Association de malfaiteurs

Affaire Sarkozy : il n’y a pas de preuves, c’est un coup monté, me dit-on. Ce qui m’ennuie dans ce genre de propos est que c’est une attaque contre la justice. Or, que sommes-nous sans justice ? Ce qui est en train d’arriver aux USA ?

En fait, ce que j’avais entraperçu était probablement erroné : il était dit qu’il avait été condamné sans preuves. Or, il a été condamné pour « association de malfaiteurs ». Dans ce cas, il ne faut que des présomptions. C’est une loi « de droite » (selon wikipedia, elle remonte à Napoléon, mais a été révoquée par le gouvernement Mitterrand, et rétablie par le gouvernement Chirac). Sa justification tient au terrorisme. Dans ce cas, il est souvent impossible de prouver quoi que ce soit. Et il faut, dans la mesure du possible, agir avant le crime. Ce que nous rappelle l’anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 – qui auraient peut-être pu être évités, d’après ce que je lis.

Ce qui demeure est la personnalité de la présidente de la Cour qui a condamné le président de la République : elle avait manifesté contre lui, il y a des années. Dans le cas de présumés terroristes cette question ne semble pas se poser. Le peuple est unanimement d’accord pour les condamner. Justification de ce type de loi : « voix du peuple, voix de Dieu » ?

On en arrive à un dilemme : l’obsession de la justice est d’éviter quasiment à tout prix de condamner un innocent. Ce principe profite au coupable, en particulier lorsqu’il est riche, et que le coup qu’il a fait ou qu’il compte faire est grave, car il a les moyens de supprimer toutes les preuves. Ce qui peut conduire certains à vouloir se faire justice eux-mêmes. La bonne justice n’est pas une question de règles, mais de discernement ?

Justice

Que pensez-vous de l’affaire Sarkozy ? me demande-ton. Rien. Pour se faire une véritable opinion, il faudrait procéder comme un juge. Et encore, ce ne serait qu’une opinion.

Ce que je constate est qu’une fois de plus beaucoup accusent la justice en se comportant bien plus mal que ce qu’ils lui reprochent. Ils jugent sans preuve et sans fondements, à charge et sans décharge. Or, attaquer la justice est extrêmement grave. Car sans justice la seule loi qui demeure est celle de la jungle.

Que la justice puisse se tromper est manifeste. Lorsque j’écoute la BBC il est régulièrement question d’erreurs judiciaires extrêmement graves. De personnes qui ont passé une vie en prison alors qu’elles étaient innocentes. L’affaire Loiseau dont parlait récemment ce blog fut aussi une erreur judiciaire. Mais, jusqu’ici, personne ne mettait en cause la justice.

D’ailleurs que serait une justice juste ? Celle de M.Poutine ou de M.Trump ?

Trump, Truss et Sarko

Au moment de l’arrivée de Trump, j’ai dit qu’il serait un « stress test » pour le monde. Qu’est-ce qui a été révélé par ce test ?

Tout d’abord, pour le citoyen, c’est une « drôle de guerre ». Trump fait le spectacle. Mais, pour le moment, notre vie n’est pas affectée. Ce sont les USA, qui paraissent touchés les premiers. Non seulement les bourses sont sur des « montagnes russes », mais voici quelques titres du Financial Times d’hier :

Gold and Swiss franc surge as investors seek haven assets

US risky debt funds hit by historic outflows as Donald Trump’s tariffs shake markets
Investors rush away from junk bonds and leveraged loans on rising recession fears

US stocks and dollar tumble as Trump fails to soothe economic fears
Investors warn 145% duties on US imports from China to hit growth even as president rolls back other levies

Silicon Valley stands to lose from a trade war
Big Tech’s interests are in stark contrast to the movement that put Trump in the White House

Investors in Trump’s America can no longer see around corners
Regular guidance from executives on the near-term path of profit just got more elusive

US shale sector in peril as oil price plunge rattles drillers
Trump trade war and Opec output surge create toughest challenge since the pandemic, executives say

Airline stocks get a nasty dose of wind shear
Leisure travel is usually one of the first things to suffer when consumers feel anxious about the economy

Le jour où Trump a changé sa politique douanière, j’ai entendu à la BBC qu’un élu républicain avait demandé à son gouvernement : « que dois-je dire à mes agriculteurs ? » (probablement menacés par les sanctions européennes).

Pour le moment, l’arroseur est arrosé. On a même droit à un moment « Liz Truss » : pour la première fois dans l’histoire, les obligations de l’Etat américain sont vendues en masse. C’est ce qui aurait amené Trump à revoir sa politique douanière. Car, les USA ont besoin que d’autres financent leur déficit. Accessoirement, il y aurait un risque pour les fonds de pension, donc les retraites des Américains.

