A la recherche d'une définition de l'expert!

Voilà 16 ans que je pratique ce métier dit « d’expert » dans la niche de la Responsabilité Civile, et chaque fois que se pose la question de la définition de ce métier, je demande avant de répondre à mon interlocuteur, s’il a un peu de temps devant lui…
Je pourrais le diriger vers WIKIPEDIA l’encyclopédie qui répond à toutes les questions, mais même ce célèbre dictionnaire universel bloque sur la question et reste vierge de définition.
La définition du site de la FFSA (fédération française des sociétés d’assurances) n’est pas très précise et réduit l’expert à un enquêteur technique et métreur.
Pas très alléchant, peu précis et si loin de mon quotidien!
Un peu d’histoire :
Ce métier est probablement né avec l’essor de l’assurance au XVII ème siècle et la naissance des Lloyd’s. Son créateur Edward Lloyd était un tavernier astucieux, dont les idées feront des Lloyd’s LA référence pendant deux siècles. A cette époque le développement du commerce maritime et le grand incendie de Londres  ont été de puissants moteurs de développement de l’assurance.
L’expert est donc issu du domaine maritime et de celui des dommages consécutifs à un incendie (13 200 bâtiments détruits Londres lors du grand incendie en 1666).
Le développement de l’industrie, de l’automobile et de la propriété, sont sans doute les autres moteurs avec la bourse et les placements financiers qu’elle permet.
Les Anglais nomment l’expert « loss adjuster », on peut traduire cela par « ajusteur de perte ».
Il s’agissait donc d’évaluer la perte lors d’un sinistre (une avarie ou un incendie) sur des biens assurés pour le compte de l’assureur qui la régle au regard de la police souscrite par l’assuré.
En d’autres termes disons que l’assureur fait payer le transfert d’un risque de son assuré vers lui, en promettant de régler la perte en cas de survenance de ce sinistre. L’expert joue le rôle de M. BONS OFFICES en donnant à l’assureur  les informations utiles aux respects de ses engagements contractuels.
Jusque là les choses paraissent assez simples.
Napoléon arrive et fait rédiger le code civil en 1804, code qui, au demeurant, se démarque de la Common law, anglaise.
C’est probablement à cette époque que l’expert en responsabilité civile (RC) a pu voir le jour. Il se démarque fondamentalement des experts précédents en ce sens qu’il s’appuie d’abord sur le droit civil.
Voilà donc une vraie surprise si bien ignorée :
L’expert dit  RC ne peut pas être un technicien spécialisé et solitaire. Il possède une vraie connaissance en matière de droit, même s’il n’est pas juriste.  En effet, ici l’assureur prend en charge le risque de son assuré lorsque sa responsabilité est recherchée pour un dommage, mais cette fois causé à autrui. A la dimension, évaluation économique du dommage s’ajoute l’étude du contexte juridique (fondement) qui permet au tiers lésé de rechercher la responsabilité de l’assuré, et également la connaissance des conditions d’application de sa police d’assurance. Bien entendu, l’expert doit maîtriser l’aspect technique du sinistre (mécanique, construction, électrique, environnement, produits, chimique, corporel, transport…).
Complexe non!
J’en arrive finalement à ma conclusion  sur la définition de l’expert RC, c’est un grand spécialiste de la gestion de crise de toute dimension. Son savoir-faire c’est

  1. l’analyse rapide fiable et multiple de la situation, sur l’ensemble des volets évoqués.
  2. la définition d’une stratégie de conduite de son expertise et des moyens utiles
  3. la mise en place d’une solution de sortie de cette crise au mieux des intérêts des parties prenantes.

Belles paroles allez vous dire!
Certes non, il existe des centaines de cas qui dorment dans nos cabinets d’expertise et qui pourraient merveilleusement illustrer cette vision (voir le billet sur la dialectique de l’expert). Certains assureurs avisés partagent d’ailleurs cette vision élargie de l’expert (voir le billet « un trésor caché »).
Mais le risque est grand de voir tout cela disparaître avec le poids de SOLVENCY II et l’image si floue, si pauvre, et, surtout, si erronée de l’expert qui ne sait contrer le transfert de l’achat des prestations d’experts, des sachants du terrain vers des acheteurs si mal conseillés.

