Qu’est-ce que l’union bancaire ?

On nous parle d’union bancaire, de quoi s’agit-il ?

un pouvoir central et des moyens de financement nécessaires pour réguler et superviser les banques, recapitaliser celles qui sont fragiles et assurer les dépôts. (Slouching towards a banking union)

Bref, ce qui se met en place, poussivement, semble être une sorte de dispositif d’assurance du système bancaire européen, indépendant des États.
Cependant, je m’interroge : la crise actuelle n’est pas due qu’à des emprunteurs inconscients mais aussi à des prêteurs qui ne l’étaient pas moins. Ce système garantira-t-il que ces derniers fassent preuve d’un peu plus de sens des responsabilités ?

La crise en Europe : une question de responsabilité ?

Difficile de savoir ce qu’il se passe en Europe, et qui a raison ou tort. Début d’enquête :

Apparemment, le combat de Mme Merkel « porte sur le problème central : est-ce que dette et responsabilité restent liées l’une à l’autre ? » Pour cela, elle désirerait une union fiscale, mais aussi un fédéralisme qui semble sous entendre contrôle du parlement européen, parlement qui devrait représenter le poids respectif des peuples. L’Allemagne voudrait aussi taxer le secteur financier.

Les Anglo-saxons, pour leur part, semblent désirer une solution rapide, « quick and dirty ». La position de la France, et du reste de l’Europe du sud paraît proche de celle des Américains. Curieusement, le gouvernement socialiste aurait un avis identique à celui de M.Sarkozy : pas de fédération, une Europe des nations.

L’Europe du sud semble surtout passive. Elle attend que la crise force la main de Mme Merkel ? Or, l’Allemagne se porte remarquablement bien : son opinion publique est probablement peu sensible à ce qui se passe ailleurs.

Conclusion provisoire ? Mme Merkel semble avoir raison : il ne peut pas y avoir d’union sans un minimum de confiance réciproque, ce qui signifie un comportement responsable. Mais, ce qui est inquiétant, est que les gouvernements européens ne paraissent pas se parler. Ils campent sur leurs positions. S’ils veulent que les peuples soient responsables, ne devraient-ils pas montrer l’exemple ?

Compléments :

Google : mauvaises associations

J’entendais ce matin la radio dire qu’une nouvelle fois Google serait attaqué en justice. On reproche à son moteur de recherche de faire des associations désobligeantes (le nom des candidats serait spontanément associé à « juif »).

Google répond que ce n’est pas sa faute, puisque l’association est calculée par un algorithme.
Curieux problème. Le fabricant de voiture est-il coupables des accidents provoqués par des chauffards ? Cela pose probablement la question de la responsabilité.
Une tendance dominante de la pensée des affaires, anglo-saxonne, estime que du mal naît le bien, que, pour que l’économie donne son meilleur, l’entreprise doit être irresponsable (i.e. suivre de manière monomaniaque son intérêt), c’est le marché qui fera le ménage.

Par contre, il semble que notre loi repose sur la notion de responsabilité, c’est-à-dire que chacun est supposé être concerné par les conséquences de ses actes.

Le principe général de la responsabilité civile est exposé par l’article 1382 du Code Civil : «Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.» La responsabilité civile vise donc à réparer le dommage causé à la victime. (La responsabilité civile.)

(Une citation qui a été trouvée grâce aux associations de Google!)

Guerre des générations

L’inattendu du travail de Dominique Delmas sur Konrad Lorenz est la révélation que les années 60 ont été pour certains l’annonce de la fin du monde. Cela paraît étrange, aujourd’hui, qu’une période de paix et de plein emploi, de bonheur tranquille pour beaucoup d’Occidentaux, ait pu susciter une telle angoisse.

