L’Angleterre contaminée par M.Hollande ?

Étonnante nouvelle. Le gouvernement anglais envisagerait une relance de son économie par la dépense d’État (infrastructure, logement), voire, en dernier ressort, par une baisse de la TVA. D’après le Financial Times.

Mme Lagarde, ministre des finances de M.Sarkozy, à qui rien ne sera épargné, approuverait.
Pragmatisme anglais ? En tout cas, surprenant lorsque l’on sait que le programme de M.Cameron était la « big society », c’est-à-dire l’idée que l’État était totalement incompétent, et qu’il fallait s’en remettre entièrement à l’entreprise privée. D’ailleurs, le gouvernement anglais s’est engagé dans un programme radical de réduction de ses dépenses.
M.Hollande est désigné comme agent d’influence. Son élection aurait marqué un retournement de tendance dans le « débat économique européen ». 

Obama président gay ?

Obama est le premier président gay selon Newsweek. Il s’est prononcé pour le mariage homosexuel.

Risqué en période électorale ! me suis-je dit. Inattendu de la part d’un Obama, machine à calculer ! Eh bien, j’ai changé d’avis. Raison : un article sur une star gay qui se transforme en propagandiste d’Obama, pour la communauté latino.
Et voilà ce à quoi il m’a fait penser. Les anti-gays ne voteront probablement jamais pour Obama, ils sont le cœur du Tea Party (et apparemmentde l’électorat de Nicolas Sarkozy). Or, si les gays sont peu nombreux, ils représentent une part disproportionnée des leaders d’opinion et des riches, et leur cause est celle de la gauche démocrate, qui trouve Obama trop à droite.
Risqué mais tactiquement génial ? 

Pour un socialisme préhistorique ?

Lors du débat Sarkozy, Hollande, le premier a dit au second que l’Espagne était en faillite après de longues années de gouvernement socialiste. Un raisonnement approximatif dont M.Sarkozy a la spécialité.

En effet, l’Espagne a suivi le même chemin que l’Angleterre. Dans un premier temps un gouvernement libéral (Thatcher, Aznar), puis un socialisme qu’applaudit The Economist, parce qu’il a adopté l’économie de marché, et veut l’encourager. Un socialisme qui aimerait être Margaret Thatcher à visage humain. Mais qui confond une bulle spéculative avec une croissance vigoureuse, et redistribue des bénéfices imaginaires. D’où dettes. (Voir la fin de ce billet.)
Et si un retour à un socialisme non réformé par l’économie avait du bon ?

Et si l’on dépoussiérait le modèle des 30 glorieuses ?

Je lis à longueur de colonne des journaux anglo-saxons que seule l’initiative privée est efficace. Démonstration : l’Etat, manifestation de la volonté d’un individu, ne peut que prendre des décisions erronées. Tout cela est un exemple de ce que les psychologues appellent « framing », une forme de manipulation, qui sous entend ce qui est bien et mal. Hypothèses implicites ? L’individu c’est le mal, le marché fait le bien. Mais aussi, la seule alternative au modèle de l’économie de marché est l’État soviétique. Ce raisonnement me semble avoir des failles :

  • Les grandes banques commettent erreur sur erreur (malversation sur malversation ?), et menacent la planète.
  • Aux USA (au moins), les entreprises, du fait de leur complexification, demandent des employés diplômés, qu’elles ne trouvent pas. D’où chômage pour les autres.
Bref, l’initiative individuelle semble conduire une partie de l’humanité à l’exclusion, et, paradoxalement, ne pas produire l’optimum économique. 
Mais il y a pire. Pour cette pensée, l’économie génère le bonheur. Il faut donc optimiser sa performance. C’est pour cela que les journaux de management expliquent au dirigeant comment tirer le meilleur de leur personnel. Aliénation économique aurait dit Marx : l’homme est l’esclave de l’économie.
Que cette vision du monde ait pu s’imposer est étrange : elle ne nous est pas du tout consubstantielle. Dans la France de mon enfance, on ne se définissait pas par son travail, mais par sa vie privée. (Le fameux « temps libre » honni de M.Sarkozy.) Cette France répartissait l’emploi de façon à ce que tout le monde en ait un. Et son État n’était pas nécessairement incompétent, pour la bonne raison qu’il n’était pas poussé par les intentions que lui prêtent les néolibéraux. D’ailleurs, il existait aussi une économie privée, variable d’ajustement selon Michel Crozier. Obtenait-on ainsi un optimum économique ? Mais, en quoi a-t-on besoin d’une innovation maximale ? Nous vivrions aussi bien avec moins de cochonneries.
Bien sûr, si ce modèle n’a pas survécu, c’est qu’il avait des défauts. Peut-être faudrait-il essayer de les comprendre, et de les corriger ? (Et si son plus gros défaut avait été une rigidité qui le préparait mal au changement ?)

