Les sources de l'autorité

Mes aventures avec la médecine ne m’ont pas donné confiance en sa compétence. 

Pourtant, le médecin a fait beaucoup d’études. Il devrait être une autorité. Seulement, mon expérience m’a montré des gens qui ne font qu’appliquer des consignes que je pourrais tout aussi bien lire qu’eux. Moi aussi je peux avoir du bon sens, et m’en servir. Ou utiliser un ordinateur. 

Qu’est-ce qui fait la réelle autorité ? L’expérience. Mais une expérience qui a permis d’acquérir une maîtrise de son sujet que n’a pas le commun des mortels, ou l’ordinateur. Une expérience qui fait de soi un « professionnel », quelqu’un qui sait ce qu’il sait, et qui sait ce qu’il ne sait pas. Et lorsqu’il sait, qui sait ce que les autres ne savent pas. Ce qui est plus facile à dire qu’à réussir. 

Science et complexité

« Comment une pandémie a changé le monde, et comment éviter la prochaine ». Une conseillère scientifique de la ministre n°1 (traduction de « first minister ») de l’Ecosse produit une émission pour la BBC. 

Tout ce qu’a fait l’Angleterre est mal (ou presque), au contraire de ce qu’a fait l’Ecosse. Une fois le vaccin au point tout fut fini. Vive la science ! Aurait-on changé l’impartiale BBC ?

Systématiquement, j’entends : « j’ai attrapé le Covid, et pourtant j’étais vacciné ». Trois de mes proches ont arrêté leur vaccination après de violents effets secondaires. Il est maintenant avéré que le vaccin Oxford / Axa Zeneca peut produire des thromboses… Si j’ai écouté cette émission, c’est parce que je croyais que l’on m’expliquerait ce que la « science » avait à dire de ces questions. 

Quant à la « science » de l’émission, si j’en crois ce que je lis ailleurs, ce sont les forces du marché qui nous ont soignés, selon leur bon plaisir. Les vaccins ne rapportant rien, ils n’intéressent plus la recherche, privée. Si l’on en a eus, cette fois, c’est parce que certaines start up ont pensé qu’elles pouvaient sauver une technologie qui avait échoué ailleurs (le cancer). Opportunisme. La véritable recherche est publique. C’est la société qui veut soigner la société. 

Illustration des travaux du psychologue Adam Grant. Une argumentation de type « blanc ou noir » braque celui qui doute, et renforce l’opposant dans ses certitudes ! Ce qui peut le faire changer d’avis, paradoxalement, est de lui montrer la complexité de la question. A quel point, moi, et lui, en savons peu… 

Histoire du mythe

Le mythe serait une explication du changement, disait Carbone 14. (France Culture.) 

Le propre de l’homme semble d’avoir besoin d’expliquer. 

L’émission disait que le mythe était partout. Ce qui semble signifier qu’il ne connaît pas d’évolution. Tout est relatif. 

J’en doute. Le mythe initial semble avoir été un stabilisateur de la société. Il lui évite l’absurde. Mais les mythes grecs ont aussi un sens pour nous. Le mythe de Sisyphe, par exemple, est une métaphore de la vie. Et, dernière étape, la science, qui est une forme de mythe, permet l’action. 

Le biais du biais

L’homme n’est pas rationnel. Sujet de recherche des années 80. Puis mode de management. Génération spontanée des spécialistes des « biais de jugement ». Ils gagnent leur vie en nous faisant la leçon. 

Tout cela est basé sur des expériences. On met des gens dans un laboratoire, généralement des étudiants, puisqu’on n’a pas à les payer, et on les soumet à des tests. Et on constate que, rarement, ils font ce qu’ils devraient faire. On a démontré le biais. 

Seulement, on a commis quelques erreurs. D’une part, le laboratoire n’est pas la nature. Les circonstances n’y sont pas les mêmes que celles de notre vie. D’autre part, on ne prend pas en compte le temps. « L’erreur est humaine, persévérer est diabolique » : l’homme apprend de ses erreurs. L’homme change. 

Biais de jugement du scientifique ? 

Science et rigueur scientifique

Le climat, c’est le chaos. Pour une raison inconnue, on peut avoir un coup de vent sibérien, comme l’année dernière, ou de la neige en avril, comme cette année. Et c’est ce qui fait que c’est un sujet passionnant à étudier. Le bonheur que procure la science, c’est l’émerveillement devant la complexité du monde !

Mais, aujourd’hui, cette idée est devenue suspecte. N’est-elle pas susceptible de faire douter du réchauffement climatique ? 

Raisonnement simpliste, qui a fait perdre toute crédibilité aux scientifiques. Pourquoi les croire, puisqu’ils sont partiaux ? 

Et voilà comment semer les graines du complotisme ?

Vent de sable et biais de jugement

Il y a des gens qui ont le talent de faire briller une voiture. C’est le cas de mes voisins. Mais voilà, un jour brillante, le lendemain poussiéreuse. Ont-ils fait le Paris-Dakar ? me dis-je.

Nettoyages de carreaux : noirs et sales. Pollution de l’usine d’à côté et des avions qui passent en rase-motte. 

