Tyrannie de la vitesse

Notre société est-elle prise d’une folie de l’accélération ? Certains le croient. J’ai une opinion différente.

Je gère une association et ai beaucoup de contacts avec beaucoup de monde. Les congés sont sacrés. De mai à août, l’activité s’arrête en France. Le reste du temps est haché par une multitude de vacances. Et la famille est sacrée, avec tout ce que cela signifie en termes de contraintes horaires et de déplacements. Gigantesque Shabbath.

Ne serait-ce pas une conséquence de la croyance que notre élite, Martine Aubry en particulier, a eu, un temps, que le travail allait disparaître ? Il s’en est suivi une politique du loisir et de retraite, qui a caressé l’homme dans le sens du poil. Son intellect s’est mis en grève. Aujourd’hui, il peine, parce qu’il doit se relancer sans cesse, alors qu’il n’aspire qu’à la paix.

Par contraste, le sauvage, lui, doit avoir un cerveau en éveil permanent. Il vit dans l’urgence. Mais, probablement, en y prenant plaisir.

AFD

Confronted with the rise of the Germany’s far-right, Russia-friendly, anti-migration and climate change-denying Alternative für Deutschland (AfD), which continues to grow in polls and is already in the second position at 22 percent, Scholz argued that a lot of people were concerned about the fundamental changes that Germany and the EU faces. (Berlin bulletin from Politico du 14 juillet.)

Comment se fait-il que la très démocratique et prospère Allemagne soit confrontée à un tel problème ? Qu’une partie de la population trouve, en particulier, qu’il est juste qu’une nation en envahisse une autre, et tue des milliers de personnes. Aimerait-elle qu’il en soit de même chez-elle ?

Le problème est européen, pas allemand, bien sûr. La suite de l’article indique peut-être la nature du dit problème :

Yet he stressed that Germany also needs “regulated immigration of skilled workers so that they can replace all those baby boomers who will retire in the next few years… and ensure that pensions continue to work, that our welfare state functions, that our economic strength is maintained.”

Le mode de vie européen n’est pas durable, mais l’Européen ne veut pas des moyens qu’utilisent ses gouvernements pour remédier à cette situation. Solutions, d’ailleurs, dont personne n’a discuté de la validité, et même de l’équité. (Est-il bien de voler leurs personnels qualifiés à d’autres nations ? Et ces personnels auront-ils envie de rester longtemps dans leur pays d’accueil ?…)

Et si un choix de société était trop important pour être laissé aux politiciens ?

Les raisons de la colère

Politico.eu demande à un expert des mouvements sociaux mondiaux, les raisons de la colère française (et aussi pourquoi le Français est-il aussi colérique). Tentative de traduction :

« Champions du monde : en ce qui concerne le nombre de manifestations et leur intensité, « la France est une exception à l’échelle mondiale » remarque Carothers. « Nous avons plus de données sur les manifestations en France que dans tout autre pays au monde. »

Viser la jugulaire : en plus d’être plus fréquentes que dans d’autres pays, les manifestations en France ont également tendance à être plus «intenses» – c’est-à-dire, violentes. « Les manifestations violentes se déroulent presque toutes dans des pays répressifs. Dans les démocraties libérales, elles concernent généralement des questions «jugulaires» telles que la race aux États-Unis ou les dépenses sociales en France. »

Répression policière : la France a été à plusieurs reprises pointée du doigt par des groupes de défense des droits de l’homme, ainsi que par le Conseil de l’Europe, pour la brutalité des pratiques policières. Mais la répression policière n’explique pas pourquoi les Français manifestent bien plus que leurs voisins.

Perte de confiance : à l’héritage de la Révolution française, au cœur de l’identité de la République, s’ajoute le fait que la confiance dans les partis politiques en France est en chute libre, créant un sentiment de frustration qui n’a d’exutoire que dans la rue. « Les Français se sentent moins attachés aux partis politiques – c’est le jour et la nuit par rapport à l’Allemagne et aux Pays-Bas », observe Carothers.

Cela s’exprime comme ça peut : « Le résultat est que les gens qui sont mécontents de quelque chose ont moins de capacité à canaliser cette frustration par le biais d’un parti politique », dit-il.

Résultat : enfin, il y a le fait que la France est sous une pression permanente pour réduire ses dépenses publiques. Et tandis que les gouvernements au Royaume-Uni et ailleurs le fait sans déclencher de crise, en France, c’est un problème « jugulaire » qui fait descendre les gens dans la rue. »

Paris brûle-t-il ?

Ma vie n’est pas en danger. Le correspondant de la BBC en France voulait rassurer ses amis qui s’inquiètent pour lui. Apparemment, les télévisions étrangères montrent des mairies en flamme. (From our own correspondant, BBC 4.)

