Violence innée

Les atrocités commises au Rwanda l’ont été pour beaucoup entre voisins et au sein d’une même religion, et parfois par des prêtres. Faut-il s’en étonner ?

N’est-ce pas une histoire éternelle ? A la dissolution de l’URSS, on s’est étripé entre voisins, pendant la dernière guerre, on se dénonçait, et la Saint Barthélémy ne fut rien d’autre.

L’homme semble pris d’accès de violence. Avec des circonstances favorables, il devient facilement criminel ? Mais, dans d’autres circonstances, il redevient placide. Ne jouons pas avec le feu ?

Rwanda

Depuis déjà pas mal de temps, le Rwanda est le « soap opera » anglais.

En Angleterre, comme ailleurs, l’immigration est un sujet explosif. Le gouvernement du pays avait trouvé l’idée d’envoyer ses immigrés au Rwanda. Seulement, la justice s’y oppose. Et l’affaire commence à coûter une fortune à l’Etat. Si bien que certains envisagent de passer outre.

La justice peut-elle s’opposer à la volonté populaire ? Mais elle est, elle-même, son émanation.

Le problème serait-il plutôt « politique » ? Le politique ne sait que prendre des décisions à l’emporte-pièce, qui ne sont pas compatibles avec la complexité d’une démocratie ?

Guerre fratricide

Stéphane Audouin-Rouzeau a étudié le Rwanda. (A voix nue, France Culture.) Le massacre s’est fait entre voisins, à la façon de la Saint Barthélémy.

Il en était surpris. Seulement, à y bien réfléchir, ça semble une pratique ordinaire. Les Atrides et l’histoire ne sont que haines et crimes, au sein même d’une famille. Les familles royales et nobles n’étaient, d’ailleurs, que guerres fratricides.

Comme semblent le dire certains anthropologues, c’est le rôle de la « culture » d’éviter ces fâcheux débordements. L’homme est, par nature, un explosif ?

Et c’est pourquoi, il est si dangereux de toucher à la question culturelle, comme l’ont fait, dernièrement, nos intellectuels ?

Génocide au Rwanda

Le gouvernement français serait-il responsable d’un génocide au Rwanda ? On l’entend dire. Un rapport a été produit sur le sujet. Question mystérieuse pour bien des citoyens, dont je suis, qui ne savaient pas que la France s’était mêlée des affaires de ce pays. Et même qu’il existait. 

Rafaëlle Maison étudie ce rapport pour La vie des idées. Si je comprends bien, cette histoire ressemble beaucoup à ce que Hannah Arendt a nommé « banalité du mal ». Le gouvernement de l’époque semble avoir cru que soutenir un gouvernement génocidaire était un moindre mal. Peut-être, plus grave, il aurait été convaincu que l’ethnie en cours d’élimination avait des raisons de l’être. Pour agir, il a utilisé des circuits parallèles, au sein même de l’appareil d’Etat français, pourtant remarquablement dénué d’esprit critique. Si l’on applique la jurisprudence internationale, il paraît clairement qu’il serait jugé coupable. 

nous avons depuis quelques années une jurisprudence sur la complicité de génocide, qui émane des deux Tribunaux pénaux internationaux créés par l’ONU en 1993 (ex-Yougoslavie) puis 1994 (Rwanda – TPIR), jugeant des individus, ainsi que de la Cour internationale de justice, jugeant des États. Sans entrer dans le détail, on peut certainement affirmer que tant les individus que les États peuvent être, en droit international, complices de génocide. La complicité n’exige pas que soit présente l’intention propre aux auteurs du génocide de détruire le groupe ciblé. Il suffit d’établir que le complice a apporté une aide directe et substantielle aux auteurs de crimes en ayant conscience de leur intention de détruire ce groupe. Il n’est donc pas nécessaire de trouver l’expression d’une « volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire » pour établir la complicité.

Ce qui est en cause, dans cette affaire, ce n’est pas « la France », mais les usages de ceux qui nous gouvernent. 

Hier, le Rwanda, et demain ? Savoir qu’ils ne sont pas au dessus des lois est probablement le meilleur moyen de leur éviter de persévérer. Dans ce cas, la justice devrait être l’outil du changement. Un changement qui serait certainement bien plus dans l’intérêt de la France que dans celui du Rwanda. 

Paul Kagame

Le dirigeant du Rwanda est réélu avec 98% des voix. Dans ma jeunesse, on disait qu’il n’y avait que par trucage et terreur que l’on arrivait à de tels chiffres. Ce que l’on disait dans ma jeunesse n’était peut-être pas scientifique… 
Il semblerait que l’on soit reconnaissant à Paul Kagame d’avoir sorti le pays du génocide et de lui avoir donné la prospérité. Son idéal serait le modèle, semi dictatorial, de Singapour. 
Ce qui rappelle que la démocratie ne va pas de soi. Et elle ne va pas de soi parce qu’elle n’est pas systématiquement capable d’assurer les conditions qui lui permettent de réaliser ses principes. Que 0,1% de la population dispose de tous les biens n’est pas démocratique. Qu’une autre partie de la population soit tellement désorientée qu’elle ne vote plus n’est pas démocratique, non plus. 

Rwanda et royauté française

Si je comprends bien, au Rwanda la France a participé au génocide en croyant défendre sa grandeur. Il semblerait que cette idée de grandeur ait été chère à F.Mitterrand. Ce qui est étonnant, puisque la gauche accuse sans cesse la France d’impérialisme. Plus curieuse, encore, est la position du peuple français. Il n’est pas pour grand chose dans ces affaires. Pourquoi s’en prend-on à lui ? Autant, d’ailleurs, à l’intérieur qu’à l’extérieur ?

Et si ses problèmes venaient de ce que la Révolution et ses dirigeants ont endossé le passé royaliste du pays ? Un pouvoir qui avait mis à feu à sang l’Europe. Ce qui nous vaut probablement toujours l’inimitié de nos voisins. Et si l’on cessait de revendiquer ce passé qui fait commettre des atrocités à nos dirigeants et des ennuis au peuple français ?

Sur la France et sa culpabilité au Rwanda.