Exemple de biais de jugement. Un fait, une interprétation, pas de remise en cause. Car tout cela est faux. L’explication vient de ce que le vent du Sahara nous a apporté du sable. Ce que je ne savais pas, faute d’écouter les informations françaises. 

Voilà le type de biais qui enchante les scientifiques et auxquels ils consacrent beaucoup de leurs travaux. Ils nous disent, en particulier, que nos interprétations confirment nos préjugés. 

Mais les scientifiques ont aussi leurs biais. Car mon jugement a beau être immédiatement biaisé, il n’en reste pas moins que je garde en mémoire que j’ai été surpris. Et quand les circonstances sont favorables, par exemple lorsque je discute avec mon voisin, les faits sortent de ma mémoire, et sont réinterprétés. 

Espérons qu’il en est de même pour le scientifique. 

La vie est trop importante pour être laissée au médecin ?

Les plus de 75 ans doivent être vaccinés contre le coronavirus, entendais-je l’autre jour. 

Cela m’a fait penser à ce que me disait un anthropologue, qui avait séjourné en EHPAD. (Billet.) Les personnes âgées y sont entre les mains de l’industrie médicale. Elles représentent de « gros enjeux » pour elle. 

L’industrie médicale, d’une manière générale, s’est emparée de notre vie. Nous sommes, à proprement parler, ses « vaches à lait ». Une source de revenus, toujours croissante. 

Elle invente des procédures tayloriennes, dites « scientifiques » (comme le marxisme), et prétend qu’elles s’imposent à nous, sans que nous ayons le moindre mot à dire. La « prévention », en particulier, est devenue un very big business. La médecine nous a transformés en produit d’une chaîne de fabrication. 

Serait-il temps d’en sortir ?

Le monde des sans grades ?

« Elite » est devenue une insulte. Un des traits marquants de notre époque. D’où cela vient-il ? 

Qui est scientifique ou enseignant ? Celui qui n’a pas fait d’études assez bonnes pour avoir un meilleur emploi. Il y a eu « massification » de ces professions. Et cela a eu l’effet paradoxal non seulement de faire baisser le niveau moyen, mais, surtout, de faire fuir ceux qui les occupaient auparavant. 

Des professions hier prestigieuses croient conserver leur autorité, alors que ce qui la justifiait n’existe plus.

Du coup, le taylorisme a gagné. Les professions dites intellectuelles sont occupées par des exécutants qui appliquent des normes. 

Changement irréversible, probablement. Il faut faire avec. En particulier, il faut demander à cette bureaucratie de faire bien ce qu’elle sait faire, mais pas plus. On ne fait pas éduquer des êtres humains par des robots, en particulier. Comme le disait Bergson, notre société technocratique a besoin « d’un supplément d’âme« . Voilà une mission pour notre « jeunesse à impact » ? 

L'erreur est artificielle ?

L’intelligence artificielle, c’est la bêtise décomplexée. Des gens se pavanent en braillant qu’ils sont des génies parce qu’ils utilisent une technique qu’ils ne comprennent pas. Voilà ce que répète ce blog. 

Eh bien, il se pourrait que la raison tente de reprendre ses droits. Elle en vient à la conclusion qu’il existe des cas dans lesquels l’Intelligence artificielle ne marche pas. Seulement, on ne sait pas lesquels. Pour le coup, c’est démontré. 

« Cela ne pose pas de problème, dans certains cas, que l’IA se trompe, mais il faut le dire. Et ce n’est pas ce qui se passe. On ne peut pas savoir si l’on doit avoir plus ou moins confiance en une décision. » (Article de l’Université de Cambridge.)

Une idée bizarre. Et si l’IA, c’était l’esprit 68 ? Non à la dictature de la raison, des mathématiques, de la démonstration, du sang et des larmes ? Et si nous vivions la fin d’un cycle ? La fin de la grande récréation ? 

J'ai toujours tort

V. Jankélévitch dit qu’il arrive des moments où nous comprenons, soudainement, ce que nous disions depuis des années. 

C’est peut-être ce qui m’arrive avec ma devise « j’ai toujours tort ». 

D’une certaine façon, elle est fausse. Si l’on regarde ce blog, on verra qu’il constatait que le monde marchait sur la tête. Et, il est effectivement tombé. 

Mais là où j’ai toujours tort, c’est lorsque je passe du blog à l’action. Mes premières idées me font immanquablement rencontrer un mur. Ce n’est qu’après ce que les entrepreneurs appellent des « pivotements » que je finis par toucher juste. C’est très, très, douloureux. D’autant que le mécanisme est inconscient et, donc, qu’il est logique d’avoir mauvaise conscience lorsque l’on se sent en paix avec soi-même. Et si j’étais en train de rater quelque-chose ? Paradoxalement, une fois que l’objectif est en vue, je découvre que l’idée originale était correcte. Mais, elle décrivait le changement a posteriori. A défaut d’avoir été utile à l’action, elle a servi à me motiver, pendant l’action. 

D’où l’explication de : « j’ai toujours tort ». C’est le doute cartésien, ou celui de la phénoménologie. Pour réfléchir correctement, il faut tout casser. La certitude, la science, la morale… sont à la fois la pire et la meilleure des choses.