Aujourd’hui l’expert, comme l’abeille, est menacé, on ne voit que sa piqûre ou son miel mais on oublie que sans elle les prairies et les fleurs disparaîtront.

Pourquoi l’homme est-il irrationnel ?

Jadis, il était interdit de dire que l’homme était irrationnel, cela n’allait-il pas à l’encontre des théories néo libérales, qui veulent que le marché soit parfait, car constitué d’acteurs isolés et omniscients ? La crise peut-être ? les preuves scientifiques de notre irrationalité innée s’empilent. On essaie maintenant de lui trouver une explication.

La dernière en date considère qu’elle s’explique par le fait que l’homme est un être social. En société, ce qui compte n’est pas d’avoir raison, mais de convaincre. Ce serait la société, dans son ensemble, qui aurait pour but d’extraire par le débat le vrai du faux. Et c’est cet art du débat qui nous rendrait exceptionnellement créatifs, en groupe !
Mieux, grâce au langage, nous sommes au contact de gens inconnus. Il nous a fallu inventer des mécanismes encore plus efficaces d’évaluation de la vérité… cercle vertueux.
Finalement, enseignement qui interpellera ceux qui ont des enfants : il est meilleur pour l’enfant, y compris pour sa performance individuelle, de travailler en groupe que seul. « Les systèmes éducatifs sont encore trop orientés vers le développement de connaissances individuelles et le raisonnement analytique – ce qui, comme les montre la recherche, peut nous encourager à justifier nos biais et à renforcer nos préjugés. »
Non seulement le modèle néo-libéral est menacé, mais aussi celui de l’Éducation nationale !
Compléments :
  • La sélection naturelle a-t-elle dit son dernier mot ? Aujourd’hui, un individu peut avoir le sort de la planète entre les mains. Il est dans notre intérêt qu’il n’ait pas que la volonté de convaincre, mais aussi le sens des responsabilités, et la conscience de ses défauts. 

Petit traité de manipulation : antidotes

Ce blog répète que la société évolue par cycles. Après le Yang, le Yin. Bref, la manipulation a mangé son pain blanc. Comme le montre la série du Petit traité de manipulation, la société a commencé à identifier ce mal. Il me semble aussi qu’elle redevient une société, c’est-à-dire un tissu d’entraide. En attendant, que faire pour ne pas être manipulé ?

Il n’y a pas de solution simple. La manipulation se joue dans l’instant, par exploitation de notre inconscient et de faiblesses ensevelies en nous. S’armer contre  n’est donc pas une question de formule magique mais un entraînement quotidien, par affrontement de la manipulation, qui doit s’accompagner d’une recherche de ce qui peut être exploité chez nous.

Or, ces failles sont quasi impossibles à repérer en temps normal. C’est la manipulation qui les révèle. (Encore faut-il se casser la tête pour comprendre ce qui a bien pu dysfonctionner.) La raison en est que nous les avons généralement ensevelies parce qu’elles nous faisaient peur. Affronter la manipulation, c’est donc s’attendre à perdre des batailles, avant de gagner, éventuellement, des guerres. Bref, il faut commencer par apprendre à se relever de revers, et surtout à ne pas les prendre trop au sérieux. 
Il y a tout de même un antidote, théorique malheureusement : la « responsabilité », une autre idée fixe de ce blog. Si vous êtes responsable d’une décision, elle ne peut pas vous avoir été extorquée par manipulation.
Mieux, prendre une décision responsable étant prendre une décision dont on assume les conséquences (définition du droit français), on ne peut pas être un manipulateur.

Finalement, il y a aussi de l’efficace pas trop théorique : ne pas être seul. En effet, non seulement un homme protégé par un groupe est difficile à manipuler, mais parler de son stress permet de l’évacuer. Attention ! Ce groupe doit être constitué de « donneurs d’aide » (l’antithèse du manipulateur).

Happy end. Le petit traité de manipulation se finit bien :

  • La manipulation nous fait nous découvrir, elle nous force à une forme de psychanalyse. Ce qui ne tue pas renforce !
  • Le risque de manipulation pousse au développement de liens sociaux forts. 

