La situation s’améliore ?

Coïncidence : à la fois Fouad Sassine, qui vit aux USA, et un dirigeant rencontré hier (qui ne semblait pas trop dans son assiette) me disent que l’économie américaine redémarre.

Ce blog a du mal à voir pourquoi : les raisons structurelles d’une reprise semblent manquer. Et je viens de trouver un article (The Next Leg Down: When Deflation Becomes Entrenched) qui m’approuve : les banques sont fragiles, le crédit ne circule plus, particuliers et entreprises épargnent. Normalement, ça signifie contraction.

Attendons donc. Le redémarrage de l’économie américaine, s’il survient, sera riche d’enseignements.

Scénario pour Hollywood ?

Grand classique du film américain tiré d’une histoire vraie (Serpico, American gangster…) : une corruption massive des services de l’état, généralement de la police. Cette fois-ci les cercles gouvernementaux seraient concernés.

Fouad Sassine mène l’enquête et m’envoie des éléments qui complètent ceux que j’avais trouvés la semaine dernière.

  • Un premier article explique que l’affaire Madoff avait été repérée et dénoncée depuis longtemps aux autorités de régulation du marché, qui, bizarrement, n’avaient rien fait. Par ailleurs, Bernard Madoff semblait avoir monté un mécanisme de « lobbying » (corruption ?) efficace.
  • Pour un second article (où l’on retrouve les informations qui apparaissent dans ce blog), on est en face, en ce qui concerne la gestion de la finance américaine, d’une fraude énorme, obéissant au même principe que celle de Madoff, mais infiniment plus importante. Elle est couverte par le gouvernement parce qu’il ne sait pas comment faire autrement.

Effectivement, les techniques utilisées par les banquiers ressemblent à celles d’Enron, or son dirigeant a été condamné à plus de 25 ans de prison, et son auditeur (Arthur Andersen) a été mis en faillite.

On attend le héros.

Compléments :

Mais où va l’Amérique ?

Fouad Sassine, qui vit aux USA, me signale Counterpunch. L’article du jour (The Decade of Darkness) est effrayant.

La plongée semble sans fin, les principales banques du pays sont pourries au-delà de tout ordre de grandeur concevable ; le plan de sauvetage de Timothy Geithner serait une sorte d’incitation à une surenchère de nouvelles malversations ; comme en Angleterre les bons du trésor sur lesquels comptait l’état américain pour financer son déficit ne trouveraient plus preneur ; et lentement mais sûrement le statut de monnaie de réserve du dollar serait sapé.

J’avais déjà aperçu un article qui disait que la crise avait pris une pente plus dangereuse que celle des années 30 (A Tale of Two Depressions), mais on disait que, cette fois-ci, l’on avait fait ce qu’il fallait ; or le doute s’installe quant aux compétences du gouvernement américain (Obama cache la forêt ?).

Que se passe-t-il ?

Fouad Sassine, qui vit à New York, fait des cercles réguliers : Toronto, New York, Luxembourg, Paris. Hier il était de passage à Paris. Il me décrit les USA comme dévastés. Mais alors pourquoi nous dit-on que l’Europe va particulièrement mal ? Pourquoi les journaux économiques internationaux sont pleins de cette idée ? Je rassemble ce que je vois tous les jours :

  • La baisse de l’euro est favorable à notre industrie ; la baisse du coût des matières premières, liée notamment au ralentissement de la croissance des pays en développement, diminue les risques d’inflation, d’où baisse des taux de la BCE, d’où amélioration des conditions d’emprunt (si les banques veulent bien prêter).
  • La Tribune d’hier : la consommation des ménages coît, mais le moral des entreprises est bas. D’après ce que l’on me dit, certaines auraient arrêté de recruter, à titre préventif.
  • Il semblerait qu’une partie de la baisse des ventes des automobiles soit due à une difficulté d’obtention de crédit. Les financiers, qui ont suscité la crise, nous punissent de les avoir aidés ?
  • La série de conférences que je donne, et mes missions me font rencontrer des gens qui travaillent dur, qui ont des projets et qui prennent leur sort en main. Mais où est la France des râleurs ?

