Les journaux anglo-saxons ne parlent que de « double dip », d’une nouvelle récession pour les USA, mais aussi pour l’Europe.
Étiquette : Roosevelt
Jean-Claude Trichet
De Gaulle et Churchill
Redépart de crise ?
Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.
Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.
L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?
Obama et l’Europe
Chronique de France culture qui semble dire que les relations Obama / Europe sont fraiches. Il aurait beaucoup plus d’intérêt pour les « puissances de demain » que sont l’Inde et la Chine.
- Risque-t-il de négliger (ou de nuire à) un ami, pour s’attirer les bonnes grâces de pays qui lui sont fondamentalement hostiles ?
- Faut-il voir dans son comportement l’attitude instinctive d’une certaine classe américaine (notamment Roosevelt et l’élite politico-économique clintonienne) qui assimile l’Europe au mal, à un passé révolu, et les BRIC (la Russie en moins depuis l’arrivée de Poutine) à des pays jeunes, simples et rationnels, des pays qui ressemblent à l’Amérique, et avec qui l’on peut faire des affaires ?
Compléments :
- Obama n’aime pas Sarkozy, apparemment pour des raisons non rationnelles : Style d’Obama (3).
- Sur la pensée de l’Amérique vis-à-vis de l’Europe et du monde : Reluctant crusaders / Dueck, American visions of Europe.
- Sans rapport direct : suite du feuilleton de la réforme de la santé, discours de B.Obama au congrès. Pas bluffant, me semble-t-il, toujours trop mou et intellectuel, pas assez combattif. Liveblogging Obama’s health speech, Obama’s prescription for America. Mais, j’ai probablement tort. J’ajoute un article intéressant sur l’intérêt de la réforme pour le reste du monde.
American visions of Europe
- Roosevelt paraît le parfait apprenti sorcier qui veut manipuler le monde sans rien en connaître.
- Kennan connaît la culture des pays européens, et croit que le nazisme et le communisme ont un revers honnête vers lequel il est possible de faire basculer l’Europe et la Russie. Voilà les bases mêmes des techniques de conduite du changement : utiliser les hypothèses fondamentales de sa culture pour amener un groupe dans une direction désirée (cf. Edgar Schein). Mais c’est un homme de conviction, de mots, et pas d’action. Or, le facteur clé de succès du changement c’est son contrôle.
- Quant au donneur d’aide Acheson, s’il n’a pas réussi ce qu’il voulait, il a peut-être été le catalyseur d’un changement colossal, sans précédent. En peu d’années l’Allemagne est redevenue souveraine, l’Europe a enterré des siècles d’hostilité, les Européens de l’Ouest ont trouvé la sécurité, l’OTAN a été créé, ainsi que la CECA, le fondement de l’UE. D’ailleurs l’UE n’est-elle pas, du point de vue américain, un compromis idéal ? Un moyen terme optimal entre les idées de Kennan et celles de Roosevelt ? Suffisamment forte pour contribuer à la résistance au communisme, suffisamment prospère pour être un grand partenaire économique des USA, suffisamment divisée pour ne pas pouvoir présenter de danger pour les USA, qui en tirent facilement les ficelles ?
- Précédent billet sur l’Europe : Idée d’Europe.
- L’histoire de la Russie : Changement et Russie.
- Techniques de changement : Culture et changement (sur les hypothèses fondamentales et Edgar Schein), Donneur d’aide et animateur du changement (caractéristique d’Acheson ?), Contrôlez le changement ! (facteur clé de succès).
Paul Jorion
Paul Jorion est interrogé par France culture. Ethnologue belge, qui a longtemps enseigné aux USA, et qui s’est installé récemment en France, il aurait prévu l’actuelle crise.
Système financier qui ne se réformera pas tant que sa réforme sera confiée à ses membres ; Obama, loin d’être un second FD Roosevelt, ne fait rien ; par conséquent une décennie au moins de crise devant nous ; elle sera l’occasion probable de la renaissance d’un débat intellectuel mort de certitudes. L’avenir serait à la solidarité, après une ère de cupidité agressive, qui nous promettait une fin rapide et peu glorieuse.
Complément :
- Autre scénario d’évolution :Le retour des nations.
Crise : destruction destructrice
Simon Johnson propose une explication de la crise américaine (mère de la crise mondiale) : la destruction des règles qui assuraient l’équilibre des pouvoirs entre organismes économiques. Le phénomène se reproduit périodiquement ; si l’on en croit l’histoire, il faudra 10 ans pour reconstruire cette infrastructure de règles. C’est intrigant :
- L’idée d’une législation qui cherche à maintenir l’équilibre des forces rappelle la théorie de Rousseau selon laquelle il ne peut y avoir de liberté sans égalité, égalité étant justement entendue au sens de Simon Johnson : égalité de forces (et non au sens de l’égalitarisme moderne).
- Pour moi la crise vient du manque de solidarité du tissu social (la société occidentale est individualiste), qui est périodiquement pris de passions et de peurs (« greed and fear »), incontrôlables de ce fait. M.Johnson aurait une vision un peu plus organisée de la société que la mienne. Pourquoi pas.
- La théorie de Simon Johnson est corroborée par Galbraith, notamment, qui observe que les classes économiques cherchent en permanence à court-circuiter les règles qui les contrôlent de manière à déconnecter l’économie de la réalité. Les crises, dans ces conditions, correspondraient au succès périodique d’attaques de parasitisme.
