Sociologie

Nous avons des sociologues, mais pas de sociologie.

Une réelle sociologie serait une étude de la société comme si nous n’en faisions pas partie. Comme pour les autres sciences, elle chercherait des règles, des lois. (Lois qui ne « déterminent » rien, mais sont utiles à la poursuite de l’exploration, et qui éclairent, mais pas plus, la décision.)

L’anthropologie est ce qui se rapproche le plus de cette idée.

Les tentatives les plus intéressantes me semblent celles de Durkheim, avec ses pathologies sociales, et la dynamique des systèmes de Jay Forrester (qui est à l’origine des « limites à la croissance »). La dialectique de Hegel, qui tente de décrire comment procède le changement, est aussi une tentative méritoire. Marx en a, d’ailleurs, tiré l’idée d’un socialisme « scientifique ».

Qu’est-ce qui a fait dérailler ces tentatives ? Au lieu de continuer l’étude, comme on le fait en physique, on a cru avoir trouvé le Graal, et pouvoir passer à l’action, créer la société à son image ?

Trump et la science

Depuis quelque temps, je n’entends parler que du nouveau téléscope Véra C. Rubin. Il aurait des capacités exceptionnelles, notamment celles de montrer l’univers en « quatre dimensions », selon la BBC.

J’ai aussi entendu dire que l’on y travaillait depuis 30 ans, et que cela avait occupé « deux mille ingénieurs ».

Je me suis demandé si, au temps de Trump, la science avait encore de l’avenir. Ce type de projet, disait une histoire de la CIA, s’expliquait par la lutte que se sont livré l’URSS et les USA. Il s’agissait de se faire des alliés en les impressionnant par ses exploits scientifiques. Les USA semblent revenir à leur nature, qui est le profit à court terme.

C’est, d’ailleurs, ce qui est déjà arrivé au domaine qui m’intéresse : les sciences humaines. Toute la science allemande a été récupérée, avec les universitaires juifs fuyant l’holocauste, par les Américains qui l’ont mise au service des affaires. C’est pourquoi, en particulier, on ne s’intéresse qu’au changement des entreprises.

Déjà, on parle du « business » qu’il y a à faire avec la lune. Les universitaires vont avoir à poursuivre dans cette voie ?

Poulet sans tête

En écoutant une émission sur le séquençage du génome, j’ai pensé que la science avait peu de conscience.

Cela tient à la spécialisation. Le scientifique est un expert vivant dans une bulle et dont les capacités de pensée sont infantiles. Il poursuit son intérêt, aveuglément. Sans jamais envisager les conséquences de ses travaux, sinon pour leur trouver une formulation qui les fera financer.

Peut-être, d’ailleurs, est-ce cette spécialisation aveugle qui a produit le progrès. Moins on pense, plus on court ? Même la crise est productive de progrès. Ce qui ne tue pas renforce.

Quand on y réfléchit bien, la société s’est arrangée pour nous placer tous dans une situation d’irresponsabilité. Qui, en particulier, est moins responsable que le salarié ?

Science

La science a bien changé. De mon temps, elle était le fait de génies. Les révolutions succédaient aux révolutions.

Aujourd’hui, ce que m’en disent la BBC, France Culture et Quanta, me fait plutôt penser à de l’artisanat. Certes, tout est infiniment plus complexe qu’au temps d’Einstein. Il y a eu invraisemblable empilage de découvertes. Si l’on ne s’était pas, d’ailleurs, habitué à cet empilage, on pourrait s’étonner de la précision des mesures que l’on est capable de faire. Car elles sont elles-mêmes le résultat d’une quantité de théories et d’hypothèses plus ou moins vérifiées.

Le travail du scientifique ressemble à celui de l’ingénieur. Il bricole. Il cherche, à droite et à gauche, des outils. Il expérimente. Et, surtout, il travaille en groupe. Et il travaille sur des questions infimes. Il appartient à une communauté d’initiés, dans laquelle on s’attribue des prix entre soi. Pour avoir le courage de mener un travail ingrat, il faut bien quelques récompenses ?

La science moderne a fait une découverte. La nature est « complexe ». Croire à l’équation ultime est illusoire. Le temps des démiurges est fini.

Microscope

J’ai découvert dame Prathiba Gai, grâce à la BBC.

Ses microscopes pénètrent à l’échelle atomique, n’ont pas besoin d’opérer dans le vide, et permettent de voir des réactions chimiques, en action. D’où la possibilité d’en corriger la nocivité et l’inefficacité, mais aussi d’étudier les défauts des semi conducteurs.

