Gouvernement silencieux

Depuis que M. Hollande est arrivé, le pays est étrangement calme. Et c’est reposant. Décidément Hollande est l’anti Sarkozy ! M.Sarkozy voulait donner l’illusion de l’action par l’agitation frénétique, M.Hollande semble croire qu’il ne sert à rien de masquer son impuissance.

Mais pourquoi cette impuissance ? Plus d’idéologie ? Le sentiment que la dette de la France retire à son gouvernement ses moyens d’action ? Pourquoi ne s’inspire-t-elle pas de l’entreprise qui sait se transformer justement lorsqu’elle n’a plus de moyens ? N’est-ce pas de ce type de changement, structurel, dont a besoin le pays ?
La presse prévoit des mouvements de mécontentement. J’en doute. Il me semble qu’il n’y a que la gauche qui ait une capacité d’agitation.
Et elle le démontre. Elle chasse les Roms, elle abaisse le prix du pétrole, elle parle favorablement de l’énergie nucléaire. Demain elle autorisera l’exploitation du gaz de schiste et les OGM ? Et voilà que le président, socialiste, du Sénat défend le cumul des mandats. (Mais Ségolène Royal l’avait précédé : n’a-t-elle pas dit qu’une ministre devait son poste à son origine ?)
Le socialisme est-il un égoïsme, voire un sophisme ? Un opium du peuple qui permet de prendre le pouvoir, de museler le mécontentement, et de satisfaire ses ambitions personnelles ?

Intentions d’Oscar Wilde

L’art est-il la dimension manquante et essentielle de la vie humaine ? Tout ce que croit notre très matérialiste société ne serait-il qu’idées reçues ? Ce recueil de quatre textes d’Oscar Wilde ridiculise le « bon sens » de Nicolas Sarkozy, et des dogmatiques de tout bord.
La vie imite l’art, non le contraire. La nature n’a rien de remarquable, c’est l’art qui lui donne son génie. Mais l’artiste non plus n’est pas très intéressant. Il n’a rien à dire, il est le jouet de l’art. Ce qui fait l’art de l’art, c’est le critique. Le critique est l’homme par excellence. C’est de sa subjectivité, et surtout de la multiplicité de ses interprétations que naît l’œuvre d’art, qui cherche son identité dans la contradiction et dans sa réinvention, permanente, par le critique. D’ailleurs il y a de moins en moins de sujets à œuvre d’art. L’avenir sera critique ou ne sera pas.
Car, la cause des maux de notre société, de sa non durabilité dirait-on aujourd’hui, est qu’elle est prise entre deux extrêmes stériles, qui l’enferment dans un cercle vicieux fatal. D’une part une vision utilitariste de l’action, d’une fin qui justifie les moyens ; d’autre part une pensée intellectuelle froide et mathématique, à la Platon. Seulel’esthétique, l’émotion pour l’émotion, peut donner à l’espèce une hauteur de vue salvatrice. Alors que l’éthique permet au monde de fonctionner, l’esthétique donne un sens à son existence. L’esthétique n’est donc pas morale, comme la science elle est au dessus de l’éthique. 

Hollande gagne, Sarkozy perd ?

Il semble que The Economist a vu juste : François Hollande est le gouvernant européen ayant le pouvoir le plus solide. L’Homme Normal est en position de Dirigeant de Droit Divin, comme de Gaulle et Louis XIV. L’excuse n’est pas permise, dans ces conditions. Et le pays, devenu totalement irresponsable, est à son plus critique. En outre, c’est au moment où Mme Merkel a pu gouverner avec des alliés de son choix que ses difficultés ont commencé… Les contre-pouvoirs ont l’avantage de diluer les responsabilités et d’aider à penser.

J’ai aussi l’impression qu’au sein de l’UMP la tendance Sarkozy a essuyé un revers. Cela signifie-t-il que c’est plus lui que son parti qui a perdu les présidentielles ?

Compléments :

  • J’ai aussi entendu Mme Aubry attribuer la défaite de Mme Royal à une traîtrise : les votes de la droite et de l’extrême droite. Discrimination ? Le votant à droite serait-il un pestiféré, un non-Français ? me suis-je demandé. La gauche va-t-elle gouverner pour les siens ?

Programme de Hollande : anti-Sarkozysme ?

