Messianismes

Un précédent billet parlait du « slavisme » des Russes. Il semble qu’il y ait des cultures qui aient une vocation messianique.

Les USA, en particulier, ont été fondés par des fanatiques religieux. Ils demeurent une nation de croyants, préférant instinctivement le Djihadiste à la raison des Lumières (jusqu’à ce que le Djihadiste leur lance des bombes). Ces croyances semblent faire bon ménage avec les affaires. Les unes et les autres seraient peut-être étroitement liées.

Quant à la France, c’est la patrie des droits de l’homme et de la raison. Elle aussi a voulu convertir le monde.

Tout cela s’affronte et se contient, probablement, réciproquement. L’action provoque la réaction. On a besoin les uns des autres ?

En fait, les nations sont beaucoup plus complexes que ne le dit cette analyse. Par exemple, actuellement, la France des droits de l’homme et de la raison a disparu. De même, les USA n’étaient pas les mêmes avant et après Trump. Et la Russie a vécu, à la fin du siècle dernier, une histoire d’amour avec l’Occident.

Comme les êtres vivants, les nations sont prises entre des pulsions contradictoires et elles sont influençables ? Si elles ont une « nature », ce n’est que lors des crises qu’elle se révèle ? Ou, si elle ne le fait pas, elles disparaissent ?

Guerres de religions

De Gaulle pensait que le monde était un affrontement de cultures. Les Soviétiques, en particulier, poursuivaient la politique des Tsars.

L’émission de Christine Ockrent expliquait que M.Poutine n’arrêterait pas sa guerre avant une capitulation sans conditions de l’Ukraine, et, probablement, un démantèlement de l’Union Européenne. Et qu’il exerçait une curieuse fascination sur M.Trump, qui n’était qu’un jouet entre ses mains.

Faut-il en venir à de Gaulle ? La Russie s’est toujours vue comme le supplément d’âme d’une Europe portée à la folie. C’était le Slavisme. « Communiquer au monde une âme vivante, donner la vie à l’humanité meurtrie et déchirée, en la réunissant à l’éternel principe divin. »

M.Poutine mènerait-il une croisade contre la perversion qui s’est emparée de l’Ouest, verrait-il l’Europe comme l’axe du mal, un foyer de « wokisme », serait-ce en cela qu’il partagerait les idées de M.Trump ?

(D’ailleurs ne lisait-on pas que Mme Clinton, au temps où elle était Ministre des affaires étrangères, a tenté de renverser M.Poutine ? M.Obama enjoignant l’Europe d’absorber la Turquie, afin qu’elle rejoigne son camp ?)

Staline et Poutine

Il y eut un différend entre Staline et Lenine, disait une émission de France Culture.

Lenine pensait attirer les nations dans une union, certainement mondiale. N’était-ce pas le destin que lui avait fixé Marx ? Staline, voulait les acquérir, faire une grande Russie et non le paradis sur Terre. D’où la question de l’Ukraine.

Aussi, Staline était géorgien. Pour être un dirigeant russe légitime, il lui fallait que la Géorgie fasse partie de la Russie. La Géorgie a donc fait les frais de sa volonté de puissance. En revanche, il semble avoir imposé à la Russie la cuisine géorgienne. Paradoxalement, les Caucasiens seraient perçus comme des « culs terreux » par les Russes.

Poutine serait du côté de Staline. Qu’en déduire ?

La mort de Staline

Staline est mort prématurément. Il eut un AVC. Seulement, il faisait une telle peur à son entourage qu’il a fallu un temps interminable pour que l’on prenne une initiative : on avait peur de le déranger, elle devait être collective, et il avait procédé à une purge de la profession médicale, et une purge de ses proches s’annonçait. Sa mort arrangeait tout le monde.

L’histoire de Staline ressemble à beaucoup d’autres. Il doit son succès à ce qu’il paraissait médiocre à ses collègues. On croyait le manipuler aisément. Et, il avait un talent utile, rarement présent chez le révolutionnaire intellectuel : il était travailleur et ce qu’il entreprenait réussissait.

Etait-il un monstre ? N’est-ce pas, plutôt, un exemple de servitude volontaire selon La Boétie ? Dans certaines conditions, les cultures créent des totalitarismes ? Comme le pensait de Gaulle, qui, d’ailleurs, décrit fort bien Staline, c’était un Tsar ?

Fait surprenant : même ceux qu’il avait condamnés au Goulag et que sa mort a sauvés ont cru que la terre s’écroulait. Il est remarquable, alors comme aujourd’hui, à quel point le libre arbitre est une illusion ?

Devenir Staline, remarquable série de France culture !

Gogol

Emission sur Gogol qui m’a fait m’interroger sur ce que nous nommons « génie ».

Gogol est typiquement russe. Il commence par se moquer de la société avant de sombrer dans une crise de mysticisme, et mourir fou.

Il est arrivé au bon moment. La littérature russe naissait. Et les littérateurs étaient rares et se fréquentaient. Si bien qu’il a profité de la notoriété et de l’aide de Pouchkine, qui lui a, en plus, fourni l’argument de ses chefs d’oeuvre.

Il me semble que sa force tenait à son art du dialogue entre personnages typiquement russes, i.e. ridicules. Ses romans étaient enchaînements de telles scènes.

