Le surhomme et la loi d'Internet

Notre société est totalement numérique. La cyber criminalité devient donc une menace mortelle. Qui vise-t-elle ? Le faible ! (Article.)

Autrement dit, vous et moi. Car, que pesons-nous, nous les amateurs d’Internet, face à un spécialiste ? Ou à une organisation criminelle ? 

D’ailleurs, que pensent de nous ces génies du numérique ? 

Dans Les caves du Vatican, André Gide imagine le caprice d’un être parfait, qui précipite d’un train un voyageur ridicule. L’esprit d’Internet ? 

Qu'est-ce qu'être pauvre ?

Les entrepreneurs qui ont réussi disent généralement qu’un entrepreneur est quelqu’un qui prend des risques. Certes. Mais il n’y a pas que l’entrepreneur qui prend des risques. Il y a aussi le pompier, le militaire, l’explorateur, ou le trafiquant de drogues. Et si, comme certains de ces gens, l’entrepreneur aimait le risque ? 

Le plus intéressant, peut être, en ce qui concerne le risque, est qu’il y a des gens qui ne peuvent pas prendre de risques. Ce sont les pauvres. Et c’est, peut-être même, la définition du pauvre. En effet, une erreur leur serait fatale. (Ce que dit Esther Duflo.)

(Il y a quelques temps, France Culture a interviewé un ancien vendeur de drogues. Il expliquait qu’être poursuivi par la police, comme dans les films, était une des joies du métier.)

Déodorants et phtalates

Le Monde disait, l’autre jour, que les déodorants seraient soupçonnés d’être à l’origine de cancer du sein et que les phtalates, qui se trouveraient dans des objets et des aliments, auraient causé 100.000 décès prématurés aux USA. 

Rien de nouveau. On utilise d’abord, et on constate ensuite. Rayons X, amiante, DDT, etc. 

Ne serait-il pas temps de prendre conscience de ce phénomène ? Et, d’une part, de cesser de dire d’une innovation qu’elle est évidemment sans risque, ce que personne ne croit, et, d’autre part, qu’il serait bien de l’éviter, dans la mesure du possible, en utilisant au maximum ce qui semble avoir fait la preuve de son innocuité ? (C’est probablement la logique du « circuit court ».)

Transition et risques

Chaque été, il semble qu’il y ait des catastrophes terribles. L’année dernière, c’était l’Australie, cette fois, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, l’Algérie (apparemment des incendies criminels), et peut-être encore d’autres pays. 

Question : la politique de « transition climatique » est essentiellement à long terme. Cela ne nous fait-il pas oublier les risques immédiats ? Et si y remédier avait pour conséquence imprévue de contribuer au long terme ? (Ne serait-ce qu’en nous faisant prendre conscience de notre dépendance à la nature.)

Changement climatique : risque d'ordre deux

Incendie de batterie. Un risque pour nos voitures, demain ? 

Le combat contre le changement climatique nous amène à adopter brutalement des technologies nouvelles. Or, l’expérience nous dit que tout changement a ses risques. 

On l’a oublié, parce qu’on a fini par maîtriser le risque de celles que nous utilisons, mais, lorsque l’on se plonge dans le passé, on constate que ça ne s’est pas fait sans mal, et que cela a demandé beaucoup de temps. Par exemple, longtemps les chaudières, merveilles de la science, ont explosé. Il en est de même de beaucoup de médicaments, dont on a découvert, après quelques années, qu’ils étaient nocifs. Et peut être même est-ce la cas de la voiture, qui tuait 15 ou 16000 personnes dans ma jeunesse, et encore 4000 aujourd’hui. 

Ce sont ces effets secondaires qui nourrissent le mouvement écologiste, qui est, avant tout, un doute quant au progrès. 

