Manque de chercheurs

Que le vaccin n’arrête pas la diffusion du variant Omicron est alarmant, disait le Financial Times, vendredi dernier. 

Ce qui est surtout frappant, c’est à quel point on en sait peu sur la question, d’une manière générale. Je constate autour de moi que le vaccin ne protège pas de formes sérieuses de la maladie (à quoi, on répondra que, sans vaccin cela aurait été, évidemment, pire). A tel point que, même surdosés, mes amis ne se réunissent plus. Mais surtout, comment se fait-il que, dans une même famille, une partie soit atteinte, et l’autre pas, et même pas du tout, zéro symptômes ? 

Nous sommes une société de l’affirmation. Il ne peut y avoir que le bien et le mal, ou, plutôt, le complot. On a des vaccins ? on utilise les vaccins ! Et si ça ne marche pas très bien ? C’est la faute de l’arriération de la population. 

On raconte que de Gaulle, visitant le CNRS, aurait dit : mais où sont les trouveurs ? Aujourd’hui, nous n’avons que des trouveurs. Il nous manque des chercheurs. Il faut réhabiliter le droit au doute, l’esprit critique, qui fut, jadis, l’apanage de la France. 

(Le Financial Times en VO : The Omicron paradox is starting to reveal itself. Vaccine-induced antibodies can blunt the variant’s onslaught, but transmissibility remains alarming.)

Le pendule de Foucault, de Foucault

Le livre d’Umberto Eco m’a amené à me demander ce qui faisait bouger le pendule de Foucault. Une fois de plus j’ai pesté contre l’Education nationale. Car elle en fait un simple exercice de cours, ennuyeux comme tout exercice de cours. Conséquence, je ne me souviens quasiment plus des lois de la physique. En creusant mon inconscient, il me semble que le pendule est associé au mouvement de la terre et à la force d’un certain Coriolis, que l’on accuse d’user les rails de la SNCF et de faire tourner l’eau des lavabos. 

En fait, si l’on place le pendule à un des pôles, sur l’axe de rotation de la terre, ce qui se passe est évident : le sol défile alors que le pendule se balance dans un plan fixe. Là où tout se complique, c’est lorsque le pendule est ailleurs sur le globe, par exemple au Panthéon ou au musée des Arts et métiers. 

En fait, l’origine de l’expérience est plus simple que cette histoire. Si la terre ne tournait pas, le pendule se balancerait dans un plan fixe. Le fait que ce plan change montre que cette hypothèse est fausse. Calculer la vitesse angulaire de la rotation du dit plan n’était probablement pas ce que cherchait Foucault. 

Faire le calcul n’est pas compliqué quand on est aidé par un livre de cours. Seulement, le résultat est quelque peu surprenant : la rotation du plan est fonction de la latitude ; sauf aux pôles, le plan de balancement du pendule ne tourne pas en un jour. Et il ne tourne pas du tout à l’équateur. Plus exactement, il y a deux mouvements : un premier, de durée un balancement, dans lequel le pendule est emmené, par Coriolis, de part et d’autre du plan, et un second, beaucoup plus lent, de rotation du plan de balancement. 

Cette expérience élémentaire aurait mis KO Einstein. En effet, selon lui, si le pendule tourne, c’est qu’il n’est pas dans un « repère galiléen ». Mais alors, où est ce « repère galiléen » ? Apparemment ce serait celui des « étoiles lointaines ». Or, la théorie d’Einstein, contredisant ce que l’on croyait jusque-là, part de l’idée qu’il n’existe pas de repère absolu…

Morale ? Contrairement à ce que nous disent nos professeurs, on ne sait rien, et c’est cela qui est passionnant ! 

Raison et complexité

On découvre que le cerveau ne marche pas comme on le pensait. On a cru trouver des zones qui avaient des fonctions spécifiques (la mémoire, la peur…). En fait ces zones interviennent bien dans les dîtes fonctions, mais aussi dans d’autres. En fait, on a peut-être projeté sur le cerveau des idées préconçues. 

«  »Depuis plus de 100 ans, les scientifiques ont cherché en vain les limites cérébrales entre penser, ressentir, décider, se souvenir, bouger et d’autres expériences quotidiennes », a déclaré Barrett. De nombreuses études neurologiques récentes confirment que ces catégories mentales « sont de mauvais guides pour comprendre comment les cerveaux sont structurés ou comment ils fonctionnent ». »(Article.)

