Relance : pauvres en dangers ?

J’entendais dire que le plan Biden allait relancer l’économie de la Chine. 

Toujours est-il que nos gouvernants sont avant tout extrêmement soucieux du court terme et ne tiennent pas compte des conséquences systémiques de leurs réformes. Ce n’est pas pour rien, qu’en cinquante ans, la France a accumulé une quantité colossale de dette, et se retrouve avec une économie anémiée. 

On ne parle que de « combler les inégalités ». Mais, ce qui risque d’arriver, c’est le contraire. Ceux qui sont armés pour profiter de la relance sont les grands (multinationales et métropoles), et les industriels (Chine et Allemagne). Or les plus faibles, individus, entreprises, et nations, sont à leur limite de flottaison…

(Il faut probablement relire Poor Economics : la définition même de la pauvreté est que le moindre incident devient un drame.)

Le coup de grâce ?

« La croissance sera bien de retour en 2021 mais, pour le FMI, seul « un petit groupe de pays » dépasseront leurs niveaux d’avant-crise d’ici la fin de l’année. Dès lors, la France avec l’Europe risquent de se faire distancer dans l’après-Covid » disait La Tribune, il y a quelques jours. 

C’est mal parti pour la France, non seulement elle va devoir se sortir de la crise, mais elle prend conscience qu’elle repart avec un handicap colossal. 

Que faire ? Ne pas céder à la panique, en s’engageant dans une politique du court terme qui pourrait bien se révéler un coup de grâce. Pour une fois, la première dans l’histoire de France ?, nous devons réfléchir avant d’agir. 

(Comme le répète ce blog : étudier le changement, c’est apprendre à croire à la possibilité du miracle.)

Politique chinoise

 Le problème de la France ? Elle consomme 10, mais vend 9. Pourquoi ? Parce qu’elle a délocalisé ses « facteurs de production ». Comment parvient-elle à tenir ? Par la dette. C’est, en gros, ce que nous a révélé le coronavirus. 

Est-ce durable ? Peut-on combler le trou ? Le pays a certainement des forces qu’il n’exploite pas. Mais, que se passera-t-il, le temps que l’on parvienne à en profiter ? Les failles du pays sont béantes : un gros morceau de la chaîne d’approvisionnement de l’électronique (la base de tous les systèmes de contrôle), un gros morceau de l’industrie pharmaceutique, l’intégralité de la filière numérique, l’intégralité de l’industrie qui va profiter du boom écologique… Etrangement, ce qui manque à la France semble être exactement ce qui est devenu essentiel. Il faudra un jour expliquer comment on a réussi à s’égarer à ce point. 

Et si l’on adoptait la stratégie chinoise ? Faire des appels d’offres publics, ou groupés, est les accorder à ceux qui s’engagent à produire sur place et à procéder à un transfert de savoir-faire ? 

Préférence nationale

Nos facteurs de production sont en piteux état. On me dit que l’on doit impérativement adopter une politique de préférence nationale. Mais comment faire que les entreprises qui ont pris l’habitude d’acheter au moins cher achètent français ? 

Plusieurs idées :

  • Pas de nouvelles lois, il y en a trop, on en crève. Il faut une prise de conscience, déjà, que cela va mal et que tôt ou tard on paiera notre manque de solidarité. 
  • On peut se passer de petites économies sans dommages. 
  • Dans nombre de cas, en réfléchissant un peu et en prenant en compte toute la chaîne des coûts, on peut trouver des solutions françaises ou européennes, qui sont meilleures que celles qui viennent de plus loin. 
  • Pourquoi ne pas faire comme les Chinois : imposer à ceux qui installent des éoliennes en France de transférer leur savoir-faire et d’utiliser la sous-traitance locale ? (Un exemple.)

Que va relancer la relance ?

