L'enseignant peut-il apprendre ?

Il y a des investissements qui servent peu. J’ai mis des années à maîtriser un rasoir mécanique, et à savoir nouer correctement une cravate. La raison en était que je n’avais personne pour me montrer comment faire. 

C’est fantastique à quel point on apprend vite en copiant. Or l’Education nationale nous dit tout le contraire. Elle croit, comme Platon, qu’il existe un monde des « idées », et que l’esprit bien né les discerne naturellement. 

Elle nous présente comme des évidences des résultats que des génies ont mis une vie à obtenir, eux-mêmes étant perchés sur les épaules d’autres génies.

Le plus surprenant, dans cette affaire, est que l’Education nationale soit incapable d’apprendre. Dans ma jeunesse, une mode de management parlait de « Learning organizations » (en France, on disait « organisation apprenante »). Eh bien, dans ce domaine, on n’a guère progressé. 

Guerre des variants

D’après un graphique que j’ai vu passer, il semble qu’il n’y ait de la place que pour un variant du coronavirus à la fois. Je n’ai pas trouvé d’explication. 

Un genre de sélection naturelle ? Est-ce qu’un variant pourrait protéger des autres ? Il y a quelques semaines il était question d’une étude qui concluait que le rhume protégeait du coronavirus. Si j’ai bien compris, cela tenait à ce que tous les deux sont des cousins. Cela irait dans le sens de mon hypothèse.

Seulement, ce qui serait à l’oeuvre ne serait pas un anticorps, apparemment le principe de tous les vaccins actuels, mais les « lymphocytes T » (des globules blancs). Le lymphocyte T (article) ne serait pas trompé par les variants, contrairement à l’anticorps. Il interviendrait aussi dans les cancers. 

D’après ce que j’ai cru comprendre, les vaccins à ARNm étaient initialement prévus pour traiter, justement, le cancer, une maladie qui peut rapporter gros. Mais l’occasion du coronavirus a fait le larron. Ne faudrait-il pas, maintenant, repartir de zéro : non des solutions dont nous disposons, mais du problème ? 

(A noter que le mécanisme du vaccin traditionnel semble ressembler à ce que j’ai écrit ici : on injecte une souche atténuée de la cause de la maladie, et le corps trouve la solution à ce problème réduit, ce qui lui permet de résoudre le problème global. Une idée à creuser ?) 

Vaccin et Aristote

Etes vous « vac » ou « antivac » ? Aristote dirait probablement que la question n’a aucun sens. 

Une émission de France Culture que cite ce blog raconte l’histoire des vaccins. Il y a eu des hauts et des bas. Le vaccin a eu des succès retentissants. Mais, on a cru aussi, comme durant la guerre de 14, qu’il pouvait faire des miracles. Et il a tué. 

D’ailleurs, cela s’applique à Pasteur, il se pourrait que l’on ne considérerait pas les pratiques qui ont fait la gloire du vaccin comme étant acceptables aujourd’hui. En ces temps, les dangers n’étaient pas les mêmes, pas plus que le prix de la vie. D’ailleurs, comme le rappelle un ami, ce n’était pas qu’une question de vaccin. Le vaccin faisait parti du « progrès », et l’on était prêts à mourir pour le progrès ! 

Bref, comme le disent les philosophes pragmatistes, il n’y a pas de certitudes,  il n’y a que des choses « qui marchent », et d’autres pas. Aristote parlerait de « juste milieu ». Sa particularité est d’être entre les extrêmes, et de devoir se chercher au coup par coup…

Faut-il faire peur ?

Omicron se comporte comme en Afrique du Sud, et non comme l’avaient prévu les modélisations scientifiques. De ce fait, contrairement à ce que l’on avait annoncé (à grand fracas), le système de santé ne s’est pas effondré. Voilà ce que disait la BBC. (Et ce en dépit d’un taux d’arrêt maladie des personnels médicaux qui serait de l’ordre de 10%.) 

Le scientifique aurait-il un QI significativement inférieur à celui de l’homme de la rue ? 

Question de QI ou de réflexe conditionné ? Nous obéissons à des règles établies par la société. Et, actuellement, celles-ci ressemblent aux tactiques syndicales. Pour avoir beaucoup, il faut demander beaucoup, et mettre les choses au pire ? 

Quitte à finir comme la SNCF ?

Les conditions nécessaires de la science

Une des idées qui avait la cote dans les années 2000 était que l’entreprise étant le financier de la société, elle devait donc choisir la recherche qui lui était utile. Simple bon sens. Lors de la crise de 2008, Paul Krugman a écrit que les économistes ne l’avaient pas vu venir, parce qu’ils n’étaient pas payés pour ça. 

Rien n’a changé, la science est aux mains d’intérêts particuliers. Financiers ou non, d’ailleurs.

La mission de la science : nous regarder de l’extérieur ? Aller au delà de l’intérêt personnel du scientifique ? Mais, alors, comment ramener la science à la raison ? 

A force d’accidents, l’humanité finira par penser que l’intérêt personnel n’est pas un bon guide ? Elle réinventera la science ?

Science et conscience

Au temps héroïques de la science on pensait que le caractère de l’individu venait de son sang. On a mis en pratique cette idée, en transfusant le sang d’un mouton à un déséquilibré… Voilà ce que disait une émission de la BBC.