Bizarre idée. Je me suis demandé si la volonté de M.Hollande d’être un « homme normal », n’était pas une forme de réaction mécanique aux travers de son prédécesseur. J’en viens maintenant à me poser la question : et si tout son programme était, tout simplement, de faire l’exact envers de Nicolas Sarkozy ?

Autrement dit ? Taxer le capital et pas le travail, interdire les licenciements, demander de l’argent à l’Allemagne… Et pour le reste, on ne touche à rien. C’est le changement sans effort, et sans intelligence.
Malheureusement, ce genre de changement dogmatique, comme les 35h, est victime d’effets pervers.
The Economist a-t-il raison de penserque M.Hollande est dangereux et qu’il va être vite rattrapé par les réalités ? 

Lybie : ratage ?

Milice, milice, milice. On ne parle que de milices en Lybie. Le pays semble proche de l’anarchie. (Le Figaro – International : Libye : les milices font régner leur désordre)

Je me demande si elle n’est pas un nouvel exemple de la longue série des changements ratés de Nicolas Sarkozy (cette fois-ci, il n’était pas seul) qui fournissent des exemples à mes cours, et me dépriment. Rien n’avait été prévu pour l’après guerre. Comment, d’ailleurs, aurait-il pu en être question ? Nos pays ne sont-ils pas en faillite ? 

Un président normal est-il un homme normal ?

Depuis quelques-temps Le Monde s’inquiète de la « normalité » de M.Hollande. Effectivement, elle ne paraît pas du tout normale, mais un contrecoup de la présidence Sarkozy.

Tous les deux semblent vouloir être aimés, l’un pour sa magnificence, l’autre pour son dépouillement de missionnaire. L’un veut être un surhomme, l’autre un homme ordinaire. Et nous que voulons-nous ? Un président normal. Quelqu’un qui tienne un rôle de président. Il sera jugé sur ses résultats, et pas sur sa personnalité. Elle n’intéresse que les historiens.
Compléments :

Albert Camus

Albert Camus n’était pas celui que je croyais.

Il n’était pas existentialiste ! Pour lui l’existentialiste était allemand, alors qu’il aimait les philosophes grecs.

Il n’était pas non plus philosophe, il se voulait artiste. Et l’absurde n’a pas été important pour lui. En fait, c’est peut-être plus sa vie que son œuvre qui est digne d’intérêt. Homme de convictions et de doutes, il a « osé penser », selon la devise de Kant.

Il s’est « révolté », il s’est dressé contre les dogmatismes. Il a cherché une « troisième voie » entre les pensées totalitaires de gauche et de droite. Ce qui lui a valu la haine de l’intelligentsia parisienne et de la presse, qui un moment l’avaient cru l’un des siens. (La droite a cherché à le récupérer, jusque dans la tombe : M.Sarkozy a voulu le transférer au Panthéon !)

Il s’est ainsi permis de critiquer l’Union soviétique, encensée par Sartre, ainsi que le terrorisme et ses victimes innocentes en Algérie, où il désirait qu’il y ait accord entre ses « peuples » européen et musulman (à l’image de ce qui s’est fait par la suite en Afrique du sud).

Il a aussi été le premier à s’inquiéter de la bombe atomique (immédiatement après Hiroshima), et n’a jamais oublié les Républicains espagnols victimes de Franco.

Algérien, venu du peuple le plus pauvre (père mort à la guerre de quatorze, mère servante et quasi handicapée mentale), souffrant toute sa vie de tuberculose, remarqué par un instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études, résistant… il est resté fidèle à ses origines. Il a préféré sa mère à la justice : les hommes, les petits, à des concepts abstraits, qui n’ont peut-être que pour seul usage de les asservir.

TODD, Olivier, Camus, une vie, Folio, 1996. 

Le gouvernement souffrirait-il de Maginite ?

Nicolas Sarkozy parlait de « frontière » dans son discours électoral. Cette idée lui venait certainement des enquêtes d’opinion qui montrent, depuis très longtemps, que le Français a besoin de protection.

Mais, me suis-je demandé, ce thème est-il aussi récent que cela ? Il y a eu le nuage de Tchernobyl, qui s’est arrêté à notre frontière, et, avant, la Ligne Maginot.

À l’époque on parlait de « Maginite ». Le gouvernement d’alors disait « vous pouvez dormir tranquilles, nous sommes bien défendus » (un film de 1939).