Peut-être y a-t-il là une loi de la nature ? Celle appelée par les scientifiques « du jeune et du vieux con » ?
Lorenz dénonçait la génération de la consommation, qui, elle-même, l’accusait d’avoir une guerre mondiale et un génocide sur la conscience. Aujourd’hui, nous condamnons la génération Y, qui nous demandera demain des comptes quant au chômage auquel nous l’avons livrée…
Mais ne sommes nous pas les parents de nos enfants, ne nous doivent-ils pas leurs vices ? Et, à l’envers, ne leur remettons-nous pas les clés du monde, donc, s’ils périssent, n’en seront-ils pas plus responsables que nous ?
Et si la haine intergénérationnelle était un moyen de ne pas assumer ses responsabilités ? Et si nous devions nous préoccuper de faire changer le monde, plutôt que de nous insulter ? Et si nous étions enfin responsables ?

La justice, un caractère inné de l'homme, en danger!

LORENZ a n’a pas fini de me surprendre, je poursuis ma lecture des huit péchés capitaux de notre civilisation (Flammarion éd.1973).

LORENZ y aborde un sujet sensible (voir les articles précédents de Christophe): la dégradation des espèces.

Instinct et société

LORENZ nous dit que tout n’est pas programmé par la phylogenèse et que l’homme est influencé par l’apprentissage et l’éducation ce qui lui évite d’être le jouet irresponsable de ses instincts. Aussi, toute vie sociale ou culturelle suppose que l’homme apprenne à dominer ses instincts.
Mais le pouvoir qu’exercent la raison et le sens des responsabilités n’est pas illimité, il est juste suffisant chez un être normal pour lui permettre de s’insérer dans la communauté socio-culturelle.
L’homme selon LORENZ, reste un être de civilisation et ses impulsions naturelles et leur contrôle conscient, imposé par la société, forment un système unique à l’intérieur duquel ces deux facteurs sont complémentaires.
Une légère dose de plus ou de moins provoque des perturbations plus facilement que ne le pensent la plupart des gens inclinés à croire à la toute puissance de la raison humaine et de l’éducation.
LORENZ nous précise, au passage, qu’il vaut mieux prévenir que guérir, c’est à dire qu’il est beaucoup plus aisé d’éviter l’acquisition d’un trouble que de le soigner.
Dans ce même chapitre, LORENZ évoque un courrier reçu d’un spécialiste du droit comparé , Peter SAND, qui a découvert qu’il existe des grandes similitudes de structures entre différents systèmes juridiques à travers le monde, il donne plusieurs explications :
  • l’existence d’un droit naturel,
  • des échanges entre les cultures (comportements acquis par imitation),
  • une nécessité écologique (adaptation au milieu, à l’infrastructure)
  • des expériences individuelles.
Ce spécialiste du droit, après avoir lu LORENZ lui avoue que ce « travail austère », l’a convaincu que « ce mystérieux sentiment qui permet de discerner le bien et le mal provient essentiellement de comportements innés caractéristiques« .
LORENZ conclut que ce sentiment inné de la justice datant de la phylogenèse est destiné à prévenir l’infiltration d’éléments asociaux dans la société.
Autodomestication

Jusque là ces travaux nous montrent combien l’homme a été bien équipé pour faire face à ses responsabilités.

