Aide à la PME

L’Etat décide d’aider la petite entreprise. Comment s’y prend-il ?

Il crée des « appels à projet ». Et il confie l’exécution de ses plans au bon plaisir d’une nuée de fonctionnaires. Avec, toutefois, un processus rigoureux de vérification de l’attribution des fonds.

Résultat ? C’est tellement compliqué que les PME sont convaincues qu’elles n’ont aucune chance d’obtenir ces aides. (Et même qu’elles ne sont pas faites pour elles.) Pour les aider à obtenir l’aide publique, il faut des entreprises spécialisées. L’inefficacité de l’Etat a créé un marché. Un marché qui se nourrit des fonds publics !

(Témoignage.)

Au temps de M.Sarkozy, les hauts fonctionnaires se disaient « entrepreneurs ». Eh bien, ils feraient bien de s’inspirer des entrepreneurs, et de commencer par faire fonctionner leur entreprise ?

Pauvre France ?

Paris se vide, mais le reste de l’Ile de France se remplit (INSEE). Et plutôt rapidement. Alors que depuis 2012, Paris perd environ un demi pour-cent de ses habitants chaque année, c’est le contraire pour l’Ile de France dans son ensemble.

Cela a pris nos élus par surprise. « La région la plus riche du pays, dotée d’un budget de 4,9 milliards d’euros, a des lycées vétustes et des transports de moins en moins fiables. () (les) infrastructures () construites dans les années 1960-1970 arrivent en fin de cycle, faute d’entretien dans les années 1990-2000. () 40 % des lycées d’Ile-de-France présentent des risques d’incendies ou des défauts structurels. » (France Culture.)

Gouverner, c’est prévoir, disait-on…

Grève des trains

Les chemins de fer britanniques sont en grève. Paradoxe. Ce sont des compagnies privées. Et la grève semble une répétition de celle des temps héroïques. Paralysie quasi complète, et, probablement, pour longtemps. On se croirait dans une grève de mineurs !

On devrait connaître bientôt la même chose en France ? La stratégie de M.Mélenchon est certainement la révolution, et le mot « inflation » est extraordinairement efficace pour fédérer les syndicats ? D’ailleurs, sans même en arriver là, ma ligne de train est déjà en grève. (Motif inconnu.) 

Enseignement ? Ce qui fait fonctionner les transports en commun ne tient pas à ce qu’ils soient publics ou privés, mais à l’état d’esprit de leurs employés ? Et, plus généralement, de la société ? 

La fin du service public

Parmi les transformations inattendues de ces dernières décennies, il y a eu celle du service public.

On a entendu dire, dans les années 90, que le service public signifiait « évidemment » l’inefficacité. C’était ridicule. Nous, Français, nous étions fiers de nos services publics. Ces idées étaient bonnes pour les Anglais, ou les Américains.

Pourtant, petit-à-petit, tout s’est déglingué. Ce qui était inconcevable il y a trente ans est maintenant le scénario le plus vraisemblable : des pans entiers du secteur public vont être privatisés. Et ce non parce qu’on espère, comme M.Reagan ou Mme Thatcher, que le privé va faire des miracles. On a vu, partout, que ce n’est pas le cas. Mais parce que le public a sombré dans le ridicule. Dans une société où l’intérêt personnel est le bien, il ne peut y avoir de service public.

Réforme de l'Etat : du marché au système ?

Le gouvernement Macron promettait de réduire le coût de l’Etat. Or, les services publics sont en ébullition. Et le gouvernement doit payer pour calmer les esprits. (Pour autant, les choses s’améliorent-elles ?)

Et si, comme je le disais dans deux précédents billets, nous étions en face d’une question de conduite du changement ? Ou plutôt d’esprit dans lequel le changement est conduit ?

Depuis, probablement, le décès du général de Gaulle, le mot d’ordre est libéral. On estime que nous vivons dans une économie de marché : réformer les services publics, c’est leur couper les vivres ; ils s’adapteront.

A ce présupposé individualiste, on peut opposer une vision systémique. Les services publics ne sont pas des marchés d’individus rationnels en concurrence parfaite, mais des systèmes, à l’image des systèmes de transport. Et l’évolution d’un système, ça se réfléchit, et ça se planifie.

Conduite du changement et libéralisme

Depuis que j’écris sur le changement, on me suggère de conseiller le gouvernement. Mais le gouvernement n’a aucun conseil à recevoir. Il a sa méthode de conduite du changement.

Elle a été conçue dans les années 80, en Angleterre. Elle consiste à assécher financièrement ce que l’on veut réformer. A lui de se débrouiller. C’est comme cela que nos gouvernements procèdent avec le service public, et avec les régions.

Cela a un effet curieux. Car ce n’est pas le pouvoir politique (donc nous) qui dicte la mission de service public, mais le bon plaisir de ses membres (élus locaux, personnels d’hôpitaux, etc.).

Mais ce n’est pas grave. Nos gouvernants sont libéraux. Le libéralisme affirme que les structures intermédiaires empêchent le bon fonctionnement du marché, la concurrence pure et parfaite. Or, le marché procède à des allocations de ressources optimales. Il se construit sur les ruines des écoles et des hôpitaux. Il suffit d’attendre.

Fonctionnaires

Les fonctionnaires sont en grève. Ils se plaignent d’être une « variable d’ajustement ». Ils subissent restructuration après restructuration.