En bref, ce qui cède est ce qui est le plus fragile et le plus lié à la bonne santé de l’économie. L’Amérique est plus résiliente que l’Angleterre, mais ces événements montrent qu’une démocratie est beaucoup plus fragile qu’un régime autoritaire. Quand on vit dans une maison de verre, on ne lance pas de pierres, dit-on, je crois, en Chine.

Dernière question : aura-t-on aussi un « moment Sarko » ? Ce blog a étudié les réformes Sarkozy. Notre président a fait du Trump avant Trump. Il a voulu désorienter ceux qu’il désirait réformer par son imprévisibilité. Résultat ? Ils ont résisté. C’est lui (donc nous) qui s’est fait réformer…

Politique et affaires

Ce blog est toujours en retard sur son temps. En août, M.Sarkozy s’est mis à défendre M.Poutine. Curieux. Récemment, j’ai lu qu’il avait beaucoup d’intérêts en jeu. (Ce serait une sorte de Schröder français ?) Il en serait de même de M.Fillon. Fallait-il entendre ses propos comme une publicité à l’endroit de ceux qui veulent faire des affaires avec la Russie, en dépit des sanctions ?

Ce que révèle cette histoire est peut-être un changement. Le « pantouflage » de polytechnique a changé de sens : désormais la politique et le « service » de l’Etat sont un tremplin vers le monde des affaires, un moyen de s’enrichir magnifiquement.

C’est le modèle américain, illustré par les familles Clinton et Obama. Seulement l’Europe n’a pas la même culture que celle des USA. Aux USA, comme chez les anciens Grecs, on tend à faire fortune d’abord, et à entrer en politique ensuite.

Et servir une nation demande un certain état d’esprit. Doit-elle élire quelqu’un qui est susceptible de se faire acheter par une puissance étrangère ?

La Défense en crise

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La Défense se vide, disait le Monde l’autre jour. Le mode de vie « vertical » et « encravaté » n’est pas l’idéal de l’homme moderne.

Surprenant retournement. A l’époque où j’enseignais à Dauphine, j’avais eu la surprise de voir déplacer à La Défense ma salle de classe. Mes étudiants vivant en autarcie, cela paraissait ridicule. Une enquête m’a laissé penser que la cause en était M.Sarkozy. Il voulait faire de La Défense un hub de la finance mondiale. (C’est pour la même raison qu’il y a autant d’universités et de grandes écoles sur le plateau de Saclay.)

Leçon de conduite du changement ? 

(PS. Une idée d’occupation des tours de La Défense : les transformer en « fermes verticales » ?)

Titre de l’image : Lianoland Wimons, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

J'aurais voulu être un artiste

J’aurais voulu être un artiste, disait M.Sarkozy, interrogé par France Culture. (A voix nue.) Starmania ? Pas de sens du ridicule ? 

Mais n’est-il pas un artiste ? Et n’est-ce pas le cas de nos grands fauves de la politique ? Un discours n’est-il pas un numéro d’artiste ? Un one man show ? N’est-ce pas comme cela depuis les Grecs, leurs sophistes et leur rhétorique, et Cicéron et le forum romain ? N’est-ce pas ce qui a fait la force de M.Trump ou de M.Clinton, ou même de M.Macron, dont on dit qu’il fut un acteur amateur passionné ? 

Corps intermédiaires

On entend que les dysfonctionnement actuels de l’Etat français viendraient de la « disparition des corps intermédiaires ». Qui sont ces mystérieux « corps » ? 

D’anciens articles disent que, pour M.Sarkozy, c’était les syndicats. Ils s’opposaient à ses réformes en substituant leur volonté à celle du peuple. Mais il ne semble pas les avoir fait disparaître, comme le montrent les grèves qui paralysaient nos transports, et la radio publique, avant l’épidémie. 

Il y a aussi les chambres de commerce, ou des métiers, les agences de développement, mais aussi les corps de l’administration… Et là, il y a eu, effectivement, des changements. Cela se voit, actuellement, dans l’allocation de l’aide de l’Etat. Cette aide, qui vient de multiples couches administratives (Europe, Etat, Région…), est fort généreuse mais extraordinairement complexe. Sans intermédiaire (et il n’y a plus que des intermédiaires privés !) seules les multinationales et les métropoles peuvent en profiter. Effet paradoxal : conçue pour aider les petits, l’aide profite aux très, très, gros ! Faut-il chercher plus loin la cause des dysfonctionnements de notre système de santé, qui paralyse le pays ? 

D’ailleurs, ce n’est pas tout. Par un effet étrange, il semble que nous soyons tous des corps intermédiaires ! Exemple ? L’industrie de la cosmétique aurait cherché un accès direct au client final, en évitant le coiffeur. Or, ces coiffeurs faisaient les modes mondiales ! Et l’arroseur pourrait bien avoir été arrosé. Il était peut-être bien moins international qu’il ne le croyait et devait bien plus à la France, qu’il ne le pensait ?