- L’idée de la reconstruction du tissu social prenant une décennie rejoint les observations de John Kotter concernant la rénovation de la culture d’une organisation qui demanderait une quinzaine d’années. Mais cette rénovation a-t-elle commencé ? Une erreur concernant M.Obama est qu’il n’est pas un « leader » du changement désiré par M.Johnson. Certes il a parlé de changement pendant sa campagne, mais ça n’en fait pas Roosevelt. En effet, il a commencé à batailler en 2006, époque de béatitude capitaliste. Son projet était probablement celui de Tony Blair : pousser le marché au maximum de son efficacité (il est entouré de prix Nobel) mais en répartir les profits d’une manière plus socialiste que par le passé (= changement). C’est pour cela qu’il replâtre. Il est donc possible que la réparation n’ait pas commencé, et que les palliatifs utilisés ne fassent que la rendre plus difficile.
KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.
Méfiez-vous de l’Occident
Le paradoxe est l’outil du changement. Et parmi les paradoxes du moment, il y en a un énorme : 3 hommes heureux. Les USA ont élu un président rayonnant, Barak Obama ; Gordon Brown a retrouvé le sourire ; et Nicolas Sarkozy ne s’est jamais senti aussi bien.
Et si cette crise montrait la force de ces nations, que l’on avait enterrées un peu vite ?
On les accuse de tous les maux (colonialisme, impérialisme…). D’ailleurs elles sont condamnées mécaniquement par la puissance des pays émergents, qui ne se privent pas d’annoncer leurs ambitions. Que la vengeance sera douce !
Elles attendent leur fin avec résignation, écrasées par le sentiment de leur culpabilité et de leur fragilité. Nous sommes des loosers. Faux.
Le monde a adopté nos valeurs : la démocratie, l’économie de marché, la science, les droits de l’homme (l’individualisme)… Elles étaient tellement naturelles pour nous, qu’elles le sont devenues pour lui. À tel point qu’il nous a chassés en leur nom. Et maintenant, il se rend compte que quels que soient nos vices, les siens sont bien plus grands. Le Président Mugabe n’est qu’un exemple d’une règle qui ne semble pas avoir d’exceptions. D’ailleurs, les nouveaux pays mercantilistes, qui pensaient se venger de nos méfaits avec nos armes, pourraient se trouver piégés par elles. Auraient-ils dévoilé leurs batteries trop vite ?
La force de l’Occident est qu’il s’est, en partie, immunisé contre les maux qu’il crée. Conformément aux traveaux de psychologie de l’optimisme, la crise le stimule. Regardez MM. Brown, Obama et Sarkozy.
Le monde doit apprendre à nous respecter, parce que nous sommes redoutablement dangereux. Nous sommes les barbares des temps modernes. Nos innovations dévastent le monde comme jadis les hordes mongoles. Et nous sommes indispensables : nous sommes les plus avancés dans la maîtrise des ficelles que nous avons inventées, et qui règlent la vie de la planète.
Compléments :
- Digression sur le cas français. Bien que nous soyons les ennemis héréditaires de l’Angleterre et ayons des relations ambigües avec l’Amérique, notre culture est la plus proche de la leur que l’on puisse trouver. Notamment en termes d’individualisme.
Et nous avons une caractéristique qui exaspère l’Anglais : renaître de nos cendres, au moment même où il pensait s’être débarrassé de nous.
Ce n’est pas uniquement vrai des victoires du XV de France. Ça a aussi été le cas à Valmy ou une armée de gueux, d’un pays en proie à l’anarchie, a mis en déroute la coalition des armées européennes. Et en 40 lorsque de Gaulle, général provisoire auquel la BBC avait accordé une pièce, seul et sans amis, et que Roosevelt a toujours pris pour un fantoche, a reconstitué une puissance venue d’un autre âge (Tome 2 du De Gaulle de Jean Lacouture). La France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est humble, convaincue de sa médiocrité. - Optimisme. Le leader du changement est stimulé par l’échec (!). Un exemple : Sarkozy en leader du changement. Autre exemple et références aux travaux de Martin Seligman : Lyon et Fiorentina.
La fin de Tocqueville
L’Ancien régime et la Révolution, c’était la France d’aujourd’hui. On y voit même les germes de l’URSS. Tous les travaux sur les USA pâlissent devant De la démocratie en Amérique. Mais Tocqueville y prédit un monde partagé entre la Russie et l’Amérique. Une prédiction extraordinaire il y a encore vingt ans. Mais maintenant ?
- Ailleurs, il décrit l’Amérique latine comme une désespérante anarchie : est-ce toujours le cas ?
- Encore ailleurs, il observe que la Présidence des USA est conçue pour attirer les médiocres, meilleure garantie contre une dictature. Roosevelt était-il un médiocre ? (D’ailleurs n’était-il pas un rien dictateur ?) Et Obama ? Et les conseillers des présidents sont-ils des médiocres ?
- Surtout, le billet précédent et quelques autres me font me demander si ce n’est pas la France qui pourrait mieux le faire mentir. La multitude de castes, de petits privilèges, qui la constituent pourraient disparaître sous le rouleau compresseur de la rationalisation mondiale. Une caractéristique du capitalisme selon Max Weber.
Tocqueville et Montesquieu ont été probablement le triomphe de l’esprit systémique propre à la noblesse. Mais le monde est imprévisible, même pour le plus grand esprit.
Compléments :
- La disparition des castes, en France, voir la note précédente et ses références.
- Notes sur Tocqueville : Lutte de classes, Démocratie et changement, Louis XVI en leader du changement.
- Pour en savoir plus sur Roosevelt : Grand expectations.
- Sur l’esprit systémique du noble : Saint Simon et la systémique.
- WEBER, Max, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket, 1989. WEBER, Max, Sociologie des religions, Gallimard, 2006.