Irène Joliot-Curie

Je me demande si la France d’après-guerre n’a pas voulu se rassurer : oui, elle était toujours une grande nation. Alors elle a loué ses grands hommes, Tabarly, Haroun Tazieff, Lévi-Strauss, Paul-Emile Victor, Leprince-Ringuet, Irène Joliot-Curie, etc.

Mais qui était Irène Joliot-Curie, qu’a-t-elle apporté à la science ? D’une émission, je n’ai pas tiré grand chose. J’ai appris qu’elle avait été sous-secrétaire d’Etat du gouvernement Blum. Pour le reste, elle semble avoir poursuivi fidèlement le travail de ses parents. Quant au plus grand moment de sa vie, ce fut de mettre au monde ses enfants.

Une femme de son temps ? Le sens du devoir, mais surtout de la famille ?

Pascal polémiste

Dans les Provinciales, Pascal n’aurait pas fait preuve d’honnêteté intellectuelle. Il défendait une cause et la fin justifiait les moyens.

C’est l’opinion que j’ai de ses Pensées.

Quand le scientifique est guidé par Dieu, il n’a plus besoin de conscience ?

Police scientifique

Notre police scientifique a dû rattraper un gros retard. Propre de la France ? J’entendais l’autre jour que l’on ne devait pas tant à Pasteur sa révolution que le fait qu’il a sorti la science française de sa léthargie post napoléonienne et du retard phénoménal qu’elle avait pris sur l’Allemagne. Notre pays aurait-il tendance à se replier, stupidement, sur lui-même ?

L’émission présentait aussi l’intérêt de rappeler qu’il est commun de découper sa femme en morceaux, et de les disperser, et de trouver des suicidés sans arme du crime.

Gay-Lussac

Il y eut un temps où la France fêtait ses grands hommes.

Gay-Lussac fut un des pionniers de la chimie moderne. En ces temps, cela signifiait risquer sa vie. Il est parti en ballon à plus de 7000m d’altitude, et a été victime de deux déflagrations dont il a failli ne pas réchapper…

Qui parle encore de Gay-Lussac ? Pourquoi ne célébrons-nous plus nos « grands hommes » ? Serions-nous devenus des héritiers à qui tout est dû ?

Jacques Revel

Je n’ai pas, du tout, aimé un livre auquel Jacques Revel avait participé. La pensée soixante-huitarde réinterprétait l’histoire. (Le coupable, en fait, était Michel de Certeau.) Ce souvenir m’a amené à écouter une émission qui lui était consacrée.

En quelque sorte, c’était « l’histoire de l’histoire ». Sa vie n’a été que remises en cause.

D’un dialogue entre initiés il est difficile de tirer des renseignements clairs. En tous cas, il me semble qu’il a été question d’histoire « quantitative », peut-être qui croyait à des lois d’airain. Puis du moment 68, qui avait quelque peu surestimé l’importance de l’événement. D’une heure de gloire de l’histoire, en particulier française, dont les livres étaient des best sellers (passionnants d’ailleurs, si j’en crois ce que j’ai lu). De la micro histoire – qui a peut-être remis en cause la loi d’airain ? Et de l’offensive récente des chercheurs indiens, qui ont des comptes à régler avec l’Occident.

En bref, la façon dont on fait de l’histoire est affectée par les idéologies de l’époque. Il serait utile de retracer l’histoire de ces courants (historiographie), ai-je pensé. En attendant, méfions nous (un peu) des historiens ?

Pasteur

Lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai fait une étude des travaux de Pasteur. Je m’étais passionné pour sa démarche. C’était une « machine de guerre » implacable. Chimiste, il découvre que la dissymétrie moléculaire est liée à la vie. Du coup, il va de trouvaille en trouvaille, apportant des gains énormes à l’économie et transformant la médecine. C’était un redoutable expérimentateur.

J’ai retrouvé cette histoire dans une série des nuits de France culture. Mais j’ai appris que c’était un farouche nationaliste (peut-être était-il simplement attaché aux valeurs de notre pays, qui fut longtemps celui des droits de l’homme ?) à qui l’on doit d’avoir pris conscience du retard considérable que la science française avait pris sur l’Allemagne, qu’il était hémiplégique et qu’il était particulièrement cassant vis-à-vis de ses adversaires, qu’il ridiculisait. Et qu’il était enterré dans la crypte de l’Institut Pasteur.

Rèvé-je ?

Le rêve chez les Surréalistes, chez Freud… Et chez vous ?

Vous souvenez-vous de vos rêves ou dormez-vous à poings fermés ? Vous intéressez-vous à vos rêves ? Leur croyez-vous un quelconque intérêt ?

Ce qui est surprenant est à quel point l’intellectuel tend à « prendre son cas pour une généralité », comme auraient dit mes copains de cours élémentaire. Et à manquer de sens critique ?

Pouvoir de la science

Les observations de Claude Lévi-Strauss (billet précédent) me rappellent une autre réflexion :

La science est un moyen de pouvoir. Régulièrement, dans son histoire, celui qui la possédait l’opposait aux coutumes ancestrales, et même aux constats. Par exemple, l’élite de la science française du 19ème siècle a combiné ses talents pour montrer que les chaudières qui explosaient ne pouvaient pas le faire. La cause de l’accident était donc humaine.

Je me demande s’il n’y a pas, au moins dans une partie de la population, une haine de l’espèce humaine. Grâce à la science elle pense pouvoir se passer de ses semblables. N’est-ce pas ce à quoi l’on assiste avec l’Intelligence artificielle ?

Fatal consensus

« Consensus des scientifiques », j’ai été surpris d’entendre cette phrase. Je pense que la première fois que ça a été le cas fut au sujet de la transition climatique. Puis il en a été question à l’époque du COVID.

Au temps de Pasteur, le consensus scientifique, c’était la génération spontanée. Au temps d’Einstein, le consensus, c’était « l’éther ». Il n’y a pas de consensus en science, sinon qu’elle ne sait rien. Que les résultats qu’elle obtient sont, au mieux, provisoire, et à manipuler avec prudence. D’où mon étonnement.

Je me demande maintenant s’il n’y a pas eu un autre consensus, celui de la Commission Attali, dont notre président fut le rapporteur. Ces brillants esprits étaient supposés nous indiquer la voie vers le meilleur des mondes. La voie de la Science. Le véritable consensus alors était que l’économie avait compris les secrets de la nature.

Ce qui m’amène à un autre consensus, dont il est souvent question dans ce blog. Celui dit « de Washington ». A la chute de l’URSS, le consensus chez les économistes américains était que le capitalisme avait gagné. Il fallait réformer le monde sur son modèle. Il en résulterait un avenir lumineux. Plus de crise. Une croissance économique puissante et éternelle.

Ces gens ont effectivement réformé le monde. Il s’en est suivi une série de crises extraordinairement violentes. Depuis, le monde hait l’Occident.

La Commission Attali n’aurait-elle été qu’une copie du consensus de Washington ?