Nicolas Sarkozy victime du tourbillon de la célébrité ?

Un journaliste américain donne une interprétation originale des déboires de notre président. (Comment peut-on être Sarkozy ?)

cet homme-là s’est perdu dans un tourbillon d’images négatives, dès sa première année à l’Elysée. Affaires de cœur, affaires d’argent, affaires étrangères : 2007 a vu défiler Cécilia, le Fouquet’s, Khadafi.

Et quand la crise fut venue, il se trouva fort dépourvu. Il avait gaspillé en une fièvre people le seul temps où il a eu les moyens de réformer le pays.
Compléments :
  • En fait, j’en doute un peu. Nicolas Sarkozy a enchaîné les changements. Mais ils ont été bâclés.
  • Par ailleurs, le dit journaliste semble croire que l’Europe en général, et la France en particulier, sont finis. Et que les USA ont l’avenir à eux. J’en doute aussi. Les USA n’ont rien d’admirable, et l’Europe est en plein changement. 

Les Anglo-saxons et notre débat présidentiel

Notre débat présidentiel a suscité des évaluations diverses. Les commentateurs français ont donné une nette victoire à M.Hollande. Les Français, eux, sont partagés mais plutôt indifférents. Le New York Times et la BBC, à l’envers de notre presse, estiment que Nicolas Sarkozy a dominé le débat présidentiel. The Economist adopte une argumentation qui ressemble à la mienne et conclut que techniquement il a été surclassé.

Comment expliquer ces différences ?

Chacun probablement voit midi à sa porte. The Economist constate « qu’intelligemment » M.Hollande a fait mentir les plans de M.Sarkozy, la presse anglo-saxonne apprécie le comportement de M.Sarkozy, « businesslike » comme on dit chez elle, le Français pense « tous les mêmes », et notre presse admire l’intelligence subtile du haut fonctionnaire, produit d’élite du modèle français…

Sarkozy et Blair, PDG

J’entendais dire par France Culture, avant-hier matin, que MM.Sarkozy et Blair avaient beaucoup de choses en commun.

Tous les deux auraient été vus par leurs partis respectifs comme de vilains petits canards: des êtres effroyablement mal élevés, mais des maux nécessaires. Et tous les deux ont construit leur aura sur la fréquentation des people (allant jusqu’à en épouser un pour M.Sarkozy).

Je crois surtout que tous les deux se sont crus des patrons de multinationales. (« M.Blair suggère que le travail d’un dirigeant moderne ressemble à celui du PDG d’une multinationale »).
On ne se rend pas compte à quel point le métier de grand patron a changé. Fini le dirigeant besogneux marié à son entreprise, Alfred Sloan ou Marcel Dassault. Le leader moderne est une vedette du show biz, qui passe sa vie dans un avion, allant de palace en palace, gagnant des fortunes, épousant des stars. Son art est celui du verbe, auquel il doit son ascension sociale. Il ne crée rien, il gère. Pas besoin de travailler : croissance externe (achats de sociétés) et réduction de coûts (essentiellement par licenciements) sont son alpha et son oméga.
Ce sont des compétences d’homme politique, mais pour un salaire infiniment plus élevé !
Mais ça a surtout une conséquence que peu de gens perçoivent. Les PDG de multinationales sont des mercenaires qui ne sont liés à aucune entreprise, et qui forment une confrérie. À ce niveau, les nationalités ne comptent plus. Autrement dit nos gouvernants se rêvent apatrides… 

Monsieur Sarkozy trouve son maître ?

J’ai commencé par trouver le débat d’hier soir éprouvant. Quand je pense qu’il a failli y en avoir trois… Mais, petit à petit, j’en suis venu à me demander si François Hollande ne nous donnait pas une extraordinaire leçon de rhétorique. Quand ça l’arrangeait (l’approximation), il exploitait les règles du jeu de Nicolas Sarkozy. Le reste du temps, il entraînait son adversaire sur son propre terrain (l’élite républicaine et le cancre).

