Mariage pour tous : guerre de religion ?

Le mariage pour tous me laissait indifférent. Il me semblait que nous étions confrontés à nettement plus grave. D’ailleurs, on n’arrête pas de me dire que ça ne changera rien, sinon en termes symboliques.

Mais le bruit m’a sorti de ma torpeur. Avec une curieuse idée. Et si la raison d’être de cette mesure n’était autre qu’un défi aux valeurs d’une partie de la France. Une forme de malheur au vaincu (des élections) ? J’avais déjà lu comme cela la façon dont M.Sarkozy a mené la réforme des retraites.

Nouvel avatar des guerres de religion ? Votez Henri IV ?

Sarkozy : Thatcher honteux ?

Les changements de l’université mériteraient une enquête. Quelques idées inattendues récoltées au hasard des rencontres :

Notre ancien gouvernement aurait-il voulu en faire un bagne ? On y aurait abandonné les étudiants aux mains de réprouvés (= mauvais chercheurs), condamnés à faire deux fois plus de cours qu’aujourd’hui. C’aurait été une partie d’un plan d’économie drastique avec réduction des postes (à élèves constants) et fusion d’universités non fusionnables. Et tout ceci mené en force, sans prise en compte des réalités pratiques, ou des lois de la physique.

La recherche devait devenir excellente. Elle aurait, elle aussi, été restructurée, encadrée par allocation de crédit et orientée vers ce qui compte vraiment pour l’avenir de l’humanité : le classement de Shanghai et les besoins de l’économie.

Les universitaires ont peut être été malmenés, ce n’est pas pour autant qu’ils seraient des victimes. Car leur comportement ne serait pas très reluisant. L’université serait un monde de réseaux, non de mérite, qui, bien loin de ses nobles sentiments progressistes, serait incapable d’apporter une « éducation » à l’étudiant, en perdition. La bien pensance y aurait atteint les sommets du « terrorisme intellectuel ».
Et maintenant ? Le gouvernement aurait confié le dossier à une politique… Magouilles as usual ?
Un gouvernement méthodique
J’ai dit que N. Sarkozy était un apprenti sorcier du changement. J’ai eu tort. Tout ceci ressortit à une méthodologie de conduite du changement bien connue. Patrick Le Galès la décrit en ce qui concerne la réforme des régions. C’est ainsi que Mme Thatcher a transformé l’Angleterre, ses syndicats, ses collectivités locales, et son tissu économique peu compétitif. Cela ressemble aussi à ce que je comprends de la méthode France Télécom.

Cette technique a une double particularité. 1) C’est un moyen de démolition, non de changement. 2) Elle procède par enfermement de l’ennemi, en lui coupant les vivres. Se produit alors un effet curieux, quasiment auto-réalisateur : les misérables s’entretuent. 

Thatchérisme honteux ?
J’en arrive à une conclusion surprenante. Il y aurait eu un projet, dans certains cercles de pouvoir, de détruire, et non de réformer, une partie du pays. Nous avons été gouvernés par la haine. Malheureusement, dirait Machiavel, la haine n’est pas efficace. Les réformes Thatcher ont montré que la destruction n’est pas créatrice : une partie de l’Angleterre est devenue un désert économique, et on peut s’interroger sur la pérennité de ce qui semble avoir prospéré. L’Angleterre a liquidé son héritage, elle ne l’a pas régénéré.
Mais, Mme Thatcher a eu un mérite, et il est immense. Elle a eu du courage. Elle a dit clairement ce qu’elle allait faire. Chez nous, le projet a été tenu secret. Serions-nous un peuple  de lâches ? Et c’est peut être là qu’est le plus inquiétant. Il n’y a pas eu en France, comme en Angleterre de grève des mineurs. Ceux qui semblaient avoir tout à perdre de ces réformes n’ont pas protesté. Pourquoi ? Et si c’était parce que la France n’est que petites magouilles ? Et que faire trop de bruit aurait menacé de les dévoiler ? Syndrome DSK ?

Solitude

En lisant l’enquête de The Economist sur la France, j’ai compris que je suis exceptionnel. Je suis célibataire, je ne peux pas profiter des aides à la famille ; je suis un entrepreneur indépendant, pas éligible à l’allègement de charges sociales ou au crédit d’impôts ; et j’ai peur des médecins, je ne creuse donc pas le trou de la sécu. C’est pour cela que je n’attends rien de l’Etat, à titre personnel, et que je crois que mon sort est entre mes mains.

Mais, pour une énorme partie de l’électorat, ce n’est pas le cas. Et c’est probablement pour cela que nos gouvernements sont clientélistes.

Pourquoi cela ne donne-t-il pas un avantage définitif à la gauche ? me suis-je ensuite dit. Il y a moins de patrons, intéressés par des allégements fiscaux, que de citoyens qui désirent des aides de l’Etat ! N’était-ce pas l’erreur de Sarko ?
C’est peut-être pour cela que la droite doit aller chercher le vote FN. Au fond ce vote est celui des victimes d’un clientélisme qui a affaibli le pays. A défaut d’argent, elles se paient de belles paroles martiales. L’espoir fait vivre. C’est le clientélisme du perdant.