(Voilà qui pose une question intéressante : peut-on croire l’information que l’on nous donne ?)

Il expliquait que l’on pouvait vivre en France comme si de rien n’était, sans même entendre parler de manifestations. Que tout était normal.

Selon lui, le malaise viendrait non de la question des retraites, mais du comportement de M.Macron, que personne n’apprécie.

Les raisons de la colère

Une personne ne supporte pas un emploi de fonctionnaire à 4 cinquième. Elle est prête à le quitter pour lancer une entreprise qui va la faire travailler à plein temps et pour des revenus aléatoires. Voilà ce que j’observe tous les jours.

Le monde du travail serait-il devenu irrespirable ? N’est-ce pas ce que dit Philippe d’Iribarne ? Une société basée sur l’idée qu’il y a une hiérarchie sociale ne va pas. Et ce n’est pas mieux de confondre diplôme et statut social. En France, le rapport à l’autre est toxique ?

Et le comportement de petit chef de M.Macron met le feu aux poudres ?

Les raisons de la colère

« Le Pays d’Anast, c’est un petit bassin de vie de 6 à 7 000 habitants », poursuit Maxime, « avec de grosses difficultés d’accès aux services publics, avec un État qui se désengage, on le voit, qui n’est pas assez présent ».

« Les gens de Maure-de-Bretagne et des alentours souffrent et se sentent abandonnés », 
ajoute le jeune homme. « On souffre de l’augmentation du prix des carburants, on nous parle de fermeture de classes, et là maintenant on nous parle de la retraite à 64 ans, alors que c’est ici qu’il y a les métiers les plus difficiles. Et vraiment, ça fait trop ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! » (Article de FR3.)

Pourquoi la réforme des retraites a-t-elle suscité un tel mécontentement ?

D’après cet article, ce n’est pas une question de retraites. Mais de mauvaises nouvelles. Depuis des années la vie de beaucoup de gens se complique, et ils ne sont pas entendus. Il n’y a plus de soleil dans leur vie. (Elle est chiante ?)

En haut à gauche

Mon premier livre a été une psychanalyse. Pourquoi les entreprises s’entredéchiraient-elles, alors qu’il y avait un moyen de rendre le changement heureux et stimulant ? Et, en plus, les travaux scientifiques sur le sujet allaient dans mon sens !

Jusqu’à ce que je découvre que les éminents professeurs de changement français ne connaissaient rien à ces travaux et joyeusement avaient inventé leur théorie à eux.

J’avais l’occasion de partir aux USA, mais qu’aurais-je fait loin de chez moi ? Et quelle est l’utilité d’être l’amuseur d’un grand patron ?

Bref, j’ai abandonné.

Mais, récemment, je me suis souvenu des présentations faites dans ces temps anciens. La réforme des retraites illustre le quart en haut à gauche de mon premier transparent. Le voici, avec son complément de droite :

(PS. Les patrons français rencontrent les mêmes problèmes que M.Macron, et se ramassent, comme lui, lorsqu’ils restent à gauche de mon transparent, qui s’appelle aussi « changement directif », un changement imposé « en force » par le haut sur la bas.)

Naufrage

On a dit que M.Macron était en difficultés. Mais quid de ses opposants ?

L’allongement de la période d’activité était le programme des Républicains. Pourtant une partie de ses élus s’est opposée au gouvernement. Bien entendu, c’était une manoeuvre tactique. Le type de manoeuvre qui a amené Hitler au pouvoir, et dont le parti politique ne peut pas se sevrer.

Le parti de M.Macron se dissoudra après son départ, les partis traditionnels donnent un spectacle ridicule. Paradoxalement, il n’y a que le FN qui paraisse solide et stable. Il attend tranquillement son heure ?

Mai 23

Samedi matin, les nouvelles de la BBC s’intéressaient à la France. Comme d’habitude, elle donne le spectacle de l’incurie.

Quelle est la cause de ce phénomène ? Le correspondant de la BBC n’arrivait pas à la trouver. Les extrêmes sont devenues majoritaires, et le centre, raisonnable, est inaudible car représenté par un Macron impopulaire.

Pour lui ce n’était pas la retraite qui était en cause, mais M.Macron, que le Français « aime haïr ».

En 68, on avait cité la phrase de Tocqueville : « le peuple s’ennuie ». Je me demande s’il n’y a pas quelque-chose comme cela aujourd’hui. Un grand désoeuvrement, qui cherche à sortir de sa grisaille. Et quelques beaux esprits qui lui donnent la légitimité de la lutte démocratique.