En même temps

Relocalisation en urgence, besoin de place pour les usines, et Zéro Artificialisation Nette. Comment un président qui ne parle plus que d’industrie, mais qui a imposé le ZAN, va-t-il se tirer de ce paradoxe ?

Le « en même temps » de M.Macron a peut-être bien résumé le gouvernement de ses prédécesseurs : ils ont fait en même temps des choses contradictoires, comme en demander de plus en plus de l’armée, tout en lui coupant les vivres, ou encore une politique en même temps ultra libérale et sociale.

Nos gouvernants vont-ils atteindre l’âge de responsabilité ?

Le Financial Times, hier :

Demand for Europe factory space rises 29% amid ‘nearshoring’ rush
Manufacturers look to reduce dependence on China over geopolitical and supply chain concerns

Le hackathon qui relocalise

Relocalisation.fr ne voit pas la « relocalisation » comme tout le monde.

Ce n’est pas une question de « relocalisation », mais de « localisation ». Nous entrons dans un nouvel ordre du monde. Dans le précédent, il y avait spécialisation géographique de l’économie. Dans le nouveau chacun refuse le rôle qu’on lui avait attribué. 

Comme il n’y a plus « d’usine du monde », si l’on veut avoir des vêtements, il va falloir les fabriquer ! (C’est vrai pour tous les biens matériels.)

Ce n’est pas fini. Ne nous faisons plus d’illusions : nous avons perdu nos savoir-faire traditionnels ! Seulement, il n’y a pas qu’une seule façon de fabriquer quelque-chose. 

Il faut attribuer une approche systémique, en considérant une « chaîne de la valeur » complète, on peut totalement la réinventer, avec les entreprises dont on dispose sur notre territoire. Et, cette réinvention la rend « amicale pour l’environnement » ! Et cela en un jour, en un hackathon !

La machine et le chômage

On ré industrialise. Cela veut dire de la productivité, donc de la machine. Sans quoi salaires et protection sociale ne nous rendent pas compétitifs. Oui, mais la machine crée le chômage, non ? 

Question est mal posée. Si l’on prend la société dans sa globalité, plus elle a de machines, plus elle dégage du temps à l’homme pour innover et fabriquer des choses nouvelles (ou des services), et donc plus elle produit. Ce qu’elle produit est réparti entre ses membres qui, donc, s’enrichissent. Non seulement la machine ne crée pas le chômage, mais elle conduit à une hausse du niveau de vie. (C’est une des raisons pour lesquelles Michael Porter dit que l’automatisation conduit à une montée en qualification des personnels concernés accompagnée de hausses de salaires.)

Bien sûr, avec l’homme tout peut mal tourner. Il y a, par exemple, le scénario « intelligence artificielle », aussi appelé « oligarque russe ». Quelques personnes placées à des endroits stratégiques s’emparent du bien collectif, qui les rend autonomes. Les autres peuvent crever. (Idéalement, les premiers partent sur Mars, pendant que la Terre explose.)

Et ne va-t-on pas produire n’importe quoi ? Bien utilisée, l’économie est une machine à résoudre des problèmes. Plus on lui en demande, plus elle produit, et plus elle nous enrichit. Seulement, il faut poser correctement le problème. Ce qui n’est pas le cas avec la transition climatique. En effet, certes, la transition est une bonne idée, mais on impose une contrainte impossible à satisfaire : le renouvelable permettant de ne rien changer à nos habitudes. Un problème mieux posé serait : zéro émission, sans perdant. Voilà qui change tout. Mais qui demande, pour être résolu, une coopération de tous avec tous, qui n’est pas (encore ?) compatible avec notre modèle social hyper individualiste. 

Angleterre sans chauffeurs

Stations sans essence. La Grande Bretagne manque de conducteurs de poids lourds. Certaines stations, dans les zones densément peuplées, ne sont plus approvisionnées. Avec l’augmentation soudaine du prix du gaz, c’est le drame du moment, si j’en crois la BBC. Beaucoup de gens ne peuvent vivre sans voiture. 

Causes ?  Nombreuses, probablement. 

  • Brexit et dépendance vis-à-vis d’étrangers de l’UE, qui ne reviennent pas. 
  • Examens de permis de conduire qui n’ont pas pu se faire du fait du virus. 
  • Achats en panique. Certains accumuleraient les litres d’essence. On entend que des pompes ont vendu 5 fois les volumes habituels. 
  • Système de juste à temps, qui ne supporte pas le moindre aléa. 
  • Conditions de travail des chauffeurs qui se dégradent, depuis longtemps, sans que rien ne se fasse. (La raison d’être de l’appel massif aux immigrés ?)

