L'inconscience comme réponse à la montée des risques

L’effet de serre, décrit en 1855 ! Depuis toujours l’homme sait les risques du progrès. Il en avait aussi peur hier qu’aujourd’hui. Mais, au lieu de prendre le taureau par les cornes, il préfère se bercer de mots. Il parle « de croissance soutenable », de « seuil de risque »… Le danger est transformé en argument de vente.

Mieux, le discours sur le « post modernisme », l’annonce d’une catastrophe imminente, conséquence inéluctable d’un progrès irresponsable, est en fait un encouragement à la passivité : le monde ne va-t-il pas se débarrasser, sans notre concours, de tout le mal dont est porteuse notre société de consommation ?

Voilà ce que je comprends de la thèse de Jean-Baptiste Fressoz : Les leçons de la catastrophe – La Vie des idées.

Compléments :

  • « L’histoire du risque ici racontée n’est pas celle d’une prise de conscience, mais celle de la construction d’une certaine inconscience modernisatrice. » dit l’éditeur du dernier livre de Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse heureuse.

Banques : retour à la normale ?

Depuis ses origines, ce blog pense que la crise sera finie lorsque les banques seront rentrées dans le rang.

Il semblerait que ce soit en passe de se faire. On les a forcées à augmenter leurs réserves pour diminuer les risques qu’elles présentaient pour le contribuable. Étant moins risquées, les États peuvent s’en écarter. N’étant plus protégées par eux, le risque qu’elles représentent pour l’investisseur augmente.
Du coup, elles découvrent que leur rentabilité en est affectée. Si bien qu’elles commencent à se demander si elles ne feraient pas bien de se débarrasser de certaines activités, et si leurs personnels ne sont pas un peu trop payés… (Balancing the books)
Élégante leçon de systémique ?

L’économie des catastrophes naturelles

Non, le réchauffement climatique ne provoque pas plus de catastrophes naturelles.

Mais, curieusement, le montant des dégâts croît plus vite que le PIB d’une nation. Pourquoi ? Plus on est riche, mieux on peut se protéger, plus on prend de risques, et plus la catastrophe est grave quand elle frappe. Exemple Fukushima. L’avenir est à de moins en moins de catastrophes, de plus en plus violentes.

Prévenir ce cercle vicieux serait une question d’aménagement du territoire, plutôt que de réglementation : il faut faire en sorte que les gens n’aient pas intérêt à s’installer à des endroits dangereux.

Fin d’année ou fin du monde ?

Sans qu’il l’ait voulu, ce blog est né avec la crise. Il passe son temps à la commenter. D’ailleurs la crise est le propre du changement (d’une certaine façon elle tombe bien pour un blog qui parle de changement ?).

Voici quelques réflexions sur la situation du changement en cours. Un billet déconseillé aux dépressifs.


Le libéralisme en question

Depuis le début de cette crise mes idées sur son mécanisme n’ont guère évolué. Certains acteurs économiques, la finance en particulier, sont parvenus à occuper une place qui ne leur revenait pas. Ils ont créé une situation qui n’est pas « durable » (au sens « développement durable »). Ils l’ont fait pas une prise de risque incontrôlée. Les banquiers, par exemple, ont prêté à un marché insolvable tout en réduisant, pour disposer de plus d’argent, les réserves qui servent à les garantir des crises.

Plus étrangement, c’est le monde entier qui serait un château de cartes. Tout ce que l’on croyait, à commencer par le fabuleux destin des pays émergents, paraît une illusion.

L’histoire des BRICS peut se lire, d’ailleurs, autrement : dans les années 90, ils se sont libéralisés. Cela a été accompagné d’une forte croissance, mais a aussi résulté en déséquilibres dangereux. Peut-être sont-ils tentés de les corriger ?

Plus généralement, l’idée d’un marché qui s’autorégulerait et ferait le bien collectif, idée qui nous a valu la déréglementation de nos services publiques et de l’industrie financière, l’Europe des très nombreux et peu intégrés, le règne d’agences de notations à but lucratif…, semble avoir du plomb dans l’aile.

