Grèves et manifestations : peut-on ne pas aller trop loin ?

Tout le monde manifeste. Y a-t-il un point commun dans ces manifestations ?

Mécontentement ? Conditions de travail, retraites, mais aussi manque de considération du reste de la société. On dit cela des enseignants et des agriculteurs (accusés de détruire l’environnement). Les agents de la SNCF vont-ils faire grève parce qu’on leur reproche que leurs grèves paralysent le pays ?

Le point commun du mécontentement serait-il le sentiment d’être mal aimé ? (D’ailleurs, c’est ce que l’on reproche au gouvernement : ne pas écouter.)

Les USA et l’Angleterre ont montré qu’une minorité déterminée pouvait être transformée en majorité par le système démocratique. Et, une fois que le diable est sorti de la boîte, plus question de l’y faire rentrer. Ce qui est aussi l’enseignement du mouvement des Gilets jaunes.

Il y a eu un moment similaire dans notre histoire : l’après guerre. Ceux qui avaient tout pour se haïr ont décidé d’oublier le passé au profit d’un avenir radieux pour tous. Aurons-nous la sagesse de faire de même, en période de paix ?

Retraite : le retour de la méthode Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy semblait avoir une méthode bien à lui de réformer le pays : il commençait par une proposition qui semblait d’un grand bon sens, puis, on découvrait qu’elle cachait une entourloupe. Ce qui provoquait un violent mouvement d’indignation.

Emmanuel Macron l’imite-t-il ? Réforme des retraites : certains régimes de retraite, notamment les complémentaires du privé, ont amassé entre 130 et 165 milliards d’euros d’excédents, alors que d’autres (essentiellement le public), sont déficitaires. L’idée de la réforme, derrière une formulation curieuse (un euro cotisé donne des points), serait de compenser les uns avec les autres.

Si c’est le cas, cela pose quelques questions :

  • Les complémentaires ont-elles eu raison d’être prudentes ? En effet, en prélevant en excès, ne sont-elles pas responsables du manque de compétitivité de l’entreprise, donc du chômage – le fléau du système de répartition. Ne devraient-elles pas envisager de rembourser les actifs ? 
  • Le gouvernement ne pensait-il pas que les bénéficiaires des « régimes spéciaux » déficitaires comprendraient qu’ils participaient à un hold up ? Donc, qu’ils ne manifesteraient pas trop bruyamment ? 
  • Cela ne révélerait-il pas l’existence d’une majorité silencieuse, de « pigeons » ?
  • Le gouvernement peut-il continuer à pratiquer la réforme par la dissimulation ? Quelqu’un en qui personne n’a confiance a-t-il une chance de réussir un changement ?

    PS. Explication de la « cacophonie gouvernementale » par La Croix. Le coût des régimes spéciaux.

    Le loup des retraites

    Et si la méfiance des Français à l’égard du gouvernement était, une fois de plus, justifiée ? La réforme des retraites cacherait-elle, une nouvelle fois, un « loup ».

    À l’origine, l’objectif de remplacer les 42 régimes par un régime universel où chaque euro cotisé donnerait le même nombre de points pour tous était inattaquable sur le plan des principes. Mais tout a changé dès lors qu’il est apparu que cette manœuvre, sous couvert de revaloriser les petites retraites et d’assurer l’équité femmes-hommes, laissait dans l’ombre des objectifs plus sombrement budgétaires : derrière l’unicité, en effet, Bercy cherchait à faire financer par les excédents des régimes complémentaires du secteur privé, 120 milliards d’euros quand même, un secteur public structurellement déficitaire. (La Tribune.)

    (Si c’est le cas, ceux qui manifestent ne seraient pas les bons…)

    Réforme de la retraite : de quoi s'agit-il ?

    Le pays est paralysé. Une question de réforme des retraites. Mais de quoi parle-t-on ?

    Personne n’en sait rien, à commencer par le gouvernement ?