Un trésor bien caché

Voici une histoire qui montre qu’il est possible d’échapper à l’apocalypse promise de 2030 en concrétisant la RSE, sans le savoir….
Lorsqu’une personne ou une société, assurée, voit sa responsabilité civile recherchée pour avoir causé des dommages à autrui, elle appelle son assurance RC (Responsabilité Civile), qui lui envoie un expert technique. Le rapport de ce dernier permet à l’assureur de prendre position sur la responsabilité et de calculer l’indemnisation qu’il doit, éventuellement, verser.
Ce processus complexe est très désagréable pour l’assuré qui subit une « crise ». Pourquoi ?
Parce qu’il est inquiet.
Il a besoin qu’un professionnel de confiance lui explique comment va se dérouler cette gestion de crise, et, ensuite comment il va pouvoir en sortir justement et rapidement.
Or le processus ci-dessus est effroyablement complexe et bureaucratique.
Il y a 15 ans, un assureur et un cabinet d’expertise ont eu l’idée de « reconcevoir » ce processus, en utilisant les bénéfices de l’innovation technologique actuelle.
L’idée, révolutionnaire, est de déléguer la compétence « juridique » de l’assureur à l’expert (qui embauche donc des juristes). Dès le signal du sinistre l’expert/juriste intervient, analyse la crise, décide des moyens et propose très rapidement un règlement de sortie de cette crise.
Mieux. L’expert a découvert, que pour 30% des dossiers, l’expertise ne méritait pas de déplacement physique, mais un contact nourri à distance. Tout ceci grâce aux technologies de l’information, bien sûr.
Du coup, le contact avec l’assuré se fait vite, l’expertise est accélérée, les déplacements réduits, et, surtout l’expert est employé comme expert et non comme automobiliste.
Même le contrôle par l’assureur de l’expertise est transformé. En effet, au travers d’un extranet, il suit le dossier, en temps réel. Il peut ainsi faire un « contrôle qualité », selon la terminologie des sciences du management.
25 000 dossiers plus tard, qu’y a-t-on gagné ?
La durée de règlement du sinistre a été réduite, la consommation d’essence des experts a été divisée par 2. L’expert passe plus de temps que par le passé à faire de l’expertise (avant : 50% expertise, 50% déplacement, maintenant 70, 30).
Et tout le monde est content. L’assuré, surtout, qui a une réponse quasi immédiate à ses angoisses. L’assureur, qui a un contrôle parfait d’un processus bien plus efficace et moins coûteux que par le passé. Et l’expert, qui passe beaucoup plus de temps à mener des expertises intéressantes. C’est le nirvana de la RSE et du développement durable.
Mais tout ceci est trop beau pour être vrai ! Paradoxalement, l’assureur n’est pas fier de ce succès. Il n’en parle même pas. Non, sa communication préfère un footballeur !
Je cherche mais quel est le lien avec la RSE?

La RSE devient enfin réalité ?

Et si un des combats de ce blog était en train de se réaliser ? Il est possible que la RSE devienne enfin autre chose que de la communication.

L’état d’esprit des entreprises changerait. Elles auraient compris que la RSE était dans leur intérêt, comme nous le répétons Dominique Delmas et moi. Elles comprennent qu’il est de bonne gestion d’économiser les ressources naturelles. Et, surtout, l’affrontement, et l’exploitation, laisserait la place à la coopération, y compris avec leurs concurrents (mais pour l’intérêt de la collectivité).

L’inversion des raretés demande-t-elle une remondialisation ?

Il y a eu « inversion des raretés ». Jadis l’homme était rare, les ressources naturelles abondantes. Aujourd’hui, c’est le contraire. En quelques décennies la main d’œuvre disponible à doublé. En même temps, la part de la valeur ajoutée humaine dans le PIB a reculé (de 67 à 57%). D’où précarité, travailleurs pauvres, et inégalités sans précédent. Le mécontentement gronde et demande la protection des frontières. Quant à la nature, ses ressources, dont on fait un gaspillage invraisemblable, sont à la limite de l’asphyxie, comme l’avait prévu le Club de Rome.