Et il va bientôt y avoir Noël.

On parle de visas temporaires pour immigrés, d’augmentation du temps de travail des chauffeurs, d’appel à l’armée…

Recruter localement pourrait avoir un gros impact sur l’emploi : le manque est de plus de 100.000 conducteurs, dit-on… Mais aussi sur l’inflation : pour les attirer, il faut augmenter les salaires, et améliorer les conditions de travail, y compris l’infrastructure d’accueil. 

Au fond, le Brexit méritait bien son nom ? La Grande Bretagne a eu recours (comme beaucoup certainement), pendant fort longtemps, à des expédients. Ils l’ont amenée à la limite de la rupture ? 

Industrie 4.0 : autre chose qu'une mode ?

Il y a cinq ou six ans, quand on m’a parlé d’Industrie 4.0, j’ai été surpris que cette idée resurgisse. Alors, quand je l’ai, de nouveau, retrouvée dans un rapport… 

Et pourtant, j’ai peut-être à nouveau tort. Pour diverses raisons, il faut « relocaliser ». Or, par ailleurs, on n’a plus de terre à bâtir, écologie oblige, et l’éducation nationale ne produit que de gros intellects désabusés, qui ne trouvent plus de sens à la vie, et encore moins à l’industrie, surtout quand elle est à la campagne. 

L’industrie 4.0, c’est à dire une automatisation féroce, est une réponse à tout cela. Pour être compétitive, l’industrie, si elle veut rester en France, doit être performante, et surtout ultra intelligente. Elle doit retrouver le chemin du gain de productivité. Elle doit aussi occuper le bâti existant, et elle doit être plus séduisante que les start up, pour attirer le diplômé. 

Pour autant, cette Industrie 4.0 n’est pas un coup de marketing. Un des grands changements de notre temps, qui a été pauvre en innovation, c’est la démocratisation des logiciels les plus sophistiqués. (Témoignage.) Il y a de quoi faire beaucoup, pour pas cher. A condition d’être intelligent. 

Le champion tire contre son camp ?

Il y a quelques années, j’ai fait une série de missions dans le BTP, et j’ai constaté que nos multinationales étaient curieusement dépendantes de notre marché intérieur. Est-ce vrai pour toutes nos grandes entreprises ? 

Si c’est le cas, cela aurait produit un curieux effet pervers. Car celles-ci ont délocalisé massivement. Elles achètent ailleurs, ce qu’elles achetaient en France. (Ce qui explique en grande partie le déficit de notre commerce extérieur.) Donc, me demandé-je : n’auraient-elles pas délocalisé pour augmenter leurs marges, sur notre marché ? Le plus amusant est qu’elles sont en grande partie entre les mains des capitaux étrangers. (Elles demeurent, cependant, de notre responsabilité : l’Etat vole à leur secours quand elles sont en difficultés.)

La politique des « champions » de De Gaulle, qui devaient commercialiser la production française, aurait elle abouti à ce que le « grand capital », comme aurait dit le Parti Communiste, se nourrisse de notre pays ? Ce que nous payons par des dettes de plus en plus élevées ?

A creuser. 

Relocaliser ou réindustrialiser ?

Conférence de La Fabrique de l’industrie : délocalisation ou réindustrialisation ? Ce que je retiens :

  • L’Europe commence sa désindustrialisation en 75. En 90, l’Allemagne arrête le mouvement, mais la France continue avec entrain (pourquoi ?). A l’époque, il y avait autant d’ETI en France qu’en Allemagne. L’entreprise industrielle s’installant, pour des raisons de foncier et de coûts salariaux, plutôt à la campagne que dans les métropoles, cela pourrait expliquer la désertification rurale. La France aurait, aussi, perdu beaucoup « d’avantages comparatifs » (de savoir faire uniques), notamment dans la filière alimentaire, par délocalisation. 
  • Il s’agit maintenant de reconquérir ces avantages. Donc, sortir de la logique du coût pour adopter celle de l’innovation, pas de relocalisation, donc. Il faut répondre à une nouvelle demande, avec une « industrie de notre temps » (sans nuisances). L’écologie ouvre de nouveaux marchés. D’autant que les chaînes d’approvisionnement actuelles sont « hyper carbonées ». (Taxer ce qui consomme du carbone serait-il protectionnisme élégant ?)
  • Il s’agit aussi de souveraineté, et de se préparer à une tension entre blocs. 
  • La renouveau doit partir des « territoires », de leur « envie ». Il faut y constituer des écosystèmes plutôt que des filières : la diversité est créative, en outre elle fournit des carrières et des emplois aux conjoints. Cela demande une gouvernance partagée, entre clubs d’entreprises et personnel politique territorial. L’ETI ou la PME sont, par nature, des entreprises citoyennes, qui s’inscrivent dans le long terme. Et il existe déjà quelques territoires fort dynamiques. 
  • Cela demande aussi des conditions favorables : foncier, formation, couverture mobile, infrastructure publique (cf. hôpitaux, écoles, emplois pour conjoints, gardes d’enfants…), et mise à niveau de la concurrence étrangère des prélèvements fiscaux. 
  • L’Etat ne doit plus être instituteur. Il doit soutenir les initiatives, concentrer les forces de la nation en choisissant quelques objectifs, stimuler par la commande publique. 
  • Tout cela ne peut se faire que sur le temps long. En conséquence, il faut une prise de conscience collective, soutenue par des « mots totems ». 

