Copé l’Américain

J.F. Copé parlant au Monde de ses relations avec Nicolas Sarkozy :

On a eu des relations up and down depuis quinze-vingt ans mais, là, il m’a bluffé par la force intérieure qui est la sienne, s’enthousiasme-t-il. Non seulement, il n’y a eu aucun problème mais il n’y a eu que des encouragements. On se comprend au quart de tour. Il ne m’a jamais lâché sur rien, on a tout fait ensemble, il a été totalement supportive

Pourquoi parle-t-il en anglais ? L’UMP se prendrait-elle pour le comité de direction d’une multinationale ? 

Richard Descoings et le changement à Sciences Po

Je reçois un mail lié à un article traitant des réformes de Sciences Po (Le hussard de Sciences po, actualité Politique : Le Point). Richard Descoings les a menées d’une curieuse façon :

  • Il a paralysé les mécanismes supposés le contrôler. Comment ? En étant ami avec tout ce que la France compte de puissants, des syndicats étudiants au gouvernement Sarkozy. Il avait poussé le raffinement jusqu’à être un homosexuel de gauche marié à une adhérente de l’UMP.
  • Ce qui lui a permis de faire ce qu’il voulait, d’un claquement de doigts.
Richard Descoings était énarque et s’est servi de la technique qu’a utilisée un autre énarque, Michel Bon, lorsqu’il dirigeait FT. Tous les énarques grands patrons semblent faire de même : ils bloquent les systèmes de contrôle, et suivent leur inspiration. Se croiraient-ils des élus, au sens religieux du terme ?
Une idée de réforme pour l’ENA ? Apprendre à ses élèves qu’ils doivent servir la République, non leurs illusions ? 

Fiabilité des sondages

Les prochaines élections nous réservent-elles des surprises ? Les journalistes s’interrogent.

On a vu récemment les deux principaux candidats perdre des points. Lors des élections de 2007, N.Sarkozy avait eu plus de votes que ce que lui promettaient les sondages. On parle aussi des indécis. Mais ils semblent moins nombreux qu’aux autres élections. Peut-on croire les sondages ?
En fait, le seul sondage fiable est le comptage de boules de couleur par tirage au hasard. La disparition des idéologies a laissé des électeurs peu certains de leurs choix. Par conséquent, le sondage ne peut être un indicateur de vote totalement juste. Par contre, vu la stabilité des prévisions, et l’importance des écarts prévus au second tour, il y a peu de chances de surprise.

Élections présidentielles surréalistes ?

Nos élections présidentielles ont quelque chose de surréaliste.

Nicolas Sarkozy nous promet le chaos. Si nous élisons F.Hollande et ses hordes bolchéviques, le marché va se déchaîner sur les ruines fumantes qu’ils auront laissées de la France.

Réponse inattendue de M.Hollande, qui aurait pu traiter l’attaque par le ridicule : je me fiche des marchés. Aurait-il fait son coming out ? Il n’est pas Flamby, le pacifique inspecteur des finances qui veut faire plaisir à tout le monde, mais un révolutionnaire sanguinaire ? Nicolas Sarkozy l’a percé à jour ?

Résultat ? Le Financial Times, le journal de la City et des marchés, vote Hollande, et sa relance, et se prend le bec avec Sarkozy, qui s’en réjouit !

Et les sondages ? Ils ne bougent pas d’un poil. Peut-être que toute cette agitation ne sert à rien ? Est-ce ce qu’a compris F.Hollande, qui en profite pour se permettre quelques folies ?

N.Sarkozy employé par Bouygues ?

On dit que M.Sarkozy aimerait gagner beaucoup d’argent en travaillant pour le secteur privé. Je me demandais qui pourrait l’embaucher. Peut-être une société de conseil comme dans le cas de M.Breton ? En fait, d’après Mme Lauvergeon, il pourrait rejoindre Bouygues. (Anne Lauvergeon atomise Nicolas Sarkozy et Henri Proglio– Le Monde)

Peut-être dans une fonction commerciale : n’a-t-il pas joué les commis voyageurs de la France ? Apparemment, il aurait même voulu vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. 

Les conséquences imprévues de 68

Dans les années 60 les intellectuels voulaient libérer l’homme des entraves de la société. Aujourd’hui, l’individu est affligé de pathologies nouvelles. Conséquences imprévues.

