Risible gauche ?

L’élection de François Mitterrand fut-elle le chant du cygne de la gauche ? Aujourd’hui, elle est en miettes, constatait la revue de presse de France Culture, ce matin. 

Cela m’a fait penser à François Hollande et Ségolène Royal. Ils ont beaucoup de choses en commun. D’abord d’avoir eu plusieurs enfants ensemble, et d’avoir grandi dans l’ombre du président Mitterrand. Ensuite d’avoir été deux des champions du PS. Ils l’ont représenté à deux élections présidentielles. Finalement, qu’une forme très particulière de ridicule leur soit attaché. Quelque-chose qui paraît très rare. Pour trouver mieux, il faut peut-être remonter à Valéry Giscard d’Estaing. 

Faut-il en appeler à Bergson ? Le rire, dit-il, est un signal d’alarme. Est risible ce qui est « contre nature ». La gauche, emmenée par son couple vedette, aurait-elle décollé de la réalité ? Elle sera à nouveau puissance politique le jour où elle ne sera plus risible ? 

Gouvernement silencieux

Depuis que M. Hollande est arrivé, le pays est étrangement calme. Et c’est reposant. Décidément Hollande est l’anti Sarkozy ! M.Sarkozy voulait donner l’illusion de l’action par l’agitation frénétique, M.Hollande semble croire qu’il ne sert à rien de masquer son impuissance.

Mais pourquoi cette impuissance ? Plus d’idéologie ? Le sentiment que la dette de la France retire à son gouvernement ses moyens d’action ? Pourquoi ne s’inspire-t-elle pas de l’entreprise qui sait se transformer justement lorsqu’elle n’a plus de moyens ? N’est-ce pas de ce type de changement, structurel, dont a besoin le pays ?
La presse prévoit des mouvements de mécontentement. J’en doute. Il me semble qu’il n’y a que la gauche qui ait une capacité d’agitation.
Et elle le démontre. Elle chasse les Roms, elle abaisse le prix du pétrole, elle parle favorablement de l’énergie nucléaire. Demain elle autorisera l’exploitation du gaz de schiste et les OGM ? Et voilà que le président, socialiste, du Sénat défend le cumul des mandats. (Mais Ségolène Royal l’avait précédé : n’a-t-elle pas dit qu’une ministre devait son poste à son origine ?)
Le socialisme est-il un égoïsme, voire un sophisme ? Un opium du peuple qui permet de prendre le pouvoir, de museler le mécontentement, et de satisfaire ses ambitions personnelles ?

Hollande gagne, Sarkozy perd ?

Il semble que The Economist a vu juste : François Hollande est le gouvernant européen ayant le pouvoir le plus solide. L’Homme Normal est en position de Dirigeant de Droit Divin, comme de Gaulle et Louis XIV. L’excuse n’est pas permise, dans ces conditions. Et le pays, devenu totalement irresponsable, est à son plus critique. En outre, c’est au moment où Mme Merkel a pu gouverner avec des alliés de son choix que ses difficultés ont commencé… Les contre-pouvoirs ont l’avantage de diluer les responsabilités et d’aider à penser.

J’ai aussi l’impression qu’au sein de l’UMP la tendance Sarkozy a essuyé un revers. Cela signifie-t-il que c’est plus lui que son parti qui a perdu les présidentielles ?

Compléments :

  • J’ai aussi entendu Mme Aubry attribuer la défaite de Mme Royal à une traîtrise : les votes de la droite et de l’extrême droite. Discrimination ? Le votant à droite serait-il un pestiféré, un non-Français ? me suis-je demandé. La gauche va-t-elle gouverner pour les siens ?

M.Hollande et les femmes

Les femmes de M.Hollande se querellent en public, nous dit-on. Comment va réagir l’électeur français à cette nouvelle ?

M.Hollande semble avoir une idée du couple qui n’est pas traditionnelle. Il s’associe à des femmes qui paraissent avoir un fort caractère. Peut-être même un caractère insupportable au commun des hommes (une explication des déboires actuels de Mme Royal ?). Serait-il une sorte « d’homme objet » ?

Que peut en penser notre opinion, culturellement machiste ? Est-ce là les vertus qu’elle associe à un président de crise et de rigueur ? Réponse : dimanche soir ?

