Valmy

Il y a quelque temps, In our time de la BBC parlait de Valmy. Je suis surpris. Notre culture et notre histoire semblent plus importantes pour l’Angleterre que pour nous. Serions-nous une partie de son identité ? (Ou de celle de son élite ?)

Je me souviens d’avoir entendu parler de Valmy à l’époque du CE1 ou du CE2. Dans la litanie de noms oubliés : Jeanne d’Arc, etc.

En écoutant, l’émission, je me suis dit que l’histoire que l’on me racontait avait un sens que l’on me dissimulait : à chacun de ces événements, l’histoire du pays aurait pu aller d’un côté ou d’un autre.

Valmy fut une curieuse bataille. Les troupes prussiennes et autrichiennes et les émigrés français croyaient que ce serait une partie de plaisir. Une moitié des troupes françaises était faite de conscrits. Elles paniqueraient au premier coup de canon. Non seulement ça n’a pas été la cas, mais les dîtes troupes sont parvenues à couper l’ennemi de son approvisionnement. Si bien que celui-ci, constatant que l’adversaire tenait le choc, et que ses chants guerriers n’avaient rien de rassurant, a préféré rompre l’engagement. De ce fait, la bataille a été étonnamment peu meurtrière.

Ah! ça ira

Aux hasards de wikipedia, j’ai appris que « ah ! ça ira » avait pour origine Benjamin Franklin et un air de danse.

Quand on interrogeait Franklin sur la guerre d’indépendance américaine, il répondait : « ça ira ». Nous finirons par gagner. L’expression était passée dans le langage commun.

Le curieux de l’affaire est que leur combinaison a produit un effet terrifiant. Jusqu’à ce que Napoléon l’interdise, ç’aurait été le chant de guerre des troupes françaises. Il glaçait d’horreur leurs ennemis : quoi de plus effrayant que le peuple déchaîné ?

Président de l’économie

La perspective de voir le pays du « Choose France » entrer dans une période d’instabilité politique prolongée a ruiné dix ans d’efforts pour restaurer son image à l’étranger.

L’oeil de l’éco de Philippe Mabille, la Tribune, hier

Je constate que la Tribune partage mes inquiétudes : la France a de grandes chances de s’enfoncer dans une période d’instabilité politique, qui va provoquer une crise économique, qui pourrait être sans précédent.

Paradoxe de l’action d’un président qui voulait réconcilier notre pays avec le capitalisme globalisé. L’hybris de l’apprenti-sorcier.

Philippe Mabille voit un parallèle entre M.Macron dissolvant l’assemblée nationale et Louis XVI convoquant les états généraux. Mais, alors, il y avait une forme de consensus, en France : le pays a tenu tête à l’Europe coalisée pendant 25 ans. Ce n’est plus le cas.

Que faudra-t-il pour qu’il prenne conscience qu’il ne peut plus se payer le luxe de luttes fratricides ?

Insultes

J’ai été traité de tous les noms.

« D’HEC », par mes camarades centraliens, pour mon art, de bateleur, de la présentation de business plan. De « polytechnicien », par les HEC, autrement dit de monstre froid. Et même de « normalien » (option philo), pour mon inquiétante manipulation de concepts abstraits.

La seule fois que l’on a voulu me faire un compliment (un de mes patrons), on m’a dit que je ne ressemblais vraiment pas à un centralien. Et, que l’on ne m’ait jamais traité d’énarque, prouve que, malgré tout, je ne suis pas absolument haïssable.

Morale ? Il y a quelque-chose qui ne va pas dans notre société. Elle veut nous donner des titres, et ceux-ci sont retournés contre nous. A bas les privilèges ?

Révolution ?

J’ai jeté un coup d’oeil à « L’oligarchie des incapables », une enquête faite, sous le régime Sarkozy, par deux journalistes. Sa thèse est qu’au sommet de notre pays tend à se constituer, périodiquement, une « oligarchie d’incapables », dont les agissements indignes finissent par provoquer une révolution.

Il se trouve que, contrairement à ce que disent les journaux, on commence à percevoir un très fort ressentiment contre tout ce que notre « élite » représente. C’est peut-être bien une très vieille et très puissante rancune, et très majoritaire.

Quelles vont en être les conséquences ? Peut-être pas la guillotine, mais pas non plus un débat apaisé, favorable à une saine réflexion sur le cours le plus approprié à faire adopter au pays ?

France malaimée

Il y a quelque-chose de curieux dans les attentats français, c’est qu’ils sont commis par des personnes qui devraient être reconnaissantes au pays de les avoir accueillies. Au temps de « l’affiche rouge », les étrangers venaient se faire tuer pour les idéaux de notre pays. Maintenant, cela semble le contraire.

Tout paraît marcher à l’envers, d’ailleurs. L’école est attaquée, par exemple, alors qu’elle était le principal mécanisme d’intégration de la nation. Et qu’elle a longtemps était un objet de fierté. Autre exemple. Dans le cas du dernier crime, c’est grâce à des ONG, si j’en crois wikipedia, que celui qui est devenu un tueur n’a pas été expulsé de notre territoire. Or, ce même tueur s’en prend visiblement aux valeurs de ces mêmes ONG.

