Fascinante histoire du génome

ADN de wikipedia

Certaines séquences de notre génome seraient communes à tout (animé ou non) ce qui a un génome, et seraient apparues il y a 3 milliards d’années ! L’histoire du génome révèle l’histoire fascinante de la vie. Notre forme de vie complexe serait due à :

  • Sa capacité à générer de l’énergie. C’est le travail des mitochondries, résultat de la combinaison fortuite de deux espèces de cellules ennemies.
  • Une forme d’innovationpermanente permise par le fait que ces êtres complexes mais peu nombreux abritent leurs constituants (notamment leur génome) d’une sélection naturelle immédiate.
  • Un moteur à innovation : l’attaque de « parasites ». Du fait de l’absence de sélection naturelle au niveau élémentaire de la vie, le génome est contaminé par une quantité de « cochonneries » (virus, etc.). Ne pouvant les éliminer naturellement, il doit trouver des processus originaux pour ne pas en crever (par exemple la reproduction sexuée), ou pour composer avec eux (c’est à eux que l’on devrait notre système immunitaire).
Si l’on généralise ces idées à notre société, on en arrive à des résultats surprenants. 
  • 1) Nous ne sommes pas issus de la sélection naturelle, mais d’une forme d’innovation « sociale », qui laisse une chance aux mal fichus ; 2) le processus qui permet à la vie de se complexifier est une dialectique agression / coopération, prise en charge par le niveau le plus haut de la vie (probablement la société, pour l’homme) ; 3) la capacité à produire de l’énergie de manière autonome serait un élément fondamental du dispositif.
  • Déroute des idées libérales. Alors qu’elles estiment que le marché et sa sélection naturelle stimulent l’innovation, la généralisation de ce qui précède laisse penser, au contraire, que c’est parce que l’entreprise protège ses constituants du marché, avec toute l’irrationalité que cela sous-entend, qu’elle peut être innovante ! Cette théorie semble aller dans le sensde Schumpeter (destruction créatrice) : les mécanismes de sélection, qui façonnent l’entreprise ou l’organisme, ne résultent pas d’une concurrence frontale, mais de phénomènes affectant l’ensemble de la société. 

Vague de fusions avant nationalisation ?

Apparemment les fusions / acquisitions procèdent par vagues. Il leur faut des circonstances favorables, notamment que les entreprises baignent dans le cash (ce qui est actuellement le cas). Puis, tout démarre par un choc. Et là, à partir du moment où une société en achète une autre, un cercle vertueux s’engage qui fait que tout le monde à intérêt à acquérir le voisin, ne serait-ce que parce que cela augmente le bonus du dirigeant de l’entreprise.

Contrairement à ce que dit la théorie économique récente (mais conformément aux idées de Schumpeter), ce ne serait pas une mauvaise nouvelle pour le consommateur. Par contre, on obtient des monstres qui ne peuvent plus faire faillite sans mettre, au moins, leur économie nationale à genoux. (Exemple récent de GM.)

Devons nous nous attendre à des faillites en série, accompagnées, cette fois-ci, de prises de contrôle par l’État ? Lien avec le billet précédent ?

Capitalisme et destruction créatrice

Heureusement que ni notre peuple, ni nos journalistes ne lisent la presse anglo-saxonne. Ils seraient effrayés, et, vraisemblablement, planteraient les têtes du patronat et des économistes sur leurs piques.

En effet, pour cette presse, le bien, le moteur de l’économie, c’est la « destruction créatrice ». Autrement dit les transformations qui renouvellent le capitalisme, par l’innovation. Mais si elles profitent à une poignée d’entrepreneurs et aux élites qui s’allient avec eux, elles forcent le reste de la population à des transformations féroces. L’individu ordinaire doit être capable de se muer, après un licenciement sauvage, de terrassier en biologiste, s’il ne veut pas finir dans une poubelle.

J’ai constaté que ce type de changement est comme la médecine : dangereux. Il est préférable de ne l’utiliser qu’en dernière extrémité. D’où ma question : peut-on construire l’avenir de notre espèce sur une succession accélérée de transformations, dont chacune peut mal finir ?

Curieusement, on oublie que Schumpeter, à qui l’on doit la fameuse destruction créatrice, pensait que l’humanité la trouverait inacceptable, et qu’elle finirait par mettre au point une forme de communisme.

Compléments :

Qu’est-ce qui rend les entreprises durablement performantes ?

