Gueule de l’emploi

Un documentaire semble avoir réveillé la France aux pratiques de l’entreprise. (« La gueule de l’emploi » : un document choc sur le recrutement)

Il met en effet en évidence un processus de déshumanisation… des ressources humaines, consistant à valoriser et à susciter les comportements agressifs, individualistes, la guerre de tous contre tous, aux dépens de toute solidarité ou de toute empathie.
Surtout, il montre que ce processus obtient la complicité de tous, candidats et recruteurs, à sa réalisation. Le tout au nom du fait, pour les candidats, qu’il faut trouver un emploi à tout prix et, pour les recruteurs, que « ce sera encore plus dur dans le monde du travail ».

Lorsque la Russie a été attaquée par une vague de libéralisation, ses citoyens ont fait bloc, les entreprises ont continué à proposer des crèches, le troc s’est substitué à l’économie officielle. En France, grands et petits ont collaboré avec enthousiasme à la dislocation de la solidarité ?
En tout cas, il est peut être temps de réinventer l’entraide…
Compléments :

Pourquoi le Pakistan est-il une poudrière ?

Le Pakistan est le candidat le plus sérieux à une guerre nucléaire. En attendant, il est aux prises avec des conflits religieux. Y a-t-il un coupable ?
Ce pourrait être une fois de plus les USA. Afin de mener la guerre afghane, ils ont  « encouragé l’interférence des militaires dans les affaires civiles » et ont déstabilisé le Pakistan.
Dominos ? Pour détruire l’URSS (qui n’en avait pas besoin), ils ont fait renaître un Islam radical et fondamentaliste, ce qui a entraîné toute une série de conflits (notamment en Europe), chacun étant provoqué par la tentative de répondre à l’autre…
Ne faudra-t-il pas un jour envisager de maîtriser l’apprenti sorcier ?
Compléments :
  • Islam et Pakistan.
  • Elsässer, Jürgen, Comment le Jihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.

Pirate somalien

Il y a longtemps j’ai écrit un billet sur le pirate somalien. Depuis rien ne semble avoir changé, sinon que la piraterie augmente et coûte de plus en plus cher (entre 5 et 7md$ ?)
Pour réparer la situation il suffirait de faire sortir de l’anarchie l’État qui fournit les pirates. Ce qui coûterait relativement peu par rapport aux dommages qu’ils infligent à l’économie mondiale.
Mais personne d’important n’y a intérêt. C’est une grosse source de revenus pour les assurances, les clients de leurs clients paient les primes supplémentaires, les marines militaires y trouvent un terrain de démonstration de leur utilité, et les Russes et les Chinois un terrain d’exercice… (No stopping them.)

Changement en Orient

Il y a quelques temps, Michel Rocard disait que la révolution tunisienne était une révolution bourgeoise. Les manifestations égyptiennes pourraient être avant tout une question de droit à la parole. (« souffrance mal définie d’avoir été longtemps humilié par un régime sourd, refusant tout contrôle et cyniquement manipulateur »)
Et si les agitateurs étaient toujours des intellectuels bourgeois, probablement partisans de la démocratie ? Et si celui qui gagnait finalement était un quasi dictateur porteur d’une idéologie simpliste et soutenu par un peuple agissant comme une « masse » ? Et si la révolution russe de 17 était une meilleure modélisation des événements actuels que la révolution française de 89 ?
Et si le premier changement à opérer était en Occident non en Orient ? Ne va-t-il pas falloir que les USA comprennent que la real politik à courte vue finit toujours par retomber sur le nez du monde ? Ne va-t-il pas falloir que nos élites intellectuelles découvrent que la démocratie ne s’installe pas par miracle, parce qu’elle est une aspiration naturelle de l’homme, mais se construit sur une culture préparée ? 

L’avenir est au charbon

« Nous vivons un nouvel âge du charbon ». C’est l’énergie préférée des pays émergents, 
Ils devraient développer colossalement leur consommation (peut-être 500GW de plus, en Chine, dès 2015). Ce qui ouvre un énorme marché aux pays qui détiennent des ressources facilement exploitables, notamment les USA, la Russie et l’Australie, et au transport maritime.
Cela devrait faire beaucoup d’heureux. Quid de l’environnement ? (Burning ambitions)

BP pactise avec le diable

BP fait un partenariat avec une entreprise d’État russe. Bénéfice attendu : exploiter de vastes champs pétrolifères, glacés.
L’affaire est risquée. Le comportement du gouvernement russe est imprévisible. Et surtout cela semble un mauvais coup pour la démocratie russe. La fameuse société a été prise à l’oligarque Khodorkovsky, qui est maintenant embastillé, et un héros du libéralisme mondial. L’opération valide l’expropriation et montre que pour l’Occident la démocratie pèse peu à côté des intérêts économiques. (Dancing with Mr Putin.)

Mais The Economist ne désapprouve pas BP : « Le rôle d’une entreprise est de gagner de l’argent pour ses actionnaires, légalement. La moralité est la province de l’individu privé et des gouvernements. » (How bad is BP?)
Ce qui me semble fort peu RSE.
En fait, je tends à penser comme The Economist. Pour qu’une entreprise soit efficace elle doit probablement être concentrée sur sa tâche, elle ne doit pas s’occuper excessivement de morale. Mais cela demande un État fort. 

Les causes du succès

Dans l’article cité par le billet précédent l’oligarque Khodorkovsky explique ainsi qu’il mérite son argent : les conditions de départ étaient identiques pour tous. Deux autres possibilités :
  1. Soit une population qui subit une succession d’épreuves. À chaque fois la moitié de l’échantillon est éliminé, de manière aléatoire. Au bout de 20 épisodes, la population à été divisée par un million. Ceux qui survivent en déduisent, logiquement, qu’ils ont été désignés par Dieu.
  2. Les Jeux Olympiques. Chaque sport est égalitaire. Mais les caractéristiques du vainqueur diffèrent colossalement entre le sprint, l’escrime, le judo, le basket… Autrement dit, ce sont les circonstances sociales qui font le champion.
M.Khodorkovsky a probablement un intellect limité. Le fait qu’il joue les martyrs aujourd’hui montre, aussi, qu’il pense certainement avoir une mission divine. Le fondamentaliste à œillère, produit de l’économie de marché ?
Compléments :
  • Khodorkosvsky a fait fortune à une époque dramatique pour la Russie. Selon lui, ceux qui y ont perdu la vie n’ont eu que ce qu’ils méritaient ? Ce ne serait pas surprenant qu’il le pense : les ultra-riches accusent le comportement irresponsable du peuple d’avoir causé la crise actuelle.
  • Une étude scientifique sur les raisons de la réussite en entreprise.

Paradoxale Russie

The Economist décrit une Russie mafieuse, mise en coupe réglée par une bureaucratie assoiffée d’argent et des forces de l’ordre qui tirent le meilleur de leur pouvoir de nuisance. Le tout ne fonctionnerait que grâce aux revenus du pétrole, qui permettrait d’acheter le peuple. Mais l’élite serait mécontente. Chaos imminent ?
Pourtant 70% de la population a une opinion favorable du couple présidentiel (MM. Poutine et Medvedev). (Frost at the core.)
Y aurait-il quelque chose du besoin populaire que des gens aussi peu fréquentables que MM.Poutine ou Berlusconi auraient compris et qui échapperait à des personnes aussi admirables que M.Obama, et l’intelligentsia occidentale ?

Accorderie

La MACIF a importé de Quebec l’entraide. Des populations pauvres peuvent ainsi échanger heure pour heure leurs compétences respectives.
Ce qui me rappelle la récente crise russe. Les Russes, eux-aussi, ont eu recours au troc pour survivre.
Une telle situation, la pauvreté en France, était-elle seulement concevable dans les années 60 ? Le progrès dont nous étions si fiers n’a-t-il pas depuis longtemps arrêté sa marche ?
Compléments :