Ce qui est inquiétant, aujourd’hui, c’est que la crise semble s’être arrêtée, elle aussi, aux portes du pays, si l’on écoute notre gouvernement.

Beaucoup disent que tout cela n’est qu’habileté politique. Espérons que c’est le cas. Sinon, ce serait probablement stupide : les Français ne sont pas innocents, et sont prêts à des mesures de rigueur. Ne rien faire dans ces conditions serait d’une lâcheté difficile à concevoir.

Compléments :
  • LABORIE, Pierre, L’opinion française sous Vichy, Seuil, 2001.

Europe : l’heure du dénouement ?

Cela semble commencer à chauffer dans la zone euro : non seulement, la Grèce paraît avoir choisi l’anarchie, mais les banques espagnoles prennent l’eau. Si l’Espagne vacille, les nations du sud vont la suivre, et le système bancaire européen va passer un mauvais moment.

Si l’Allemagne ne veut pas voir sombrer ses banques et son marché européen, donc ses entreprises, elle devra consentir à la solidarité. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait plus tôt ?
Parce qu’elle veut réformer nos mentalités. C’est une question de rigueur, mais pas comme on l’entend actuellement. Il s’agit d’une rigueur intellectuelle, du sens des responsabilités : pas question qu’un  pays de la zone euro vive aux dépens des autres.

L’exemple du gouvernement français montre la difficulté de ce changement. Le hasard fait que je suis tombé sur l’histoire d’une réforme récente de M.Sarkozy : « Dans les faits, les agents des impôts ont été littéralement achetés ». Cela m’a rappelé Les mémoires du cardinal de Retz : lui aussi distribue de l’argent au peuple qu’il veut acquérir à sa cause. Du pain et des jeux ? Les classes dirigeantes françaises (d’Europe du sud ?) s’assurent, depuis l’antiquité !, pouvoir et situation en échange de cadeaux pour le dominé ?

En fait, même sans entrer dans ces considérations culturelles, techniquement la rigueur est extrêmement difficile à avaler, parce qu’elle nous touche tous. Et que le mal qu’elle fait est plus palpable que son éventuel bien. Par exemple, M.Hollande semble vouloir s’en prendre à l’assurance vie. Or, il y a des millions de personnes qui en possèdent une !

Il va falloir beaucoup de talent à nos gouvernants pour négocier un changement, qui donne un résultat durable.

Compléments :

Petit traité de manipulation : l’agression

Les sociétés ont pour principe de ne « pas faire perdre la face » à l’un des leurs, dit la psychologie. Par exemple, nous ne disons pas à une personne qui se croit belle qu’elle ne l’est pas. (Sauf dans son dos, mais ça ne compte pas.) L’agression est l’exact envers. Il s’agit d’attaquer l’autre en l’insultant, et, mieux, en lui jetant à la figure ses propres défauts. (L’accuser d’être un escroc si vous êtes un escroc.) La manœuvre est géniale : elle fait disjoncter le cerveau !

Lors d’une agression, notre cerveau rationnel se déconnecte, et est typiquement hors d’usage une demi-heure. Notre cerveau reptilien prend nos commandes. Sa logique : « fight or flight » fuir ou se battre. Bref, nous perdons tous nos moyens !

L’art de Nicolas Sarkozy est fascinant. Exemples :
  • Il a passé son mandat à se contredire, à annoncer des contre-vérités, et à accuser son opposition d’être une girouette, incapable de gouverner.
  • Dans son débat avec M.Hollande, il rompt avec toutes les règles de la politesse, il accuse son interlocuteur de mensonge, de calomnie… Par ailleurs, il prend à contre la logique « méritocratique » même de la société française : le pas très bon élève Sarkozy a voulu mettre en défaut M.Hollande, en sous-entendant qu’il était ignominieux d’être inspecteur des finances, élite de notre élite et rêve de toutes les mères.
Bien sûr, cette technique n’en est pas une. Il suffit d’être convaincu que la société est injuste avec soi pour l’utiliser naturellement. On est d’ailleurs renforcé dans cette certitude par le spectacle d’hypocrisie qu’elle donne. Et l’agression est efficace, parce que, justement, elle est tellement inconcevable pour la société, qu’elle n’est pas armée pour y répondre.
Compléments :