C’est là que LORENZ évoque le risque chez l’homme, des dégâts que cause le phénomène de domestication qu’il a observé chez de nombreuses espèces et par exemple chez les poissons élevés en piscicultures, qui perdent leur dispositions génétiques à s’occuper de leurs petits.
Il remarque que ce sont les mécanismes les plus hautement sophistiqués et donc les plus récents qui se dérèglent le plus facilement, tandis que les instincts universellement partagés, s’accoupler et se nourrir, s’hypertrophient.
LORENZ note que l’amour maternel, le dévouement à la famille et à la société mais également le besoin de s’alimenter ou de se reproduire sont aussi des comportements programmés de l’instinct.
La domestication provoquerait des modifications génétiques et des comportements comme la précocité sexuelle, la jeunesse persistante, l’intolérance au déplaisir, une carence du sentiment de responsabilité qui traduisent une immaturité sociale de l’individu affecté d’un manque de considération pour les autres.
Ces derniers traits sont ceux des petits enfants et pardonnables pour leur âge. En revanche l’homme mûr se caractérise par le travail patient en perspective d’atteindre un but éloigné, la prise de responsabilité et les égards pour autrui.
L’individu infantilisé est irréfléchi, il se dresse contre l’ordre social, et partant contre ses parents tout en souhaitant bien être entretenu par cette même société et ses parents.
Lorsqu’on observe notre société actuelle, avec peut être, le prisme déformant de la presse, on note des inquiétudes grandissantes sur l’hypersexualisation des enfants, l’obésité croissante, l’immaturité nouvelle des collégiens et lycéens en panne d’autonomie dans leurs devoirs, les caractéristiques de la génération Y (tout tout de suite), le terroriste individuel… ne peut on y voir la confirmation des alertes de LORENZ sur le risque de domestication qui menace l’homme?
Et tout comme LORENZ, il faut préciser déjà que « la jeunesse moderne ne souffre nullement d’un manque de sentiment social et moral elle n’est pas aveugle aux vraies valeurs, les jeunes sentent bien que quelque chose est pourri, non seulement au royaume du Danemark mais bien davantage dans beaucoup d’Etats« .
Suivons donc l’adage rappelé par LORENZ  » prévenir plutôt que guérir ». Nous empêcherons que ces petites diodes rouges allumées par LORENZ ne se transforment en un point rouge de sniper embusqué prêt à tuer.
Retrouvons le sens des responsabilités et de l’effort patient en perspective, le respect d’autrui et abandonnons la course à la consommation.
C’est certainement le changement primordial.

De l’art de l’irresponsabilité

USA dans l’impasse. Le pays est en faillite si sa limite d’endettement autorisée n’est pas relevée. Les Républicains refusent de le faire à moins d’un programme de réduction des dépenses féroce, sans aucune augmentation d’impôts. Situation critique. Un sénateur républicain a trouvé la solution suivante : le gouvernement pourra augmenter la limite d’endettement sur veto du président. L’endettement aura cru – et le pays sera sauvé, sans que les Républicains en soient responsables. Élégant.

L’art politique ultime semble celui de l’irresponsabilité, et ce n’est pas vrai qu’aux USA. (Debt ceiling: With irresponsibility comes power | The Economist)

Compléments :

  • Comment répondre à une tactique irresponsable ? Mise en œuvre, elle aboutit à une impossibilité. Si l’irresponsable passe à l’acte il est échec et mat. Cependant, l’exemple d’Hitler le montre, il peut alors entraîner le pays dans une spirale de prédiction auto-réalisatrice. (Troisième Reich.) L’expérimentation doit donc être aussi rapidement autodestructrice que possible. 

Société Générale et recrutement

Un avocat m’explique la stratégie de la Société Générale dans l’Affaire Kerviel : en faisant sauter toute la hiérarchie de J.Kerviel elle a cherché à démontrer qu’elle avait été abusée. Ce qui prouvait son innocence. Comme le disait mon père, « le Français invente le droit ». Eh bien, j’ai inventé le droit en pensant que supprimer tous ces gens était plaider coupable.

Cette histoire m’a aussi rappelé des discussions récentes avec des entrepreneurs. Tous m’ont dit qu’ils devaient leur succès à la chance, et que leur plus grosse peur était un mauvais recrutement ; qu’ils avaient apporté un soin particulier au processus de recherche et d’intégration des nouveaux, qu’ils suivaient personnellement. Pourquoi la Société Générale n’a-t-elle pas paru obsédée, comme eux, par les risques d’un mauvais recrutement, sachant que le dit recrutement manipulait 50md€ ?
Selon mon interlocuteur, une évolution du principe du management en est la cause. Il est devenu financier. Il a oublié le métier de l’entreprise. C’est cette disjonction qui est à l’origine des suicides et, plus généralement, des problèmes de santé au travail et de harcèlement. En effet, elle l’amène à demander ce qui n’est pas possible à ses employés. Il me dit que l’entreprise s’est « déresponsabilisée » au sens où elle prend des décisions dont elle ne comprend pas (et assume encore mois) les conséquences. 
Compléments : 
  • Article 1382 du Code civil. Créé par Loi 1804-02-09 promulguée le 19 février 1804 : 

Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.