Classique de la littérature du management : quels sont les paramètres corrélés avec le succès de l’entreprise ? (La définition de succès, ici, est une croissance soutenue et régulière.)
Apparemment qu’elle ait le profil d’une entreprise allemande, et pas d’une grande entreprise française. Elle combine stabilité et apprentissage permanent. 
  • Une stratégie claire, qui ne varie pas, des valeurs fortes et partagées, une direction solide, modeste, non charismatique, sortie du rang, et installée dans le temps, des liens forts avec clients et employés. 
  • À côté de cela, elle apprend continûment, par la technique dite de « l’option », c’est-à-dire en expérimentant sans arrêt, par petits changements, pas par rupture.
Mon expérience me fait croire que le plus important là-dedans est de trouver le bon cap. Un « changement » réussi est traditionnellement suivi d’une vingtaine d’années de calme. Effectivement, alors, les changements suivants sont faciles et stimulants. Ils peuvent se faire vite et bien, par apparemment petites actions. 
Mais peut-on éviter la destruction créatrice de Schumpeter, c’est-à-dire d’avoir à se réinventer périodiquement du fait de la transformation radicale de son environnement concurrentiel ?

Fin d’année ou fin du monde ?

Sans qu’il l’ait voulu, ce blog est né avec la crise. Il passe son temps à la commenter. D’ailleurs la crise est le propre du changement (d’une certaine façon elle tombe bien pour un blog qui parle de changement ?).

Voici quelques réflexions sur la situation du changement en cours. Un billet déconseillé aux dépressifs.


Le libéralisme en question

Depuis le début de cette crise mes idées sur son mécanisme n’ont guère évolué. Certains acteurs économiques, la finance en particulier, sont parvenus à occuper une place qui ne leur revenait pas. Ils ont créé une situation qui n’est pas « durable » (au sens « développement durable »). Ils l’ont fait pas une prise de risque incontrôlée. Les banquiers, par exemple, ont prêté à un marché insolvable tout en réduisant, pour disposer de plus d’argent, les réserves qui servent à les garantir des crises.

Plus étrangement, c’est le monde entier qui serait un château de cartes. Tout ce que l’on croyait, à commencer par le fabuleux destin des pays émergents, paraît une illusion.

L’histoire des BRICS peut se lire, d’ailleurs, autrement : dans les années 90, ils se sont libéralisés. Cela a été accompagné d’une forte croissance, mais a aussi résulté en déséquilibres dangereux. Peut-être sont-ils tentés de les corriger ?

Plus généralement, l’idée d’un marché qui s’autorégulerait et ferait le bien collectif, idée qui nous a valu la déréglementation de nos services publiques et de l’industrie financière, l’Europe des très nombreux et peu intégrés, le règne d’agences de notations à but lucratif…, semble avoir du plomb dans l’aile.

Années folles ?

Notre société semble passer régulièrement par des phases « Yin » libérales et « Yang » sociales. 68 a probablement marqué une de ces transitions. Une soupape s’est levée, qui a libéré la population de contraintes apparemment suffocantes. La phase hédoniste qui s’en est suivie a conduit à la victoire de ceux qui avaient une situation sociale avantageuse, les oligarques, sur les autres, et à l’exploitation parasitaire des ressources existantes – cf. la mode de la « supply chain », plutôt qu’à l’innovation et au gain de productivité.

Ce qui me donne la curieuse idée suivante. Et si, du SDSF à l’oligarque, nous avions connu une formidable liberté ? Nous pensions construire alors que nous dissipions l’héritage de l’après guerre ? D’où un sentiment de facilité ? Et si notre avenir était à la rigueur, comme on nous le dit ? Mais à une rigueur qui ne soit pas que budgétaire, une rigueur intellectuelle avant tout ? Et si nous devions réapprendre à travailler consciencieusement, sans rêver de gloire instantanée, de succès sans effort ?