La France de Sarkozy

Une analysede qui vote pour qui au premier tour des élections présidentielles montre que l’électorat de Nicolas Sarkozy a des caractéristiques très particulières :

Il est économiquement libéral, anti-État et fort conservateur dans ses valeurs (nettement plus que le FN).

Cela ressemble à la politique de M.Sarkozy. Et, finalement, elle était encore moins populaire que je le croyais : notamment, il a fait des fonctionnaires ses bêtes noires, alors que le gros des Français semble les défendre.

L’UMP serait-il devenu l’Union pour les Valeurs de Neuilly ?

Quant à l’électorat FN, il paraît surtout durement touché par la crise. Ce qui pousse à se demander si, pour le reste, ses idées ne seraient pas plus des réactions à sa situation (expulser les immigrés, ou la peine de mort) que de véritables convictions.

Monsieur Sarkozy devient sympathique

M.Hollande avait annoncé le changement. Il en aurait effectivement réussi un, à effet immédiat. Le Monde annonce : La sortie réussie de Nicolas Sarkozy

Le président de la République qui avait raté son entrée, a réussi sa sortie comme aucun de ses prédécesseurs, réussissant brusquement à se rendre aimable et à la hauteur de la fonction.

« il est encore plus grand mort que vivant » ? Aucune perfidie ne sera épargnée au pauvre M.Sarkozy ?

La réforme de la police ou comment rater un changement pour les nuls

M.Sarkozy a dû lire mes livres. Mais il s’est arrêté aux premières pages. Celles dans lesquelles je décris les ratages du changement. Avec la réforme de la police, la réalité dépasse la fiction. Voilà ce qu’en dit le Monde :

Ce que M. Sarkozy ministre de l’intérieur avait accordé aux policiers, M. Sarkozy président le leur a retiré. Alors que la pression sur les résultats est toujours aussi forte, les effectifs sont passés en dessous de leur étiage de 2001. Après avoir supprimé les adjoints de sécurité (héritiers des emplois-jeunes) pour les remplacer par des titulaires après 2002, le mouvement inverse est à l’œuvre : les postes supprimés sont compensés par des précaires. La réduction des effectifs ne s’est accompagnée d’aucune rationalisation des structures. Alors on rogne par-ci par-là. Telle unité antiémeute est dévitalisée sans être supprimée, les brigades anticriminalité des petits commissariats ne tournent plus qu’avec deux fonctionnaires, au risque de les mettre en danger.

C’est net et sans bavure. C’est l’idéal type de ce qu’il ne faut pas faire. 
  • M.Sarkozy croit au pouvoir de la raison pure. En donnant des objectifs ambitieux à la police, elle va travailler mieux, ce qui va permettre de réduire ses effectifs. Non ? M.Sarkozy fait l’hypothèse implicite que les fonctionnaires de police sont des tirs-au-flanc dont le moteur est le bâton et la carotte.
  • En fait, M.Sarkozy cherche ce que l’on appelle dans l’entreprise un « gain de productivité ». L’entreprise sait que pour l’obtenir elle doit réinventer ses procédures de production (« reengineering » dans le langage du consultant, « rationaliser ses structures » dans le vocabulaire de l’article). Ce qui demande un investissement. Mais M.Sarkozy n’est pas un homme d’entreprise. Que se passe-t-il ici ? Ce que le sociologue Robert Merton appelle une « innovation » : l’organisation devant faire quelque chose d’impossible, elle triche. Elle fait des trous dans la coque pour alléger le navire, selon mon expression favorite.
Compléments :

M.Hollande aussi dangereux que M.Mitterrand ?

Il est curieux que les sondages aient finalement si bien prévu les résultats de la présidentielle. De mon temps, on disait que l’intervalle de confiance d’un sondage était de 3,2% pour 1000 interviewés (et en plus avec 95% de probabilité, si mes souvenirs sont bons). De plus la méthode des quotas devrait introduire une incertitude supplémentaire. On aurait pu s’attendre à des fluctuations. Mais la tendance a été nette.