    • L’analyse des « décodeurs » du Monde est, comme d’habitude, floue. L’idée du « décodage » est méritoire, mais à force de ménager la chèvre et le chou, rien de clair ne sort. En tout cas, il est dit que la réforme est en discussion, et qu’elle ne s’appliquera qu’aux personnes qui prendront leur retraite après 2030. 
    • Le projet actuel ferait 132 pages… 
    • La position des syndicats est encore pire que celle du gouvernement : ils sont contre, par principe. 

    Comment « bien poser le problème » ? auraient dit mes professeurs :

    • Les « décodeurs » passent à côté d’un problème essentiel, que souligne Hervé Kabla : c’est le système de répartition. Aujourd’hui les entreprises et les actifs financent les retraités, et le ratio actif / inactif a baissé massivement depuis les années 60. Cela signifie cercle vicieux : plus le ratio augmente plus on prélève sur les salaires et les emplois, et moins il y a d’entreprises et d’emplois, et plus il faut prélever sur ceux qui restent… Les retraites vont-elles cesser faute de combattants ?
    • Il ne faut pas parler en moyennes. Par exemple, les femmes touchent, en moyenne, moins que les hommes à la retraite. Mais c’est l’inverse pour l’importante minorité qui touche une pension de réversion. Bref, il y a des femmes qui s’en sortent bien, d’autres mal, et les hommes au milieu (et encore, c’est un raisonnement moyen !) Idem, il y a une différence massive entre certains bénéficiaires de régimes spéciaux, et le reste de la population. Or, ces bénéficiaires ont des conditions de travail qui sont, très souvent, significativement meilleures que celles de l’employé du public (d’autant qu’ils ne connaîtront jamais le licenciement). Cela pose une question de justice sociale. Mais, si on expose le problème dans ces termes, il faut aussi se demander pourquoi les salariés riches touchent tellement plus que ceux qui occupaient leur poste il y a 30 ans. 

    Un paradoxe pourrait être que la réforme a, effectivement, un souci de justice sociale. (Les Décodeurs parlent de « profils plutôt « gagnants », comme ceux qui ont des carrières dites « hachées » avec des périodes de travail qui n’étaient même pas prise en compte à cause de la règle des trimestres. De même, des règles de calcul plus favorables sont envisagées dans certains cas pour les parents, et par défaut les mères, ou encore les aidants.« ) Seulement, les bénéficiaires du nouveau dispositif n’ont ni la conscience de l’être, ni les moyens de manifester leur contentement. Par définition, ce sont les forts qui profitent du système.

    Indirectement, les « décodeurs » posent aussi la question de la façon dont la réforme est menée. En effet, contrairement à ce que l’on entend, le gouvernement serait plutôt conciliant. Ne serait-il pas plus efficace de choisir la méthode forte ? C’est à dire ramener les prélèvements sur les salaires et les entreprises à un niveau comparable à ce qui se fait ailleurs, et mettre le pays en face du déficit, devenu massif, de son système de retraite ?

    Martine prend sa retraite

    A 69 ans, Martine Aubry se présente à nouveau aux élections municipales. Est-ce cohérent avec le combat qu’elle a mené, et gagné, pour réduire la durée du travail ? Son principe n’était-il pas : place aux jeunes ?

    J’imagine qu’elle doit penser qu’elle est l’exception qui confirme la règle. Elle est plus compétente que ses concurrents. Il manquerait quelque-chose au monde si elle n’était pas maire de Lille, alors que ce n’est pas le cas pour un chercheur ou un coiffeur.

    Bien sûr, l’électeur peut en décider autrement. Et si l’on généralisait ce principe ? Et si l’on donnait un revenu minimum aux personnes dont la société peut se passer ?

    Les effets imprévus de la retraite

    Quels vont être les effets de la nouvelle loi sur la retraite ? se demandait France Culture.