DSK et la justice

L’affaire DSK soulève un curieux nombre de paradoxes.
Dans un premier acte on voit DSK aux mains de la police, républicaine. L’agression à peine rapportée, pas une hésitation, la police entre en action, il est interpellé, sorti de son avion, humilié, jeté dans un cul de basse-fausse.
Arrive maintenant la justice, démocrate. DSK est défendu par l’avocat des rappeurs et de la mafia. En face de lui une immigrée fraichement arrivée d’Afrique. Tactique : terroriser puis proposer beaucoup d’argent, et clore l’affaire sur un compromis. Le mot « justice » est-il américain ? Cela expliquerait-il que le petit peuple policier veuille se faire justice par ses propres moyens, en bousculant un peu l’intouchable DSK ?
Quant à la France, elle croit massivement à un complot. Qu’une immigrée africaine, mère célibataire, vivant dans le dénuement, puisse être victime d’un tartuffe, oligarque et sadique, rencontre notre incrédulité. Mais où est Victor Hugo ? (et ou est Ségolène Royal ?) Qu’est-ce qui a, à ce point, transformé nos valeurs ? Lavage de cerveau magistralement réussi par notre élite ? Ou étions-nous des hypocrites depuis toujours ?…
Finalement, il y a N.Sarkozy. Il se dit américain, alors qu’il ne parle pas anglais et qu’il exaspère les Américains. DSK, lui, se dit socialiste et français alors qu’il est totalement intégré dans la culture de la très haute société américaine. Cela pourrait-il rendre sympathique notre président ? Mais le Français veut-il un président sympathique ?
Compléments :

Ségolène et Nicolas

Au hasard d’un livre de Jeanne Bordeau (Les nouveaux codes du langage), je découvre son analyse du discours des finalistes de l’élection présidentielle. Je  n’avais rien compris à ce que disaient les candidats.
  • N.Sarkozy parle du « travail pour tous », il veut « impliquer tous les Français ». « Idéal de l’action ». Effectivement, c’est bien lui. Mais ne nous disait-il pas qu’il voulait nous transformer à son image ? Je ne crois pas que nous étions d’accord… Par ailleurs il cherche une « identification à sa personne ». Nous devions lui faire une confiance aveugle, pendant qu’il transformait le pays ? À notre réveil il aurait été neuf et beau, et nous aurions remercié notre président ? Mais nous ne pouvions comprendre le génie de ses intentions ?
  • S.Royal voulait des « régions qui piloteront des aides économiques ». Plus curieux : elle « délaisse « socialisme » », « elle ne l’emploiera pas une fois dans son discours d’investiture »… Sorte de libéralisme régionaliste de gauche ?
Les candidats disent effectivement ce qu’ils sont, mais nous ne les entendons pas. Vive l’analyse de langage ! 

Politique : victoire du silence

Depuis quelques mois mon estime pour Martine Aubry est en hausse. Bizarrement, je ne sais pas ce qu’elle fait. Elle est calme, posée… ? Une stature de chef d’état ? Surprise : je ne suis pas le seul dans mon cas.

Plus curieux : moins un homme politique parle, plus il est haut dans les sondages : Dominique Strauss-Kahn, Jacques Chirac, Martine Aubry, François Fillon.

Effet Sarkolène ? Et si le Français était usé par l’activisme brownien de notre Président et de son ex principale opposante ? S’il voulait un retour à l’ancien régime ?

Compléments :

La retraite de M.Sarkozy

France culture : interview de Francis Brochet qui vient de publier un livre sur M.Sarkozy.

Il dit que M.Sarkozy et Mmes Parisot et Royal sont les agents d’une « rupture ». Quelle rupture ? D’après une enquête ultérieure, ce serait la victoire de l’individualisme et du libre échange. La dissolution de l’état.

Plus curieux : M.Sarkozy ne serait pas candidat aux prochaines élections. Il rêve de s’enrichir immensément, et de remplir d’admiration sa compagne.

Qu’envisagerait-il ? Le modèle du président américain qui après une ou deux élections exploite sa notoriété pour faire fortune ? Ou celui, bien plus efficace, de l’oligarque russe, qui détache une partie de l’état à son profit ?