Cela ne me semblait pas concevable. Je m’émerveille de l’inventivité humaine.

Mais aussi des mérites du colonialisme : grâce à lui, l’Angleterre attire chez elle les beaux esprits d’une moitié de la terre !

La science de Trump

Au fond, Trump, c’est l’Attila de la science, son fléau.

Il en montre les limites. Les économistes n’ont pas suffisamment confiance en eux pour « prédire l’avenir ». Certes, tout cela devrait mal tourner, disent-ils faiblement. Mais, au fond, ils attendent de voir. Les seules bonnes prévisions sont faites après coup. C’est bien connu.

Un « effet Sarkozy » est toujours possible. Trump ne paraît pas aussi imprévisible qu’on le dit, ou qu’il a peut-être intérêt qu’on le pense. Il a besoin de montrer des résultats à ses électeurs. Le temps ne joue pas pour lui. C’est un enseignement que l’on pourrait tirer de ses négociation ukrainiennes, qui ne semblent pas finir comme elles ont commencé.

La science et nos théoriciens de tout poil devraient-ils en tirer une leçon ?

Amnésie

Trump me rappelle ce que l’on a oublié.

On ne se souvient plus aujourd’hui ce que l’on pensait après guerre. En fait, on croyait au triomphe de la raison. Le succès des USA était, en particulier, celui de l’organisation et de la science. C’était probablement l’aboutissement de la pensée des Lumières.

Ce système était bureaucratique, par nature, comme l’explique Max Weber.

Il a été attaqué à la fois par le capitalisme de droite et l’intellectuel de gauche comme un totalitarisme. Discours haineux, celui de Hayek, Thatcher, de la French philosophy… Les intentions initiales ne le méritaient certainement pas. Mais il est devenu notre vérité.

Principe de vie

Je me fais avoir à tous les coups. Les promesses n’engagent que ce qui les entendent, dit-on. Eh bien c’est mon cas. Et mes interlocuteurs ont bien peu de suivi dans leurs propos. Au bout d’un moment, je commence à percevoir quelque chose de désagréable. Ils ne sont pas cohérents.

Mais voilà, la victime est souvent coupable : mon cerveau est paresseux, il a tendance à prendre ce qu’on lui dit pour argent content, et, surtout, à oublier immédiatement d’où lui vient ses certitudes. D’ailleurs tout notre enseignement vise à nous inculquer ce biais : le bonne élève est celui qui absorbe ce qu’on lui dit, sans le moindre esprit critique, car la critique fait perdre du temps.

En fait, je me demande si chaque homme n’obéit pas à un principe. Pour ma part, j’ai toujours cru à une sorte de recherche collective de la « vérité » (quel que soit ce que signifie ce mot). Pour moi, la gloire personnelle n’a aucun sens. Cela n’est pas nécessairement un bien, d’ailleurs : ma responsabilité en est allégée. Mais je ne peux pas faire autrement. Pour le reste, je pense que ce qui domine actuellement la société est l’individualisme. Son principe est d’avoir le dernier mot. Donc de manipuler le discours en fonction de son intérêt du moment. Ce qu’on a fini par appeler sophistique.

Sondages

Qui fait encore confiance aux sondages ?

Ce qui est surprenant est à quel point les sondeurs n’ont plus l’esprit scientifique. En fait, ils conçoivent des dispositifs compliqués et nous disent que ce qui en ressort est la réalité.

Mais pourquoi ne vont-ils pas vérifier que c’est bien le cas ? Peut-être qu’ils feraient des découvertes ?

Lorsque je faisais des études de marché, avec les mêmes moyens que les sondeurs, j’avais un objectif pratique : orienter les décisions de mes clients (entreprises). J’avais constaté que ce qui « marchait », c’était de segmenter le public selon des « comportements ». On ne cherchait pas une grande précision, seulement des ordres de grandeur. Cela donnait de très bons résultats, et a permis, notamment, de régler quelques casse-têtes. En particulier, il est fréquent que le gros d’un chiffre d’affaires soit fait par un petit nombre de clients. Et s’ils avaient quelque-chose de commun ? Eh bien, c’est généralement le cas !

On verra dans ce blog que je me demandais pourquoi M.Trump n’étais pas distancé dans le coeur des électeurs, alors qu’apparemment tout allait bien aux USA. J’ai découvert que des journaux avaient mené des études qualitatives auprès d’indécis et que ceux-ci avaient le sentiment de bien mieux vivre sous Trump que sous Biden, ils appuyaient leur jugement sur des faits. Cette explication est celle qui, aujourd’hui, paraît faire consensus à gauche et à droite…