Enseignement ? On peut se demander si le changement qu’a subi notre pays n’a pas été fait au nom de ce qui n’allait pas. Ainsi, il est possible que l’école ait eu des aspects désagréables. Seulement, en éliminant le mauvais, on a oublié de se demander s’il l’on ne se privait pas aussi du bon. N’aurait-il pas été mieux de chercher à améliorer plutôt qu’à détruire ?

L’héritage de la révolution

Quel fut l’héritage de la révolution française ?, se demande la BBC (In our time). Je retiens :

  • Systématisation des idées anglaises concernant la liberté, qui était réservées à une élite
  • La conquête napoléonienne a été le prolongement du projet de domination européenne de Louis XIV (Tocqueville)
  • Ce que le monde a connu de pire : les guerres mondiales allemandes (et le nazisme), et le communisme.
  • La figure, terrifiante, de l’intellectuel (et le totalitarisme de la raison)
  • Les droits de l’homme et probablement une grande partie des principes qui font autorité aujourd’hui (qu’on les accepte ou non).

La France intellectuelle, ivre de raison, a été une sorte de « possédée », au sens de Dostoievsky ? Elle s’est sacrifiée pour porter au monde des idées qui l’on changé ? Un peu comme l’Angleterre et le Brexit ?

(Et si c’était la fonction de l’intellectuel ?

Ces démons qui sortent d’un malade et entrent dans des porcs, ce sont toutes les plaies, tous les miasmes, toute l’impureté, tous ces grands et petits démons, qui se sont accumulés, pendant des siècles et des siècles, dans notre grande et chère malade, dans notre Russie. Oui, cette Russie que j’aimais toujours. Mais une grande idée et une grande volonté l’éclaireront d’en haut comme ce possédé du démon, et tous ces démons en sortiront, toute l’impureté, toute cette turpitude qui suppure à la surface… et ils demanderont eux-mêmes à entrer dans des porcs. D’ailleurs peut-être y sont-ils déjà entrés ; peut-être ! C’est nous, nous, et eux, et Petroucha… et les autres avec lui, et moi peut-être le premier, et nous nous précipiterons, déments et enragés, du haut du rocher dans la mer et nous nous noieront tous, et ce sera bien fait pour nous parce que nous ne sommes bons qu’à cela. Mais la malade guérira et « s’assoira aux pieds de Jésus »… (Dostoievsky)

)

Louis XIV

La BBC s’intéressait à Louis XIV (In our time) et en faisait l’inventeur de la France moderne. Une France technocratique et centralisée.

Peut-être pas faux. Dans son combat contre les nobles Louis XIV s’est appuyé la bourgeoisie. Et le rayonnement qu’il a donné au pays leur a fait envie. La Révolution n’est peut-être rien d’autre que le remplacement d’une classe par une autre, au sein d’un même système.

A cela, il faut ajouter l’endettement de la France, un autre de ses héritages, qui est une des causes de la Révolution. Et peut-être aussi des guerres ruineuses. La folie des grandeurs.

La perfide Albion disait que la France était toujours parvenue à se faire prendre pour plus importante qu’elle n’était…

Mai 23

Samedi matin, les nouvelles de la BBC s’intéressaient à la France. Comme d’habitude, elle donne le spectacle de l’incurie.

Quelle est la cause de ce phénomène ? Le correspondant de la BBC n’arrivait pas à la trouver. Les extrêmes sont devenues majoritaires, et le centre, raisonnable, est inaudible car représenté par un Macron impopulaire.

Pour lui ce n’était pas la retraite qui était en cause, mais M.Macron, que le Français « aime haïr ».

En 68, on avait cité la phrase de Tocqueville : « le peuple s’ennuie ». Je me demande s’il n’y a pas quelque-chose comme cela aujourd’hui. Un grand désoeuvrement, qui cherche à sortir de sa grisaille. Et quelques beaux esprits qui lui donnent la légitimité de la lutte démocratique.

Emprise

Décidément, Boris Cyrulnik me plonge dans des réflexions sans fins. Son problème, c’est la dépendance qui rend sans volonté. Et qui fait de nous, collectivement, des criminels. (La fameuse « banalité du mal ».)

A l’origine, il y a « l’emprise ». L’individu n’a pas suffisamment confiance en soi pour penser par lui-même. En cas de difficulté, il appelle au secours.

Et le premier suspect, c’est la mère ! Pour des raisons évidentes. Elle est la première source d’attachement. Et ce n’est pas parce que l’on veut le bien de quelqu’un, qu’on le fait… En particulier, lorsqu’il s’agit de jeter l’enfant à l’eau pour lui apprendre à nager.

Il y a un second suspect, encore plus évident, mais dont il ne parle pas : l’Etat. En France, tout le monde en appelle, sans cesse, à l’Etat. Le plus curieux est que plus l’individu est un matamore, façon MEDEF ou CGT, plus il a besoin d’Etat !

Quand on pense que la Révolution devait nous apporter la liberté…