C’est ce qui m’a paru ressortir d’une interview de Mme Hirigoyen, psychanalyste, par France Culture, il y a quelques jours. J’en retiens qu’elle a vu les maux de ses patients passer de la culpabilité au « narcissisme ». Addiction (Internet, sexe…), sentiment de ne pas être à la hauteur, « perversion morale », qui consiste, apparemment, à ressembler à M.Sarkozy : être mégalo, se vendre, séduire, arranger la réalité à son avantage…
Le livre qu’elle défendait parlait « d’abus de faiblesse ». Mais ceux qui l’interrogeaient avaient plus intéressant à dire que de la laisser parler. Du coup, je me suis demandé ce que signifiait être faible.
C’est tenir à quelque chose. Alors, facile de vous plumer. Exemple. Vous tenez à votre famille. Il est aisé de jouer sur les horaires extensibles de l’entreprise pour vous disqualifier de toute promotion ou vous pousser au divorce.
La perversion est logique dans un monde individualiste, puisque chacun se croyant seul au monde ne peut que chercher à exploiter son prochain. Le plus simple pour cela est « l’injonction paradoxale » : rendre l’autre fou.
Compléments :

Campagne présidentielle : guerre de titans ?

J’en suis arrivé à voir la stratégie des principaux candidats à l’élection présidentielle ainsi :

  • Nicolas Sarkozy a compris que sa force était une forme d’agitation irrationnelle.
  • François Hollande sait que le seul ennemi de M.Sarkozy est M.Sarkozy. Il attend donc la faute. Mais ce n’est pas une absence de tactique : tout son effort vise à ne pas entrer dans le jeu de son adversaire.
Que risque-t-il ? Que M.Sarkozy finisse par trouver un angle d’attaque qui déclenche une vague d’enthousiasme dans l’opinion et prenne ses adversaires de cours, par son irrationalité. Cependant, plus la campagne avance, plus notre président doit augmenter risques et outrance du propos, avec le danger corrélatif d’un KO.
Combat formidable entre deux « champions » aux capacités hors du commun ?
Étrangement, il n’illustre en rien les principes auxquels notre République a tant cru : ceux de la raison. Il s’adresse aux moteurs de l’inconscient collectif. Les plus dangereux ?

Les réformes de Mario Monti

Mario Monti veut rendre flexible l’emploi italien, comme je le disais dans un précédent billet. Pour cela il aurait recours à la flexisécurité, ce ne serait donc pas une mesure purement libérale. C’est du moins ce que dit la Rumeur du Monde de France Culture, samedi.

J’apprends aussi que M.Monti a appartenu à la Commission Attali, et qu’il applique ses recommandations.

C’est certainement fort bien. Mais ce qui les rend compliquées à mettre en oeuvre, c’est leur aspect pratique. En particulier la flexisécurité demande un dispositif remarquablement sophistiqué pour former les personnes licenciées et leur trouver un emploi. Sinon, on crée une classe d’exclus qui deviennent très rapidement inemployables.

L’Italie en sera-t-elle capable ? En tout cas, N.Sarkozy, lui, semble avoir jugé que la tâche était au dessus de ses forces.

Compléments :

Comment vote la France ?

Une étude d’opinion divise ainsi la France (Pourquoi le candidat socialiste reste aussi flegmatique | Le Monde) :

la France métropolitaine aisée (25% de la population) qui est celle des grandes métropoles; la France périphérique intégrée (11%) qui regroupe les communes périurbaines ou rurales socialement intégrées ou aisées ; la France métropolitaine fragilisée (16%) qui s’apparente aux banlieues populaires ; La France périphérique fragilisée (48%) qui rassemble des communes périurbaines ou rurales fragiles ou populaires.

François Hollande serait sur des bases solides partout, alors que Nicolas Sarkozy aurait mécontenté  ceux qui croyaient en lui (en 2007, il était vu comme « le candidat du peuple »), et dépendrait maintenant d’un électorat volatil.

Ce que ce découpage a d’étrange pour moi est l’image qu’il donne de la France. 64% de sa population est qualifiée de « fragile », et les 11% « d’intégrés » tendent à voter FN. Les seuls qui semblent heureux sont les « aisés ». Les gagnants des dernières décennies sont-ils une minorité d’urbains fortunés ? 

Les Français veulent une ligne Maginot ?

J’entendais ce matin France Culture dire que les « études qualitatives » faites par les candidats à la présidentielle montraient que le thème de la frontière était essentiel pour le Français. C’est de là que viendrait l’emportement de M.Sarkozy contre Schengen.

Curieusement, ce thème est très ancien. J’en parle d’ailleurs déjà dans Crise de la représentation politique. Voici ce que je tirais d’un ouvrage sur les transformations de la France :

[Le Français] perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.
Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’État providence pour Attac).

Malheureusement, jamais les Lignes Maginot, ou les grandes murailles n’ont réussi à garantir les civilisations des barbares. D’ailleurs, le Français ne veut pas se protéger de la globalisation, mais de ses effets nocifs. Pourquoi nos courageux futurs gouvernants ne s’attèleraient-ils pas à convaincre leurs confrères puissants de mettre un peu d’ordre mondial dans ce phénomène ?