonnes relations avec Mme Merkel.

Curieusement, je n’avais pas compris que Jean Jaurès avait cette vision des choses. D’une part, lui qui était un éminent philosophe (entré mieux classé que Bergson à Normale sup), ne semblait pas juger l’œuvre de Marx avec une grande admiration. Ensuite, il paraissait surtout chercher « l’épanouissement » de l’homme. Un moyen, pas une fin. Mais je ne suis pas un spécialiste. 

Grève à la radio

Hier, la radio publique est en grève. Je m’interroge.

A-t-elle attendu le résultat des élections pour se mettre en grève ? Cadeau fait aux socialistes ?

Mais, alors, curieuse façon de faire des cadeaux. Pourquoi commencer par une grève ? N’y a-t-il pas d’autres moyens de s’exprimer, à un moment où le gouvernement a un mal fou à faire croire à Mme Merkel que la France est autre chose qu’une République bananière doublée d’un panier percé ?

Si les usines d’armement ont pu faire grève au moment de la guerre de 40 (cf. L’étrange défaite de Marc Bloch), ce n’est pas en paix que nous allons renoncer à nos rites culturels ?