Yves Rocard

Les hasards de wikipedia m’amènent à la fiche d’Yves Rocard, le père du premier-ministre. Je savais qu’il avait été, aussi, le père de notre bombe atomique, mais pas qu’il s’était intéressé aux extra-terrestres, et aux baguettes de coudrier.

J’ai appris, qu’après guerre, il avait fait son marché parmi les savants nazis. Il est passé après les Américains, mais il a fait quelques prises. Le savant nazi était alors une denrée recherchée. J’ai lu, ainsi, que l’Allemagne hitlérienne possédait une « pile atomique ».

Si l’on ajoute à la manne nazie l’apport des expatriés juifs qui possédaient probablement l’essentiel de la culture et de la science allemande, on ne peut dire que : ce que l’Allemagne a pu apporter au monde est étonnant. Elle a été un extraordinaire creuset d’inventions.

Mais cela fut une malédiction ? A moins qu’elle n’ait été condamnée dès le départ : le stimulant de sa créativité ayant été sa volonté de puissance ?

Le Français refuse la modernité

Le sociologue Alain Touraine déclare que la France « refuse la modernité ». (A voix nue, France Culture.)

Mais qu’est ce que la modernité ? Pas très clair. Cela semble avoir été l’usine contre le champ, dans le passé. M.Giscard d’Estaing. M. Rocard contre M.Mitterrand, à gauche. C’est même ce qui aurait défini le courant politique représenté par M. Rocard ou M.Delors, aujourd’hui Emmanuel Macron. Effectivement, dans Révolution, M.Macron dit qu’il veut faire entrer la France dans la « modernité ».

Mais, après guerre, la France a-t-elle refusé la « modernité » ? Et, à l’heure du Brexit, de M.Trump, du mouvement 5 étoiles, de la lutte contre le réchauffement climatique, du dirigisme triomphant et du protectionnisme, où sont les champions de la « modernité » et qu’ont-ils à proposer qui enthousiasme les peuples moins arriérés que le nôtre ?

Rocard : plus grand mort que vivant

Depuis qu’il est mort, Michel Rocard fait l’unanimité. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas eu la carrière qu’il méritait : sa compétence était un danger universel. Conséquence paradoxale de l’ultra sélection : ce n’est pas le meilleur qui gagne, mais quelqu’un que l’on a cru inoffensif. (Hitler, par exemple.) 
Le plus curieux est que je n’ai jamais compris qui était Michel Rocard. Ce n’est que récemment que j’ai commencé à soupçonner qu’il était un des derniers héritiers du radicalisme, le mouvement de pensée qui est issu de la Révolution. 
(Au moins sera-t-il parti sur un succès :  il voulait le Brexit, et il l’a eu.)

Y a-t-il un économiste dans la salle ?

Anonyme du 1er janvier me conseille de recruter un économiste. Je suis donc allé chercher qui embaucher dans les pages de The Economist (Marginal revolutionaries).

Malheureusement. Ici aussi, rien ne va plus. La discipline est en plein chamboulement. Les économistes officiels d’hier ayant perdu toute crédibilité, les théories fleurissent de partout. Illustration du dégel de Kurt Lewin ?

Dans ce monde, Paul Krugman semble faiseur de rois. C’est lui qui dit qui il faut prendre au sérieux, amis et, curieusement, ennemis.

Trois écoles sont apparues.
  1. Le monétarisme de marché. Apparemment une évolution du monétarisme précédent. Au lieu de maintenir une croissance hors inflation à une valeur donnée, la banque centrale doit garantir la valeur croissance + inflation. Ce qui créerait une sorte de système vertueux autorégulé.
  2. Une résurgence de l’école de Vienne (autrichienne, en français ?) de von Mises, qui semble dire que le mouvement libéral des dernières années a échoué par manque de radicalisme. Liquidons l’État et tous les outils de régulation du marché ?
  3. Le néochartalisme, apparemment une résurgence d’un mouvement prékeynésien, qui penserait que la monnaie n’est rien sinon un outil de régulation de l’économie. (Dans ces conditions, il n’y a pas de crise de la dette européenne : la BCE n’a qu’a imprimer de l’argent et acheter les dettes des nations en difficulté ?)

Compléments :

Changement en Orient

Il y a quelques temps, Michel Rocard disait que la révolution tunisienne était une révolution bourgeoise. Les manifestations égyptiennes pourraient être avant tout une question de droit à la parole. (« souffrance mal définie d’avoir été longtemps humilié par un régime sourd, refusant tout contrôle et cyniquement manipulateur »)
Et si les agitateurs étaient toujours des intellectuels bourgeois, probablement partisans de la démocratie ? Et si celui qui gagnait finalement était un quasi dictateur porteur d’une idéologie simpliste et soutenu par un peuple agissant comme une « masse » ? Et si la révolution russe de 17 était une meilleure modélisation des événements actuels que la révolution française de 89 ?
Et si le premier changement à opérer était en Occident non en Orient ? Ne va-t-il pas falloir que les USA comprennent que la real politik à courte vue finit toujours par retomber sur le nez du monde ? Ne va-t-il pas falloir que nos élites intellectuelles découvrent que la démocratie ne s’installe pas par miracle, parce qu’elle est une aspiration naturelle de l’homme, mais se construit sur une culture préparée ? 

Michel Rocard optimiste

« N’enterrez pas la France. Elle va vivre de grandes secousses dans les années qui viennent. Mais elle pourrait bien être dans trente ans le seul pays d’Europe à rester debout. » dit Michel Rocard.
Le pays est effroyablement plus pessimiste que le reste du monde, et ce depuis 40 et son honteux effondrement. Mais il a beaucoup d’atouts, et peut-être une population qui a toujours la force, comme dans le passé, de compenser les défaillances chroniques d’une élite médiocre. 

