Science criminelle

Au moins aux USA, on peut être expédié à la chaise électrique sur le témoignage d’un expert.

Or, les affirmations de la science évoluent sans cesse. Ce que l’on croyait savoir, catégoriquement, des incendies et des cheveux, par exemple, est faux.

De manière plus surprenante, il en est de même de l’ADN. Nos techniques d’analyse sont tellement sensibles qu’elles peuvent se saisir d’un ADN flottant. Ainsi des ambulanciers ont transporté sur les ongles d’une victime l’ADN d’un alcoolique qu’ils avaient amené à un hôpital quelques-heures avant… L’alcoolique ne se souvenant plus de rien, il en était arrivé à se demander s’il n’était pas coupable.

Méfions-nous des experts ? Un jugement ne peut pas reposer sur leurs seules affirmations ?

Surtout : la science est changement, non certitude. Elle ne permet pas d’affirmer ?

(Experts on trial, BBC 4)

Cerveau

Je lis un livre qui traite du cerveau. Je découvre, ce que tout le monde sait, qu’il a fait l’objet d’études patientes, qui l’ont décrit morceau par morceau, dans d’infinis détails. Et qu’un de leurs intérêts est, quand on prend un peu de recul, de reconstituer à partir de ces parties, un tout qui a un comportement compréhensible.

J’avais oublié l’utilité de la science. J’en étais resté aux succès de la physique, qui, un temps, a cru pouvoir représenter le tout par une équation. La véritable science est, en fait, un travail de fourmi. Le scientifique est un artisan. Seulement, de temps à autres, il doit lever le nez de son travail pour retrouver une vision d’ensemble.

Déréglement climatique

Après les températures extrêmes de 2023, les scientifiques se divisent autour d’une accélération du réchauffement climatique

La chaleur spectaculaire atteinte en 2023 dans l’atmosphère et les océans a surpris et inquiète une partie des chercheurs, qui ne parviennent pas à l’expliquer totalement, faisant redouter à certains l’entrée du climat dans un « territoire inconnu ».

Le Monde du 28 mars

Voilà qui me surprend. Il se trouve que j’ai étudié la question du climat, en amateur, il y a près d’un quart de siècle, et que la conclusion de ce que j’avais tirée de mes lectures était que le climat était, justement, imprévisible. C’est l’illustration même de la théorie de la complexité.

Ce que j’ai trouvé remarquable ces derniers temps, ce n’est pas que l’on parle de réchauffement climatique, les travaux sur le sujet sont anciens, mais que l’on prévoie ses conséquences. Dans notre intérêt à tous, la science ferait-elle bien de redécouvrir le doute ?

Pauvre lune

Qui va conquérir la lune ? se demandait la BBC. Probablement la Chine, concluait-elle. Les USA ont un avantage, mais sont ridicules.

L’enjeu de la conquête de la lune serait d’y installer une base de lancement de fusées à destination de Mars, et d’utiliser la face cachée de la lune pour réorienter le rayonnement solaire vers la terre. (Quel serait l’impact sur l’atmosphère d’un rayonnement solaire concentré ?)

Pour ma part, il me semble que la Chine a entamé son déclin. Mais, il n’y a rien de très glorieux dans cette histoire. Notre technologie spatiale me semble ridicule. Elle n’est que l’ombre de ce qu’elle aurait été si l’on avait conservé l’élan, et surtout l’intérêt, initial. Non seulement nos lanceurs ne sont plus très performants, mais ils me paraissent fort nocifs pour la planète. Que se passerait-il si on en multipliait le nombre ?

Les USA semblent dans une curieuse situation, en particulier. Elon Musk aurait le monopole des lanceurs. (Les USA étaient tellement convaincus de l’efficacité du marché qu’ils ont jugé qu’un monopole privé valait mieux que l’Etat ?) Au temps de la conquête de l’espace, c’était les meilleurs esprits scientifiques qui combinaient leurs cerveaux pour faire progresser la recherche. Elon Musk ne dispose que de quelques ingénieurs, qu’il doit payer extrêmement cher.

Nanoparticule

On aurait trouvé des quantités de nanoparticules dans les bouteilles d’eau minérale. Jusque-là on ne savait pas les détecter.