Décidément, je suis seul.

Nos hommes politiques ont-ils changé de nature ?

Un ami me raconte sa rencontre avec un ancien Président de la République. C’est curieux mais tout ce que l’on me dit des politiques m’amène à la même conclusion.
Nos anciens politiques suscitaient souvent la haine, mais ils conservaient quelque chose de respectable. Pour une raison que j’ai du mal à comprendre, ce n’est plus le cas pour nos deux derniers présidents. Ni pour les candidats UMP, d’ailleurs. Le phénomène n’a pas atteint les extrêmes, ni des gens comme M.Juppé et Mme Aubry. Pourquoi ?

M.Hollande semblait penser que la fonction de président transformerait le regard que l’on portait sur lui. Ça n’a pas été le cas. Pas plus que cela ne l’a été pour M.Sarkozy.
Seule hypothèse qui a réussi à émerger : et si ce qui fait l’homme respectable était ses principes ? Quelque chose qui est plus grand que lui, qui a une dimension sociale, qu’il ne pliera jamais à ses intérêts ? L’égoïste est méprisable ?

La société n’existe pas

Peu après avoir écrit sur Nicolas Sarkozy et la police, j’entends dire que Margaret Thatcher a nié l’existence de la société. Quelquessiècles de sciences humaines liquidés en une phrase !

Elle s’appuyait sur Hayek. Il semble avoir pensé que : 

Toute considération réaliste des intérêts généraux de la société disparaît avec l’émergence d’une économie mondiale structurée par la division du travail, le libre accès aux marchés et le choix de l’individu. La cohésion d’un système aussi développé repose sur l’auto-ajustement plutôt que sur un ordre social rigide. Et, parce que ses résultats ne peuvent pas être prévus ou suivis, sa moralité est fondée sur l’action plutôt que sur les conséquences.
Dans ce contexte, il ne peut pas y avoir de société qui se donne des règles. Plutôt, un consensus sur des règles émerge à mesure que des individus tentent d’interagir de manière cohérente. Ce processus spontané de règles adaptatives ne doit pas être confondu avec le concept fallacieux de société, duquel les individus peuvent espérer des droits et dont ils doivent servir les fins. (Explication tirée d’ici.)

Hayek avait invraisemblablement tort.
L’individu n’existe pas, ou si peu. L’homme est sculpté par son environnement. C’est la société qui le fabrique. Elle lui donne des règles qui le guident, inconsciemment. Certaines remontent au moyen-âge et peut être plus loin. D’autres nous contraignent même physiquement (cf. infrastructure de transport).  Les faire bouger est la problématique centrale de la conduite du changement. Et elle est extrêmement compliquée. En particulier, lorsque l’on ne sait pas où l’on va, comme en ces temps de crise.
Mais, l’expérience montre aussi que l’avenir est partiellement contrôlable. Contrairement à ce que dit Hayek, il n’y a pas d’excuse à l’irresponsabilité. En effet, de même que l’on contrôle la trajectoire d’un satellite, il est possible de contrôler l’atteinte d’objectifs sociaux. Les radars de M.Sarkozy en font la démonstration. 

Sarkozy, l’indicateur et la police

Je suis passé à côté de la réforme de la police. Je l’ai traitée à tort comme un exemple de mise en œuvre ridicule du changement. (Voir La réforme de la police ou comment rater un changement pour les nuls.) En fait, elle en dit long sur notre idéologie.

Comment M.Sarkozy a-t-il voulu réformer la police ? Par le « management par objectif ». Le management pas objectif rémunère une personne en fonction de sa performance. C’est travailler plus pour gagner plus. C’est surtout l’adaptation à la France du bonus des banquiers et des dirigeants. C’est la conséquence d’une hypothèse : il ne tient qu’à l’homme de faire mieux. Et quand tous les hommes font mieux, la prospérité est générale. C’est l’expression même du libéralisme.

Cette idée ré émerge régulièrement. Par exemple, à la suite de Taylor, l’industrie occidentale a cru que la production optimale consistait à faire fonctionner ses machines à plein régime. Or, une chaîne de production est conditionnée par son maillon le plus faible. Si vous cherchez à produire plus qu’il ne peut le faire, vous accumulez des stocks intermédiaires. C’est ce que les Japonais ont compris, il y a au moins 40 ans. Ce qui leur a donné un avantage qui a failli rayer de la carte nos industries. Pour survivre elles ont dû leur emprunter le « juste à temps ». (Sur cette problématique voir : The Goal d’Eliyahu M. Goldratt.)
Car ce que Sarkozy, Taylor et les libéraux n’ont pas saisi, c’est que le monde n’est pas fait d’individus isolés, il y a, en plus d’eux, quelque chose qui s’appelle la « société ».

