Finance systémique

L’Angleterre vacille, Crédit Suisse et Deutsche Bank sont en difficulté, alors que ce sont des banques systémiques. Les assurances vies, et les fonds de pension sont en difficulté. Risque d’une crise financière ? (Article.)

Oui pour les fonds de pension (les assurances vies ne feront que des dommages à leurs adhérents), non pour les banques. La précédente crise systématique a renforcé leur système d’auto contrôle. (Une leçon ?)

En revanche, le danger vient, ce n’est pas une surprise, en France, de l’endettement de l’Etat et des entreprises.

« Dans le cas de la France, le risque financier est donc plutôt celui d’une faiblesse persistante de la croissance que d’une crise systémique, les banques françaises étant bien capitalisées. »

Wall Street et la Chine

« Wall Street’s new love affair with China. At a time of growing geopolitical competition, US and European investment firms are plunging into the Chinese market. » disait le Financial Times. 

Les délocalisation, aussi, s’accélèrent, semble-t-il. 

Que se passerait-il si la Chine déclarait la guerre à Taiwan ? Nos Etats viendraient au secours de nos multinationales en faillite ? 

Défaillance du marché ? Plus le risque grandit, plus les profits possibles le font aussi, et moins il y a de place pour la prudence ? 

Boeing, ou les dangers du pilotage financier ?

Boeing doit-il essayer de mettre au point son 737 Max déficient, sachant que les pilotes et les passagers risquent d’avoir peur d’y monter (j’ai appris que la France était un des rares pays qu’il avait le droit de survoler) ? Doit-il avancer un programme de remplacement, sachant que, ce faisant, son retard sur Airbus s’accentuera ?…

En lisant et en écoutant, j’observe que cette affaire soulève bien des questions. Apparemment, les avions sont devenus trop complexes pour pouvoir être contrôlés par des organismes indépendants, aux USA comme en Europe. Les avionneurs s’auto contrôlent ! Peu rassurant. D’autant qu’ils sont dirigés par des considérations financières, disait un interviewé. C’est, à y bien réfléchir, l’explication la plus plausible à la série de décisions hasardeuses qui ont conduit aux accidents.

Seulement, dans le monde de l’aviation, la sanction est violente. L’erreur tue. Il serait peut être dans l’intérêt des avionneurs de mettre un terme au diktat financier, et de remettre en place des systèmes de contrôle indépendants et efficaces.

A ce titre, les organismes de contrôle français, tels que les APAVE, étaient des associations constituées par des industriels…

(Le pilotage financiers de Boeing pourrait avoir produit la chaîne d’événements suivante :
D’abord, il y a retard de Boeing sur Airbus. Moins on investit, plus on est rentable ? Puis décision d’équipement d’un vieux modèle de moteurs de nouvelle génération plutôt qu’investissement pour créer un nouveau modèle. Puis ça ne marche pas, on corrige avec un logiciel. Puis, l’instrumentation qui alimente le logiciel, économie ?, n’a pas les redondances usuelles, ce qui provoque, dans certains cas, des comportements de l’avion erronés. Puis, on n’informe pas les équipages de ces évolutions, puisqu’elles devraient être invisibles. Ce qui évite de parler de formation – Boeing ayant annoncé : nouveaux moteurs, pilotage inchangé. Puis, lorsque l’incident survient, les procédures usuelles, qu’appliquent les équipages, sont exactement ce qu’il ne faut pas faire…)

De la joie d'être un casseur

En longeant les Champs Elysées, j’ai pensé au Mondial de foot, et à la casse qui en avait été la conséquence.

Dans un billet, j’expliquais le plaisir d’écrire un blog. C’est celui de jouer avec des règles, des contraintes. Il doit en être de même pour le casseur. Ce doit être follement excitant de faire ce qui est interdit, et de suffisamment bien connaître le système pour ne pas se faire prendre. Et, en plus, contrairement aux financiers, puisqu’il possède peu, il risque tout.

Le marché, c'est la guerre ?

