Relancer l’économie en sortant du capitalisme

Les derniers numéros de The Economist donnent une intrigante image du capitalisme. On y voit exploser le tissu social (cf. le bidonville du Kenya). Du coup, l’homme n’ayant plus d’ami (plus de famille non plus), tout devient privé et payant. On y voit aussi que notre avenir est technologique, et que très peu d’hommes auront les compétences nécessaires à trouver un travail. L’entreprise n’a plus besoin d’hommes !

La France, globalement, est dans une mauvaise passe. Elle dépense plus qu’elle ne gagne. Et elle paie des chômeurs qui ne peuvent que s’accroître. Le capitalisme semble chercher à lui rendre le coût de la solidarité sociale si élevé qu’il lui deviendra insupportable. Le capitalisme transforme la société en individus isolés.

Pour redresser la barre, il faut probablement faire comme les Russes lors de leur grande crise récente : reconstruire une économie informelle, à base de solidarité sociale. Mais comment se transformer ainsi, lorsque l’on a été encouragé à profiter du système ? 

Le Pigeon est-il neocon ?

Le pigeon, traduction française des Voleurs inconnus
(venu du wikipedia italien)

Après le Tea Party et le printemps arabe, voici les Pigeons. Un ami, par ailleurs fondateur d’une start up, s’étonne de la proximité de leur message avec celui d’Ayn Rand, la papesse du mouvement néoconservateur américain.

Ayn Rand a un ascendant moral extraordinaire aux USA. Mes amis américains en parlent avec un grand respect. Serait-il déplacé de la comparer à de Gaulle ? Mais elle est inconnue en France. Preuve de notre inculture. Venue de Russie soviétique, elle avait eu l’idée d’appliquer la méthode bolchevique à la cause du capitalisme. Autrement dit, c’est le patron qui crée, et il crée tout, comme, pour Marx, l’ouvrier crée tout. La grève générale ouvrière est remplacée par la grève générale patronale, avec le même résultat. Mais la caractéristique la plus intéressante de sa doctrine est la manipulation du langage : ce qui est bon pour sa cause est associé à ce que la morale trouve bon. Par exemple : patron est traduit en « créateur de valeur » ; pauvre = « paresseux ». Plus exactement, le pauvre vole le riche. Ce monde est, aussi, anti social, et revendique son égoïsme.
Nos pigeons n’ont certainement pas lu Ayn Rand, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’entrepreneur se sent mal aimé. Comme tout homme dans ce cas, il en devient agressif. Ce qui le rend maladroit. Car, qu’il puisse ruiner l’économie ne signifie pas qu’il fasse l’économie. Sinon, que devrait dire Jérôme Kerviel ?
Les Pigeons ont une autre caractéristique intéressante : ils adoptent les méthodes de la contestation populaire. C’est une vieille tradition de droite. Ce qui est un peu curieux. Mais, peut-être que, que l’on soit né à Saint Denis ou à Neuilly, la manif de rue coule dans notre sang ?
Surtout, les Pigeons, comme les autres mouvements contestataires du moment, sont portés par Internet. Internet est-il en passe de devenir un moyen de manipulation des masses ? Sommes-nous revenus à l’ère des foules ? 

La Grèce fait appel aux Cosaques ?

Aperçu du fonctionnement du chemin de fer grec :

l’OSE (2500 km dont une bonne partie en voie étroite) n’assure que 0,5 % du transport passager et 2,5 % du transport fret. Surtout, alors que ses recettes ne sont que de 100 millions d’euros par an, ses dépenses atteignent 1 milliard d’euros annuellement (…). La dette cumulée de l’OSE atteint au moins 10 milliards d’euros (soit 400 millions d’euros d’intérêts par an, ce qui représente quatre fois ce qu’il perçoit en revenus). (…) La raison de cette gabegie ? Les salaires des quelque 5000 employés qui pèsent 300 millions d’euros. (…) le salaire moyen hors charges sociales des heureux cheminots grecs s’élève à 47.000 euros par an (…) certains conducteurs de train (quasiment vides) touchent plus de 100.000 euros par an. En dix ans, les salaires ont augmenté de 50 % sans aucune augmentation de la productivité… Le coût de l’entretien d’un réseau ubuesque (…) explique le reste de ce déficit abyssal. (Les coulisses de Bruxelles.)

Effet de l’entrée dans l’euro ? En tout cas, l’État grec n’a pas le courage de réformer son chemin de fer. Il pourrait le donner aux Chinois ou aux Russes. Eux savent se faire respecter… 

Le libéralisme : une idée qui a fait son temps ?

Le libéralisme vivrait-il ses dernières heures ?