Pour relier Nanterre à chez moi, je dois passer par la route et ses embouteillages, ou par les voies de la RATP. C’est eux qui déterminent mon heure d’arrivée, pas moi. Autrement dit, la performance individuelle est conditionnée par celle de la société. Si vous voulez réduire mon temps de parcours, vous devez modifier l’organisation de la société. Ce qui est l’exacte définition du changement.
C’est pour ne pas avoir compris cela que M.Sarkozy fut un « Jacques Chirac en sueur ». Zéro résultat, en dépit d’une agitation frénétique.
Mais, le management par objectif n’est pas seulement bête, il est surtout dangereux. L’exemple de la police le montre (cf. référence ci-dessus). Pour atteindre les objectifs dont elle n’avait pas les moyens elle a dû tricher. C’est probablement ce qui est arrivé à notre société : elle nous a donné l’illusion de la croissance, alors qu’elle ne faisait que brûler notre héritage. 

MAP = RGPP ?

N.Sarkozy a voulu réformer l’administration. Elle en a été traumatisée. F.Hollande repart à l’assaut du Mammouth. Mais on ne parle plus de RGPP, mais de MAP. Le fonctionnaire et la nation s’en porteront-ils mieux ?

Pour une fois, le gouvernement paraît proche de mes idées. Alors que M.Sarkozy semble avoir voulu passer en force, mais sans s’attaquer aux bastions les plus sauvagement défendus, M.Hollande désirerait écouter le petit peuple, accompagner le changement, et ratisser large (collectivités locales et organismes sociaux).
Mais a-t-il les troupes pour cela ? Le haut fonctionnaire me semble concevoir le changement comme une manœuvre tellement subtile qu’elle met l’adversaire (nous) échec et mat. Il est ruiné, avant même d’avoir pu réagir. Pour le reste, la moindre résistance le fait fuir. Or, vues l’importance des économies à faire et la puissance des lobbys internes à l’administration, cela risque de chauffer.

A l’assaut.

Léonard de Vinci à Dauphine

L’autre jour, mes élèves se demandaient pourquoi l’Université Dauphine s’était installée dans les locaux de l’Université Léonard de Vinci.

Ce ne semble pas être une question de places, comme je le croyais : les formations déplacées ont été remplacées par des élèves venant d’ailleurs.
Et ce n’est pas sans problèmes : des cours successifs seraient parfois répartis sur les deux universités, sans que les temps de déplacement aient été pris en compte.
D’après un élève, cela viendrait de Nicolas Sarkozy, qui aurait voulu créer une université des affaires, dans le temple des affaires, la Défense.

Faut-il y voir une nouvelle démonstration de notre art inné du changement ? On déplace des salles de cours, et hop, on a créé Harvard Business School ?

Pourquoi y a-t-il des week-ends ?

Pourquoi avons-nous un week-end de deux jours, alors que le Shabbat n’a qu’un jour ? Paresse ? Je me pose cette question depuis longtemps. J’ai peut-être trouvé une solution.

J’arrive au week-end généralement vidé. Or, samedi me demande un nouveau sprint : les magasins ne seront-ils pas fermés dimanche ? Résultat : n’ayant pas eu l’énergie de gâcher le samedi en achats, rupture de stock.
Je viens de comprendre mon erreur. Samedi n’est pas un jour de vacances, mais de travail, travail domestique. On est donc ramené au cas précédent. Un jour de Shabbat.

Nicolas Sarkozy avait raison. En ouvrant les commerces dimanche, l’homme n’a plus à sprinter samedi. Moins fatigué, il pourra travailler plus. Et acheter l’électroménager qui lui sera nécessaire, puisqu’il aura moins de temps pour sa maison. D’ailleurs, l’électroménager n’a-t-il pas libéré la femme de sa famille ? Et permis de travailler à la chaîne ? Quant au Shabbat, une société de producteurs en a-t-elle besoin ?  

Comment peut-on être socialiste ?

L’autre jour M.Fillon disait que si notre gouvernement n’a rien à déclarer, c’est parce qu’il ne s’est pas préparé à gouverner. C’est probablement juste, mais il y a tout aussi probablement quelque chose de plus fondamental dans le fait qu’à chaque fois que nous élisons un gouvernement socialiste, il fait de l’ultralibéralisme.

Les nobles principes socialistes sont un redoutable moyen de gagner le pouvoir, mais ils ne sont pas une pratique. Au pied du mur, le maçon socialiste est lâché par ses idées. Il est contraint à la politique de la tête vide. Il doit faire appel à ce qui lui reste quand il a tout oublié : sa culture, son « bon sens ». Et elle est de sa classe : libérale et bourgeoise. Le socialiste est un Sarkozy à discours humain.
Que pourrait faire le gouvernement pour aligner ses actes et ses paroles ? M’imiter. Mon métier est d’aider des entreprises à mettre en œuvre leurs décisions. Pour cela, je ne dois pas le faire à ma manière, celle que j’emploierais si je les dirigeais, mais à la leur.
Qu’est-ce que cela signifie pour le gouvernement français ? D’abord dire quel objectif il poursuit, et ensuite trouver comment y arriver de manière socialiste. Au préalable, il doit s’être convaincu que le socialisme n’est pas du vent. Mais, est-il capable de lier son sort à un tel acte de foi ?
L’acte de foi suscite l’euphorie.
(wikipedia)