Mon précédent billet parlait de l’euro. Beaucoup de gens disent que nous serions mieux sans. Ce qu’il y a de curieux, c’est que nous semblons incapables de raisonner à long terme. Nous sommes enfermés dans l’anxiété du 0,5 % de croissance. Nous avons été kidnappés par la vision myope des économistes. Et si cet aveuglement nous amenait au chaos ? 
Après guerre, on pensait loin. Et, à tort ou à raison, beaucoup croyaient que la finance folle avait créé les conditions de la barbarie. C’est la thèse de Karl Polanyi. Elle semble avoir été partagée par les gouvernements de l’époque, qui ont tenté de contrôler la finance pour qu’elle n’entre plus en conflit avec la société. Leur système n’a pas fonctionné. Mais il serait tout de même bien que l’on se remette à envisager le long terme, et à se demander quelles peuvent être les conséquences de nos désirs. 
Quant à l’euro, je pense de plus en plus que c’est une bonne chose. Voilà pourquoi. Selon moi, la cause de la crise est l’Allemagne. En se comportant de manière irresponsable (absorption maladroite de l’Est par l’Ouest, puis dévaluation compétitive), elle a mis le reste de l’Europe en difficulté. Enseignement : les ajustements sont douloureux, en conséquence, il faut les anticiper, les préparer et les accompagner. Si nous comprenons ceci, il est possible que les crises soient beaucoup moins violentes que dans un marché financier laissé à lui-même. 

JP Morgan au casino

On a appris que JP Morgan allait encourir des pertes de 2 (ou 3) md$ de fait de paris. On découvre maintenant que ces paris ressortissaient à une stratégie systématique. En effet, la banque aurait, en plus, accumulé pour 100md$ de quelque chose qui ressemble fort à des subprimes, si je comprends bien le Financial Times.

La logique de l’affaire me paraît être que JP Morgan pensait que le reste du monde financier se trompait.

JP Morgan est la première banque américaine, et ne peut pas faire faillite. Dans ces conditions peut-on lui laisser la possibilité de tels paris ?

Ce qu’il y a surtout de curieux dans cette affaire, c’est qu’un département d’une banque (même pas situé dans son siège) peut manipuler des montants de l’ordre de ceux de la dette grecque. D’un côté un petit nombre de froids calculateurs (une personne ?), qui gagnent des millions (15m$ pour le chef de l’unité) et risquent au mieux un licenciement, de l’autre toute une population, qui joue son existence. 

L'ordinateur a ses crises boursières

On soupçonne de plus en plus les ordinateurs d’être capables de créer des crises boursières.

On aurait trouvé un moyen de les prévenir. Il y aurait des signes avant-coureurs : certains cours d’actions connaîtraient des pics brutaux, ou « fractures ». Leur multiplication amènerait le système que forme l’ensemble des ordinateurs financiers, en quelque sorte, à entrer en résonnance.

Curieux comme les machines ont une forme de vie propre qui échappe à notre raison. Au départ de l’informatisation des échanges financiers il y avait l’idée qu’on ne pourrait que s’en trouver mieux. Aujourd’hui, on constate que la créature a échappé à son maître ?

Compléments :

Sin City

Mes billets précédents sur la City me posent quelques questions :
  • La City est-elle aussi inoffensive qu’elle le paraît ? Pourquoi les Anglais s’en méfient-ils ? Comment parvient-elle à gagner autant d’argent ? Et si, isolée sur son rocher battu par les vents et la mer, la City pratiquait le métier de pirate sous un autre nom ?
  • Alors que la France possède des vaccins pour combattre les maladies, elle semble particulièrement inculte en termes d’outils financiers, de leur emploi, de leurs risques et des conséquences qu’ils peuvent avoir. Est-ce sain ?

La City contre l’Europe ?

Il semblerait que les hedge funds de Londres aient acheté de la dette grecque en pariant que le contribuable européen viendrait au secours du pays, et leur ferait réaliser de gros bénéfices. (Awaiting a Greek Payout – NYTimes.com)
Si je comprends bien, ils pourraient bloquer le processus de restructuration des comptes grecs, ce qui déclencherait la crise que nos gouvernants cherchent à éviter. 
Habile publicité pour les bienfaits de la City et d’une industrie financière qui échappe à tout contrôle ?

Les marchés financiers menacés par les systèmes d’information

Les systèmes d’information qu’utilisent les marchés financiers seraient un point faible qu’exploiteraient des esprits malveillants « ayant des motifs non-économiques ».

Il est particulièrement facile de tirer les marchés vers le bas lorsqu’ils chancellent déjà, en utilisant des moyens tels que la vente à découvert, les options et les swaps. The war on terabytes

C’est curieux. Jusqu’ici je croyais que l’orthodoxie financière voulait que vente à découvert, options et swaps ne puissent jamais faire de mal, qu’il n’y avait que des idiots protectionnistes retardés (autrement dit des Européens) qui pensent le contraire… Quant aux malveillants, je les pensais le moteur même du système : n’est-ce pas ce que dit Adam Smith ? à moins qu’il ne puisse y avoir capitalisme sans égoïstes asociaux et que tout ce qui ne répond pas à cette définition le mette en danger ?