(Publicité :

➡ Retrouvez le replay de la conférence sur notre chaîne Youtube : https://youtu.be/mdbJksIwjR8 

 ➡ Pour aller plus loin, La Fabrique vous propose également un nouveau numéro du Cube sur le même thème : https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/reindustrialiser-plutot-que-relocaliser/)

Relocalisation : des usines dans votre jardin

Relocalisation. Le changement pose de multiples questions, notamment celle du foncier.

Besoin d’espace, faible densité d’emploi, locaux spécifiques de taille souvent hors normes, activité générant du trafic de marchandises et de matières, entreprises ayant relativement peu de moyens financiers (faibles marges des entreprises de ces secteurs comparées à d’autres) et souvent réputées comme nuisantes (polluantes, bruyantes, malodorantes, sales…) sont les traits communs à ces activités productives dont l’objet est la transformation, le stockage ou le transport de matières et de marchandises.

Amsterdam et Londres seraient des exemples à observer.

Le retour des usines en ville ? Voilà la motivation dont nous avions besoin pour les rendre propres ?

L'Etat doit-il redevenir planificateur ?

Une idée commence à germer : nous devons reconstruire notre économie ; or, il y a eu un précédent : 45. En ces temps, la France a été planificatrice ; et avec succès…

Effectivement, nous ne sommes pas en face d’un redémarrage, mais, plus probablement, d’une réinvention du modèle de nos entreprises. La « relocalisation » ne signifie pas faire comme les Chinois mais sortir des procédures standardisées (cf. les chaines hôtelières) pour tirer parti des particularités de notre « patrimoine ».

Il y a eu déplacement de valeur. Ce qui signifie nouveaux marchés. Si elles trouvent un projet qui en profite, les entreprises peuvent se faire financer. Il y a beaucoup d’argent pour cela. Mais, les entreprises, seules, parviendront-elles à se réinventer (et à nous éviter une crise) ?

Après guerre la modernisation d’une économie qui vivait des colonies s’est faite par nationalisation. (WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.)

Ce n’est pas envisageable aujourd’hui. Mais le changement pourrait être guidé de façon à ce que les bonnes idées de certains profitent à tous, qu’une dynamique nationale se crée, et que l’entrepreneur renonce à l’acharnement thérapeutique et choisisse de donner un nouveau souffle à ses projets.

Etat chef d’orchestre ? Son véritable rôle ?

(J’entendais dire un producteur de France Musique, qu’en musique, comme avec un préservatif, c’était mieux sans chef d’orchestre, mais que c’était moins risqué avec.)

Re localisation : le nom du changement ?

On parle de re localisation. On s’attend à ce que ce soit l’inverse de la délocalisation : que ce que l’on fabrique en Chine soit fait ici. Erreur.

La re localisation consiste à renverser la logique de la standardisation mondiale, plaquée de l’extérieur. Il s’agit de partir du « local » comme source de création, de même que le sculpteur voit dans le bloc de marbre la potentialité d’une statue.

Chaque culture a son génie propre. Tout le monde sait fabriquer des voitures. Mais pas les mêmes. Les Japonais, les Allemands, les Italiens, les Américains, les Français produisent des types de voitures très différents, et complémentaires. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le tourisme. Le tourisme d’hier, c’était l’uniformité, les hôtels identiques, le bling bling, la neige et la mer. L’inculture uniforme du parvenu à Rolex. Le tourisme de demain, ce pourrait bien être la lenteur, la cuisine familiale, les produits et les fêtes du coin, la découverte de la nature et de la culture locales. Le touriste comme anthropologue ?

On ne va donc pas produire ce que produisaient les Chinois. On va regarder quelles sont nos compétences propres et ce que l’on peut faire avec elles d’unique et original, d’enthousiasmant. Et c’est cela que l’on échangera avec d’autres produits uniques et originaux, enthousiasmants, issus d’autres cultures.