Flaubert

George Sand écrit à Flaubert. Il est malheureux, ses livres n’ont pas de succès. Cela tient à ce qu’ils sont désincarnés, lui dit George Sand. Le lecteur a besoin d’une histoire, d’explications sur ce qu’elle signifie. C’est ce que Flaubert a réussi, à moitié, sans le vouloir, avec Madame Bovary. D’où son succès.

George Sand me semble avoir été de bon conseil. Ce qui a fait la fortune de Victor Hugo, de Shakespeare et des autres est la combinaison d’une histoire populaire et d’un projet artistique, qui rend l’oeuvre durable.

Quant à Flaubert, il jouit d’une sorte de succès d’estime. Il plait à l’intellectuel. L’intellectuel ne comprend pas mieux Flaubert que le peuple. Ce qu’il a retenu de ses études est que ce qui est incompréhensible est divin ? Il est intarissable sur l’incompréhensible. Et ça lui a valu de bonnes notes ?

George Sand

Le noble, digne de ce nom, était au dessus des lois. Il se moquait des mésalliances comme d’une guigne. C’est ainsi que George Sand descend d’un roi de Pologne, et du Maréchal de Saxe (son arrière grand père). Mais, une femme devait se libérer doublement. Car elle était réputée mineure. La liberté, c’était le couvent ou le mariage. Surtout le mariage avec un homme âgé, comme l’avait fait sa grand mère. Elle avait été heureuse en ménage, et avait pu gérer à sa guise la grande fortune de son défunt mari. George Sand s’est mariée jeune. Mais elle a vite satellisé son époux. En grande partie parce qu’elle a rapidement gagné beaucoup d’argent. Toute sa vie elle a été un auteur à succès. Les femmes de toutes conditions se reconnaissaient dans son existence. Mais elle a trimé comme un forçat. Jusqu’à sa mort. Elle n’arrêtait pas d’écrire. Elle y était obligée, car elle dépensait tout ce qu’elle gagnait pour nourrir tout un monde qui dépendait d’elle.
Elle a aussi multiplié les liaisons. Généralement avec des hommes très jeunes et totalement immatures (Jules Sandeau, Alfred de Musset, Chopin), qu’elle traitait en mère. Et elle a eu un fils, dépendant et immature. Et une fille rebelle. Elle fut aussi une « communiste ». Pas au sens de Marx, mais plutôt de la très ancienne tradition des communes françaises. Peut-être voulait-elle la liberté pour tous ? D’ailleurs, elle n’a pas eu d’état d’âme à demander à Napoléon III sa clémence pour ceux qu’il avait condamnés. Elle l’a obtenue. Elle ne fut pas féministe, non plus. Elle pensait que c’était un combat d’arrière garde. Ce qui comptait était de sortir les pauvres de la misère. Et, en ce temps, leur condition était abjecte. 
Biographie d’une femme libre ? Ou, ce n’est pas la loi qui vous donne la liberté, mais vous ? 
(Quant au scandale du sous-titre, je ne le vois pas : George Sand était bien intégrée dans la société de son temps. Elle, Musset, Chopin et les autres étaient ce que l’on appellerait aujourd’hui des « people ».)