Ce qui serait bien, pour une fois, serait de concevoir le processus de maîtrise des risques en même temps que l’on se met à utiliser la nouveauté…

(Financial Times du 3 août : « Tesla ‘big battery’ fire fuels concerns over lithium risks. Latest incident comes as utilities around the world increasingly rely on lithium-ion to store renewable energy« )

Les dangers du risque

Une des caractéristiques du capitalisme, et de l’entrepreneuriat, est que le risque paie, et même qu’il n’y a que lui qui paie. N’est-ce pas dangereux ?

J’ai croisé des start up de l’industrie pharmaceutique. On entendait, parfois, qu’il n’y avait que 3% de chances que leur idée marche, mais que, si c’était le cas, il n’y aurait plus de cancer (ou beaucoup moins). Et cette promesse de 3% levait un montant surprenant d’argent. Bien plus que dans le monde du numérique.

On peut espérer que le succès de l’idée puisse être déterminé par des tests. (Mais l’expérience montre qu’il n’y a rien de moins sûr.) Dans d’autres domaines ce n’est pas vrai. Pour eux, le test, c’est la réalité. Par exemple, Internet est devenu l’envers de ce qu’en attendaient ses pères libertaires. Autre exemple : que serait un monde dirigé par l’intelligence artificielle, si elle parvenait à être efficace ? Pour l’investisseur, le risque est une question d’argent, pas pour l’humanité.

Actuellement, il y a énormément d’argent qui cherche à se placer et qui rêve des rendements de l’ultra-risque. Citoyens, soyons vigilants ?

(La psychologie observe que l’homme exagère ses chances de succès, et plus sa profession est risquée, plus c’est le cas.)

Comment éviter Rouen ?

Lubrizol Rouen flambe. Comment éviter qu’un site à risque connaisse ce genre d’accident ?

Lubrizol est « Seveso II seuil haut », en pleine ville. Seveso ? Un nuage d’herbicide contamine un morceau d’Italie, en tuant des milliers d’animaux. (Mais pas d’hommes, au moins à court terme.) Lubrizol est un grand site de production et d’entreposage avec tout ce que cela signifie de routine, et de personnels peu qualifiés, voire sous-traitants. C’est la propriété d’un fonds d’investissement, et de ses probables exigences de rentabilité à court terme. Soit une infinité de gestes banals, sous pression financière, dont chacun peut faire partir un nuage chimique, façon Syrie, en pleine ville ?

Il y a des années, j’ai rencontré un cadre de la RATP qui voulait connaître mon expérience de la gestion des risques. Dialogue de sourds. Je lui parlais de risque financier, son obsession était le risque voyageur.

Idem chez EDF, ou chez Dassault, chez les concepteurs de systèmes de pilotage d’avions. J’en déduis que la seule manière d’éviter les risques graves est par la culture. Pour les entreprises sures, la peur de l’accident est une anxiété de survie. Elle est inculquée dès l’entrée dans l’entreprise. Elle est toujours présente, toujours renforcée. Quant à la soif du gain, comme on l’a vu avec la navette Challenger, ou, actuellement, avec les accidents de 737, elle est un facteur dangereusement aggravant.

Cyber transformation

J’ai découvert que les entreprises prennent le cyber risque très au sérieux. Le paradoxe de la situation tient à ce que le cyber risque n’est pas chez elles, mais chez leurs partenaires. Qu’un client ou qu’un fournisseur ait son système d’information paralysé par un virus, et leurs affaires peuvent mal se finir. (Article.)

Nous sommes liés les uns aux autres comme jamais nous l’avons été ! Dire que les libertaires ont cru un moment qu’Internet serait leur triomphe !

La libéralisation de l'espace ou le progrès, c'est le risque ?