Leçon de rhétorique

Je n’avais pas compris le programme de François Hollande jusque-là. En fait, il est brillamment populiste. Il donne beaucoup, tout de suite, à la masse des votants, aux parents d’élèves, aux enseignants, aux Smicards. Et même au FN. Car, si le votant FN est effectivement un mal loti qui doit faire de grands trajets en voiture, bloquer le prix de l’essence est une mesure (politiquement) redoutablement habile. Et, en plus, il veut augmenter le nombre de policiers !
Comment finance-t-il ces mesures ? Il se lance dans une argumentation à la Sarkozy. Les milliards valsent, on n’y comprend rien, mais il en ressort qu’il va donner aux pauvres ce que Sarkozy a donné au riche, chacun ses choix !
Curieusement, N.Sarkozy n’a rien à nous promettre, sinon se serrer la ceinture. Il apparaît comme l’homme de la rigueur, du sérieux. Seul engagement : réduire l’immigration. Mais, comment peut-il tenir parole alors que, même en ce qui concerne l’immigration, il est la cause de la situation actuelle ? lui répond Hollande. Destructeur. Même pas besoin de dire que l’immigration c’est bien, puisque vous en aurez autant, voire plus, avec lui qu’avec moi !
Car c’était l’art du discours qui était le plus étonnant. La force de Sarkozy est d’être grossier (« vous mentez »), ce qui fait perdre tout contrôle de soi à son adversaire, qui se ridiculise. Hollande n’a pas répondu. Il s’est placé en victime. Et il a attaqué par surprise. Avec des résultats dévastateurs, notamment au moment où il fait « avouer » à Nicolas Sarkozy qu’il n’était pas content des résultats de son mandat. Surtout, il a joué la rigueur intellectuelle outragée, et a mis Sarkozy face à des approximations qui sont apparues inquiétantes. À un moment, je m’attendais à ce qu’il lui dise : mais vous devriez le savoir, c’est vous le président de la république ! L’inspecteur des finances, meilleur élève de la classe, qui connaît parfaitement ses dossiers, faisait un cours à un esprit médiocre et approximatif. Nouvelle surprise, car grosse erreur technique, au lieu de refuser le combat, Nicolas Sarkozy se prend dans la logique de son adversaire, est contraint à se défendre, et perd le temps qu’il aurait dû consacrer à son programme.
Qu’en conclure ?
Victoire de la raison sur l’intuition ?

Nicolas Sarkozy est formidablement doué, mais il ne sait pas pourquoi il fait ce qu’il fait. Du coup, il commet des erreurs. François Hollande a sûrement aussi des talents, mais, avant tout, il a compris que le débat était une technique.
Nicolas Sarkozy a probablement commis une erreur encore plus grave. Il a cru ce dont il nous avait convaincus, à savoir que M.Hollande était un faible sans programme, facile à mettre en pièces. Du coup, il n’a pas préparé correctement la rencontre. C’était d’autant plus idiot que M.Hollande et M.Sarkozy ont déjà débattu ensemble de nombreuses fois et que le second n’a jamais surclassé le premier. Sous-estimer son adversaire est une erreur fatale.
Victoire du Yin sur le Yang ?

J’ai songé à un film de samouraïs vu il y a longtemps. Un grand escrimeur raconte que jeune il avait trouvé une combine pour gagner son riz : il entrait dans une école de sabre, y défiait le maître, ce qui lui donnait droit à un repas. Un jour, il rencontre un des maîtres les plus prestigieux du Japon. Or, au moment d’engager le combat, le maître tombe à genoux. Il a vu dans les yeux du jeune homme qu’il n’avait pas peur.
Et si, en dépit de toute sa gesticulation, M.Sarkozy était parti perdant ? Et si M.Hollande avait un mental de vainqueur ? Et si M.Sarkozy avait trouvé son maître ?

Élections sans combattants ?

Étrange campagne. M. Hollande paraît tout seul. Il semble s’entraîner à être président, à prendre de l’audace. Il a d’ailleurs commencé à interpeler le reste de l’Europe.

Quand à M.Sarkozy, il s’agite frénétiquement, allant de meeting en meeting retrouver des foules qui lui sont acquises. Comme disent les psychologues, lorsque l’on a peur de l’inconnu, on se rassure en se ramenant à ce que l’on peut contrôler (c’est pourquoi on a peur en avion, mais pas en moto) ?

Le grand changement semble ailleurs. L’UMP se divise en anti et pro Copé ; le MoDem a l’air parti pour s’éparpiller. Que va-t-il arriver ? Explosion ? Récupération par les aimants de gauche et d’extrême droite de quelques électrons libérés ?

Compléments :

Sarkozy et Kadhafi

On dit maintenant que Kadhafi a discuté avec les proches de Sarkozy d’un financement de la précédente campagne de notre président. (Financement de sa campagne de 2007 par Kadhafi : une diversion, pour Sarkozy)


Si c’est le cas, ce n’est pas très joli. Surtout parce que cela signifierait qu’après lui avoir demandé de l’aide, avoir voulu lui vendre des Rafale et des centrales nucléaires, M.Sarkozy a déclaré une guerre à M.Kadhafi, guerre dont ce dernier est mort. Rien ne compterait-il pour M.Sarkozy, que ses intérêts ?
Vrai ou faux, le danger n’est pas là.
Je lis actuellement un passage sur l’histoire Stavisky. Cette affaire a été exploitée par la droite de l’époque (et le Parti communiste) pour tenter de renverser la troisième République, au motif qu’elle était pourrie. Le régime politique a chancelé, et pourtant il avait l’appui d’une majorité de Français, et il y a eu des morts. Or, un seul homme politique notable était compromis. Les autres étaient parfaitement honnêtes, quoi que médiocres.
Il n’est jamais bon, en période de crise, d’avoir des hommes politiques qui prêtent au doute. 

Sarkozy, l’anti de Gaulle

Quoi ? M.Sarkozy veut organiser une manifestation pour le « vrai travail » le 1er mai. Qu’est-ce que c’est que cette pitrerie ? Il veut déclencher un affrontement sur les Champs Élysées ? Les Versaillais contre la Commune, le retour ?