Sommes-nous bien conscients de l’état dans lequel se trouve notre pays ? 

Juger la justice

M.Sarkozy se plaint de la justice. J’écoutais une émission sur le sujet, qui me faisait penser qu’il est difficile de juger la justice, simplement parce que nous ne sommes pas placés dans de bonnes conditions. En particulier, nous n’avons qu’une partie des éléments du dossier, ou, pire, nous ne connaissons pas les procédures judiciaires. Dans ces conditions, il est facile de nous faire croire telle ou telle thèse, il suffit de jouer sur notre « bon sens ». 

A l’époque où le monde politique se résumait à gauche et droite, on entendait que la justice était favorable à la gauche. C’est possible, mais, en tout cas, elle suit des procédures. M.Sarkozy peut encore faire appel, puis, si ça ne lui plaît pas, aller en cassation, et, comme il l’a dit, faire appel à la cour européenne des droits de l’homme.

Si elle déjugeait la France, cela signifierait probablement qu’une preuve de corruption est nulle si elle est obtenue par certains types d’écoutes téléphoniques. Devrait-il s’en réjouir ? 

Réformes ratées

Pour mes cours, j’ai fait, pendant des années, des analyses des changements (ratés) menés par nos gouvernements. Eh bien je ne m’attendais pas à ce qu’ils aient eu de telles conséquences. 

Quand on parle de l’Education nationale, on croit qu’elle a creusé les inégalités. Il n’y a plus que certains quartiers qui ont droit aux grandes écoles. On dit aussi qu’elle n’apporte pas la formation dont a besoin l’entreprise. En fait, c’est pire que cela. Non seulement il n’y a plus de formation à l’artisanat, ancienne richesse du pays que l’Education nationale considère désormais comme une « voie de garage », mais il y a une perte totale de connaissances de « bases ». Si bien que les entreprises ne parviennent pas à recruter, à moins de monter des centres de formation. L’impact de ce changement en termes d’emploi doit être considérable. Car c’est un cercle vicieux : moins l’entreprise peut recruter, moins elle peut se développer et créer de l’emploi… 

A cela se combine les réformes des régions dont je n’avais pas compris la portée. Apparemment, le gouvernement Hollande a poursuivi les réformes Sarkozy. Il était estimé que le déficit du pays venait d’une mauvaise gestion des finances régionales. En conséquence, il semble qu’il ait été décidé de les affamer, pour les forcer à la réforme. La conséquence n’a pas été celle prévue. Il semblerait que les métropoles régionales se sont mises à se comporter comme Paris. Mais les zones rurales ont été dévitalisées. En particulier, elles ont perdu la compétence économique, alors qu’elle ne peut pas être exercée par la Région, qui est trop loin du terrain, et qui a été atteinte du mal parisien : des masses d’intellectuels qui donnent des ordres sans avoir la moindre idée de quoi ils parlent. Là aussi, conséquence emploi. Impossible de recruter, parce que personne ne veut plus vivre à la campagne : pas d’école pour les enfants, pas de travail pour le conjoint… 

J’ai l’impression qu’il y a une prise de conscience du désastre. Seulement, « on part de loin ». Par certains côtés, le pays est en ruines. (Il est même surprenant qu’il n’y ait pas plus de mécontentement. Le Français grogne beaucoup, mais, au fond, c’est un bon bougre ?) Et il demeure une armée mexicaine d’apprentis sorciers, qui ont tous les pouvoirs, mais presque plus « d’opérationnels de terrain » pour remettre le pays en marche, à la manivelle.

Henri Guaino

Dans la série « j’ai toujours tort », il y a Henri Guaino. Je pensais qu’en tant que conseiller de Nicolas Sarkozy, il avait vigoureusement participé à sa politique libérale. Le hasard m’a fait entendre une interview de lui par France Culture (samedi dernier). Surprise. On a l’impression qu’il a lu ce blog. 

L’état déplorable de l’Etat vient de 40 ans de démantèlement par nos gouvernements successifs, partageant tous une idéologie néo libérale qui, pour réaliser l’idéal de liberté individuelle, multiplie les règles, qui finissent par tout bloquer. 

Lui aussi a reconnu, en partie, ses torts, mais, aussi, en laissant entendre qu’il a été dépassé par les événements : la RGPP partait d’un bon sentiment. 

(Il s’inquiète de la déroute de l’Occident. Les Etats asiatiques forts se tirent de la crise bien mieux que nos démocraties, toutes, à des degrés divers, affectées par cette politique libérale. Ce virus (venu, de manière appropriée, de Chine) précipitera-t-il leur effacement de l’histoire ?)