Le bio en déroute

Je lis que le bio ne se vend plus. Trop cher. (Et pas bon ?) J’entendais un producteur bio dénoncer Leclerc, qui veut vendre la baguette bio au prix de la baguette ordinaire. Car, alors, il n’est plus possible de payer l’investissement que demande le bio.

Le sociologue Robert Merton aurait dit que le producteur bio est victime d’un des biais qui fait échouer le changement : le ritualisme. Il pense que parce qu’il « fait bien », ses produits vont se vendre. Il n’intègre pas l’ensemble des contraintes de l’équation, en particulier le prix, et peut-être aussi le plaisir gustatif.

Curieusement, lorsque le producteur bio envisage une solution à ses problèmes, c’est souvent le lobbying, la manipulation des esprits, et la contrainte de la loi.

Si le bio a un intérêt, il y a de grandes chances qu’il se traduise en termes de prix. Il y a certainement de la lumière au bout du tunnel. Mais, pour y parvenir, il va falloir « changer de conduite » ?

Ritualisme, société et entreprise libérée

Dans un billet récent, j’opposais ritualisme et rationalité… Ces deux termes, abstraits, ont des significations concrètes :

Ce que donne le ritualisme, dans la vie quotidienne, est décrit pas le psycho-sociologue Erving Goffman. La vie s’organise comme une pièce de théâtre. On le voit à l’école : le professeur « prétend » être omniscient ; les élèves prétendent qu’ils l’admirent. Il en est de même en ce qui concerne la présidence de la république, l’élite intellectuelle, etc. Ceci produit une tension, puisque le rapport social repose sur une fiction : les élèves prennent l’enseignant pour un clown, mais ils savent que s’ils ne plaisent pas au dit clown, ils seront jetés sur une voie de garage, avec pour seul avenir le Gilet jaune. Cette fiction se trahit par le rire, grinçant, au sens de Bergson. C’est une soupape de sécurité.

J’ai lu plusieurs fois, notamment concernant Hannah Arendt ou Michel Crozier, qu’après guerre les étudiants américains aidaient leur professeur. Ils étaient persuadés, visiblement, qu’il apportait de la nouveauté, et que, pour la faire connaître du reste de la société, il fallait combiner leurs forces. C’est cela le mode d’organisation rationnel de la société.

Une entreprise libérée est organisée de manière rationnelle (suite du billet précédent).

Peut-on être "ceinture noire" de changement ?

Black belt de Lean. Je découvre une entreprise où tout le monde est certifié. Y compris en conduite du changement ! Mais peut-on être certifié champion de conduite du changement ? Si cela pouvait être le cas, pourquoi notre gouvernement et tous les patrons de la terre ne courent-ils pas acquérir leur diplôme ?

Le judo peut être vu de deux façons. C’est un art de vie. Un rituel. Chaque pas vers la sagesse est noté d’un « dan ». Ou, c’est un art de combat. Les champions ne sont pas très hauts dans la hiérarchie des dans. 

Il en est de même du changement. C’est un art de l’action. Et l’action s’oppose au rite, donc au dans et aux ceintures. Ce n’est que lorsque l’on est un praticien champion que la technique peut vous être utile. Sinon, elle vous transforme en ritualiste impuissant.

Le blues du PDG

(les discours des rapports annuels) révèlent un paysage assez monocorde et le choix des mots échappe peu à la fadeur observée dans le langage économique…

dit la dernière étude de l’Institut de la qualité de l’expression.

La lecture de ces mots révèle une forme de ritualisme. Il y a des mots qu’il faut dire (marché…), et des mots auxquels on veut croire (croissance, défi…). Comme s’il suffisait de formuler une idée pour qu’elle se réalise ? Nos dirigeants en sont-ils réduits à la danse de la pluie ?

Risque et changement : l’organisation

Troisième facteur de risque : l’organisation. On entre dans le domaine, terrifiant, de la résistance au changement. Mais je ne parlerai pas de cette question ici, qui fait l’objet du billet le plus lu de ce blog.

Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que la résistance ne prend pas toujours un air de résistance. Elle approuve pour mieux vous trahir.
  • Elle peut être ritualiste, lorsqu’elle juge que votre changement est une justification de ce qu’elle a toujours fait. Exemple : votre direction technique se lance dans de grands projets technologiques.
  • Elle peut aussi être innovante. C’est Potemkine et la Grande Catherine. Vous pensez qu’on vous a construit des villages, alors que vous voyez des décors de théâtre. C’est la « créativité comptable » anglo-saxonne, ou le système D français, et peut-être la politesse chinoise.
D’où vient ce risque ? D’abord de ce que vous demandez à votre organisation ce qu’elle ne sait pas faire (même si cela vous semble facile). Ensuite de sa culture. Il vous suffira d’une brève analyse historique pour savoir à quoi vous attendre.

Faire vivre un blog : question de technique

Combien de temps me faut-il de l’idée à la publication d’un billet ? 15 minutes, pour un billet ordinaire.

Processus taylorien : j’écris une série d’articles dans Word que je copie ensuite dans l’éditeur de Blogger. Le plus difficile est la recherche de liens dans mon propre blog : il compte près de 4000 billets et retrouver celui dans lequel est l’idée ou la référence nécessaires n’est pas simple.

Bien sûr ceci ne tient pas compte du temps passé à lire. Là aussi la démarche est optimisée. Je prends des notes systématiquement, qui me donnent les éléments nécessaires à une rédaction rapide. En outre, il y a assez peu de ce que je lis ou entends qui ne m’apporte des idées. (Exercice du blog = faire fonctionner sa raison sur les événements de la vie ?)
Une recette pour conclure. Le mieux est l’ennemi du bien. Si l’on ne se donne pas de règle, notamment concernant le temps consacré à ce travail, on se perd dans la quête d’une perfection inaccessible. Impuissance et frustration. 

Rationalité et ritualisme

Un dirigeant d’une agence de communication ne sait pas comment se tirer d’affaires. Moins ses comptes sont bons, plus il écrit de livres, communique, et s’épuise… Pourtant, il suffirait d’ajouter quelques clients pour éliminer tout tracas. Mais voilà, les chiffres et les plans commerciaux sont des abstractions pour lui.
Exemple de ritualisme. Lorsque le ritualiste s’enfonce dans les difficultés, il s’accroche à son rite.
J’ai observé que les Libanais tendaient, aussi, à suivre des algorithmes simples : ils veulent être « gros », et pour cela, ils courent après toutes les affaires qui se présentent. Ça marche généralement bien, mais parfois la faillite succède brutalement au plus grand des succès apparents. Ils n’avaient pas su compter.
La rationalité, c’est savoir compter. C’est se donner un objectif et s’y diriger d’une manière efficiente.
Malheureusement, il est rare que l’on puisse voir l’objectif. Et c’est pour cela que le rite demeure notre meilleur ami. (Bien que ça ne fasse pas de mal de le marier à un peu de raison.)

Procrastination

Pourquoi certains actes sont-ils difficiles pour certains et pas pour d’autres ?
Je me demande si l’homme n’est pas un être de rites. S’il n’est pas « programmé » pour faire quelque chose, il ne le fera qu’avec beaucoup d’efforts.
Par contre, dans le cas contraire, il tendra à répéter l’action sans réel objet. (Nécessaire pour maintenir sa spécialisation ?)
Voilà comment j’interprète mes difficultés à faire certaines tâches de routine, qui ne posent aucune difficulté à d’autres… (Inversement, écrire ce blog est devenu une sorte de rite…)

Qu’est-ce qu’un expert ?

Je suis entouré de gens que je qualifie « d’experts », et ce pour une particularité de leur comportement : ils « savent », ils émettent mais ne reçoivent pas. C’est au monde de s’adapter à leurs idées, pas l’inverse. Surtout, ils ne peuvent faire quelque chose que dans un ordre donné, et ne peuvent concevoir qu’on le fasse autrement.
Ce qui m’a fait penser à une modélisation de Max Weber, qui appelle ce type de comportement « ritualiste », et à ce que disaient les anciens Chinois : « celui qui ne connaît pas les rites est un barbare ». Pour l’expert, celui qui ne connaît pas le rite, effectivement, ne mérite pas de vivre.
L’inverse du ritualisme est la rationalité. Être rationnel est poursuivre une fin (le rite étant la glorification du moyen, dont on ne connaît pas la fin).
Une classification de Robert Merton identifie deux types de rationalités. La rationalité innovante, pour laquelle la fin justifie le moyen (arriver à l’heure à un rendez-vous autorise à rouler en sens interdit), et la rationalité conforme, qui sait atteindre un objectif en respectant les règles acceptées (les rites).