Cas particulier européen

Question : entrons-nous dans une phase de construction européenne ? En tout cas, la crise de l’euro ressemble beaucoup aux changements de l’entreprise. Les cadavres tombent des placards. Le principal est l’idée d’Europe. L’Europe est une création de l’Amérique et de la Guerre froide. Nous y sommes allés, les Anglais plus que tout autres, contre notre volonté. Bref, nous, le peuple, n’avons pas répondu à la question initiale : voulons-nous d’une identité européenne ? Si oui, les bénéfices de l’Europe sont devant nous. Mais à inventer.
Rien ne va plus

Il s’agit maintenant de refermer la boîte de Pandore, sans susciter le désastre d’un nettoyage par le vide. Les banques, par exemple, doivent augmenter leurs réserves, ce qui pourrait les ramener à leur situation des années 80. Parallèlement, la phase d’exploitation du moins disant international pourrait céder la place à un repli sur soi des nations, qui devront réapprendre à développer leurs ressources propres. Mais, comme le disait Keynes, « à long terme nous sommes tous morts« . Ceci ne peut réussir que si le monde parvient à changer de cap sans dommages.

Trois scénarios paraissent se dégager. Vie sur une poudrière ; effet domino suivi par un tsunami, façon années 30 ; réinvention et nouvelles décennies glorieuses.

Les gouvernements mondiaux paraissent vouloir faire le strict minimum pour rester dans le premier scénario. Vont-ils éviter le second ? Tentation dogmatique allemande, égoïsmes nationaux, obsession de la multinationale de la réduction de coût, médiocre personnel politique… Il n’en faudrait pas beaucoup pour que l’aléa moral n’emporte la situation.

D’ailleurs, que le monde soit dominé par les préoccupations personnelles, en particulier de nos politiques, est une conséquence naturelle d’une phase libérale. Mais, comme je le note régulièrement, le plus étrange est une forme de doute et d’honnêteté intellectuelle. L’humanité est incertaine. Vivons-nous la fin des idéologies ?

L’inquiétude étant la meilleure disposition vis-à-vis d’une crise (en fait d’un changement), je continue à penser que c’est une raison d’espérer.

Le coin de la théorie

En quoi ceci illustre-t-il les théories du changement ?

  • Le scénario de la renaissance appartient à la systémique. Cette théorie prétend que nos malheurs viennent de cercles vicieux dans lesquels nous nous enfermons. Il suffit d’en prendre le contre-pied pour transformer la situation. Exemple : le plan Schumann, qui propose à l’Allemagne d’Adenauer une égalité qui va à l’encontre de la spirale revancharde des lois de la guerre.
  • Le scénario de la crise sans fin peut être interprété comme un apprentissage, une autre forme de changement. Il est peut être nécessaire à l’humanité d’avoir durablement peur pour être vaccinée contre ses erreurs ?
  • Le hasard semble jouer un rôle décisif à court terme. Cela illustre la théorie du chaos, et le fait que l’avenir est imprévisible.
  • Si l’on est convaincu que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, on parlera du modèle de destruction créatrice de Schumpeter. Et s’il fallait inventer un nouveau capitalisme, celui-ci n’étant pas durable ? Et si cette crise était notre chance de fonder un meilleur monde ?

C’était un brin d’optimisme, pour finir. 

Marché et emploi

Progressivement une idée a émergé de ce blog. Et si nos politiques avaient voulu transférer les services publics au privé, simplement pour créer de nouveaux marchés ? Car le marché, quel qu’il soit, c’est le bien. C’est ainsi que le système de solidarité sociale est devenu privé (assurances). De même pour la santé, l’école, les transports, l’énergie, les télécoms, la sécurité…
Dans ce raisonnement la qualité ne compte pas. Par exemple le système de santé américain, qui a poussé le plus loin ce concept coûte très cher, mais a de mauvais résultats en termes de santé. Pas grave : un marché prospère, hautement technologique, est né. Il y a une demande pour une médecine nuisible ! De même qu’il y a une demande pour une nourriture malsaine. Dans ces conditions pourquoi intervenir ?
Jean-Baptiste Say ne disait pas autrement : la logique du marché est de produire le plus possible, ce que l’on produit n’a aucune importance.
Si le marché raccourcit notre vie, nous éduque mal… peut-être peut-il nous garantir un emploi ? Les périodes durant lesquelles on lui a laissé la bride sur le cou (ère victorienne, avant guerre, dernières décennies), ont produit richesse d’un petit nombre et misère pour beaucoup. Au contraire, seul le dirigisme, la « technocratie », a été associé au plein emploi.  
Mais le marché est créatif ? Nos grands créateurs sont des Newton, Pasteur, Fleming, Curie, Einstein… enfouis dans des laboratoires. Ou encore les gouvernements en guerre, qui font faire des pas de géant à l’économie, et dont la dernière création est Internet.
Schumpeter avait-il vu juste lorsqu’il disait que l’entrepreneur combinait d’une nouvelle manière des moyens de production existants ? Pour que son talent s’exprime, il a besoin d’un substrat que ne fournit pas une économie de marché ?
Serait-il temps d’examiner notre idéologie du tout marché, et de se demander si elle ne doit pas évoluer ?
Compléments :
  • Say, Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996
  • Schumpeter, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1980.
  • The Economist me rejoint : l’économie de marché de l’Amérique moderne est incapable d’amener un homme sur la lune, ou de conquérir l’espace.

