RSE nationale

La RSE ? Un truc qui plaît aux jeunes. Voilà ce que j’entends. Les entreprises victimes de la « pénurie RH », deviennent RSE. 

Mais que veut dire RSE ? Responsabilité ! 

Et si notre première responsabilité était de tenir notre place dans la société ? Mais quelle est-elle ? Ne sommes nous pas formés pour savoir tout faire, pour être des « polytechniciens » ? D’ailleurs, ne sommes-nous pas d’infects donneurs de leçons ? Notre Etat ne se prétend-il pas, comme le dit Tocqueville, « tuteur ».  Il n’a jamais vu une usine ou un champ, mais il sait tout sur la politique industrielle ou agricole, et, sans aucun sens du ridicule, ne se prive pas de l’enseigner à l’ingénieur et au paysan. Il n’a jamais rien programmé de sa vie ? C’est un expert d’intelligence artificielle, qui va pondre, sans complexe, un rapport sur le sujet. Ne sommes nous pas comme lui. Des footballers de canapés ?

Or, la vie nous a spécialisés. Nos énarques, par exemple, sont des experts des mécanismes publics nationaux et internationaux. Ils savent tout, et sont enchantés, de rites qui nous paraîtraient le degré zéro de l’intelligence. 

Et si, au lieu de donner des leçons aux autres, nous cherchions à comprendre ce que la vie, à défaut de l’Education nationale, nous a appris ? Et si nous en devenions des professionnels ? 

Seulement, la responsabilité ne s’arrête pas là. Nous sommes aussi des citoyens. (A suivre.)

Politique et ordre public

L’ordre public était ce que faisait respecter la police de l’Ancien Régime, ai-je lu quelque-part. 

A y bien réfléchir, c’est peut-être aussi l’obsession des régimes dits « autoritaires ». 

Quel en est l’intérêt ? Nos débats politiques tendent à être des « plans sur la comète ». Principes idéaux, nobles idées. Mais on n’en mesure pas les conséquences. On ne fait pas « d’étude d’impact ». On ne tient pas compte de ce que la systémique nomme « énantiodromie » : le fait que l’utopie donne son contraire. 

En fait, par certains côtés, c’est le « principe de précaution », si difficile à utiliser, voire la RSE.

Toute la complication du politique est de trouver le juste milieu entre un conservatisme inadapté au changement, et le délire destructif de l’utopie. 

Héritage

« La Cour constitutionnelle allemande a jugé jeudi que la loi de 2019 sur la protection du climat, qui prévoit des réductions d’émissions au cours de la prochaine décennie, était en partie inconstitutionnelle car elle transférait le fardeau des réductions les plus douloureuses sur les générations futures. Ce qui viole leurs droits constitutionnels, a jugé le tribunal, car «des mesures suffisantes pour de nouvelles réductions des émissions après 2031 font défaut» » lisait-on dans la lettre de Politico.eu de vendredi dernier.

Du coup, l’Allemagne se demande comment faire vite et bien ces réductions. 

Voilà un précédent dont nous devrions nous inspirer ? Peut-être serait-il temps, dans notre politique de « RSE » nationale, de tenir compte de nos descendants ? 

Danone : du plomb dans le lait ?

Le départ du PDG de Danone serait moins une question d’impact que de règlement de comptes internes. Il aurait mécontenté beaucoup de monde, qui aurait pris l’excuse d’un mouvement d’humeur de quelques activistes pour le licencier. (Article.)

Toujours est-il que c’est un avertissement à tous ceux qui croyaient qu’il suffisait de promettre un impact pour être invulnérable et attirer des fonds. 

Mauvais impact

Danone, entreprise à « impact », a des ennuis avec ses actionnaires. 

Il se trouve que j’ai travaillé à la question de la RSE à l’époque où ISO 26000 n’était pas encore adopté. Je me demandais alors ce qu’allait donner ce courant. Eh bien, maintenant, tout le monde est RSE.  

Je soupçonne que la RSE est la stratégie des dirigeants qui n’ont pas de stratégie. Du coup, la RSE a un impact imprévu : très satisfaits d’eux, ils oublient de faire leur métier de dirigeant. 

Mais, au fait, la RSE, qu’est-ce que c’est ? Assumer ses responsabilités d’être humain. Je me souviens d’un dirigeant dont l’entreprise, familiale, était devenue RSE à la suite de l’entrée d’un fonds dans son capital. Il avait eu la surprise de découvrir qu’elle était RSE depuis toujours. 

L'éléphant et l'écologiste

Dans le combat climatique, la stratégie des écologistes est d’étouffer « l’ennemi ». Wikipedia donne un exemple de cette stratégie. Les fiches de leurs opposants servent à démontrer que ceux-ci sont des manipulateurs. (N’utilisent-ils pas les mêmes techniques que celles des écologistes ?)