L’histoire de la science a quelque-chose d’effrayant. (Je me souviens, autre exemple, d’avoir vu une vidéo de l’équipe Cousteau : elle avait utilisé un explosif pour étudier la faune d’un atoll du pacifique. Ainsi elle n’avait qu’à compter les cadavres.) Surtout lorsque l’on songe que les pratiques de nos scientifiques n’ont pas grandement évolué. La même émission, d’ailleurs, disait que des scientifiques continuaient à échanger du sang, cette fois entre des rats. Et, cette fois, cela leur ferait de l’effet : l’individu aurait l’âge de son sang, à défaut de ses artères… 

Bien sûr, juger le passé est idiot. Notre jugement est le résultat de l’évolution et de l’expérience. Si le passé avait été différent, ce serait aussi le cas de notre jugement. Seulement, il semble que nous ayons beaucoup de mal à tirer un enseignement utile de ce passé, surtout si nous le condamnons. 

L'apprentissage comme déblocage

Il y a quelques temps, France Culture a consacré des entretiens à Bernard Stiegler. Il racontait s’être révolté contre le système éducatif de son enfance. C’est en prison qu’il a découvert sa passion pour la philosophie. 

A la prison près, j’ai une expérience qui ressemble à la sienne. 

Je crois que le principe de notre éducation est que le professeur n’a pas à expliquer, le bon élève est celui qui le comprend. En conséquence l’éducateur se laisse aller à sa fantaisie. Pire, alors que la science est un empilage poussif et lent de découvertes, l’éducateur prétend qu’elles étaient évidentes !

J’ai constaté, au contraire, que comprendre était une question de « blocage ». Beaucoup de gens comprennent beaucoup de choses, pour peu qu’on les présente correctement. Par exemple, en expliquant comment on est parvenu à les découvrir, après bien des errements. 

Anticorps

Le virus nous indique peut-être une faille dans la façon dont la recherche en médecine est menée. 

En effet, elle semble partir du principe que le corps utilise exclusivement des anticorps pour se défendre contre les infections. Donc qu’en lui en donnant, on doit arrêter le mal. Or, de manière manifeste, ce n’est pas le cas. Au mieux, les vaccins freinent-il l’épidémie et évitent-ils des cas graves, mais ils n’empêchent pas totalement d’être touché (et même sérieusement), ou d’en être le vecteur. (Ce que disait d’ailleurs récemment le PDG de BioNtech.) 

Une nouvelle piste d’étude serait certainement de chercher à comprendre ce qui fait qu’il y ait des porteurs sains, ou que, dans une même famille, certains attrapent la maladie et d’autres pas. Mais aussi s’il n’y a pas, comme ce qui semble exister chez les gorilles, des mesures de distanciation sociale qui réduisent la contamination sans empêcher la communication. 

Une idée plus originale, mais peut-être pas chez les Chinois antiques, serait que le mal n’en est pas un. En effet, il semble que toutes les épidémies viennent de déséquilibres, créés par l’homme. Le moustique, par exemple, n’est pas un mal en tant que tel. Il le devient lorsque son écosystème est bouleversé. Il en est de même du tamia, porteur de tiques. Notre ADN est fait d’héritages viraux, ce qui semble montrer que le virus joue un rôle central dans l’évolution naturelle. En conséquence de quoi, on pourrait s’interroger sur la manière de faire que cette évolution ne produise pas de crises.

Question : comment sortir la science de ses idées fixes ?

(Jeudi dernier j’entendais qu’il faudrait envisager une 4ème injection. Apparemment, le vaccin ne serait pas efficace plus de 6 mois.)

Rigueur intellectuelle

On entend dire, en Angleterre, que Omicron serait beaucoup moins méchant que Delta. Peut-être une conséquence de la vaccination, ou de systèmes immunitaires qui ont appris de leur expérience. Ce qui paraît possible.

Seulement, on disait aussi que le variant était moins dangereux que ses prédécesseurs lorsqu’il est parti d’Afrique du Sud. Or, elle est peu vaccinée. 

Voilà une illustration (bien pacifique) de la raison qui fait que le débat a été remplacé par le conflit. 

L’idée selon laquelle il y a des vérités évidentes s’est imposée. Du coup, celui qui en doute est un arriéré. Or, ce qu’est arrivée à penser la science est que le mieux que l’on puisse faire est de produire des théories « falsifiables » (en anglais), c’est à dire qui soient capables de donner des prévisions que l’on puisse tester, et qui soient susceptibles d’être contredites par l’expérience. L’exemple type est celui de l’équivalent entre masse et énergie prévu par Einstein, qui a pour conséquence que la lumière doit être courbée par la gravitation. Ce qui se vérifie. 

Sciences et lettres

Il y a quelque chose d’insupportable dans les sciences humaines. C’est leur prétention à singer la physique. Leurs articles se veulent « scientifiques ». Ils sont truffés de références « scientifiques ». Toutes prétendant avoir découvert des lois de la nature. 

Ce type de « science » a envahi le monde. L’université produit des masses de ce qu’on aurait nommé jadis des « littéraires ». La société ne laisse aux réels esprits scientifiques, qui n’ont pas choisi d’eux mêmes quelque voie « littéraire » vers la fortune et la gloire, des lots de consolation, des postes de chef, pour lesquels ils ne sont pas faits. Gâchis complet. 

Le propre de la science c’est la prévision « falsifiable » (en anglais). Ce dont est incapable la science humaine. Avec les travaux de Tversky et Kahneman, sur les biais cognitifs, il semblait qu’il y ait une exception. Mais, depuis, on a compris que ces expériences étaient des prévisions auto réalisatrices : les conditions de ces expériences ne se présentent pas dans la nature. Une manipulation de plus ?

Une bonne nouvelle, tout de même : la méthode scientifique, bien comprise, a un potentiel inexploité.