Mouvements sociaux

Il va bien falloir réduire les déficits des États occidentaux, et cela signifie de grosses économies de la part des services publics.
Or, ceux-ci ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est chez eux que se sont maintenus les syndicats. Ailleurs ils ont été victimes de la globalisation.
The Economist observe qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire. Ce qui est peut-être compréhensible : la raison pour laquelle le public devrait payer pour les erreurs du privé n’est pas immédiatement évidente. 
La solution au dilemme serait celle avancée par M.Rocard, dans le cas des retraites françaises : négocier.
Compléments :
  • Comme d’habitude, The Economist semble très remonté contre les syndicats. Il se réjouit de leur disparition dans le secteur privé. Mais, si j’en crois Mancur Olson, il ne peut pas y avoir de grève sans syndicat (des personnes isolées ne savent pas s’organiser). The Economist serait-il contre le droit de grève ? Par ailleurs, il ne semble pas que les entreprises, au moins les grandes, aient un comportement particulièrement citoyen… Et les populations qui n’appartiennent à aucun de ces lobbies sont fort mal. 

Réforme des retraites

Julien prend l’exemple de la réforme des retraites pour se demander s’il faut mener le changement avec audace et tambour battant, comme le dit un gourou de Harvard, ou suivre l’avis de Michel Rocard et aller lentement. Quelques réflexions :
Ce qui bloque le changement, c’est la résistance de l’organisation. Elle s’explique parce qu’il ne prenait pas en compte la réalité de l’organisation. Car beaucoup d’idées semblent brillantes parce qu’elles demandent l’impossible. C’est pour cela qu’on ne les avait jamais eues avant, et c’est d’ailleurs pour cela que celui qui les a méprise ses semblables pour ne pas y avoir pensé.
Ce que reproche Michel Rocard au plan du président, c’est justement cela. C’est de foncer la tête la première dans le mur. Le gouvernement veut réformer la France comme si elle était homogène, alors qu’il existe de multiples systèmes de retraite. Le gouvernement s’est donné, comme d’habitude, un calendrier court, ce qui va le contraindre à faire des concessions pour tenir ses engagements, donc à creuser le déficit structurel du pays.
Il aurait été mieux de fixer des règles globales à la réforme, puis de négocier catégorie par catégorie.
Maintenant, je reviens au gourou. Ce qu’il prône, pour le peu que j’ai pu en lire, c’est ce que l’on appelle un « stretch goal ». C’est-à-dire un objectif qui transporte les foules. Quelque chose comme la vision d’une renaissance de la France découvrant l’avantage inespéré d’avoir une population mûre et expérimentée et mettant cette richesse au service d’un projet grandiose de renouveau de son économie et d’éradication du chômage. Le peuple aurait été emporté par l’enthousiasme, on n’aurait plus parlé de retraite mais d’offensive. C’aurait été Valmy.
Qu’avons nous en guise de stretch goal ? Un gargouillis confus. On y distingue, au mieux, « aller vite ».  
Zéro pointé. Mais c’est nous qui serons punis.
Compléments :
  • Je précise à Michel Rocard qu’il faut contrôler le changement, c’est-à-dire définir un objectif à atteindre en termes quantitatifs, puis vérifier au cours de la négociation que cet objectif est respecté.
  • Michel Rocard souligne le danger de s’en prendre de front à des symboles (la retraite à 60 ans) : ça ne peut que susciter des réactions passionnées, un climat impropre à la mise au point d’une réforme aussi importante pour notre avenir. Cette critique semble s’adresser à son camp. Mais je me demande si elle n’explique pas aussi la précipitation du gouvernement : volonté d’abattre une loi scélérate de gauche, la jumelle des 35h ?
  • L’art du changement de notre gouvernement provoque chez moi une grosse déprime. C’est pour cela que je ne me suis pas intéressé à la question des retraites. Peut être à tort. Merci à Julien pour ses questions et les liens attachés !

Emprunt et bon sens

Certes il y a emprunt, mais, vu de très loin, pour des raisons valables (investir là où l’on n’investit pas assez pour notre bien), et auprès des marchés financiers internationaux, donc en en minimisant le coût. M.Rocard :

pour lever auprès des particuliers, il faudrait les allécher, ce qui coûte plus cher. Ça ne vaut pas le coup.

Le bon sens aurait-il prévalu, finalement ? La nation arrive-t-elle à réfléchir et à se faire entendre ?

Compléments :

Emprunts et lois

Une discussion de la radio : le gouvernement français n’ayant pas de moyens cherche à compenser leur absence par une multiplication anarchique de lois. Ce serait un mal endémique.

Du coup, les propos de M.Rocard, entendus avant-hier, prennent de l’intérêt. On lui a demandé à quoi servait l’emprunt auquel il cherche à trouver un emploi, et si ses recommandations auraient plus de chances d’être appliquées que celles des multiples commissions qui ont été consultées de ci, de là (cf. la commission Attali).

Sa réponse ? L’emprunt serait l’occasion de donner des fonds à ce qui en est privé systématiquement (je crois qu’il citait l’Université, en exemple). Ce qui évitait un peu la question : le coût du financement par emprunt national est inutilement élevé.

Au fond, il est dans le vrai : si, par exemple, l’on améliore les conditions de vie de la population et ses espoirs d’avenir, et que l’on diminue ainsi la délinquance, le besoin de police, de juges, d’avocats, de jugements et de prisons, si les députés peuvent s’intéresser à notre sort au lieu de n’être occupés que de législation répressive… pourquoi faire la fine bouche sur quelques milliards de perdus ? D’ailleurs le psychologue ne dit-il pas que l’on aime ce que l’on paie cher ?

Compléments :