Statuts de la SNCF

La SNCF semble brûler la chandelle par les deux bouts. Non seulement elle est très endettée (alors que son réseau a un urgent besoin d’investissement) mais ses retraités coûtent 3md à l’Etat par an.

Cela n’est pas totalement anormal. En effet, la SNCF a réduit par deux ses effectifs. Il y a maintenant un actif pour deux retraités. D’où un déséquilibre entre cotisation de l’actif et rémunération du retraité. Et déficit qui doit être comblé par l’Etat. Mais il serait bien moindre, si le régime de retraite de la SNCF était, simplement, le même que le régime général.

Surtout, l’écart entre les moyennes de retraite de l’agent SNCF et du Français ordinaire est de l’ordre de 700€ par mois (2063 à 1376, un écart de plus de 50%). Je me méfie des moyennes, mais en multipliant ce chiffre par le nombre des retraités SNCF, on obtient quasiment les 3 milliards manquants.

L’agent SNCF a donc des raisons de défendre ses avantages acquis. Si les nouveaux embauchés entrent dans le régime normal, le déficit du régime de la SNCF s’accélérera et la pression pour rejoindre la moyenne nationale sera insoutenable. Travailleurs de tous les pays…

Statut et faits

Le Monde militait pour Trump, ai-je dit. Son article sur le statut des cheminots permet de comprendre pourquoi M.Trump parle de « faits alternatifs ». Voilà un article qui annonce l’explication du statut des cheminots. On s’attendrait à des règles, à un texte qui ressemble au code du travail, un statut, quoi. Or, on nous parle de salaires et de vacances, le tout moyenné sur 170.000 personnes. Or, c’est le Monde qui est intelligent, pas nous. Comment se fait-il qu’il ne sache pas ce que signifie le mot « statut » ?

Un statut, ce n’est pas une moyenne. C’est une constitution, une « structure » au sens de Lévi-Strauss. Je ne connais pas la SNCF. Mais je suis intervenu pour d’autres sociétés « à statut ». Et ce justement parce que le dit statut bloquait un changement. Il faisait que chaque employé était un cas particulier. Si bien que les personnels de la RH devaient avoir en tête chacun de ces cas. Et qu’aucun système d’information n’était capable de les remplacer. (Qui a parlé d’Intelligence Artificielle ?)

Comment cela s’expliquait-il ? Je vois trois facteurs. L’ancienneté de l’entreprise, pour commencer. (Dans un cas, j’ai retrouvé des traces quasiment du temps des diligences !) Ensuite une puissante organisation syndicale. Enfin une faible pression à la performance, et un management inexistant. (Ou un management qui demandait aux syndicats de faire son travail ?) Ces cas se présentent dans les services publics, et le contribuable est bon prince. Etrangement, il semblerait que l’organisation de l’Etat soit le dernier refuge de l’Ancien régime. Fait alternatif ?

Statuts et statistiques

Comment bien employer les statistiques ? Mon billet sur l’usage qu’en fait le Monde pour traiter du débat sur le statut des cheminots pose cette question. Que sont les statistiques ? « Ensemble des techniques d’interprétation mathématique appliquées à des phénomènes pour lesquels une étude exhaustive de tous les facteurs est impossible » (Le Robert.) Que fait Le Monde ? La moyenne de toutes les données qui concernent les employés de la SNCF. Et il les compare à la moyenne française. C’est comme si la météo vous annonçait la température moyenne qu’il fait sur terre !

Le principe des statistiques est d’agréger ce qui se ressemble, et d’éloigner ce qui est différent. C’est la segmentation. On répartit le problème en morceaux. Peut-être, pour la SNCF, employés administratifs, conducteurs, informaticiens… Mais, généralement, les segmentations donnent des résultats plus subtils que cela. Et après ? L’évolution du découpage, lui-même, est intéressante. La population de la SNCF a dû beaucoup changer en peu d’années. Peut-être la SNCF ressemble-t-elle de moins en moins à une société de transport ? (Carlson Wagon-lits est devenu un éditeur de logiciel…) Aussi, on peut segmenter la SNCF au sein de la population française. S’il y a des segments propres à la SNCF, ils indiquent un métier qui lui est propre. Sinon qu’est-ce que cela signifie que tel type de métier de la SNCF soit avec tels autres métiers hors SNCF ? On peut, encore, avoir deux types de paramètres : des paramètres pour la segmentation, et d’autres pour la description.

Les statistiques permettent de comprendre en simplifiant. Une fois que l’on a compris, on peut agir. Mais il n’y a là-dedans rien de mécanique. On mène une enquête, on multiplie les techniques de statistiques, pour éclairer la question sous divers angles, et on décide en son âme et conscience. C’est pourquoi les statistiques sont trop importantes pour être laissées aux statisticiens, et aux journalistes.

Statuts de la SNCF

Le Monde fait paraître un article sur les statuts de la SNCF. C’est l’objet d’un projet gouvernemental. On y voit qu’il s’agit du statut de « cheminot ». On y dit que le cheminot a un emploi à vie, qu’il est un peu mieux payé que la moyenne des Français ; qu’il travaille un jour de moins ; qu’il récupère en RTT le temps qu’il fait au delà des 35h ; qu’il prenait sa retraite à 52 ans, mais ce n’est plus le cas ; qu’il profitait de transports SNCF gratuits ; et de logements à tarifs réduits. Pourquoi fait-on autant de bruit pour si peu ?