Exemple de « complexité » ? Ce que nous appelons la « complexité » est, en fait, la nature, ce qu’il y a de normal et d’évident. Si nous la trouvons « complexe », c’est parce que nous croyons connaître la réalité, et que ce que nous observons ne lui correspond pas. Alors nous avons inventé un terme pour dire que si nous n’y comprenions rien, c’était parce que c’était du ressort d’une science encore plus élevée. Nous disons à la nature qu’elle n’est pas naturelle. 

Or cette « réalité » est une création de notre raison, en fait une illusion, au mieux une simplification. 

PH

« en général, un shampooing extra doux est un shampooing destiné aux bébés (jusqu’à 4 mois environ). Pourquoi ? Tout simplement parce que son pH de sa peau et de son cuir chevelu est neutre (7). Alors qu’un adulte, son pH est de 5,5, donc acide. Ce « manteau acide » des cheveux et de la peau joue une fonction « barrière ». Il permet de lutter contre le développement des germes et il augmente la fabrication des céramides de la couche cornée. Alors, pour les cheveux stressés, il n’y a rien de mieux que de choisir des soins avec un pH entre 4.5 et 5.5. » me dit une amie. 

Ce qui m’a rappelé les cours de chimie. pH, n’est-ce pas -logarithme de la concentration de H+ ? Vagues souvenirs. Je vais me renseigner chez wikipedia, et découvre, une fois de plus que l’Education nationale m’a raconté des bêtises. Les définitions modernes parlent bien de H+ (proton), mais en précisant qu’il y aurait une question « d’activité » du dit proton, dont le calcul semble ressortir à l’art. 

Le pH est une question d’acides (moins de 7) et de bases (plus de 7). Eh bien, attaquer le problème sous cet angle ne l’éclaire pas vraiment. Apparemment, on a commencé par découvrir qu’il y avait des acides, et des bases. Mais sans donner à cela une définition très claire. Puis la science s’en est mêlée. Elle a trouvé des définitions, qui, à chaque fois, ont rencontré des limites. Il y aurait même une théorie qui ne parlerait pas de protons, mais d’électrons. 

Est-ce l’empirisme qui a eu le dernier mot ? Comme l’intelligence, on définit l’acidité par sa mesure ? Est acide ou basique, ce que les instruments de mesure trouvent acide ou basique ?

Le scientifique et l'ingénieur

Laurent Schwarz, dans l’introduction à son cours de mathématiques, fait une distinction entre l’ingénieur et le mathématicien. Le premier n’aurait pas besoin de démonstrations rigoureuses. 

Voilà qui m’a choqué. Et voilà ce qui explique, ce que je ne fais que comprendre, pourquoi ma relation à mes collègues ingénieurs a toujours été tendue. J’ai toujours été attaché à la rigueur mathématique. 

Le propre de l’ingénieur est l’empirisme, au sens philosophique du terme. Ce qui compte est « que ça marche ». Pourquoi ? ce n’est pas son problème. On ne voit jamais cela aussi bien qu’en Angleterre. Les Anglais ont d’excellents ingénieurs, alors « qu’ingénieur » est un terme, chez eux, de très peu de prestige. Ces ingénieurs ont des notions scientifiques rudimentaires. En termes culturels, ce sont des rustres. Tout leur art est dans l’intuition, l’expérimentation et le bricolage. 

La faille de l’ingénieur français est qu’il croit à son génie, mais qu’il a oublié qu’il devait être un expérimentateur. Ce qui produit bien des désastres. En tout cas, si j’avais écouté mes enseignants, et si je m’étais rendu compte plus tôt que je n’étais pas fait pour être ingénieur, je serais certainement passé à côté de la plus intéressante partie de ma vie ! 

L'économie est-elle une science ?

Un ami me transmet le lien d’une émission de France culture qui s’interroge sur le statut de l’économie : est-ce une science ?

Curieusement, elle n’a pas cité JK. Galbraith, qui estimait, preuves à l’appui, qu’elle n’était que la rationalisation des intérêts de tel ou tel lobby. 

On y entendait que l’économie a commencé par être mathématiques pures, se fichant de la réalité, puis, aujourd’hui, elle se dit science, car expérimentatrice, « comme la médecine ». (L’émission date d’avant l’épidémie.) Malheureusement, elle fait des expériences qui ne sont pas reproductibles. 