L’erreur ? Le monde n’a eu qu’une préoccupation : l’économie. Aujourd’hui, elle se fissure sous les coups de boutoir du social. Elle a besoin d’être tenue par les piliers environnementaux et sociaux. Le salut ne peut passer que par « un grand basculement », une « remondialisation » qui transforme la logique de nos modèles de développement. Il faut renverser l’assiette des impôts, du travail vers les ressources naturelles. Il faut « redistribuer », des gagnants vers les perdants, mais à l’échelle du monde. Ce qui signifie pour certains (la Chine) passer de l’investissement productif à la solidarité sociale et pour d’autres, sortir du modèle néocolonialiste d’aide aux pays pauvres. D’où, aussi, nécessité d’une gouvernance mondiale renforcée à laquelle doivent participer les pays émergents.

En fait, l’histoire se répète. Le 19ème siècle a connu la même arrivée massive de main d’œuvre. C’est alors qu’ont été inventés les régimes sociaux, pour désamorcer cette bombe sociale. Mais le changement sera difficile. Nos gouvernants s’agitent dans un mouvement brownien local, court-termiste et populiste. D’ailleurs, les élites mondiales profitent magnifiquement de la situation. Elles ont tout intérêt à la pousser à l’absurde.
Le nom de notre avenir ? « Les trente soucieuses. »
Voilà ce que j’ai retenu d’une présentation par Olivier Ray de son livre, coécrit avec  Jean-Michel Sévérino, Le grand basculement : la question sociale à l’échelle mondiale, chez Odile Jacob. Il était l’invité de L’association nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion (DFCG).

Compléments :

Irresponsabilité, moteur de l’économie ?

Anne Lauvergeon expliquait il y a quelques temps qu’elle a dû se livrer à un exercice contre nature, à savoir s’opposer à N.Sarkozy, qui voulait vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. Ce qui sous-entend, qu’il est normal que l’entreprise soit irresponsable.

À vrai dire, c’est une idée habituelle dans le monde anglo-saxon. Sa justification étant que du mal nait le bien, suivant la théorie de la main invisible d’Adam Smith.
Je me demande parfois si l’irresponsabilité n’est pas une « innovation », c’est-à-dire un moyen élégant de gagner de l’argent. 
  • En effet, être responsable coûte cher. Par conséquent, si l’entreprise se décharge de ce coût sur la société, elle doit gagner plus que ce qu’elle devrait.
  • En outre, il n’y a probablement pas beaucoup de risques à être irresponsable : si l’entreprise met en danger la société, cette-ci devant se sauver, tirera d’affaire le coupable par la même occasion. 

Darwin et Lorenz en ont rêvé, la FSE l'a fait!

50, 17 et 2!
Tiercé gagnant? non bien mieux!

50 car c’est dans ma cinquantième année que je connais l’aboutissement d’une évolution d’espèce unique, l’expert.
17 c’est le nombre d’années d’observation de cette évolution
2 c’est le temps d’une métamorphose éphémère ou éternelle.

La semaine dernière se déroulait l’assemblée générale de la jeune Fédération des Sociétés d’Expertise (FSE) au cours de laquelle la charte RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) a été approuvée à l’unanimité, puis ratifiée par l’AG ordinaire.

Cette charte est née en mars 2010, d’une feuille de route simple : « les assureurs ont défini une charte du développement durable, comment devenir un interlocuteur utile de nos donneurs d’ordre sur ce sujet tendance?« .

Après moins de deux ans de réflexion, conception, conviction, la charte est donc acceptée avec motivation par « les vieux sages du bureau ».
Son originalité, un mélange de simplicité et de profondeur. Elle définit la place et le rôle de l’expert dans la Société et propose des axes pour conduire le changement (merci Christophe) et pour que l’expert puisse jouer ce rôle central unique avec l’ensemble de ses parties prenantes.