J’ai découvert la nanoparticule au hasard d’une mission pour une entreprise qui, justement, avait les moyens de les mesurer. Elles sont inquiétantes, car notre système immunitaire est sans défenses face à elles.

Faut-il avoir peur de l’eau minérale ? Peut-être faudrait-il examiner ceux qui en consomment beaucoup ? (On peut imaginer que si les effets néfastes étaient manifestes on en aurait déjà pris conscience.)

En tous cas, on voit une nouvelle fois le progrès en marche. On « innove », puis on découvre que l’innovation avait des conséquences imprévues. La science est pleine de surprises.

Modèle de pensée

La même personne peut se voir comme un rebelle réussi ou un carriériste raté. Ce qui fait notre bonheur ou notre malheur est la façon inconsciente dont nous « modélisons » le monde, semble-t-il.

De cette perspective découle notre action. Et cette action nous renforce dans nos croyances. Vicieuses ou vertueuses. Voilà ce que dit Martin Seligman. Ce qu’il est facile de vérifier dans sa vie quotidienne.

Le changement, en grande partie, est donc un changement de perspective. Par exemple, nous pensons, avec Darwin, que nous descendons de l’animal. Il semblerait que certaines cultures croient, au contraire, que les animaux descendent de nous. Cela change tout dans leur rapport à la nature. Notre science physique, autre exemple, part du principe, manifestement faux, que l’univers est fait « d’individus », atomes, étoiles, etc. Que donnerait une autre modélisation ?

Et si l’on jugeait les modélisations non par leur apparente ressemblance à la réalité, mais par leurs conséquences ?

Etes vous crédule ?

Un test et vous saurez si vous êtes facilement manipulable : ici.

L’article qui l’accompagne donne un exemple de « pensée positive » : soit vous êtes jeune, soit vous avez du discernement.

Pour ma part, je ne suis ni l’un ni l’autre, et je me méfie des protocoles scientifiques. Et ce pour plusieurs raisons :

  • On dit que plus une nouvelle nous brosse dans le sens du poil, plus nous tendons à la croire. Ce résultat a-t-il été pris en compte dans l’étude ?
  • Surtout, ce n’est pas tant la nouvelle que l’on peut juger que sa source. Si une nouvelle vient de telle ou telle personne ou organisation, je tends à penser qu’elle est juste… Je ne suis pas capable de juger une nouvelle sans connaître son origine.

Progrès amnésique

Un ami me disait qu’un mur antique s’était effondré à la suite d’une réparation. Le « ciment » de l’époque avait des vertus qui n’étaient pas celles des matériaux modernes, et que l’on avait oubliées. (Par exemple, celles de pouvoir soutenir des tremblements de terre.)

Ce type de nouvelle est fréquent. On découvre, de temps à autres, que notre science n’est pas systématiquement supérieure à ce qu’elle a remplacé.

En fait, elle semble avoir une particularité : un complexe de supériorité. Elle croit pouvoir s’affranchir du passé.

La différence entre les anciens et les modernes est peut-être l’équation. L’illusion que tout peut tenir dans une formule (magique ?). J’ai l’impression que jusque-là le savoir était empirique. Il s’accumulait, et se transmettait, par une forme de compagnonnage, ou peut-être même par des réseaux sociaux professionnels.

Faudrait-il réconcilier les anciens et les modernes ?

(Je me souviens, par exemple, d’avoir lu des articles sur la construction de cathédrales, qui disaient que les constructeurs européens s’informaient les uns les autres de leurs expériences. Ils faisaient profiter immédiatement leurs travaux en cours des constats de leurs collègues.)

Menace artificielle

L’année prochaine plus de deux milliards de personnes vont être concernées par des élections. L’intelligence artificielle, manipulée par quelques esprits mauvais, pourrait leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici ce que j’ai entendu dire aux information du matin de la BBC, il y a quelques jours.

Ordinaires conséquences imprévues du progrès ?

La personne qui tenait ces propos pensait que nous allions en arriver à ne plus rien croire. Je me demande, si, au contraire, ce ne pourrait pas être des circonstances favorables à une renaissance de l’esprit scientifique. Descartes et quelques autres ne disent-ils pas qu’il commence par le doute absolu ?