Ce qui est aussi curieux est la similitude des scores entre MM.Hollande et Mitterrand.
M.Giscard d’Estaing avait suscité une énorme haine, que l’on a probablement oubliée aujourd’hui. Mais M.Mitterrand représentait la certitude des chars soviétiques sur les Champs Élysées.
Aujourd’hui aussi, beaucoup de gens haïssent M.Sarkozy, à commencer par son propre camp. Du coup, il est tentant de penser que M.Hollande suscite les mêmes peurs que M.Mitterrand. Finalement, les temps changent peu, la plupart des opinions sont figées, seule une fraction de l’électorat fluctue ?

Compléments :
  • Dernier point intrigant concernant M.Sarkozy, ceux qui se reconnaissaient comme de son bord formulent des critiques effroyablement assassines à son endroit, tout en disant que l’on ne peut que voter pour lui : L’exemple suisse.

Sarkozy aurait-il pu gagner ?

Je me trompe souvent. J’ai cru à un moment que M.Sarkozy déclencherait une guerre pour être réélu. Et la guerre la plus vraisemblable était contre Mme Merkel. En effet, il aurait pu s’engager dans un chantage : relance européenne, ou faillite (volontaire) de la France et chaos mondial.

Comme dans tout conflit, il y aurait eu union nationale, et, s’il avait réussi, on aurait dit que seul lui avait le talent d’une telle manœuvre. Certainement pas ce mou et inexpérimenté de Hollande.

Pourquoi M.Sarkozy m’a-t-il fait mentir ? Peut-être parce qu’il n’est fort qu’avec les faibles, et qu’il veut imiter les forts ?

Élections présidentielles : le changement, vraiment ?

Dans mon billet de fin d’année, je disais que le Yin allait remplacer le Yang. C’est-à-dire la solidarité devait prendre le pas sur l’égoïsme. L’élection me donne-t-elle raison ?

Le Yang d’abord : Nicolas Sarkozy est un pur produit du néoconservatisme. Origines et rhétorique identiques à celles du mouvement américain. Seul le mot n’a pas été utilisé. Manque de courage à droite et de culture à gauche ?

Et le Yin ? Pas gagné. L’individualisme de droite pourrait être remplacé par un individualisme de gauche, de même que les Espagnols se sont jetés dans les bras des ultralibéraux. Explication :

Qu’est-ce que l’individualisme de gauche ? Le Trotskysme. Pourquoi est-il puissant ? D’abord, parce que la plupart des barons du PS sont d’anciens trotskystes et que même le PC a recruté un trotskyste, son ennemi mortel !, pour le représenter. Mais, surtout, parce que ce ne sont pas tant les trotskystes qui comptent que leurs idées. Car, s’ils n’ont jamais été plus qu’une poignée d’individus se haïssant les uns les autres, leurs thèses trouvent un écho chez les intellectuels, nos « leaders d’opinion ».

Qu’est-ce que le trotskysme signifie pour nous ? Le moyen-âge.

Pour l’intello de gauche, la France ressemble à ce qu’en dit le film OSS 117 : un pays de fachos antisémites. La mission du dit intello est de défendre les justes, les opprimés : les Roms, les colonisés d’avant la décolonisation, les sans papiers, les palestiniens… ce qui conduit à d’invraisemblables contradictions avec les droits de l’homme, sa religion (cf. le bon Juif et le mauvais Israélien). Mais cette irrationalité n’est peut-être qu’apparente. Car, la religion des droits de l’homme a, comme la religion catholique, la conséquence indirecte de permettre l’asservissement du grand nombre en le convainquant de sa faute originelle. Ainsi que l’écrit Michel Winock, « un des plus durables paradoxes du socialisme » est qu’il tend au totalitarisme (Le socialisme en France et en Europe, Points Histoire).

Bref, François Hollande est en face d’un grand changement : amener le principe de notre société de la haine de l’autre au respect de l’humanité. Notre élite, en particulier, doit cesser d’exploiter nos petits défauts pour ses médiocres intérêts. Elle doit s’atteler à mettre en valeur nos grandes qualités. Elle y gagnera notre affection admirative, et y perdra sa névrose d’Harpagon assiégé par les forces du mal.

Compléments :