Crise grecque

La Grèce s’agite. L’intelligentsia anglo-saxonne prédit la disparition de la zone euro. Avec raison ?
La Grèce est entrée dans l’euro pour être contrainte de se réformer. Le grand moment est arrivé. Cependant, elle ne pourra trouver de solution que si les « parties prenantes » de son sort sont convaincues de la gravité de la situation et de la détermination des concernés. La crise est une étape inévitable du changement. Je ne suis pas sûr que l’on puisse en dire beaucoup plus.
Compléments :

Stagflation

L’économiste Nouriel « doom » Roubini pense que nous pourrions affronter des temps difficiles.
Les biens de consommation sont en forte croissance. Inflation partout. L’économiste se réjouit : le chômage fait que les salaires n’ont pas la capacité de suivre et de provoquer une inflation durable. Mais voilà, une révolution en Égypte pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier. Cette fois-ci ce serait la plongée. Comme en 74 : dépression et inflation.
(Ce qui serait curieux serait que les révolutions du Moyen-Orient viennent, au moins en partie, de l’augmentation du prix des biens de consommation…)

Fin de crise ?

Quel avenir pour le monde ?
Nouriel Roubini, à son habitude, broie du noir :

Les problèmes liés à la difficulté de contrôler l’endettement privé doivent être résolus par des défauts de paiement, des réductions de dette et la conversion la dette en actions. Si, au contraire, l’endettement privé est trop socialisé, les économies avancées devront s’attendre à un avenir sombre : de sérieux problèmes de contrôle de la dette privée, publique et extérieure ainsi qu’une paralysie des perspectives de croissance économique.

Quant à Robert Shiller, qui a fort bien prévu l’imminence des deux dernières crises, il estime que l’avenir, comme leurs conséquences, est insondable, car le monde est chaotique.
Ma conclusion ? Lendemains peu riants, mais le plus dangereux serait de rester paralysé.
Compléments :

Château de cartes

Fascinante fragilité du système économique américain.

Tous les crédits hypothécaires américains sont en train de faire défaut. Après les subprimes, à destination des insolvables, les prêts plus sûrs s’effondrent les uns derrière les autres. La catégorie supérieure est sinistrée, elle concernait des personnes susceptibles aux crises, et on y avait fait entrer quelques bataillons d’insolvables lorsqu’on a compris que les subprimes étaient discrédités. Et bientôt les crédits pour employés solvables : les licenciements massifs ont raison d’eux. (Move over, subprime.)

Dr Doom, Nouriel Roubini (Roubini: Anglo-Saxon model has failed), pour sa part, pense que le système bancaire américain a été incorrectement soigné. Il ne pourra pas reprendre un fonctionnement normal, et continuera à assécher l’économie pour les années à venir.

Je m’interroge. Est-ce qu’un système qui protégerait un peu mieux l’homme ne serait pas moins susceptible à de pareils effets pervers ? Et en lui offrant un peu de confort et de sécurité, peut-être l’encouragerait-il moins à se lancer dans des aventures insensées ?

Dr Doom

L’Amérique a-t-elle été aux prises avec une très longue crise de folie ?

Discussion hier soir avec Fouad Sassine, qui vit aux USA. Il me parle de Nouriel Roubini, un économiste très écouté, depuis peu. Il annonce l’apocalypse.

Je me renseigne. Si j’ai correctement compris, il dit que nous nous tenons tous par la barbichette. Il ne faut pas sauver uniquement les banques et leurs crédits douteux, mais aussi ceux qui ont emprunté inconsidérément, et les entreprises saines qui risquent de se trouver privées de cash à court terme si les banques sont insolvables.

Par rapport à ce que j’attendais, il est optimiste. Pour les USA : récession de 18 mois, 3% de perte de PIB, et 10% de chômage (ce chiffre semble faire consensus). Ce n’est rien par rapport à la crise asiatique (-10% de PIB) et à celle de 29 (- 25% de PIB).

Le plus inattendu. Un appui à une idée récurrente de ce blog. Je crois que l’Amérique, depuis une vingtaine d’années, a été prise d’une crise idéologique sans précédents. Un nouveau millénarisme. Le marché totalement non régulé devait conduire le monde. Le rôle de l’Amérique c’était installer ce marché. D’où dix faillites de pays émergents (dont la crise du Sud est asiatique, et le désastre russe), la nouvelle économie et la bulle Internet, la guerre d’Irak. Et bien, le point culminant de cette crise de folie aurait été les USA sous la présidence de George Bush :

Nous sommes en train de sortir de huit ans d’une administration fanatique, zélote du marché libre, qui s’est opposée à toute réglementation financière. A cause de leur stupidité, nous sommes plongés dans la plus grave crise financière depuis la crise de 1929. Et maintenant, ils tombent dans l’excès inverse.
(…) Mais si l’on veut blâmer le régulateur, il faut d’abord regarder du côté de l’administration qui ne croyait pas à la supervision des marchés. Vous rendez-vous compte ! On accordait des crédits immobiliers à des gens sans leur demander leurs fiches de salaires, avec le moins de documents possibles, sans exiger d’acompte, en les attirant avec un taux d’intérêt très attrayant au départ. Cette administration croyait soit disant à l’auto-régulation. En fait, elle ne voulait surtout pas de réglementation. Elle croyait dans la discipline des marchés, on a vu que cela ne veut rien dire. Elle parlait de gestion des risques, mais les managers se sont appliqués à les ignorer… Il ne faut pas blâmer le régulateur. Le vrai responsable, c’est l’administration Bush qui a encouragé ce laisser-faire.

Compléments :

  • Le texte que je cite (qui donne les coordonnées du Blog de Nouriel Roubini) : GASQUET (de), Pierre, ROBERT, Virginie, Nouriel Roubini : Nous n’échapperons pas à la pire récession depuis quarante ans, Les Echos.fr, 24 septembre 2008.
  • Un article de Jeffrey Sachs, qui me semble d’accord avec Nouriel Roubini sur ce qu’il faut faire : How to fix the US Financial Crisis (http://www.sciam.com/). Il ajoute que les USA vont devoir relancer leur économie en exportant et en favorisant la consommation asiatique. (D’où politique monétaire appropriée.)
  • Sur la crise idéologique qui a (?) secoué les USA : Grande illusion, Neocon, Consensus de Washington.
  • Pourquoi les pays repliés sur eux-mêmes menacent les USA : Démocratie américaine.
  • Sur ce qui semble l’idée générale des solutions proposées à la crise : And now the Great Depression.