Années folles ?

Notre société semble passer régulièrement par des phases « Yin » libérales et « Yang » sociales. 68 a probablement marqué une de ces transitions. Une soupape s’est levée, qui a libéré la population de contraintes apparemment suffocantes. La phase hédoniste qui s’en est suivie a conduit à la victoire de ceux qui avaient une situation sociale avantageuse, les oligarques, sur les autres, et à l’exploitation parasitaire des ressources existantes – cf. la mode de la « supply chain », plutôt qu’à l’innovation et au gain de productivité.

Ce qui me donne la curieuse idée suivante. Et si, du SDSF à l’oligarque, nous avions connu une formidable liberté ? Nous pensions construire alors que nous dissipions l’héritage de l’après guerre ? D’où un sentiment de facilité ? Et si notre avenir était à la rigueur, comme on nous le dit ? Mais à une rigueur qui ne soit pas que budgétaire, une rigueur intellectuelle avant tout ? Et si nous devions réapprendre à travailler consciencieusement, sans rêver de gloire instantanée, de succès sans effort ?

Cas particulier européen

Question : entrons-nous dans une phase de construction européenne ? En tout cas, la crise de l’euro ressemble beaucoup aux changements de l’entreprise. Les cadavres tombent des placards. Le principal est l’idée d’Europe. L’Europe est une création de l’Amérique et de la Guerre froide. Nous y sommes allés, les Anglais plus que tout autres, contre notre volonté. Bref, nous, le peuple, n’avons pas répondu à la question initiale : voulons-nous d’une identité européenne ? Si oui, les bénéfices de l’Europe sont devant nous. Mais à inventer.
Rien ne va plus

Il s’agit maintenant de refermer la boîte de Pandore, sans susciter le désastre d’un nettoyage par le vide. Les banques, par exemple, doivent augmenter leurs réserves, ce qui pourrait les ramener à leur situation des années 80. Parallèlement, la phase d’exploitation du moins disant international pourrait céder la place à un repli sur soi des nations, qui devront réapprendre à développer leurs ressources propres. Mais, comme le disait Keynes, « à long terme nous sommes tous morts« . Ceci ne peut réussir que si le monde parvient à changer de cap sans dommages.

Trois scénarios paraissent se dégager. Vie sur une poudrière ; effet domino suivi par un tsunami, façon années 30 ; réinvention et nouvelles décennies glorieuses.

Les gouvernements mondiaux paraissent vouloir faire le strict minimum pour rester dans le premier scénario. Vont-ils éviter le second ? Tentation dogmatique allemande, égoïsmes nationaux, obsession de la multinationale de la réduction de coût, médiocre personnel politique… Il n’en faudrait pas beaucoup pour que l’aléa moral n’emporte la situation.

D’ailleurs, que le monde soit dominé par les préoccupations personnelles, en particulier de nos politiques, est une conséquence naturelle d’une phase libérale. Mais, comme je le note régulièrement, le plus étrange est une forme de doute et d’honnêteté intellectuelle. L’humanité est incertaine. Vivons-nous la fin des idéologies ?

L’inquiétude étant la meilleure disposition vis-à-vis d’une crise (en fait d’un changement), je continue à penser que c’est une raison d’espérer.

Le coin de la théorie

En quoi ceci illustre-t-il les théories du changement ?

  • Le scénario de la renaissance appartient à la systémique. Cette théorie prétend que nos malheurs viennent de cercles vicieux dans lesquels nous nous enfermons. Il suffit d’en prendre le contre-pied pour transformer la situation. Exemple : le plan Schumann, qui propose à l’Allemagne d’Adenauer une égalité qui va à l’encontre de la spirale revancharde des lois de la guerre.
  • Le scénario de la crise sans fin peut être interprété comme un apprentissage, une autre forme de changement. Il est peut être nécessaire à l’humanité d’avoir durablement peur pour être vaccinée contre ses erreurs ?
  • Le hasard semble jouer un rôle décisif à court terme. Cela illustre la théorie du chaos, et le fait que l’avenir est imprévisible.
  • Si l’on est convaincu que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, on parlera du modèle de destruction créatrice de Schumpeter. Et s’il fallait inventer un nouveau capitalisme, celui-ci n’étant pas durable ? Et si cette crise était notre chance de fonder un meilleur monde ?

