Jack Smith

Donald Trump est poursuivi par Jack Smith, le juge qui doit statuer sur son cas.

Un narcissique flamboyant à l’esprit approximatif, face à un ascète au cerveau d’élite dans un corps de champion, qui s’est fait une spécialité de la poursuite des grands criminels, de guerre ou autre.

Pour la première fois de sa vie M.Trump a été pris au sérieux ?

(D’après Profile de BBC 4.)

Aliénation

J’entendais, dimanche matin, Pierre Rabhi parler d’aliénation à France Culture. Ce qui m’a fait penser, qu’il y a eu une mode chez les philosophes post hégéliens de l’aliénation. Aliénation ? Un terme technique qui signifie que l’homme a perdu sa liberté, et surtout qu’une chose s’en est emparée, la religion, par exemple.

Au fond cela n’a rien d’une considération abstraite. Il suffit d’ouvrir la radio pour entendre un économiste nous dire qu’il faut absolument améliorer la compétitivité de notre économie. Autrement dit, les intérêts de l’économie sont premiers. Le bonheur de l’homme est supposé être assuré par la main invisible du marché, selon l’expression élégante d’Adam Smith. Marx nomme ceci « aliénation économique ».
Mais l’économiste n’est pas le seul à en vouloir à notre liberté. Marx n’a-t-il pas aussi désiré pour nous la dictature du « prolétariat », une abstraction sans réalité tangible ? Et que dire de l’écolo, qui aimerait faire obéir l’homme à la « nature » (encore une abstraction) ?
Je me suis longtemps demandé pourquoi tout ce monde, qui se dit amoureux de la liberté, accepte d’être asservi. (Je pense en particulier aux Américains.) J’en suis arrivé à croire que ces théories s’appliquent à nous, mais pas à lui, qui tire nos ficelles. L’homme, le vrai, est libre. 

Irresponsabilité, moteur de l’économie ?

Anne Lauvergeon expliquait il y a quelques temps qu’elle a dû se livrer à un exercice contre nature, à savoir s’opposer à N.Sarkozy, qui voulait vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. Ce qui sous-entend, qu’il est normal que l’entreprise soit irresponsable.

À vrai dire, c’est une idée habituelle dans le monde anglo-saxon. Sa justification étant que du mal nait le bien, suivant la théorie de la main invisible d’Adam Smith.
Je me demande parfois si l’irresponsabilité n’est pas une « innovation », c’est-à-dire un moyen élégant de gagner de l’argent. 
  • En effet, être responsable coûte cher. Par conséquent, si l’entreprise se décharge de ce coût sur la société, elle doit gagner plus que ce qu’elle devrait.
  • En outre, il n’y a probablement pas beaucoup de risques à être irresponsable : si l’entreprise met en danger la société, cette-ci devant se sauver, tirera d’affaire le coupable par la même occasion. 

Apocalypse 2030 (suite)

The Economist visite une galerie marchande asiatique. Elle mesure plus d’un kilomètre et est pleine de pacotilles en cochonnerie. C’est la matérialisation des aspirations d’une nouvelle classe moyenne forte de milliards d’individus. (Mall of the masses)
L’Occident a été comme cela après guerre. Et c’est peut-être la meilleure démonstration des prévisions du Club de Rome : le modèle d’existence qui a gagné le monde est celui de la consommation ; mais, il n’est pas durable pour des raisons, finalement très simples, d’épuisement de ressources.
Le raisonnement d’Adam Smith, qui veut que la richesse des nations soit les biens matériels qu’elles produisent, est poussé à l’absurde ? Et peut-être avec lui le modèle capitaliste ?

Réforme de la santé américaine et vices démocratiques

La réforme de la santé de M.Obama a suscité toutes les haines. Aujoud’hui elle est examinée par la Cour suprême, qui pourrait la démanteler. Or, entre-temps, elle a été appliquée, et elle fait l’unanimité. À quelques mises au point près, que ferions-nous sans elle ? (A Health Law at Risk Gives Insurers Pause – NYTimes.com)

Exemple des perversions des démocraties ? Les Républicains ont préféré jouer sur l’incohérence du savoir du peuple, plutôt que de la corriger. Ils pensent probablement qu’en suivant leur intérêt personnel, ils feront l’intérêt général, selon le principe d’Adam Smith.