D’ailleurs, cela n’est pas faux. Devant l’efficacité de cette tactique, de gauche, M.Sarkozy, et les néoconservateurs, plus généralement, l’ont employée.

Les principes de la RSE sont une autre forme de démocratie. Il s’agit de prendre en compte l’opinion des « parties prenantes » concernées par un sujet. Ce n’est plus une question de qui a raison entre écologistes, climato-sceptiques ou autres Gilets jaunes. C’est la fable des aveugles et de l’éléphant. Chacun a une vision partielle d’un « tout » qu’il ne peut pas concevoir. Mais une fois que ce « tout » est apparu, résoudre les problèmes individuels est évident.

Contre le GIEC ?

Il y a quelque-chose d’étrange. Il y a vingt ans, dans un cours, j’avais pris le réchauffement climatique comme exercice de « stratégie en environnement incertain ». Ce qui m’avait amené à faire une enquête et à lire une excellente étude sur le sujet. Et pourtant, je me méfie du GIEC. Et, je me demande si cette méfiance n’est pas partagée par beaucoup de gens. Mystère ?

Des organismes comme le GIEC sont des lobbys, ce qui discrédite leur discours. D’autant qu’ils ne tiennent pas compte d’autres opinions, même pas des travaux antérieurs du Club de Rome, pour le GIEC. On ne peut pas parler de RSE, et ne pas appliquer ses principes.

(A l’origine de tout cela, il y a un manque de confiance vis-à-vis de son prochain ?)

RSE : ne nous moquons pas des entreprises ?

On se gausse de la RSE. L’entreprise veut nous faire croire qu’elle se préoccupe de développement durable, nous dit-on.

Mais la société a-t-elle des leçons à donner à l’entreprise ? Le principe de la RSE, c’est le « dialogue avec les parties prenantes ». Or, la caractéristique de notre époque, c’est la pensée unique, la croyance en un bien absolu que l’on aurait découvert. Il faut que les Gilets jaunes hurlent pour que l’on sache qu’ils existent. Même les chercheurs ne cherchent plus. Ils ont trouvé. Ils n’en ont que pour le réchauffement climatique. C’est un des paradoxes de notre monde. L’individualisme de Woodstock a produit un conformisme sans précédent. Faire ce que je veux, c’est ne plus penser ?

Tout cela est bien peu systémique. La systémique nous dit que la solution n’est pas où nous la cherchons. Pour la trouver, il faut un rien d’ouverture d’esprit. Notre prochain changement ?

(Un livre sur le sujet.)

Qu'est-ce que le libéralisme ?

Etes-vous libéral ?

Mot mystérieux.

Le Robert dit, en substance, pour libéralisme : 1) liberté politique, de conscience, individuelle (vieilli) ; 2) le libre jeu de l’entreprise ne doit pas être entravé (moderne) ; 3) respect à l’égard d’autrui.

Aux USA, les « libéraux » sont les démocrates, donc la gauche (« bobo » – riche).

En France, les libéraux, lors des dernières élections, votaient F.Fillon. On les dépeint ordinairement comme des habitants de Neuilly. Autrement dit des rentiers âgés, qui défendent leurs avantages acquis, et ne reconnaissent pas leur dû à la collectivité.

Etrangement, si l’on en reste à la définition 2) du Robert, autour de laquelle les acceptions modernes de libéralisme semblent tourner, il y a un sens de « libéral » qui n’est pas exploité. Dans le domaine de l’entreprise, la France fait preuve d’une extraordinaire hypocrisie. Officiellement, il est honteux d’être entrepreneur. Malheureusement une nation sans entreprise, ce n’est rien, même pas l’Union soviétique. Elle a donc transformé l’entrepreneur en un criminel en sursis, sur le dos duquel elle vit, sans le dire.

Et si le libéralisme consistait à réconcilier la nation avec l’entreprise ? Et à faire de l’entreprise un membre de la société dont elle est fière ? Le « champion national » au sens propre ?

Google bien public

De grands publicitaires anglais poussent Google et Facebook à se doter de régulateurs indépendants, disait, en substance, le Financial Times.

Une de mes vieilles idées : ces réseaux sont des monopoles, ils auraient besoin d’une régulation pour bien public. Cela n’exclut pas la propriété privée : les routes sont confiées à des concessionnaires, The Economist possède une sorte de comité d’éthique, par exemple.

Cela réduirait peut-être leur liberté de manoeuvre, mais, surtout, cela les déchargerait de lourdes responsabilités, et les rendrait peut être sympathiques. Compliqué à réussir ? Ou, plutôt, intéressant exercice de RSE, mondial ?