Même s’il a fallu une chercheuse universitaire, N. RAVIDAT, le spécialiste de la conduite du changement, C. FAURIE, et le pape des médias sociaux, H KABLA, pour convaincre les Anciens du bureau, leur évolution est remarquable à plus d’un titre :
– En premier lieu, depuis 17 ans, j’observe ces Anciens (m’sai africain) qui sont tous à la tête d’une organisation qui représente l’évolution d’une profession à l’origine libérale, respectée et libre.
Poussée par les assureurs, cette profession s’est structurée, hiérarchisée pour survivre au sens de DARWIN.
Ces individus solitaires se sont adaptés pour évoluer en organisations multi-métiers adaptées à leur nouvel environnement.
Paradoxalement, elle reste en danger!
– En second lieu, ces Anciens sont en fin de carrière – réussie – et ne semblent plus avoir grand chose à prouver, ni à craindre.
– Cependant, leur instinct qui a fait leur réussite, fonctionne toujours avec discernement, et ils sentent ce monde qui ne cesse de se modifier plus vite plus fort, et qui veut leur échapper…
Le projet de charte RSE comme un catalyseur diffus est venu titiller cet instinct animal endormi.
La démarche intellectuelle suivie par ces meneurs d’hommes en 2 ans est remarquable.
Ces Anciens sont passés du sourire condescendant devant ce sujet hochet : le développement durable, à une motivation, qui même contenue, mérite le respect.
Ils ont su voir « Le » projet qui permettra à la profession de répondre à ses défis pour prendre sa place centrale dans son écosystème.
Mais, à y regarder de près, quel intérêt avaient-ils à s’engager dans la démarche que propose une telle charte novatrice, qui impose de conduire le changement avec des parties prenantes aussi puissantes et malvoyantes que les assureurs?
La réponse reste à construire!
J’ose y discerner un message très fort à la génération qui suit :

Nous, les Anciens forts de notre riche expérience, avons pétri ce projet d’avenir. A vous jeunes générations de vous engager sur cette trajectoire. Devenez acteurs de la transformation de notre profession et responsables de notre avenir collectif.

Ce projet ambitieux propose donc, ni plus ni moins, de faire évoluer l’écosystème des experts basé sur le rapport défensif, brutal et destructeur entre capitalisme et éthique vers un modèle de coopération, d’échange, de partage d’intérêts, de co-conception qui s’inscrit dans la durée… comme tout écosystème naturel.

Alors, chapeau les Anciens!
Je ne connais pas d’espèce capable de ce genre de preuve d’amour filial, conscient…!
Je suis donc fier d’avoir vécu cette expérience unique.

Mais désormais le challenge est dans les mains de cette génération suivante. Sera-t-elle à la hauteur de ce projet unique et (ré) volutionnaire? 

« Le plus beau métier est d’unir les hommes » Antoine de St Exupéry

Guerre des générations

L’inattendu du travail de Dominique Delmas sur Konrad Lorenz est la révélation que les années 60 ont été pour certains l’annonce de la fin du monde. Cela paraît étrange, aujourd’hui, qu’une période de paix et de plein emploi, de bonheur tranquille pour beaucoup d’Occidentaux, ait pu susciter une telle angoisse.

Peut-être y a-t-il là une loi de la nature ? Celle appelée par les scientifiques « du jeune et du vieux con » ?
Lorenz dénonçait la génération de la consommation, qui, elle-même, l’accusait d’avoir une guerre mondiale et un génocide sur la conscience. Aujourd’hui, nous condamnons la génération Y, qui nous demandera demain des comptes quant au chômage auquel nous l’avons livrée…
Mais ne sommes nous pas les parents de nos enfants, ne nous doivent-ils pas leurs vices ? Et, à l’envers, ne leur remettons-nous pas les clés du monde, donc, s’ils périssent, n’en seront-ils pas plus responsables que nous ?
Et si la haine intergénérationnelle était un moyen de ne pas assumer ses responsabilités ? Et si nous devions nous préoccuper de faire changer le monde, plutôt que de nous insulter ? Et si nous étions enfin responsables ?

LA RSE, nuisible à l’entreprise ?

Voici une nouvelle qui va attrister Dominique Delmas et Cécile Renouard : The Economist donne l’exemple d’un producteur de bananes qui n’a rien gagné, sinon des ennuis, à adopter une attitude impeccablement responsable (Going bananas).

Pour ma part, je crois que la RSE est une contrainte qui doit rendre créatif, mais la mission principale de l’entreprise demeure économique. Il ne faut pas confondre RSE et père Noël.