Comment se fait-il que Virgin Galactic ait pensé avoir bientôt des clients, alors que ses navettes n’étaient pas fiables ? Voici la question que je me suis posée en écrivant le billet précédent. The Economist semble m’avoir entendu. Voici ce qu’il me répond. Il parle des conséquences de l’accident qu’a connu Virigin pour l’industrie du transport spatial :

The 2004 Commercial Space Launch Amendments Act, intended to encourage private space vehicles and services, prohibits the transportation secretary (and thereby the FAA) from regulating the design or operation of private spacecraft—unless they have resulted in a serious or fatal injury to crew or passengers. That means that the FAA could suspend Virgin Galactic’s licence to fly. It could also insist on vetting private manned spacecraft as thoroughly as it does commercial aircraft. While that may make suborbital travel safer, it would add significant costs and complexity to a nascent industry that has until now operated largely as the playground of billionaires and dreamy engineers.

Autrement dit, il semble qu’il y ait eu une sorte de déréglementation du transport aérien ou spatial. Et ce pour encourager l’initiative privée. A-t-on essayé de rejouer le coup d’Internet ? On a cherché à « disrupter » les entreprises installées, et fiables, par des entreprises qui n’étaient ni l’une ni l’autre ? Et ce en pensant que ce serait bon pour l’économie ? Que le progrès, c’est le risque ? 
(Ce qui expliquerait la haine qu’éprouve l’entrepreneur digne de ce nom pour le principe de précaution ?)

Qu’il est dangereux de changer !

C’est étrange à quel point on ignore les dangers du changement. Prenons un exemple.
Supposons que vous ayez monté une entreprise par acquisitions. Vous arrivez à l’âge de la retraite et pensez qu’il serait une bonne idée de céder votre bien à vos salariés.
BIENVENUE EN FRANCE
Premier écueil. Certains de vos barrons ont d’autres plans. Par exemple, ils veulent partir avec un morceau du groupe. Ce qui enlève toute valeur au reste. Or, on oublie trop souvent qu’une entreprise dont les employés ne sont pas motivés peut disparaître du jour au lendemain. Le client le sent, la concurrence en profite. 
Ainsi un patron me disait qu’un de ses associés financiers avait eu un mot malheureux vis-à-vis d’un de leurs dirigeants. L’homme s’était senti insulté. Il était parti et avait monté une société concurrente. L’affaire s’était terminée en procès.
Second écueil. Imaginons que l’on ait franchi le premier. Alors il faut qu’une équipe de management se constitue pour prendre en main l’organisation. On découvre alors un phénomène étrange. Le Français se construit dans l’opposition à l’autorité. Il est par nature irresponsable. Lui confier des responsabilités c’est menacer de dévoiler son incompétence. C’est lui faire perdre la face. Alors, il va tout faire pour tuer le changement. Quitte à couler l’entreprise, en vous accusant d’incompétence. 
IMPOSSIBLE N’EST PAS FRANCAIS
Mat ? Pas totalement. Un héros peut réussir. Je lui suggère une technique en trois points : aligner les intérêts, souder l’entreprise par l’épreuve du feu et faire émerger les talents.
  1. Aligner les intérêts. Une masse critique d’employés doit trouver une grosse motivation dans le changement. Elle doit être suffisamment puissante pour maintenir dans le rang, voire éjecter, les éventuels mauvais sujets. Et ce avant que ceux-ci aient eu le temps de faire des dommages. (Sauf cas pathologique, les mauvais sujets sont, au plus, rares.)
  2. Souder l’entreprise. L’idée est de la mettre en face du problème à résoudre, de la mettre à la place du propriétaire. Et de ne pas la lâcher avant qu’elle ait trouvé une solution à la transition qui tienne le choc. Pour cela, il faut la placer dans des conditions favorables. Notamment en découpant le changement à effectuer en questions faciles à résoudre.
  3. Faire émerger les talents. L’exercice précédent est une simulation du changement. Elle permet de voir l’homme au travail. Ce pour quoi il est fait. Une fois connu, il est possible de l’orienter vers l’emploi qui lui convient. S’il manque quelqu’un, il est alors facile de définir ce dont on a besoin et de le recruter.