On nous enjoint de réformer nos États, de réduire nos dettes, de déréglementer notre économie pour qu’elle crée enfin « des richesses » et de l’emploi. Sans cela « les marchés » nous grilleront de leurs feux. Le discours dominant est massivement libéral.  Mais le doute s’est installé.
De la Chine à l’Europe en passant par l’Inde et la Russie, le monde s’est systématiquement libéralisé à partir des années 80. Les États ont vendu ce qui générait des revenus (par exemple la production d’énergie, les télécoms, parfois des banques) et ont conservé ce qui n’était pas rentable. En outre, ils ont relâché leur rôle régulateur. Cela a créé de grandes fortunes, mais aussi beaucoup de souffrance et de résistance à l’injection d’une seconde dose du même traitement. Partout, le populisme menace.

Et les feux de l’enfer ? L’Amérique refuse de se réformer et n’a pas été punie pour cela. C’est plutôt les pays vertueux qui vivent l’enfer : Irlande, Angleterre, Espagne, Grèce… (les trois premiers sont, curieusement, les champions du libéralisme européen). Et la BCE n’a-t-elle pas infligé une défaite aux marchés financiers ? Au fait, qui sont-ils ? Une force de la nature, aveugle, ou un mouvement entraîné par une clique de copains, qui pourrait être remise au pas pour peu qu’on le veuille ?

Petit à petit, les idées de Paul Krugman gagnent du terrain : il faut une relance Keynésienne. Ce qui sous entend, au moins à court terme, plus d’État, et pas moins. On peut d’ailleurs se demander si la prochaine série d’élections européennes ne va pas connaître une vague socialiste.

Le changement comme dégel

Le changement a quelque chose d’extrêmement contrintuitif, et celui-ci ne semble pas être une exception. Une majorité se forme, qui rejette les idées qui occupent le haut du pavé. Mais, étant composée d’individus isolés, elle ignore qu’elle est une majorité. Il faut une sorte d’incident pour qu’elle se découvre. Alors, ce qui semblait un consensus est renversé, à la surprise générale.

Et l’avenir ? Il est imprévisible. Il se cristallisera autour d’une idée qui aura probablement deux caractéristiques : comme le libéralisme en son temps, elle sera portée par des gens extrêmement déterminés (pour qu’elle puisse percer), elle semblera répondre aux maux à court terme de la population. 

Compléments :
  • Le modèle du dégel est dû à Kurt Lewin, c’est aussi le modèle de la transition de phase, en physique. 

Où va la Syrie ?

Comment les troubles syriens vont-ils finir ?

D’un côté, il y a un peuple résolu, qui n’a pas peur du martyr, de l’autre un président jeune et appuyé par une armée dévouée. Chacun à ses alliés, les nations sunnites pour les uns, l’Iran et la Russie, pour les autres.

L’Occident et Israël ne seraient-ils pas au milieu ? La situation actuelle ne leur serait-elle pas favorable ? Un allié de l’Iran est paralysé, sa défaite mettrait Israël en face d’une union sunnite… Cela explique-t-il notre manque d’empressement à faire cesser l’affaire ?

Compléments :

Hongrie soviétique ?

Des bruits inquiétants viennent de Hongrie. Les actes de son gouvernement ne sembleraient pas totalement déplacés en Russie, non ?

Curieux. La Hongrie, partie de l’ancienne Autriche-Hongrie, n’est-elle pas supposée avoir un passé glorieux, raffiné et civilisé ?

En fait, il semblerait qu’elle ait connu une histoire malheureuse et que jamais une bourgeoisie ou une classe moyenne bien vigoureuse n’ait pu s’y développer. (Orbán is the product of a fraught history | Presseurop) Régime dirigiste par nature ? D’ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de partis politiques dignes de ce nom : l’opposition socialiste aurait perdu toute crédibilité du fait de malversations passées.

En tout cas, The Economist trouve la réaction de l’Europe bien molle. (To Viktor too many spoils)

Les promesses de l’ombre

Film de David Cronenberg, 2007.
Quand une (gentille) anglaise rencontre la terrifiante mafia russe. Comment peut-on être russe ? se demande le film ? Réflexion sur la violence comme A history of violence ?
Première ? Un agent de l’ex KGB en héros. Signe que la Russie se transforme en une société normale, ou que ses services secrets sont encore ce qu’elle a de plus civilisé ? 

Révolutions et classes moyennes

Une fois de plus, ce sont les classes moyennes qui manifestent, en Russie. M. Poutine va probablement leur faire quelques concessions, pour conserver l’essentiel. (The birth of Russian citizenry)

Young and Connected, ‘Office Plankton’ Protesters Stir Russia – NYTimes.com observe le phénomène de l’intérieur. La classe moyenne n’aime pas l’arbitraire quant il la touche, elle s’organise facilement, et elle ne craint pas pour sa subsistance. Il est possible aussi qu’étant une classe éduquée, elle ait besoin de la stimulation des idées. Est-ce cela qui en fait, de tous temps et partout, une classe explosive ?