Fils d’appareil

J’ai entendu M.Fromantin dire que Jean Sarkozy n’a pas de projet pour l’EPAD. D’après ce que l’on m’a expliqué des hommes politiques, ils sont tous ainsi : ils n’ont pas d’objectif pour la nation, ce qu’ils aiment c’est le « pouvoir » : notoriété, grand train de vie, discours, élections, intrigues, coups de théâtre…

Une classe politique peu préoccupée de nos intérêts

Et le résultat n’est pas très bon pour nous. Par exemple, voici ce que je perçois des trois leaders politiques français les plus remarqués :

  1. N.Sarkozy et S.Royal sont faits sur un modèle identique d’agitation brownienne.
  2. M.Aubry (fille de son père) possède une pensée politique qui s’est apparemment épuisée avec les 35h. D’ailleurs ce qu’elle a d’exceptionnel n’est-il pas sa capacité à diriger le PS, en dépit de luttes de factions incessantes, et d’un soutien minoritaire ? Autrement dit sa maîtrise des rouages de l’appareil ?

Jean Sarkozy pourrait être vu comme une illustration de la théorie du capital social de Pierre Bourdieu (selon laquelle la fortune, au sens ancien du terme, d’un homme dépend de sa place dans la société), cependant je me demande si celle de Merton sur la bureaucratie n’est pas plus appropriée :

La politique française victime des partis politiques

Robert Merton avait remarqué que les strates bureaucratiques suivaient des objectifs qui leur étaient propres. C’est le « détournement de but ». Il y avait « ritualisation », le moyen était révéré plutôt que la fin, l’intérêt de l’organisation globale. C’est ainsi que les directions de la communication font de belles campagnes de communication, sans toujours s’inquiéter de l’utilité d’une campagne de communication pour l’entreprise, que les directions techniques aiment la technique pour la technique, etc.

Notre système politique semble fonctionner de même. Il a une existence indépendante de celle de la nation. Il produit des êtres à son image, qui a leur tour le reproduisent. La raison du phénomène, comme pour la bureaucratie, est la professionnalisation. L’homme politique est un rouage d’une organisation, le parti politique.

En fait, le parti est fruit de la nécessité :

  • Pour se faire élire, il faut se faire connaître. Le coût de la publicité nécessaire est colossal.
  • La carrière politique ne peut être que continue, car un politique aura beaucoup de mal à trouver un autre type d’emploi.

Jadis les hommes politiques avaient une fortune, aujourd’hui ils ne l’ont plus, et ont besoin de l’aide d’un appareil.

Or, le parti et ses rouages vont probablement à l’encontre des principes de notre démocratie : nos élus ne devraient-ils pas être une sorte d’échantillon représentatif de la nation, qui exprime ce que Rousseau appelait « la volonté générale » ?

Une politique sans partis ?

Quelques pistes, à creuser, pour éliminer les structures politiques, dissoudre appareils et professionnels :

  • Réduire le besoin d’hommes politiques à plein temps. Découper les fonctions électives, de façon à ce qu’une grande partie d’entre elles soit accessible au bénévolat.
  • Faciliter la publicité aux actions et à la pensée des « meilleurs d’entre nous », probablement des gens dévoués à la cause commune sans être engagés dans la politique professionnelle. Le web social a peut-être des choses à dire sur le sujet.
  • Réduire les coûts de reconversion en fin de mandat électif.

Compléments :

  • Merton, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968.
  • Un autre système qui aurait dû n’être fait que de bénévoles dévoués à la communauté et qui est devenu un appareil : Sociologie des syndicats.
  • Les techniques « d’auto-gestion » de bien communs (sans nécessité d’appareils) : Governing the Commons.
  • Le contrat social / Rousseau.

François Hollande

Il était interviewé hier par France Culture. Souvenirs :
  • Une remarque assassine sur le référendum organisé par Martine Aubry (moins de 50% de participation) semble laisser entendre qu’il n’est pas de son bord. D’après ce que je retiens de précédents épisodes, il n’est pas non plus de celui de Ségolène Royal. Pas grande unité au PS. Que des individualistes ?
  • Que pense-t-il du cumul des mandats ? Attendons une loi. Car, si le PS bouge le premier ses élus seront défavorisés par rapport à ceux de l’UMP. Logique inaccessible à mon esprit. Ce qui l’est moins est que M.Hollande a deux mandats.
  • La stratégie ? C’est l’alternance. Les Français vont se lasser de l’UMP. Ça c’est un programme. Je me demandais à quoi un politique pouvait occuper ses années d’opposition…
  • Une inquiétude toutefois : la dette nationale. Quand le PS sera au pouvoir, il ne pourra plus dépenser.
Avec des gens comme cela, on est bien partis.