En fait, la science, ce sont les deux à la fois : des expériences et de la théorie. C’est, comme le disait l’émission, ce qu’a fait Elinor Ostrom. Seulement, même dans son cas, ses conclusions ne sont pas simples à reproduire. Une autre définition de la science : comme la chance, elle sourit aux esprits éclairés ? 

Littérature et vérité

Et si le roman disait mieux la vérité que la science ? C’est, semble-t-il, une idée reçue chez certains. On cite, à son appui, Proust. 

Or, Proust aurait probablement douté des qualités qu’on lui prête. Puisqu’il ne prétend pas que ses descriptions sont « vraies », mais qu’il est parvenu à trouver, en mélangeant des personnalités et des situations, des traits immuables de la vie. 

Peut-être l’auteur, tout simplement, ne fait-il qu’exprimer les idées reçues de son milieu ? Comme dans les romans d’espionnage, où l’on cherche à ce que l’ennemi confie à une « taupe » les questions qu’il se pose, ce n’est pas ce qu’il dit qui est important en tant que description de la réalité, mais en tant que préjugés de classe ? 

Drôle de vaccin ?

Le vaccin est-il efficace contre le coronavirus ? Une étude dit que c’est mieux que rien. Le vaccin n’empêche pas totalement d’être contaminé ou d’être contaminant, loin de là. Mais, si une grande part de la population est vaccinée, cela devrait significativement ralentir la diffusion de la maladie. 

Voilà qui est nouveau, et qui explique peut-être bien des réticences. On pensait que les vaccins étaient totalement efficaces. On en découvre un qui ne l’est pas. Et il va falloir faire avec les variants, qui lui demanderont probablement de s’adapter (s’il y parvient ?)… Quelques observations :

  • Le « bug » de la communication du gouvernement, et de la presse, vient peut-être de là : elle est extraordinairement agressive, accusant les récalcitrants d’arriération, alors que le vaccin n’est qu’un pis aller, quasiment un aveu d’impuissance. Dans ces conditions, l’humilité ne serait-elle pas le principe de communication le plus efficace ?
  • Notre science est peut-être en train d’arriver à ses limites. L’économie parlerait probablement de « rendements décroissants ». Il va certainement falloir envisager d’autres champs de recherche que ceux que nous labourons depuis quelques siècles.

Science et idéologie

Il y a deux samedis, le magazine d’archéologie de France Culture parlait du néolithique. Cela a été l’occasion d’évoquer des théories qui se sont succédé en archéologie en seulement un demi siècle : elles furent marxistes, post modernes, anarchistes, et maintenant écologistes, climatiquement angoissées. 

Néolithique : point de départ de « l’anthropocène » ? Les archéologues le pensent, mais pas les spécialistes du climat (l’anthropocène nous est quasi contemporain), ou les géologues (l’anthropocène est une illusion). Il est certain que chacun a des preuves irréfutables à faire valoir à l’appui de sa théorie. 

Voilà qui va peut-être dans le sens des théories de Karl Popper. Ce n’est pas la preuve qui compte, c’est la prévision. Toute preuve n’est que partielle, on ne peut rien en déduire. La science fait des prévisions « falsifiables », selon un anglicisme. 

Le virus et le laboratoire

La première fois que j’ai entendu que le coronovirus pourrait venir d’un laboratoire chinois, c’était dans un laboratoire français, avant le premier confinement. Puis il a été dit que c’était totalement impossible. Complot. Aujourd’hui, cette thèse n’est pas loin d’être dominante. 

Mais comment y voir clair ? La solution pourrait passer par le dossier médical de mineurs chinois morts en 2012, et de chercheurs du laboratoires de Wuhan tombés malades fin 2019… (Financial Times)

Voilà qui semble une idée élégante. Mais, il y a probablement peu de chances qu’elle aboutisse rapidement. En effet, non seulement l’honneur de la Chine et en jeu, mais un laboratoire américain participait aux recherches de Wuhan, et, probablement, il n’a pas envie d’être mis en cause. D’ailleurs, n’est-ce pas l’infaillibilité affirmée superbement par la science et nos gouvernants qui est attaquée ? 

« L’un des problèmes de notre société aujourd’hui, c’est que les gens ne veulent pas être utiles, mais importants. » disait Winston Churchill…