L’article dit encore qu’il y a « 90% de cheminots » à la SNCF. Mais la SNCF, ce ne sont pas que des gens qui travaillent sur les voies… Il y a aussi beaucoup d’employés de bureaux (dont une de mes voisines d’un temps). Ensuite, on explique que ce statut, qui ne semble pas exister, est une contre partie des conditions de vies difficiles. Mais certaines catégories de personnels n’ont elles pas des systèmes de récupération d’heures dont l’article ne parle pas (les conducteurs, par exemple) ? Ensuite, ne serait-il pas juste de comparer des choses comparables ? Par exemple le régime des conducteurs de trains et celui des transporteurs routiers ? Les personnels d’entretien des voix avec ceux du BTP ?…

Bref, tous ces chiffres sont probablement justes, mais pas le titre de l’article « statut des cheminots : de quoi parle-t-on ? ». Peut-être est-ce une leçon quant à ce que l’on appelle « statistique », en mathématiques, et « faits alternatifs », aux USA ?

Rigueur intellectuelle

Le TGV a mis la SNCF en faillite, donc il faut fermer les lignes peu fréquentées, pour la sauver. Ce serait, en substance, ce qu’aurait conclu un rapport commandé par le gouvernement.

Le rapport étant écrit par un haut fonctionnaire, grand patron, on peut s’interroger sur la formation de notre élite.

Il est dommage que la science ne soit plus enseignée. Car, elle nous apprend qu’un problème doit être « bien posé ». Pour la SNCF, cela nous amènerait à nous interroger sur les causes du marasme. Et, non à y chercher des coupables, mais des enseignements. Pourquoi le TGV a-t-il été une catastrophe ? Sans le remettre en cause, peut-être, ne pourrait-on pas améliorer notablement son efficacité ? Et les lignes peu fréquentées, pourquoi le sont-elles ? Devraient-elles l’être ? Quel est le coût réel de leur abandon ?…

Grève Macron ?

Grève dans le RER. Motif nouveau : management insupportable (article du Monde). Injonction paradoxale : les dirigeants des services publics les ont laissés se dégrader (faute d’investissements, ou à cause d’investissements malencontreux), et ils exigent aujourd’hui de leurs personnels de compenser des dysfonctionnements qui ne sont pas de leur ressort ?

Mais, aussi, évolution des temps ? Il semble que ce soit un mouvement venu de la base. Comme dans les lois travail, les syndicats ont de moins en moins de sens, l’entreprise devient une démocratie, dont les membres se fédèrent spontanément ? MM. les dirigeants préparez-vous au changement ?

SNCF de Prévert

Métro, boulot, dodo, c’est fini. Grâce à la SNCF, l’homme n’est plus un numéro. Impossible de se laisser aller, de se rétrécir du cerveau, de s’avachir. C’est l’aventure à chaque voyage. Un jour c’est la voix qui annonce les stations qui me fait sortir en urgence du train, avant de revenir en catastrophe, sur les conseils des agents de la SNCF. Un autre jour, j’ai trois trains annulés et 2 retards sérieux sur 5 parcours de dix minutes… Et tous les jours je reçois trois ou quatre mails qui m’informent de retards ou d’annulations. (Mais jamais des retards ou annulations qui me concernent.)

Je trouve d’ailleurs aux explications de ces dysfonctionnements une sorte de créativité poétique : train qui n’est pas sorti de son hangar, ou qui, n’ayant pu redémarrer, bloque une voie, personne sur les rails, train détourné, passage à niveau qui ne marche plus, pont en réfection, feu… La SNCF n’est plus une triste entreprise d’ingénieurs qui ne savent que faire arriver les trains à l’heure. Elle a de la fantaisie. C’est la SNCF telle que la rêvait Prévert. Pour cela il lui a fallu la direction d’experts des sciences politiques ?

(PS. Un nouveau motif de dysfonctionnement : mouvement social.)

Technique Macron ?

SNCF : vos dettes en échange de vos régimes spéciaux, sachant que l’ouverture à la concurrence va vous mettre dos au mur ? Est-ce ce que M.Macron dit aux syndicats de la SNCF ? Comme dans Le parrain, il leur fait « une proposition qu’ils ne peuvent refuser » ? Est-ce ainsi que M.Macron négocie ?

Et si la déréglementation des transports, qui vient de l’Europe, n’avait eu pour seul objectif que de tordre le bras des « régimes spéciaux » ?

(Régimes qu’un management de technocrates lâches avait concédés en échange d’une paix sociale que leur incompétence managériale les rendait incapables d’obtenir par des moyens traditionnels ?)

SNCF

La SNCF doit se préparer à l’ouverture de son monopole à la concurrence. Le gouvernement va reprendre sa dette. (Article du Point.) Questions : 
  • L’ouverture à la concurrence est-elle une bonne idée ? En Angleterre elle a produit un désastre. 
  • Si l’Etat reprend la dette des entreprises publiques, ne risque-t-on pas de s’enfoncer dans des siècles de rigueur budgétaire ? 

Régimes spéciaux

M.Macron veut s’en prendre aux régimes spéciaux. Etrange, il semble chercher la provocation. Sa loi sur le droit du travail ne lui fait-elle pas déjà courir assez de risques d’un mouvement social ? Penserait-il que les gouvernements précédents ont eu peur de leur ombre ?… 
Les régimes spéciaux créent certainement des inégalités criantes. Cependant, il ne faudrait pas que leur suppression aligne l’ensemble des non riches sur les conditions les plus mauvaises. Il va aussi falloir trouver un moyen de recréer une prospérité qui donne un peu d’ascension sociale à l’ensemble de la population.