La monarchie de Juillet

Réhabilitation de Louis-Philippe ? Son règne semble anticiper le monde moderne. Il est surtout totalement atypique si on le compare au gouvernant français ordinaire. Il veut la paix et la prospérité. La puissance française est en déclin. Et pourtant, en jouant habilement d’une sorte de pouvoir de dissuasion, mais aussi d’une forme d’élégance, il parvient à faire respecter notre pays et à obtenir ce qu’il désire des nations étrangères, sans guerre et sans moyens. A l’intérieur, le début du règne est marqué par des crises politiques permanentes (ce n’est apparemment pas propre à la République, et on peut probablement remercier de Gaulle de nous avoir libéré de cette instabilité suicidaire), jusqu’à ce que survienne Guizot. Par son art politique il parvient pendant 8 ans à constituer des coalitions pour chacune de ses lois. (Il n’a pas de majorité de gouvernement.) Pour le reste, croissance et modernisation. Avec une crise économique en fin de règne, mais que le roi jugule habilement. 
Guizot et Louis-Philippe pensaient que l’histoire était finie. Ils avaient le sentiment d’avoir mis le point final au projet de la Révolution. Si nous n’avons pas de roi aujourd’hui, cela tient peut-être à un incident. Le fils aîné de Louis-Philippe semblait être paré de toutes les qualités. C’était le prince du peuple, qui sait ? Mais il est mort stupidement. Accident de voiture. Louis Philippe était vieux, et Tocqueville pense qu’il avait perdu le contact avec la réalité. Dans un pays aussi facilement inflammable que la France, ça ne pardonne pas. 
(ROBERT, Hervé, La monarchie de Juillet, Biblis, 2017.)

Dr Doom

L’Amérique a-t-elle été aux prises avec une très longue crise de folie ?

Discussion hier soir avec Fouad Sassine, qui vit aux USA. Il me parle de Nouriel Roubini, un économiste très écouté, depuis peu. Il annonce l’apocalypse.

Je me renseigne. Si j’ai correctement compris, il dit que nous nous tenons tous par la barbichette. Il ne faut pas sauver uniquement les banques et leurs crédits douteux, mais aussi ceux qui ont emprunté inconsidérément, et les entreprises saines qui risquent de se trouver privées de cash à court terme si les banques sont insolvables.

Par rapport à ce que j’attendais, il est optimiste. Pour les USA : récession de 18 mois, 3% de perte de PIB, et 10% de chômage (ce chiffre semble faire consensus). Ce n’est rien par rapport à la crise asiatique (-10% de PIB) et à celle de 29 (- 25% de PIB).

Le plus inattendu. Un appui à une idée récurrente de ce blog. Je crois que l’Amérique, depuis une vingtaine d’années, a été prise d’une crise idéologique sans précédents. Un nouveau millénarisme. Le marché totalement non régulé devait conduire le monde. Le rôle de l’Amérique c’était installer ce marché. D’où dix faillites de pays émergents (dont la crise du Sud est asiatique, et le désastre russe), la nouvelle économie et la bulle Internet, la guerre d’Irak. Et bien, le point culminant de cette crise de folie aurait été les USA sous la présidence de George Bush :

Nous sommes en train de sortir de huit ans d’une administration fanatique, zélote du marché libre, qui s’est opposée à toute réglementation financière. A cause de leur stupidité, nous sommes plongés dans la plus grave crise financière depuis la crise de 1929. Et maintenant, ils tombent dans l’excès inverse.
(…) Mais si l’on veut blâmer le régulateur, il faut d’abord regarder du côté de l’administration qui ne croyait pas à la supervision des marchés. Vous rendez-vous compte ! On accordait des crédits immobiliers à des gens sans leur demander leurs fiches de salaires, avec le moins de documents possibles, sans exiger d’acompte, en les attirant avec un taux d’intérêt très attrayant au départ. Cette administration croyait soit disant à l’auto-régulation. En fait, elle ne voulait surtout pas de réglementation. Elle croyait dans la discipline des marchés, on a vu que cela ne veut rien dire. Elle parlait de gestion des risques, mais les managers se sont appliqués à les ignorer… Il ne faut pas blâmer le régulateur. Le vrai responsable, c’est l’administration Bush qui a encouragé ce laisser-faire.

Compléments :

  • Le texte que je cite (qui donne les coordonnées du Blog de Nouriel Roubini) : GASQUET (de), Pierre, ROBERT, Virginie, Nouriel Roubini : Nous n’échapperons pas à la pire récession depuis quarante ans, Les Echos.fr, 24 septembre 2008.
  • Un article de Jeffrey Sachs, qui me semble d’accord avec Nouriel Roubini sur ce qu’il faut faire : How to fix the US Financial Crisis (http://www.sciam.com/). Il ajoute que les USA vont devoir relancer leur économie en exportant et en favorisant la consommation asiatique. (D’où politique monétaire appropriée.)
  • Sur la crise idéologique qui a (?) secoué les USA : Grande illusion, Neocon, Consensus de Washington.
  • Pourquoi les pays repliés sur eux-mêmes menacent les USA : Démocratie américaine.
  • Sur ce qui semble l’idée générale des solutions proposées à la crise : And now the Great Depression.

Réforme du Français

Pierre Assouline (dans son blog : la République des livres, Du dur doute du dico, 3 Octobre 2008) constate que le Petit Robert propose 2 orthographes pour 6000 mots. Le Français serait-il en train de changer ? Je n’avais pas envisagé qu’il le fasse dans ce sens. Exercice de conduite du changement : comment rationaliser l’orthographe française ?

Je suis très en faveur d’une réforme. J’utilise beaucoup « rationnel » et tout ce qui va avec. Et je ne sais jamais comment les écrire : rationalité, rationnel, irrationnel, irrationalité, raisonnement, raisonnable, déraisonnable… pourquoi autant de variations de « n ». Le Français est probablement une langue phonétique, mais sa prononciation s’est éloignée de l’écrit. Monsieur ne rime plus avec beurre.

Michel Rocard avait tenté de rationaliser l’orthographe. Mais il a échoué. J’imagine qu’il a dû rencontrer une forte résistance au changement. Au moment de la réforme, Bernard Pivot avait cité une remarque de Jean Drucker (alors patron de M6), me semble-t-il, qui disait que si l’on enlevait son ph à éléphant, on attaquait son imaginaire (ma mémoire est approximative). Voilà pourquoi la résistance au changement est aussi efficace : elle a des racines profondes.

Alors, comment réformer ?

  • La solution du Petit Robert : plus d’orthographe. Chacun a la sienne. Plus de résistance.
  • Faire revenir notre langue à ses origines : la prononcer comme elle est écrite. Pour cela on pourrait déclencher une « épidémie sociale », en utilisant des leaders d’opinion qui contamineraient la société. Les rappeurs par exemple. Cela ne leur plairait-il pas de parler comme Louis XIV ? Je suis sûr qu’ils recevraient l’appui de l’Académie française, le retour au passé étant probablement le seul changement qu’elle puisse accepter.

Compléments :