    Si j’ai bien compris, ce sont les effets habituels. Cette nouvelle loi amplifierait les inégalités. Si vous en avait bavé durant votre vie professionnelle, notamment parce que vous avez eu des hauts et des bas, vous en baverez encore bien plus à la retraite. Bien sûr, pour les « plus pauvres », il y aura un « filet de sécurité ». Ce qui pose le problème usuel : qui sont ces « pauvres », et le sont ils vraiment ? et ne sont-ils pas un moyen de masquer la dégradation des conditions de vie de la « classe moyenne », qui, elle, n’est jamais aidée ?

    Et si l’on s’interrogeait sur « l’esprit des lois » ?

    Alain Veinstein

    Alain Veinstein animait une émission nocturne de France Culture. On la lui a retirée (en 2015). Il s’en plaint. La fin de cette émission, c’est aussi celle de sa vie, dit-il.

    Voilà qui n’avait pas été prévu par Mme Aubry. La retraite, c’est la perte de statut ? Pire que la mort ?

    Mais peut-être que ses mesures n’étaient pas destinées à tous ? Comme il y a des « sans dents », il y a des « sans statut » ?

    Règlements de compte à France Culture ?

    La consultation de Wikipedia m’amène à « Bertrand Jérôme », producteur d’émissions littéraires que j’ai longtemps écoutées. Wikipedia ne dit pas grand chose sur lui. Sinon que Laure Adler aurait mis un terme à son émission. Wikipedia écrit aussi que la dite Laure Adler, un moment directrice de France Culture, s’y serait livrée à des réformes, radicales ?, qui ont rencontré une violente résistance au changement des auditeurs. Ce qui doit être rare. Elle lui aurait été fatale, apparemment. Wikipedia dit aussi qu’elle est mariée à Alain Veinstein, producteur d’une émission diffusée la nuit. Celle-ci a disparu. L’intéressé à fait savoir son mécontentement.

    Règlements de comptes entre factions rivales ? Ce qui est surprenant est que ce monde où l’on pense bien semble beaucoup plus violent que celui de l’entreprise. En outre, ce qu’il y a de curieux est l’âge avancé des producteurs dont il est question. Apparemment, à moins d’un coup de force, on meurt à son micro chez France Culture. Cette radio ne doit pas employer de partisans de Martine Aubry.

    La sagesse comme projet de société ?

    Débat sur la retraite. Un participant : je ne comprends pas, dans les années 80, on disait qu’il allait y avoir déséquilibre entre actifs et inactifs, or le gouvernement Mitterrand a réduit la durée de travail.
    Plus surprenant ? Les participants en activité estiment qu’ils n’auront jamais de retraite. Les retraités, eux, se trouvent inutiles. Ils n’osent rien faire, de peur de voler un emploi. « Perte de statut » dit quelqu’un.

    Et si tout cela n’était qu’une question de « croyances » ? s’est-on demandé. Après guerre on parlait d’expansion et de jeu à somme positive, aujourd’hui, implicitement, le jeu est à somme nulle, ou négative. Le vieux prend un emploi au jeune. Surtout, on semble croire que tout est une question « d’activité », d’agitation musculaire. Et la sagesse ? Sans elle, l’activité est vaine. La valeur, inestimable, de l’ancien est là.

    En se privant de sagesse, nous avons créé une société de poulets sans têtes ?

    Les retraités asphyxient l'économie ?

    En Angleterre, le déficit du régime des retraites force à réduire le budget des écoles, des hôpitaux, de la police, et de l’armée, dit le Financial Times. Ce qui semble signifier un cercle vicieux. Si l’on réduit ces budgets, la situation va empirer, il y aura moins d’argent pour les retraites, etc.

    Qu’est-ce qui fait que les équilibres sociaux aient tant de mal à s’établir ? Un trop grand laisser-faire, et une absence de mécanismes efficaces de conduite du changement ?

    Public pensions shortfall threatens to force £4bn in spending cuts HM Treasury is to demand an extra £4bn from the budget for schools, hospitals, the police and armed forces to cover a shortfall in public sector pensions, raising the prospect of swingeing spending cuts in the next decade.