C’était un brin d’optimisme, pour finir. 

Préparer les crises

The Economist semble d’accord avec moi : l’accident (notamment nucléaire) est inévitable, il faut se donner les moyens d’y répondre. (In place of safety nets)
Parmi les idées proposées : redondance d’équipements et de systèmes d’information. Plutôt que d’imposer des règles de sécurité, demander aux entreprises les risques qu’elles courent, ce qu’elles ont mis en place pour y répondre, et aux organismes de contrôle d’évaluer et d’auditer ces dispositifs.
Compléments :
  • Curieusement, c’est le principe que j’ai proposé comme fondement d’un système de gestion des risques d’une multinationale. Mon idée est 1) que la règle déresponsabilise et que la responsabilité est la première garantie contre le risque ; 2) que le savoir est « en bas », chez l’entreprise pas chez le régulateur.

L’échec est bon pour l’entreprise

Je cite souvent une étude de McKinsey qui dit qu’une nouvelle entreprise a une chance sur 2 de survivre en France et 1 sur 3 en Angleterre.
Eh bien il semblerait qu’elle ait une chance sur dix aux USA… (Fail often, fail well)
Je soupçonne que ceci signifie que la récompense est fonction du risque pris et que l’Américain vise donc beaucoup plus gros que le Français. Ce qui signifie aussi peut-être que l’environnement s’y prête : il est probablement beaucoup plus difficile de faire une grosse fortune en France qu’aux USA. 

Gouvernance des entreprises

Le scandale d’Enron a fait de la « gouvernance » des entreprises le sujet de toutes les attentions. Aujourd’hui, on découvre que les mesures prises n’ont pas d’effet sur la performance de l’entreprise.
En fait, il faut « mettre en place de meilleurs contrôles des risques ». « Une bonne gouvernance d’entreprise ne peut pas compenser une culture toxique ». Les réformes doivent maintenant porter sur des « choses intangibles telles que les valeurs et les traditions des entreprises ».
Découvririons-nous que la valeur de l’entreprise n’est pas exclusivement le fait de ses dirigeants ?
Compléments :

Développement durable = risque

Conversation avec un assureur de PME / PMI. Pour lui le « développement durable c’est le risque ». 
Et le risque majeur, c’est que l’entreprise disparaisse. La performance de l’entreprise doit être durable. Elle doit, outre avoir une politique intelligente de gestion de ses risques, se différencier, innover (« créer de la valeur client »), optimiser ses processus (techniques lean), développer son image, et, plus généralement, son « capital immatériel ».
Seules 10% des entreprises seraient sensibles à ce discours. Elles se caractérisent par une stratégie, de l’innovation, la volonté, éventuellement, d’accueillir du capital extérieur. Les autres ont, typiquement, une direction centralisatrice et une totale incapacité à offrir la moindre résistance à leurs donneurs d’ordres. 
J’ai retrouvé mon expérience dans cette discussion !

Indicateurs de crise

Comment savoir si un pays va être méchamment touché par une crise ? Une étude trouve dans l’histoire quelques indicateurs significatifs :
  1. Le niveau (bas) de réserve de devises étrangères comparé aux dettes à court terme.
  2. Le taux de change effectif (monnaie surévaluée, danger).
  3. Déficit de la balance des paiements.
  4. Une nation qui économise peu.
Ce qui semble les conclusions d’une étude sur les risques de l’entreprise : l’entreprise à risque est celle qui a peu de fonds propres (Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible).