La SNCF est sympathique

Je dois me rendre en banlieue. Je découvre, un peu par hasard, que mon train habituel a été supprimé. Pour des raisons de travaux, il ne peut plus franchir une gare. Je dois en prendre un autre, puis un bus m’amènera à ma destination finale. Voilà qui a doublé la durée du trajet et lui a apporté un peu de piquant. Mais, ce qui m’a surpris était la capacité de la SNCF à mobiliser beaucoup de personnel, sympathique par ailleurs, pour accompagner son client dans son odyssée. 
L’avenir de la SNCF (et de notre société ?) : de moins en moins de machines, mais des foules de gens serviables ? 

SNCF et la bataille du bus

La bataille du rail ridiculisée par celle du bus ?
M.Macron conduit le changement. Le bus attaque le train. La SNCF semble avoir décidé que la meilleure défense était l’offensive. Elle va mettre des bus partout. Mais elle n’est pas la seule. Les monstres du transport vont utiliser les grands moyens. Stratégie : « mettre beaucoup de bus sur les routes rapidement pour capter la demande« . Transdev, Flixbus (allemand), Megabus (anglais). Comme lors de la libéralisation des télécoms, cela va-t-il faire des victimes ? Sans compter que les routes du covoiturage sont visées. Des start up pourraient elles boire un bouillon ? Certains trajets ferroviaires vont-ils être liquidés ? Le contribuable va-t-il devoir renflouer la SNCF ? Quid des embouteillages ? De la pollution ?…
Étrange que cette idée ait été lancée au moment où la France organise la COP21 ? On devait avoir besoin de bus pour transporter ses participants…

Arrêt commercial de la SNCF

Vendredi soir. TGV Rennes / Paris. Annonce : le chef de train a décidé d’un « arrêt commercial » au Mans. A Paris, annonce : le train arrive avec 5 minutes de retard. 
Je me suis demandé ce que signifiait cet « arrêt commercial ». Le TGV se transformerait-il en charter ? L’innovation à la sauce SNCF : toutes les caractéristiques du « low cost » au prix du « high cost » ? Une fois embarqué, le passager n’a plus son mot à dire ? Mais les arrivants du Mans devaient avoir été avertis de cet arrêt imprévu, puisqu’ils étaient sur le quai. Suppression d’un train ? retard ? pistonnés ?… Mystérieux. En tout cas, je demeure surpris du mauvais état du train. Ce n’était pas comme cela il y a encore quelques années. La SNCF filerait-elle un mauvais coton ? 

SNCF et dette publique

Pourquoi la SNCF est-elle en difficulté ? Selon la Cour des Comptes, pas principalement du fait de son inefficacité. Mais parce que le politique lui a imposé des projets qui sont des gouffres financiers. Et ce n’est même pas une question d’aménagement du territoire, qui pourrait justifier des pertes. On a voulu un tout TGV, et on le fait rouler sur des lignes ordinaires… 
Et si l’on avait là les raisons des déficits du pays ? Des hommes politiques irresponsables, ou qui n’ont aucun sens pratique ? 
Et si, du coup, les réformes en cours allaient à l’envers ? Elles cherchent à faire gagner l’administration en efficacité, en plombant ses comptes à coups d’investissements informatiques allemands !, alors qu’il faudrait fournir des tuteurs à nos hommes politiques ? 

Très Grandes Pertes ?

Le TGV serait en pertes. En cause, baisse de fréquentation, prix des voies de RFF en hausse (50% depuis 2007). Il faut bien entretenir un réseau en ruine. 
Salle de gavage pour canards destinés à l'industrie du foie gras, équipée en cages individuelles - Sud-ouest de la France, 2004.jpeg

La solution semble être le Low Cost Train. Exactement la même recette que l’avion. On est empilé comme des volailles en batterie, mais cela ne coûte pas très cher. 
Dans ces conditions, on a intérêt à ce que le train aille vraiment très vite…

(Cause de cette évolution ? TGV projet au dessus de nos moyens, syndrome Château de Versailles ? Peuple appauvri, France du « bottom of the pyramid » ? Service public dont on veut, sans vouloir en payer le prix ?…)

Bretigny et si nous étions tous responsables ?

Un ami me transmet le message suivant : 
L’accident de Bretigny et divers autres éléments me font te suggérer un thème de réflexion pour ton blog (pour que tu confirmes, infirmes et éclaires !).  
« Et si nous étions en collaboration sans le savoir  » ?  
Dans les services techniques et l’administration (et ailleurs) il me semble que de plus en plus ce qui « compte » ce n’est pas de « faire un travail de qualité », respecter le client etc… _ et s’épanouir en conséquence _ (travail qui n’est plus, concrètement, demandé [si ce n’est théoriquement et pour le parapluie] par la hiérarchie obnubilée par les coûts et les primes) mais « passer entre les gouttes ». Donc désinvestissement et report de toutes les responsabilités sur le « système ». 
Si le train a déraillé, UPR peut dire que c’est la « faute » de l’UE et du démantèlement de la SNCF mais au delà c’est parce que « ceux qui savaient », sur le terrain, ont décidé de ne pas « bouger », tout en sachant que cela ne se « terminerait » pas bien, tout en estimant que ce « n’était pas leur problème  » et qu’ils ne faisaient qu' »obéir aux consignes » . Et que « remuer » des problèmes pouvait leur causer quelques soucis. 
C’est comme ça, pour être brutal, qu’on a mis des gens dans des wagons à la destination inconnue, que l’on ne voulait surtout pas connaître…arrêtés par des policiers français, transportés par la RATP (tu connais le livre d’Orsenna sur cet épisode, je crois que c »est l’exposition coloniale où il gérait les pneus des bus) puis par la SNCF. Avec le « je ne veux pas savoir  » de la majorité de la population. Et une presse aux ordres. 
Et entre temps on se focalisait sur les flux de loisirs et d’info lénifiante sur son portable…   
Et qu’apprendre le changement est indispensable mais alors du gros changement !
Et ma réponse. Cela ressemble à la théorie d’Hannah Arendt, sur le totalitarisme et la banalité du mal. Ce que cet événement révèle probablement est que chacun est individuellement responsable du sort collectif. Plus généralement, nous sommes tous individuellement responsables de l’état de la société. Ce que nous n’arrivons pas à comprendre.

Alors, je me suis dit qu’il devait être terrible d’être, aujourd’hui, un agent de la SNCF à Bretigny. Ce doit être effroyable de se dire qu’il en aurait fallu si peu pour empêcher une catastrophe. Et quid des dirigeants de la SNCF qui ne se sont pas rebellés contre les conditions qu’on leur imposait ? Et s’il était temps que la SNCF s’interroge ? Et s’il était temps que la société fasse de même ? Notre silence, notre irresponsabilité, ne nous préparent-ils pas de bien plus graves Bretigny ?

Solution à la dette : le contrôle de gestion

RFF / SNCF : déjà vu ? Le problème de la France, c’est la dette. Et, j’ai l’impression que, dans les années 90, on a trouvé une idée très intelligente pour s’en débarrasser. La confier à plus faible que soi. Pour cela on a pris l’excuse de la libéralisation de l’économie. Alcatel s’est débarrassé de sa dette sur Alstom. Idem pour l’Etat et les Régions. Et RFF / SNCF, donc. Mais le marché et la concurrence n’ont pas fait à notre place le sale boulot. Au contraire, les nouvelles entités ont accumulé de la dette bien plus vite que les anciennes.
Alors, quel est le problème de la France ? C’est le contrôle de gestion. Nulle part, il n’existe un système qui interdise de dépenser plus que nous gagnons. C’est la contrainte du contrôle de gestion qui est la condition du management véritable. Elle force l’entreprise à être intelligente, à innover, afin de faire mieux avec moins.
C’est vrai pour l’Etat, comme pour les entreprises.

Fusion RFF SNCF : enquête

Que penser de la fusion RFF, SNCF ? Pas facilement compréhensible cette affaire. On sépare RFF et SNCF, puis on les fusionne. Dans l’entreprise, on appelle ça une « mode de management ». C’est la gestion par l’idéologie. Tentative (pas très satisfaisante) d’enquête :
97, il y avait l’idéologie du marché. Il fallait séparer les rails des trains, de façon à ce que le monopole de la SNCF soit attaqué par d’autres entreprises. Cela produirait le meilleur des mondes. Baisse des prix et innovation. Résultats :