J’interviewe des gens étonnants. Un journaliste qui, contre vents, marées et modes numériques, « vend du papier », et dont le fonds de commerce est d’être un connecteur entre dirigeants, des directeurs de clusters d’entreprises qui font des miracles, une équipe de fonctionnaires, qui veut créer les conditions pour que les PME locales « chassent en meute »… Des gens qui n’ont aucun moyens, et énormément de handicaps. 

Mais, le pays, par bien des côtés, semble dévasté : l’Etat saupoudre les aides, sans faire de choix, ses réformes ont tué les corps intermédiaires, qui traduisaient ses idées en actions, des pans entiers de l’économie ont disparu, et la transition écologique, qui semble être son alpha et son omega, demande des éoliennes, des panneaux solaires et des matériaux d’isolation que nous ne fabriquons pas.  

Que va relancer la relance ? L’économie de pays étranger ? Y a-t-on suffisamment réfléchi ? 

Le coût du "quoi qu'il en coûte"

Voilà ce qui semble se dessiner :

Du gouvernement aux entreprises, en passant par l’administration, tout le monde a adopté un raisonnement à court terme, qui consiste à maintenir en vie le maximum d’entreprises « quoi qu’il en coûte », par la subvention et l’effacement de dette. 

Si c’est le cas, cela risque d’avoir de sérieux effets pervers : 

  • Gros « effet d’aubaine » (pas uniquement fraude, mais maintien sur une mauvaise trajectoire d’entreprises qui devraient et ont le potentiel de changer) 
  • L’argent, saupoudré, ne va pas où il faut « mettre le paquet », c’est-à-dire là où le pays a encore des forces qui lui sont propres.
  • La relance « écologique », qui semble la seule stratégie du gouvernement, est essentiellement industrielle (panneaux solaires, éoliennes, isolants, batteries…), et relancera avant tout l’économie chinoise, allemande ou autre… 

Tout le monde est anesthésié. Ligne Maginot acte II ?

Va-t-on se retrouver avec une économie en assistance respiratoire ? Avec une masse de dettes ? Qu’arrivera-t-il si l’inflation repart ? 

La relance va-t-elle accroître les inégalités ?

Dans les cercles gouvernementaux et les élus on ne parle que de « relance territorialisée », de sous-préfets facilitateurs, de PME… On veut combler les inégalités entre territoires. On veut « réindustrialiser », reconstituer l’avantage concurrentiel du pays, et ce d’en bas, de la petite entreprise. Car nos multinationales qui n’ont de français que le nom, et pas les capitaux, sont des chevaux de Troie de l’étranger… En bref, on veut prendre le contre-pied de tout ce qui se fait depuis la mort de De Gaulle. 

Mais voilà. Les « petits » (petites entreprises, petites collectivités…) sont tellement détruits que, d’une part, ils ne craignent plus rien, et que, d’autre part, ils n’ont pas les moyens de se tirer de la complexité invraisemblable des mesures gouvernementales (qui sont désormais, européennes, nationales et régionales !). Ce sont les « gros » qui en profitent ! Grosses métropoles, grosses multinationales !

Apparemment, le gouvernement en est conscient. Mais comment agir ? Déverser les milliards, oui, l’action pratique, non. Alors, énantiodromie, une fois de plus ? 

Gouvernement : quelle stratégie ?

Quelle est la stratégie du gouvernement ? Si je comprends bien, sa priorité est de sortir la France de la crise. Il s’agit de remettre en marche les entreprises du pays. C’est un double changement. Il faut non seulement qu’elles sortent vivantes de la crise, mais surtout qu’elles vainquent les démons qui leur nuisent depuis toujours. (Nom de code : « politique de l’offre ».) Secondairement, il faut éviter que la partie la plus fragile de la population prenne un bouillon (ce qui serait mauvais pour l’économie !).

Pour le reste, il flatte les champions des « monde d’après », et leur formidable force de communication, c’est tout.

Mais ce n’est que mon interprétation. (Article de Slate.)