Mais leurs armes semblent se retourner contre eux : ils sont victimes de divisions et risquent de perdre les prochaines élections. Si c’est le cas, changeront-ils de tactique ?

The Economist contre la France

Le précédent article parlait de l’attaque de The Economist contre la France. Voici un certain nombre de raisons pour penser que cette attaque est marquée au coin de l’idéologie irraisonnée :

  • The Economist est un très vieux journal qui a été créé en 1843 pour une croisade : le libre échange. Depuis ses origines, il est très proche des intérêts de la City de Londres. The Economist est une pendule arrêtée, quoi qu’il arrive, il demande plus de libéralisation. Et lorsque cela ne fonctionne pas, comme le note régulièrement ce blog, The Economist accuse l’État et la démocratie d’incompétence.
  • The Economist vote Rajoy et Monti, deux libéraux qui cherchent à faciliter les licenciements dans leurs pays. Là ne semble pas être la solution à nos problèmes à court terme. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un cercle vicieux, et que ces mesures ne peuvent donner des résultats qu’à long terme. Surtout, parce que mettre des gens au chômage en période de crise accélère la crise. L’Allemagne s’en est bien gardée, d’ailleurs. Enfin, parce que le chômage espagnol est en parti dû à des réformes libérales anciennes qui ont rendu précaire le sort d’une grosse partie de la population, le reste étant parvenu à se protéger (la France a subi le même type d’expérimentation, cf. nos nuées d’intérimaires, mais ses conséquences sont moins marquées). D’ailleurs, un licenciement facile n’est pas évidemment bon pour la santé d’une économie. En effet, cela tend à créer une classe de prolétaires sans qualification. Or, depuis Adam Smith, le dieu de The Economist, on soupçonne que ce qui fait la richesse d’une nation, c’est la spécialisation des ses membres qui permet le gain de productivité maximal. Ce genre de réforme ne se fait donc pas en claquant des doigts, sous peine de créer des effets pervers.
  • The Economist nous menace des foudres du marché. Nous sommes surendettés, n’est-ce pas ? Curieusement, l’Angleterre connaît des crises depuis plus de 150 ans, et à chaque fois la City sort le même argument : l’Angleterre ne peut pas se payer un système social aussi généreux (déjà, il y a 150 ans !). Et à chaque fois ça se termine par une dévaluation. L’Espagne et l’Irlande étaient peu endettées et vont très mal. Les USA sont très endettés et vont bien. Le danger vient, curieusement, des amis de The Economist, les marchés financiers. S’ils comprennent qu’ils n’ont rien à gagner en spéculant contre notre dette, nous vivrons heureux. Pour le moment, c’est la BCE et ses mesures « non conventionnelles », qui sont notre garde fou.
  • Notre souci à court terme est donc de relancer notre croissance. Une idée pour cela me semble de faciliter la coopération entre pays européens. Si l’Allemagne, en particulier, se mettait à consommer un peu plus, ça ferait probablement beaucoup de bien à tout le monde, à commencer par l’Allemagne puissance commerçante, qui a besoin de clients en bonne santé… Quant à nos dettes, au poids de notre État… il serait dangereux de prendre des mesures précipitées.
Pour une fois, notre fameuse résistance au changement me semble bénéfique. 

De l’erreur de la spécialisation

Adam Smith croit que la marche du monde va vers la spécialisation de l’individu, c’est ainsi que nous produirons de plus en plus et serons de plus en plus riches. Émile Durkheim pense qu’une société de spécialistes ne peut qu’entraîner interdépendance, puisque chacun a besoin de l’autre pour vivre.

Tout ceci est erroné, selon moi. Comme l’a noté Robert Merton au sujet des bureaucraties, l’homme spécialisé perd de vue les intérêts supérieurs de la société, il y a « détournement de but » (displacement of goals en VO). Illustration : le banquier américain.

J’en déduis donc que l’existence de chacun doit être conçue pour qu’il puisse se mêler aux autres et comprendre leur point de vue. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas une spécialisation. Mais pas celle de la tour d’ivoire.  

Adam Smith et l’esprit du capitalisme

Lorsque l’on parle d’économie, on évoque rarement ses fondations. Il est vrai que nous vivons à l’époque du « bon sens », selon l’expression des ténors du gouvernement.

