Taxe carbone

J’ai vu passer deux ou trois articles sur le sujet de la taxe de M.Rocard. Il y a quelque chose que je n’aime pas dans certaines nouvelles, c’est la façon dont les critiques sont formulées. Et je rapproche ce problème du débat qui a lieu aux USA sur la réforme du système de santé.

Ce qui me choque c’est que la critique soit totalement destructrice. La réforme est mauvaise, il faut la démolir. Or, ce qui est éventuellement mauvais, ce n’est pas la réforme, mais sa mise en œuvre, et vraisemblablement de manière marginale. Elle peut être corrigée. Ce qui me choque aussi est que dans tous les cas, les enjeux sont tels qu’il vaut mieux une réforme que pas de réforme du tout.

Je comprendrais donc que les critiques disent 1) nous sommes d’accord qu’il est inadmissible que 25% des Américains soient peu ou mal assurés, ou nous voulons que notre développement soit durable 2) nous sommes prêts à faire des sacrifices pour le bien collectif mais 3) nous ne voulons pas être les dindons de la farce. Mais je ne comprends pas que parce qu’ils sentent leurs intérêts un peu touchés, ils inventent des explications invraisemblables pour trucider le bien général.

Mais ce qui me surprend encore plus, c’est qu’on ne leur dit rien.

Cela me rappelle l’analyse faite par Marc Bloch de la défaite de 40 (L’étrange défaite) : d’un côté les généraux français étaient convaincus qu’ils ne pouvaient pas compter sur leurs troupes ; de l’autre les usines d’armement étaient en grève pour obtenir une meilleure paie. Ce qui est étonnant dans ces circonstances c’est qu’il ne se trouve personne pour expliquer à tout ce monde que ce n’est pas parce qu’il soupçonne qu’une partie de la population ne va pas faire son devoir que ça le décharge de ses responsabilités.

Sociale démocratie et marché

Hier, je parlais de M.Rocard, qui dénonçait un peuple européen indigne. N’avait-il pas voté contre les socio-démocrates, seuls capables de rendre le capitalisme vertueux ?

Eh bien, le blog du spécialiste européen de Libé annonce que : Martin Schulz abandonne la réglementation des marchés financiers à un libéral britannique. Autrement dit, le parti socialiste européen n’a pas l’air intéressé de réglementer quoi que ce soit.

M.Rocard a-t-il une vision très claire de ce qu’est la sociale-démocratie moderne ? Cela expliquerait-il son ralliement au gouvernement ? Il l’a confondu avec le PS ?

M.Rocard

J’entendais ce matin que MM.Rocard et Juppé dire leur enthousiasme de travailler à l’emprunt présidentiel. Décidément, M.Sarkozy sait flatter les intelligences. Car MM.Rocard et Juppé sont exceptionnellement intelligents. Alfred Sauvy qualifiait même M.Rocard d’homme le plus intelligent de France.

À quoi reconnaît-on un homme intelligent ? à ce qu’il est supérieur à la multitude. Exemples ? M.Juppé jugeait il y a peu que le peuple français, qu’il représente, se trompait (constitution européenne). Pour M.Rocard, dans un article du Monde entraperçu hier, les citoyens européens sont corrompus par la soif du lucre, ils veulent « faire fortune », ils sont tellement irrécupérables qu’ils ont rejeté la « sociale démocratie », qui était la seule à pouvoir réguler les appétits du marché, et à mettre un terme aux crises récurrentes du capitalisme.

Étrangement, pour un socialiste, il semble mettre la crise au compte de la nature mauvaise de quelques banquiers assoiffés d’argent. Par contraste les universitaires américains pensent la crise comme pathologie sociale. Ils observent que lorsqu’un pays est soumis à un flux de capitaux, cela déclenche, mécaniquement, une spéculation.

Dans tous les cas, c’est vrai, on est ramené à un problème de régulation, soit du criminel, soit des pathologies du capitalisme. Mais le vote européen rejette-t-il une réglementation socio-démocrate, traduit-il la soif du gain ? Certains disent que les électeurs ont trouvé les partis « libéraux » plus socio-démocrates que les socio-démocrates. En France, le triomphe des verts ne semble pas corroborer l’opinion rocardienne. J’ai du mal à apercevoir des gens qui « veulent faire fortune ». Certes, les dirigeants demandent un salaire correspondant à celui de leurs homologues internationaux, mais c’est une question d’honneur.

D’ailleurs le collaborateur présidentiel a-t-il raison de se lamenter de la fragilité du système financier mondial, et de l’arrogance triomphante du banquier ?

  1. Mettez-vous à la place du banquier : peut-il dire qu’il a été un escroc, que son salaire était immérité ? Il obéit au principe de « cohérence » (cf. les travaux de R.Cialdini), il rationalise ce qu’il a fait ? Cela ne signifie pas qu’il ne soit pas prêt à changer : son anxiété de survie est élevée, mais aussi son anxiété d’apprentissage. Il ne sait pas comment faire pour se transformer, sans perdre ce qui faisait l’intérêt de sa vie. Il est dos au mur
  2. Que le système puisse exploser à tout instant, qu’il manque d’argent, pourrait être bénéfique. La crise touche les bases mêmes du modèle d’organisation mondiale, elle ne se résoudra pas par miracle, elle demande une réinvention évidemment compliquée, et l’inquiétude, mais une inquiétude non paralysante (« le dégel » au sens de Kurt Lewin), lui est favorable.

Mais, au fond, les actes de M.Rocard n’approuvent-ils pas la majorité ? Ne disent-ils pas que les partis sociaux démocrates n’ont rien de sociaux démocrates, et que les partis libéraux sont la seule solution dont nous disposions : ne va-t-il pas leur prêter main forte ?

Compléments :