  • Les cheminots résistent (probablement pour ne pas perdre leur statut, RFF étant apparemment de droit privé). Le gouvernement, libéral, lâche. Si bien qu’ils n’ont pas été transférés chez RFF. Et que RFF est une toute petite société, qui doit sous-traiter la quasi totalité de son activité à la SNCF… Cela semble surtout avoir produit ce que produit dans le privé une telle stratégie : le dilemme du prisonnier. Une forme d’irresponsabilité. L’envers de ce qui était recherché. Au lieu d’une quête de rentabilité par l’innovation, on s’enrichit en escroquant l’autre. D’où à la fois négociations interminables et augmentation injustifiée des coûts pour la collectivité, qui, en dernière instance, doit régler les factures. (Je tire ces informations d’ici.)
  • Et la concurrence ? Le rail est naturellement monopolistique. Dans ces conditions, comment garantir qu’en remplaçant l’esprit du service public par celui de l’enrichissement de l’actionnaire, on n’en arrive pas à la situation du marché de l’énergie en Angleterre ? Plus du tout d’investissement, et des prix usuraires ? 
Bref, la réforme mettra probablement un terme à l’irresponsabilité. C’est un mieux. Mais pas une solution. Le problème de la SNCF, c’est la dette. Or, la réforme de 97 était un tour de passe-passe, qui transférait la dette de la SNCF à RFF. En revenir à la situation précédente améliorera-t-il les choses ? Ne faut-il pas attaquer le cœur du problème ? D’autant que cette réforme accouche d’une « usine à gaz« …

Quant aux syndicats, ils ne s’opposeraient pas à la fusion, mais, plutôt, voudraient un retour à la SNCF d’avant. Ils semblent craindre que, cette fois, il y ait réellement privatisation. L’argumentation est difficile à saisir. Surtout, c’est maladroit. J’ai l’impression que cette grève fait beaucoup de mécontentement alors qu’elle est peu suivie. Elle fait perdre de la crédibilité aux syndicats. N’est-il pas extrêmement dangereux de crier « au loup », prématurément ? 

Manipulations en France

Vivrions-nous un grand moment de mépris de la démocratie ? Deux événements récents illustrent parfaitement les techniques de communication de crise. Plus exactement, comment jouer de la désinformation.

  • On nous dit que la SNCF a commandé des trains trop larges. Le peuple se déchaîne : incompétence ! Apparemment non. Le choix était délibéré, rationnel et connu depuis longtemps. L’opinion aurait été sciemment manipulée par les collectivités locales en guerre contre la SNCF. Question d’argent. 
  • Attaque des Chambres de commerce. Incompétence, ne servent à rien ! L’opinion s’en donne à cœur joie. Pas si simple. La CCI apporte à l’entreprise et au tissu économique des services que ne sait pas leur donner l’Etat. C’est pour cela que, partout dans le monde, se sont créées des chambres de commerce. Une partie de leurs difficultés vient de ce que, exception française, elles sont chez nous des courroies de transmission pour l’Etat. Aujourd’hui, celui-ci, qui a un besoin désespéré d’argent et qui croit en trouver chez elles, leur reproche la mauvaise gestion qu’il a fait d’elles. A cela vient s’ajouter la Région. C’est elle qui est une des grandes raisons des dettes françaises. Car chaque Région a cru bon de dupliquer les services de l’Etat. Plutôt que de s’amender, elles veulent dépecer la CCI. Pour, éventuellement, faire ce que faisait la CCI en bien plus dispendieux ? 

Bref la puissance publique nous considère comme stupides. Et joue sur cette stupidité. Qu’elle ne vienne pas pleurer si, demain, elle découvre que nous nous comportons de manière vraiment stupide.

(Références : des trains larges ; des CCI (Les Echos) ; CCI (La Tribune) ; sur la communication de crise et des exemples illustrant la technique de nos gouvernants : REGESTER, Michael, LARKIN, Judy, Risk Issues and Crisis Management: A Casebook of Best Practice, Kogan Page, 3ème edition, 2005. En tout cas, nous sommes bien médiocres par comparaison au talent anglais…)

TGV de Bordeaux

Le TGV arrive en avance. À l’aller et au retour de Bordeaux. Bravo à la SNCF ?

(Mais, jadis, ne fallait-il pas 3h pour faire le trajet, alors que nous avons mis 3h15… mauvaise mémoire ?)
J’ai appris que l’Aquitaine était la région la moins endettée de France. Ce que les entrepreneurs locaux semblent amèrement regretter. En effet, cela viendrait d’un investissement insuffisant en infrastructures de transport (en particulier, la ligne TGV ne l’est pas jusqu’au bout). On m’a beaucoup parlé « d’enclavement ».

J’ai aussi appris que les Chinois achetaient les châteaux de la région, histoire d’en réexpédier la production chez eux, mais aussi d’en faire des chambres d’hôtes (chinois).