Il me semble que le capitalisme repose sur deux idées, exprimées par Adam Smith en 1776 :
  1. Le gain de productivité. On produit « toujours plus » (de biens matériels, dans la pensée de Smith). C’est la croissance. Et on l’obtient par une spécialisation toujours plus grande.
  2. L’échange, qui signifie, à nouveau, la spécialisation.
Le moteur du capitalisme d’Adam Smith n’est donc pas l’affrontement, la concurrence, mais la différenciation. (Question de « bon sens » : il n’y a pas de commerce, si tout le monde produit la même chose !) Il serait bien de s’en souvenir.
Ce qui l’oppose aux intérêts de l’individu, c’est le « travailler plus », qui tend à transformer la famille en une machine, et qui exerce une curieuse fascination sur notre société. « Arbeit macht frei » n’est-il pas le slogan des féministes ?
Comment mettre le capitalisme au service de l’homme ? Peut-être :
  • Avant tout, en se convaincant que l’homme est premier, l’économie seconde.
  • Aussi en étant vigilant, comme dans le sport, à ce que les règles qui protègent l’homme soient respectées. Notamment que sa spécialisation se fasse par le développement de ses talents et non par une transformation sous contrainte.
  • Enfin, en donnant au « produit » de « PIB », une définition qui lui permette de croître sans exiger notre esclavage, ou la destruction de notre écosystème. 

Pour que l’individualisme ne soit pas un parasitisme

Si ce blog a fait changer quelque-chose chez moi, c’est ma vision de l’individualisme.

Jusque-là je l’assimilais à un égoïsme destructeur de la société. Le mal ne peut pas faire le bien, contrairement à ce que dit Adam Smith.

Ce qui m’a amené à m’intéresser à la sociologie, la science des sociétés ; et à découvrir que sa terre natale était l’Allemagne du 19 et du début du 20èmesiècle ; et à constater que j’étais proche de la vision de ses intellectuels, qui contrastaient « culture » (dimension sociale dominante) et « civilisation » (individu laissé à ses vices).

Mon  travail sur la RSE me fait voir les choses, et la pensée de Hayek, d’une nouvelle façon :
  • Pour que l’individu puisse être libre sans être un danger public, il doit être « responsable ». Cette responsabilité a un sens concret : c’est l’éthique, comportement fidèle aux prescriptions de valeurs partagées par l’humanité.
  • C’est ce que n’a pas compris Hayek. Confronté à la menace du totalitarisme d’État, il a voulu en revenir à l’individualisme honnête des origines. Il pensait y parvenir par quelques règles explicites. Mais il avait mal lu Max Weber : ce qui a fait le capitalisme digne, c’est le protestantisme, une doctrine sociale, une culture, non l’abjection ramenée au primaire.
Que faire ? Être libre en suivant des règles n’est pas un paradoxe, si l’individu est venu de lui-même à ces règles. Par conséquent, nous avons besoin d’un débat pour savoir à quelles valeurs nous désirons adhérer. En ce sens N.Sarkozy a probablement raison. Par contre, il se trompe lorsqu’il pense que nos valeurs sont néoconservatrices. Le néoconservatisme a certainement une place dans la société française mais pas comme principe fondateur.

Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • WEBER, Max, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket, 1989.

Comment changer la société ?

Je lis The Economist depuis longtemps. Ce journal a la particularité d’encourager tout ce qui est favorable à l’économie et au libre échange. C’est ainsi qu’il y a quelques temps, il s’offusquait que M.Sarkozy ait dû faire ouvrir des magasins de luxe, pour que Mme Obama puisse faire des emplettes un dimanche.

Mais, le dimanche, dans notre tradition, jadis catholique, est le sabbat juif, un jour de repos, et surtout de recueillement. Comme Adam Smith, The Economist veut-il faire de nous des machines de production ?

En tout cas, The Economist a compris que tant que nous serons soucieux de rendre notre économie compétitive, nous construirions le Métropolis de ses rêves. The Economist ne parle pas à notre raison, il livre une guerre d’influence et d’idées.

Comment changer notre avenir ? Nier le pouvoir de l’économie et vouloir créer un paradis national est impossible : elle dirige le monde. Il n’y aura de changement que s’il y a accord international pour adopter de nouvelles règles. C’est probablement l’enjeu qui se cache derrière le développement durable, et la responsabilité sociétale de l’entreprise, et de l’individu.