Ils ont raison. Je l’observe depuis longtemps. Il se passe dans l’administration quelque-chose de ridicule. Rien n’a changé avec M.Macron. C’est une sorte de caricature du privé. D’une part, on réduit les effectifs, car on ne remplace pas tous ceux qui partent en retraite, mais sans réorganiser les services. D’autre part, on investit dans des logiciels, qui n’ont fait leur preuve nulle part, seulement parce que c’est ce qu’emploie le privé, mais sans procéder à la modification des processus de travail que cela devrait entraîner. Je soupçonne qu’en croyant faire des économies, on perd de l’argent. Surtout, le problème majeur de l’administration est l’incapacité de ses managers à manager, et une structure en pyramide inversée. Cela produit un phénomène qui s’apparente aux supplices que les Romains faisaient subir à certains condamnés à mort : ils les jetaient à l’eau dans un sac, avec un chat et un coq.

Car, ce que savent aussi les fonctionnaires, c’est qu’ils sont dans un sac, dont ils ne peuvent pas sortir. Dans le privé, l’ajustement se fait pas le licenciement. Les salariés du public ont une retraite garantie, une assurance sociale solide, et peuvent donner à leurs enfants une scolarité décente.

Vive les grèves !

Les grèves peuvent être bénéfiques. Une grève du métro anglais a permis à une fraction de ses usagers de trouver des routes plus courtes que celles qu’ils utilisaient jusque-là. Le gain qu’ils ont fait a suffi à contrebalancer les pertes occasionnées par la grève. Contrairement à ce que dit l’économie, l’homme n’optimise pas. Il est coincé dans ses habitudes. C’est l’imprévu qui met en branle son génie. 
Je peux produire des exemples de ce phénomène. Ils ne viennent pas du métro, certes. Mais des commerces des environs. Plusieurs fois, un mécontentement m’a fait modifier mes habitudes. Et j’y ai souvent beaucoup gagné. Il me semble surtout que subir souvent des imprévus est un entraînement qui permet de se préparer au pire… Et si la grève faisait partie de la mission du service public » ?

Co production du service public

L’Institut de l’Entreprise publie une « note » sur la co production du service public (un travail d’Elisabeth Lulin), « un partage des rôles entre l’usager et l’administration dans la production de service public« . (NB le service militaire, et la collecte de la TVA par l’entreprise me semblent en être des exemples.) Cette note montre que les réseaux sociaux se prêtent particulièrement bien à une telle réinvention d’un service public « à bout de souffle« .

Ce travail a l’intérêt énorme de soulever une question fondamentale. Le service public ne devrait-il pas être « réinventé » en demandant au citoyen d’y collaborer ? Accessoirement, cela ne serait-il pas un moyen de recréer une forme de lien social qui a disparu ces derniers temps ? De produire un peu d’une chaleur humaine dont nous avons tant besoin ? De nous sortir de notre égoïsme ?… Mais cette question en pose d’autres, qui mériteraient une autre étude :

  • La « co production » du service public c’est la Big Society de M.Cameron. Cela me semble avoir fait un flop. Pourquoi ? 
  • En France, il y a une classe de protégés (héritiers, fonctionnaires…) et une classe flexible qui prend tous les chocs (chômage, impôts, panne de l’ascenseur social…). Cette dernière va comprendre ce projet comme une injustice supplémentaire. L’équivalent des workhouses anglaises dans lesquelles on faisait travailler les pauvres (assimilés à des criminels). Comment répondre à cette crainte ?
  • Le livre dit que, de plus en plus, l’Etat nous demande un effort. Comme s’il s’agissait d’une tendance acceptée par le citoyen. Ce qui n’est pas le cas. Je crois qu’il estime, comme Stéphane Hessel, que la France n’a jamais été aussi riche. En conséquence de quoi elle devrait pouvoir se payer aujourd’hui ce dont elle avait les moyens hier. 
  • Un argument qui mériterait d’être creusé est que, justement, nous demandons aujourd’hui à l’Etat ce qu’il ne nous donnait pas hier. Or, ce faire est non seulement coûteux, mais surtout inefficace. Illustration : la santé dépendrait, selon une étude, à 15% des soins, et à 85% des conditions de vie. Ce qui laisse penser qu’une société un peu plus solidaire améliorerait notre santé tout en réduisant nettement nos dépenses médicales. D’autres sujets évoqués par cette note sont l’accompagnement des personnes âgées et le décrochage scolaire. 

Bref, et s’il fallait recentrer l’Etat sur ses « compétences clés » ? Et s’il fallait faire un « reengineering » du fonctionnement de la société ?

Il est temps de nationaliser Google

Google a créé une puissante infrastructure. La forme de cette infrastructure influence tout ce qui va sur Internet. Et elle influence l’allocation de ressources intellectuelles de chaque personne qui interagit avec Internet. Et il n’y a pas grand-chose dans le monde réel qui n’est pas la conséquence de cette interaction ! Cela fait beaucoup de pouvoir entre les mains d’une société qui semble maintenant surtout intéressée de trouver des services de masse qui lui permettent de maximiser son retour sur investissement. (…) à long terme c’est un problème pour Google, car nous n’avons pas l’habitude de confier cette sorte d’infrastructure au secteur privé (…) Dès que les externalités (que provoque une gestion privée) concernent de grandes parties de la production économique, et l’activité cognitive de millions de personnes, il est difficile que le gouvernement n’intervienne pas.

Voilà ce que dit The Economist, après la décision par Google de liquider Google Reader. Redécouvririons-nous la notion de service public ? (Au passage, on notera que liquider Google Reader était probablement une erreur stratégique : il était peu utilisé, mais par des leaders d’opinion.)