Solidarité patronale

Un commentateur américain observe un fait extrêmement curieux. Sur un grand nombre de sujets les entreprises américaines présentent un front commun. Ce qui est contraire à la logique économique, qui voudrait qu’elles défendent leurs intérêts et que ces intérêts soient souvent divergents.
Explication ? Conscience de classe. Les dirigeants défendent leurs intérêts personnels.
Forme de communisme prévue par Schumpeter ? Collectivisation de l’outil de production, pour éliminer la concurrence ? Mais collectivisation réduite à une seule classe.
Compléments :
  • Les oligopoles tendent à se coordonner (The logic of collective action), ce qui est suffisant pour couler toutes les théories sur l’efficacité du marché. Mais une coordination sur une échelle aussi large ne semble pas avoir été prévue. Pour la rompre, il faut probablement suivre l’exemple des armées de 14 : pour éviter la fraternisation, elles ont fait monter au front de nouvelles troupes (AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985). Devrions-nous renouveler nos dirigeants ? Par exemple faire venir des « low cost CEOs » indiens ? Ou faut-il prendre acte de la collectivisation de l’économie et remplacer les gros bonus par des commis de l’État peu payés ?
  • SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.

Rupert Murdoch

Hier, j’écoutais la BBC parler de Rupert Murdoch.
Il y a un peu de Citizen Kane dans cet homme ? 
  • A Oxford, Lénine trônait sur son bureau. Son père, qu’il perd alors qu’il est jeune, l’a peut-être marqué par son exemple : sa gloire vient d’avoir dénoncé la boucherie de Gallipoli.
  • Son empire est une sorte de triomphe d’une forme de libéralisme à la Margaret Thatcher. C’est un « dérégulateur ». Il s’en prend à des entreprises qui se sont endormies. Il leur injecte une saine dose de populisme, qui fait vendre, et ravive la concurrence dans le secteur où elles sommeillaient. Curieusement, aujourd’hui ses positions sont monopolistiques. Et Internet, auquel il ne comprend rien, le fait vaciller.

Ce qui transforme l’économie, ce n’est pas la concurrence libérale, mais la destruction créatrice de Schumpeter ? 

À bas les analystes financiers !

« trouver le moyen de réduire leur influence nuisible est dans l’intérêt général » (The corrosive influence of an analyst’s lunch break.) L’opinion des analystes financiers décide de la valeur d’une entreprise. Or, ceux-ci ont non seulement des idées préconçues, mais surtout des spécialités. Ce qui contraint les entreprises à se transformer, contre la logique économique, pour s’adapter à ce que l’analyste peut comprendre et à ses fantasmes.
Cas particulier de l’innovation. L’entrepreneur est l’homme qui découvre un moyen nouveau de combiner des ressources existantes disait Schumpeter. En crispant l’économie dans un schéma abstrait, les analystes empêchent son développement naturel.
Curieux comme le marché a des difficultés à inventer des mécanismes d’autocontrôle. Sa nature c’est l’autocorruption ? 

Du progrès

Dans les années 40, l’économiste Schumpeter (Capitalisme, socialisme et démocratie) expliquait que la croissance allait se poursuivre. Ce à quoi personne ne croyait. Et cet enrichissement allait donc nous permettre de liquider la pauvreté ! De tous être heureux. Mon enfance a été marquée par cette idée. C’était le progrès. Nous étions riches et nous le serions encore plus demain. Notre gloire collective était d’apporter le confort à chacun.
Or, la croissance s’est poursuivie, mais il y a maintenant chômage énorme et durable. Et les économistes nous démontrent : « vous ne pouvez plus vous offrir votre protection sociale ». Curieusement, l’homme s’est effacé. Le bien c’est désormais l’efficacité d’une économie, qui ne croît presque plus depuis qu’on lui sacrifie tout. Et, N.Sarkozy de nous dire « travaillez, ne vous posez pas de questions ». Arbeit macht frei ?
Compléments :