Y a-t-il des choses que je ne vois pas, ou nos indicateurs sont-ils biaisés ? Risque d’une prédiction auto-réalisatrice ?

Dr Doom

L’Amérique a-t-elle été aux prises avec une très longue crise de folie ?

Discussion hier soir avec Fouad Sassine, qui vit aux USA. Il me parle de Nouriel Roubini, un économiste très écouté, depuis peu. Il annonce l’apocalypse.

Je me renseigne. Si j’ai correctement compris, il dit que nous nous tenons tous par la barbichette. Il ne faut pas sauver uniquement les banques et leurs crédits douteux, mais aussi ceux qui ont emprunté inconsidérément, et les entreprises saines qui risquent de se trouver privées de cash à court terme si les banques sont insolvables.

Par rapport à ce que j’attendais, il est optimiste. Pour les USA : récession de 18 mois, 3% de perte de PIB, et 10% de chômage (ce chiffre semble faire consensus). Ce n’est rien par rapport à la crise asiatique (-10% de PIB) et à celle de 29 (- 25% de PIB).

Le plus inattendu. Un appui à une idée récurrente de ce blog. Je crois que l’Amérique, depuis une vingtaine d’années, a été prise d’une crise idéologique sans précédents. Un nouveau millénarisme. Le marché totalement non régulé devait conduire le monde. Le rôle de l’Amérique c’était installer ce marché. D’où dix faillites de pays émergents (dont la crise du Sud est asiatique, et le désastre russe), la nouvelle économie et la bulle Internet, la guerre d’Irak. Et bien, le point culminant de cette crise de folie aurait été les USA sous la présidence de George Bush :

Nous sommes en train de sortir de huit ans d’une administration fanatique, zélote du marché libre, qui s’est opposée à toute réglementation financière. A cause de leur stupidité, nous sommes plongés dans la plus grave crise financière depuis la crise de 1929. Et maintenant, ils tombent dans l’excès inverse.
(…) Mais si l’on veut blâmer le régulateur, il faut d’abord regarder du côté de l’administration qui ne croyait pas à la supervision des marchés. Vous rendez-vous compte ! On accordait des crédits immobiliers à des gens sans leur demander leurs fiches de salaires, avec le moins de documents possibles, sans exiger d’acompte, en les attirant avec un taux d’intérêt très attrayant au départ. Cette administration croyait soit disant à l’auto-régulation. En fait, elle ne voulait surtout pas de réglementation. Elle croyait dans la discipline des marchés, on a vu que cela ne veut rien dire. Elle parlait de gestion des risques, mais les managers se sont appliqués à les ignorer… Il ne faut pas blâmer le régulateur. Le vrai responsable, c’est l’administration Bush qui a encouragé ce laisser-faire.

Compléments :

  • Le texte que je cite (qui donne les coordonnées du Blog de Nouriel Roubini) : GASQUET (de), Pierre, ROBERT, Virginie, Nouriel Roubini : Nous n’échapperons pas à la pire récession depuis quarante ans, Les Echos.fr, 24 septembre 2008.
  • Un article de Jeffrey Sachs, qui me semble d’accord avec Nouriel Roubini sur ce qu’il faut faire : How to fix the US Financial Crisis (http://www.sciam.com/). Il ajoute que les USA vont devoir relancer leur économie en exportant et en favorisant la consommation asiatique. (D’où politique monétaire appropriée.)
  • Sur la crise idéologique qui a (?) secoué les USA : Grande illusion, Neocon, Consensus de Washington.
  • Pourquoi les pays repliés sur eux-mêmes menacent les USA : Démocratie américaine.
  • Sur ce qui semble l’idée générale des solutions proposées à la crise : And now the Great Depression.