Je me demande, d’ailleurs, si ce n’est pas vrai pour tout artiste. Il met au point une technique. Et il cherche des sujets pour l’appliquer. Marteau et clous.

(C’est ainsi que l’on écrit les billets pour un blog…)

Pacte germano-soviétique

Quel fut le rôle du pacte germano-soviétique dans le déclenchement de la guerre de 40 ? On ne sait pas le dire. Mais il a pris l’Occident par surprise. Il a alors compris que la guerre était inévitable.

Se replacer dans la tête des gens de l’époque est utile. En ce temps, on surestimait l’Allemagne et sous-estimait l’URSS. L’Allemagne faisait l’admiration de tous. Au moment où l’on croyait que le capitalisme était condamné, il renaissait de ses cendres. Quant à l’URSS, elle semblait fragile, et les purges de son état major ne disaient rien qui vaille de la force de son armée.

Comme le pensait de Gaulle, et contrairement à ce que beaucoup croyaient, l’URSS ne voulait pas tant la révolution mondiale que rompre l’encerclement dont elle se croyait victime, obsession des tsars et de M.Poutine.

Le pacte germano-soviétique a été rendu possible par l’échec des négociations entre l’URSS, la France et l’Angleterre, méfiants, mais aussi par le fait qu’Allemands et Russes avaient été exclus du traité de Versailles. Ils avaient tout à gagner à se rapprocher.

Les Allemands comptaient bien attaquer l’URSS et ils avaient lu correctement l’histoire de Napoléon. Mais ils ont surestimé leur capacité à rejeter les Russes dans les steppes de l’Asie centrale.

Quant à la France, elle n’a pas compris à temps qu’elle avait des moyens militaires supérieurs à ceux de l’Allemagne et elle n’a pas réussi à inverser le pacifisme qui la paralysait.

Enseignement ? Des dangers de l’aveuglement. Il tient pour beaucoup à ce que le pouvoir est entre les mains d’individus qui sont débordés par des tâches prosaïques. Comme, d’ailleurs, le remarquait de Gaulle, après une rencontre avec Blum.

(Ce que je retiens d’une ancienne émission de France culture traitant dudit pacte et de La guerre qui vient de Jean-Noël Jeanneney.)

Le salaire de la mort

Les Russes seraient très satisfaits de leur guerre en Ukraine. Un mort et c’est la fortune pour sa famille ! Et quelle aubaine lorsque c’était un poivrot, bon à rien. Et l’on se déchire l’héritage du héros.

Cela coûterait à l’Etat 2% de son PIB. Mais, quand on aime, on ne compte pas.

Avec le salaire de la guerre, Poutine voudrait créer une nouvelle classe moyenne, qui lui serait acquise. Seulement, la véritable classe moyenne, elle, se planque, mais n’a pas l’intention d’abandonner sa place.

En tous cas, il ne serait pas judicieux d’espérer qu’un mécontentement populaire mettra un terme à la guerre.

(Russia’s new war elite.)

Influence américaine

Hier, la BBC rappelait que la raison de la guerre en Ukraine était la volonté russe d’éliminer l’influence américaine de ses frontières.

Depuis la guerre, les USA veulent imposer leur hégémonie. Pour cela, ils ont constitué des alliances.

L’Américain oublie l’histoire, quand ça l’arrange. C’est ce que l’on appelle, chez lui, une « innovation ». Mais l’histoire, elle, n’est que mémoire ?

Sébastopol

Et si les Anglais étaient nos amis, finalement ? Jean-Noël Jeanneney parlait de Sébastopol (France Culture). Ce fut la première fois depuis la guerre de cent-ans que nous avons combattu avec l’Angleterre. Et, depuis, nous avons toujours été alliés.

Nous retrouverions-nous dans les moments de grands dangers ?

Drôle de guerre. Déjà, il s’agissait d’arrêter l’envahissante Russie, qui voulait mettre en pièces l’empire ottoman. L’Angleterre s’est battue pour des raisons économiques, et la France, pour la gloire : la Russie la menaçait de lui voler sa mission de défenseur des lieux saints ! Bizarrement, ayant constaté que ses alliés habituels, la Prusse et l’Autriche, n’étaient pas venus à son secours, la Russie, après sa défaite, a décidé de se rapprocher de la France et de l’Angleterre.

Chanteurs russes

On a oublié qu’un temps, il y eut des dissidents en Union soviétique⁸. Ils avaient beaucoup de courage, et de talent. Et ils finirent par avoir le dernier mot. Une ancienne émission de France culture parlait de trois chanteurs qui furent des gloires de cette résistance.

Ces gens posaient, avant l’heure, un défi à l’intelligence artificielle. En effet, ils ne laissaient pas de traces. Leurs chansons étaient apprises par coeur. Et leurs mots semblaient innocents. Il n’y avait que ceux à qui elles étaient destinées qui les comprenaient.

Drôle d’époque, « la moitié du pays était à la fois ou victime ou criminelle ». Car la délation marchait grand train. Comme en France, pendant la guerre. Nature humaine ?

Mais voilà, l’histoire n’était pas écrite. Et l’on est reparti à zéro.