Ce qu’il y a d’étonnant, en fait, est qu’alors qu’il a multiplié les provocations chez nous, à l’extérieur il a été le président de l’OTAN et du Mercozysme, le plus docile et le plus conciliant de nos présidents.
Mais c’est l’exact opposé de De Gaulle !? De Gaulle s’est dressé, seul, contre le monde. Mais, en France, il a tout pardonné. Après guerre, il a rassemblé la France, en nous disant que nous étions tous des héros, à commencer par ses pires ennemis à lui, qui lui en ont voulu à mort pour cela. Lors de la guerre d’Algérie, alors que nous étions au bord de la guerre civile et que l’armée était sur le point d’organiser un coup d’État (!), il a de nouveau fait un étonnant tour de passe-passe. Seul contre tous. Pour lui, il n’y avait pas de partis, que des Français, terriblement similaires pour tout ce qui comptait vraiment. (Voir sa biographie par Jean Lacouture, et l’analyse de René Rémond.)
Soyons honnête avec M.Sarkozy. Il a au moins une vertu, celle de m’avoir réconcilié avec de Gaulle.

Élection présidentielle : point à mi parcours

Quelques observations sur les résultats du premier tour de notre élection.

Marine Le Pen

Marine Le Pen a eu beaucoup de voix, bien que moins que ce que l’on a cru à un moment.
Comment exprimer ce succès ? Faut-il reprendre une de mes intuitions, qui me disait que pendant qu’une partie de la France ne voyait pas de crise, l’autre décrochait ?
En tout cas, je ne crois pas que le pays soit génétiquement raciste ou autarcique. En période prospère ces questions ne se posent pas. Ce ne sont que de mauvaises solutions à un problème qui est ailleurs.
Il y a quelque chose d’étrange dans l’évolution du pays. Jadis il n’y avait pas de chômage. Aujourd’hui, le Français vit dans la peur de perdre son emploi. Et lorsqu’il l’a perdu on le traite en coupable, en inadapté au changement. Et on nous dit que c’est normal et que c’est un progrès de l’humanité ? Le capitalisme illuminant le monde ?
Nicolas Sarkozy

Je me demande si N.Sarkozy ne doit pas choisir entre sa réélection et l’avenir de l’UMP. En effet, une campagne un peu trop extrême pourrait compromettre l’élection des députés du parti. Ce serait un mauvais coup pour eux, qui sont des élus professionnels, contrairement à M.Sarkozy qui veut quitter la politique. Y a-t-il une possibilité de dislocation de l’UMP ? Ce serait à la fois bon pour le FN et pour les centristes… Cela fait beaucoup de monde…
Par ailleurs, ce qui m’a frappé dans les propos de Mme Le Pen était une diatribe contre les multinationales. Or, nos gouvernants vivent une véritable histoire d’amour avec elles. À moins que l’électeur du FN soit idiot, ou qu’il ne se reconnaisse pas dans les propos de Mme Le Pen, comment pourrait-il se rapprocher de M.Sarkozy ?
François Hollande

La France a voté à droite, et même très à droite, à 56%, si je comprends bien.
En conséquence, si M.Hollande est élu, il aura du mal à croire qu’il l’a été pour  un « grand soir » de gauche, et qu’il doit se lancer dans la série de mesures symboliques que cela signifie. Cela nous donne-t-il une chance pour qu’il se penche sur la situation du pays sans idées reçues ?

Irresponsabilité, moteur de l’économie ?

Anne Lauvergeon expliquait il y a quelques temps qu’elle a dû se livrer à un exercice contre nature, à savoir s’opposer à N.Sarkozy, qui voulait vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. Ce qui sous-entend, qu’il est normal que l’entreprise soit irresponsable.

À vrai dire, c’est une idée habituelle dans le monde anglo-saxon. Sa justification étant que du mal nait le bien, suivant la théorie de la main invisible d’Adam Smith.
Je me demande parfois si l’irresponsabilité n’est pas une « innovation », c’est-à-dire un moyen élégant de gagner de l’argent. 
  • En effet, être responsable coûte cher. Par conséquent, si l’entreprise se décharge de ce coût sur la société, elle doit gagner plus que ce qu’elle devrait.
  • En outre, il n’y a probablement pas beaucoup de risques à être irresponsable : si l’entreprise met en danger la société, cette-ci devant se sauver, tirera d’affaire le coupable par la même occasion. 

Sarkozy contre Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy va-t-il être le prochain chapitre de « Sarko m’a tuer » ?  The Economist pense que M.Sarkozy a été sa propre victime. La France ne peut pas plus souffrir son comportement. Et François Hollande se contente de lui tendre un miroir.

Quand à ce dernier, paradoxalement, il pourrait être un changement majeur. Car sa personnalité est l’inverse de celle, infantilisante, des présidents de la 5ème République. (22 avril : la fin d’une illusion française? | Le 19 heures de Françoise Fressoz– Le Monde) Ce que semble aussi croire Paul Krugman : sa force est son absence de programme…